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Français

Ecorchés vifs

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Description

Un drame survenu dans sa jeunesse a poussé le jeune Abib Sylla à s'orienter vers la profession de magistrat, avec comme objectif : veiller et participer au respect scrupuleux de la justice. Célibataire endurci, il rencontre de façon fortuite, dans son lieu de travail, Maty Ndiaye, une jeune surveillante de l'administration pénitentiaire, dont le passé est aussi tragique que le sien. Profondément épris l'un de l'autre, ils décident de tenter l'aventure de l'amour. Mais ils ignorent qu'un lourd secret risque de plomber leur bonheur.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2011
Nombre de lectures 384
EAN13 9782363900050
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

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ÉCORCHÉS VIFS
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Cet o uv rag e a été édi té g râce au Fo nds d’Ai de à l ’Édi ti o n du Mi ni s tère de l a Cul ture, du g enre et du cadre de v i e
Conception couverture :Editions NARA
Youssou DIOP
ÉCORCHÉS VIFS
Roman
Éditions Nara
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Cette oeuvre est une pure fiction. Toute coincidence ou ressemblance avec des personnages ou des faits réels est fortuite et involontaire.
© Les Éditions Nara Dakar - 2011
ISBN : 978-2-36390-005-0
Almadies Villa n° 12 Dakar - (Sénégal) Tél : 77 181 57 57 e-mail:editionsnara@yahoo. fr
CollectionSignare
Je t’ai filé une chanson douce comme un murmure de colombe à midi.
Léopold Sédar Senghor, Chant pour Signare,in Nocturnes.
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NOTE DE L’ÉDITEUR
Ah l’amour ! Que de sensations ce mot suggère ! Il rythme le monde, notre quotidien, nos vies. Aimer est la plus belle chose qui puisse nous arriver. Décliné en vers par tous les poètes du monde, chanté par les plus belles voix que l’humanité ait connues, il se conjugue à tous les temps, se traduit dans toutes les langues et se retrouve chez tous les peuples. L’Afrique, continent riche de son passé et de sa culture, ne saurait être en reste, car comme le disait un célèbre poète de chez nous, «l’émotion 1 est nègre et la raison hellène» C’est cette vision particulière de l’amour que Les Éditions Naravont essayer de véhiculer, de faire découvrir au monde à traversla Collection Signare,pour rappeler ces belles et gracieuses dames de notre histoire, ces élégantes de nos belles cités de Gorée et de Saint-Louis, qui vécurent la volupté, l’art d’aimer et d’être aimé. La Collection Signarese veut le porte-étendard de notre perception de l’amour conforme aux réalités de notre beau continent africain. C’est là un défi à relever ; nous espérons, chers lectrices et lecteurs, que vous nous aiderez à tenir vaillamment, la promesse de nos rendez-vous mensuels.
1 Léopold Sédar Senghor.
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— La cour, après avoir délibéré conformément à la loi ; Déclare la procédure régulière et l’action recevable en la forme ; Au fond : Déclare Seyni N’Gom coupable d’assassinat sur la personne de Kodel Sow ; Le condamne aux travaux forcés à perpétuité en application des articles 280, 281, 282, 287 du code pénal et 340 du code de Procédure Pénale, prononça solennellement le président de la Cour d’Assises. Une vive clameur s’éleva alors dans la salle d’audience. Des cris de triomphe jaillirent, la famille de la victime manifestait sa joie de voir enfin l’assassin de leur parent payer un lourd tribut. Les proches du prévenu quant à eux, affichaient la tristesse et la désolation totale. Des femmes assommées par la sévérité du verdict, sanglotèrent. Indifférent à tout ce vacarme, le représentant du parquet, Abib Sylla rassembla rapidement ses dossiers. Les deux avocats commis par la défense le rejoignirent :
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Bis repetita! Félicitations ! Vous venez une fois de plus de nous battre à plate couture, avocat général Sylla. Il leva la tête vers eux. Un rictus amer apparut au coin de sa bouche mais son visage affichait la neutralité : — Je n’ai fait que mon travail, fit-il sans se départir du ton réservé qui le caractérisait. — Mais avec brio, comme d’habitude, répliqua l’un des avocats. Il faut reconnaître que vous êtes le pire cauchemar des détenus et de nous autres, leurs défenseurs. Personnellement, je vous avoue que je doute toujours de mes capacités à tirer mes clients d’affaire chaque fois que je vous ai en face de moi comme représentant du ministère public, argua maître Gomez avec qui il entretenait d’excellents rapports professionnels. Abib leur adressa tout juste un sourire indifférent. Il s’excusa courtoisement auprès d’eux, quitta sa place et se dirigea vers le président de la session des Assises. La salle d’audience se vida progressivement. Il choisit de sortir discrètement par la porte de derrière pour éviter les bains de foule, et surtout pour fuir le traditionnel point de presse que donnait le président de la Cour d’Assises à la fin de la session. Il devrait en principe y assister, mais comme toujours, il préférait y déroger. Il descendit rapidement les escaliers, quitta le bâtiment qui abritait les salles d’audience, et
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pénétra dans celui qui se situait en face et où se trouvaient les locaux de la Cour d’Appel de Dakar. Il salua au passage quelques collègues magistrats, et d’autres auxiliaires de justice : avocats, greffiers qu’il croisa. Il se rendit directement dans le bureau de son supérieur hiérarchique, le procureur général, Ibrahima Boye. Celui-ci le reçut aussitôt : — Alors, ça c’est bien passé, la dernière audience ? s’enquit-t-il. — On peut dire que oui. Il lui fit alors un compte rendu détaillé. — Bien, acquiesça Ibrahima Boye, satisfait du travail de son collaborateur. Il pensa une fois de plus qu’il n’avait pas tort de dire que l’avocat général Abib Sylla était l’une des valeurs sûres du parquet. Il faisait partie des membres du Conseil Supérieur de la Magistrature qui l’avaient proposé au poste d’avocat général près de la cour d’appel, et il n’avait pas regretté sa nomination. Défenseur acharné de la cause de la justice, brillant parquetier, il voyait en lui, plus tard, son digne successeur. Comme la plupart de leurs collègues, il s’était toujours demandé comment Abib Sylla avait pu échanger une place de choix de juge du siège contre celle de substitut du procureur. Major de sa promotion à L’Ecole d’Administration et de Magistrature, ENAM, une belle carrière comme magistrat du siège l’attendait à sa sortie mais, à la
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surprise générale, il avait préféré rejoindre le parquet qui, disait-il à l’époque, était plus en phase avec la conception qu’il se faisait de la justice. Plus d’une décennie s’était écoulée depuis lors, et il gravissait brillamment les échelons de la hiérarchie du parquet. Entre temps, ils avaient découvert la cause d’un tel choix. C’est un de leurs collègues magistrat, originaire de la ville de Louga comme Abib, qui leur avait parlé du drame qui avait émaillé sa vie et l’avait poussé à embrasser des études de droit et à devenir magistrat. Ibrahima Boye sursauta en se rendant compte qu’il perdait le fil des paroles de son interlocuteur. — De toutes les façons, je vais vous remettre mon rapport demain matin, lança-t-il courtoisement. — Très bien avocat général Sylla. Il prit alors congé et rejoignit son bureau qui se trouvait sur le même palier. — Bonjour Madame Carvalho, dit-il courtoisement à sa secrétaire. — Bonjour procureur Sylla, l’audience est finie? Ce titre lui était collé par la plupart des travailleurs de la justice. Précédemment, il avait eu à occuper la charge de procureur de la république dans deux régions de l’intérieur du pays, et bien qu’il ait gravi un échelon supplémentaire dans la hiérarchie du parquet, on continuait toujours à l’appeler ainsi. — Oui, les débats se sont prolongés hier jusqu’à
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23 heures, ce qui a fait qu’on a pu avancer et délibérer ce matin. — Vous devez être fatigué, constata-t-elle en remarquant les traits tirés de son patron. Et je présume que, vous n’avez pas dû dormir non plus le reste de la nuit. Afin, ça va. Apportez-moi les transmissions qui sont arrivées hier, s’il vous plaît. — Tout de suite, répondit-t-elle en tirant la chemise cartonnée où elle les avait rangées. « Infatigable procureur Sylla » énonça intérieurement madame Carvalho. Son patron travaillait à un rythme infernal, et ce n’était pas surprenant qu’il soit rapidement arrivé à ce niveau de la hiérarchie judiciaire malgré sa relative jeunesse. Elle en oubliait parfois qu’il avait à peine quarante cinq ans. Madame Carvalho prit congé de lui et retourna à son bureau. Abib décida de s’octroyer une petite pause. Il prit son paquet de cigarettes posé sur la table, en tira une et l’alluma. Yeux clos, il se cala confortablement dans son fauteuil en tirant de grandes bouffées. — Mission accomplie, murmura-t-il à basse voix. Envoyer des délinquants en prison était une tâche exaltante et expiatoire pour lui. De légers coups frappés à sa porte le tirèrent de sa torpeur :
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— Oui entrez, autorisa-t-il. C’était Youssou Tandian, son meilleur ami. — Mes respects, procureur Sylla ! annonça-il sur un ton taquin, en exécutant le salut militaire. Abib éclata de rire : — Il ne manquait que ta présence pour égayer ma journée, lieutenant colonel Tandian. Sans plus attendre, il prit place dans le fauteuil visiteur. — J’écoutais la radio tout à l’heure, quand j’ai entendu que la session de la Cour d’Assises venait de prendre fin, et comme ma journée s’est terminée plus tôt que d’habitude, je me suis dit que j’allais faire un saut au palais de justice pour t’inviter à déjeuner. — C’est sympa de ta part, mais je dois étudier impérativement ces dossiers avant seize heures. Je propose qu’on reporte ça la semaine prochaine, répondit Abib. — Objection, votre honneur ! C’est ce qu’on dit non, dans votre jargon ? C’est jeudi aujourd’hui, presque la fin de la semaine. De plus, tu as travaillé comme un damné tous ces temps-ci, donc interdiction de déroger, je t’emmène de gré ou de force. Abib comprit d’avance qu’il était inutile de résister. De toutes les façons, Youssou allait l’obliger à le suivre. Il faisait partie des rares personnes qui pouvaient le faire plier. Ils s’étaient
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connus sur les bancs du Prytanée Militaire de Saint-Louis et ne s’étaient pas quittés depuis lors. Camarades de promotion, étant entrés dans la prestigieuse école la même année, ils avaient partagé le même dortoir et la même table-banc durant les sept années de leur présence là-bas, jusqu’à l’obtention de leur baccalauréat. Leurs chemins s’étaient séparés pendant quelques temps, Youssou était allé en France étudier à l’Ecole militaire Saint Cyr, pendant que lui, Abib, avait choisi de rester au pays pour suivre des études de droit en vue de devenir magistrat plus tard. Ils avaient néanmoins gardé le contact et avaient correspondu régulièrement. Mieux encore, Youssou séjournait quelques jours chez lui à Louga à chaque fois qu’il venait en vacances au pays, et vice versa. C’est ainsi que le père de son ami, un ancien officier supérieur de la gendarmerie, avait été son tuteur durant ses études universitaires, et continuait de l’être. En effet, bien qu’ayant de la famille à Dakar, il passait ses week ends chez les parents de son ami qui le considéraient comme leur fils. Ils logeaient dans une cité huppée se trouvant dans la proche banlieue de Dakar. Youssou l’appelait son « frère d’armes » et c’est tout naturellement qu’il devint son témoin lors de son mariage avec Denise Lopez, un médecin militaire. Le couple avait quatre enfants, pendant que lui,
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Abib, était toujours célibataire, au grand dam de son entourage. — Ok, je te suis à la pénitence, mon lieutenant colonel, capitula-t-il. Ils avaient leurs habitudes dans un sympathique restaurant du centre-ville. Ils s’installèrent à leur place favorite, sur la terrasse. Ils discutèrent en attendant leurs commandes : — Alors, dis-moi, comment ça se passe avec Diatou ? Diatou Dramé était sa petite amie du moment. Notaire récemment titularisée, elle souhaitait donner une autre tournure à leur relation, bref, elle visait le mariage, et profitait de chaque occasion pour en parler subtilement. Il haussa les épaules : — Bof ! ça va, sauf que mademoiselle veut plus, maintenant. — Et tu n’es pas prêt à le lui donner, n’est ce pas ? compléta Youssou. — Ça dépend... répondit-t-il évasivement. — Mais de quoi, bon sang ? Cette fille est super sympa, jolie, et en plus, elle a une situation professionnelle enviable, et elle t’adore par-dessus tout. Que demander de plus ? ajouta Youssou. — Je sais tout ça, reconnut-il ; mais... — Mais quoi encore, laisse moi deviner, tu vas encore me dire que tu n’es toujours pas prêt pour le mariage ? explosa son ami ; tu vas continuer ce cirque jusqu’à quand ? tu as quarante cinq ans, Bon
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Dieu ! Ne me dis pas que tu comptes devenir un vieux garçon. Il soupira. C’était toujours ainsi, Youssou le houspillait régulièrement. Et il n’était pas le seul, d’ailleurs. Sa situation matrimoniale préoccupait vivement ses proches qui ne comprenaient pas son enlisement dans le célibat alors qu’il avait une position sociale confortable et que les occasions ne lui manquaient pas, bien au contraire. Beaucoup de filles de bonne famille parmi ses relations cherchaient à lui mettre la corde au cou. Ses mâchoires se contractèrent tout d’un coup. La pression de sa main sur son verre était si forte que celui-ci se cassa. — Je préfère qu’on parle d’autre chose, s’il te plaît, le coupa-t-il sèchement. — Non ! objecta Youssou, on va crever l’abcès une bonne fois pour toutes. Je comprends tes craintes, et je n’ignore pas ce que tu as traversé... — Raison de plus pour ne pas insister, rétorqua Abib ; je ne peux pas me permettre d’épouser la première venue sous prétexte que je dois me caser coûte que coûte. — Personne ne te demande de le faire, mais pour ce cas-ci, ça va bientôt faire deux ans que tu sors avec Diatou. Tu vas continuer ton dilatoire jusqu’à quand ? Elle va finir par se décourager, cette fille, et se tourner vers un autre mec. Abib vit rouge :
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