Émeraude secrète

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Un secret plane sur la vie d’Akil, jeune interne en médecine aux origines mauresques.


Sa mère Zémerauda, juste avant de mourir, lui a laissé entendre qu’il appartenait à une lignée illustre. Apparaît alors Iris Jasmin, une jeune femme mystérieuse, qui dit en savoir long sur la famille d’Akil. Très vite, une idylle se noue entre les deux jeunes gens, mais cette relation semble interdite. Sans explication, la jeune femme disparaît, le laissant désemparé. Il décide de quitter Paris pour se rendre sur l’île des Sages qui serait, d’après Iris Jasmin, le berceau de sa famille. Sur place, il fait la connaissance du roi de l’île, son grand-père, Akil le Grand, et de sa grand-mère, Lella, qui est bizarrement mise à l’écart au sein même de son palais.


La situation évolue brutalement quand le vieux roi meurt. Akil le Jeune devrait être son successeur sur le trône, mais c’est sans compter sur la rapacité d’Omar, le frère aîné du feu roi. Arrive alors Victor, un jeune architecte français, qui se prétend le fiancé d’Iris Jasmin. Tout s’embrouille dans la tête d’Akil qui ne supporte plus tous ces non-dits et ces mystères.


Après bien des tribulations, des menaces de mort, des poursuites, Akil apprend enfin toute la vérité. Quel est donc le secret de l’Émeraude.
N’existe-t-il qu’une seule Émeraude ?


***



Extrait :


Depuis combien de jours Akil dormait-il ? Il ne cessait de remuer. Il ne parvenait pas à s’arracher de son lit qui était trempé. Se serait-il oublié ?
— Ô mon Dieu ! Pas cela ! s'entendit-il crier.
Puis, d'un bond, il se dressa et se retrouva assis, l'oreiller entre les bras.
Il n'y avait aucun doute, il était bel et bien mouillé. Seulement, tous ses vêtements l'étaient aussi. Il venait de s'apercevoir qu'il portait son beau costume gris souris, et sur l'oreiller, il y avait le chapeau de feutre gris foncé agrémenté d'un ruban noir. Il le prit et du bout de l'index fit le tour du rebord, comme pour le caresser. Une infinité de questions lui assiégea le cerveau. Il ne savait plus. Il ignorait même pourquoi il dormait tout habillé et couvert de sueur ! Il leva la tête et regarda vers la fenêtre. Au-dehors, une fine pluie tombait ; des gouttelettes se jetaient et se collaient sur la grande vitre de la chambre. Cette eau cristalline ruisselait pour former un petit torrent qui glissait sur la cannelure du bas de l'encadrement de la fenêtre à demi-ouverte. Puis en flaque, l’eau s'étalait sur le parquet de la petite chambre. Quel triste mois de mai ! Le beau mois du muguet était gâché par cette grisaille.


Il se leva et se dirigea vers la fenêtre. Il posa son front fiévreux contre la vitre fraîche. Que cela lui faisait du bien ! Puis, la tête vide, il scruta de loin la tour Eiffel qui semblait se dissimuler dans la brume et l’humidité de Paris. On avait l'impression que la ville pleurait. Et le déclic se fit. Les lèvres entrouvertes, il se surprit à appeler : « Maman ! » Des larmes jaillirent de ses yeux verts. Elles coulèrent et dégoulinèrent en traçant de petits sillons sur ses joues. Puis, la douleur se faisant plus forte, il fut pris d’une colère inhabituelle et se mit à essuyer frénétiquement la vitre comme s’il voulait enlever toute trace de son chagrin. Découragé, il alla se rasseoir sur le bord du lit. Il regarda sa montre qu'il avait encore au poignet. Celle-ci marquait la date du 23 mai. On était donc lundi. Il essuya le cadran de la montre. Non, il ne rêvait pas ! Cela faisait près de deux jours qu'il ne s'était pas réveillé !

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EAN13 9791034806096
Langue Français

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Émeraude secrète
Saliha Ragad & Céline Roumégoux Émeraude secrète Couverture:Néro Publié dans laCollection Vénus Rose, Dirigée parElsaC.
©Evidence Editions2018
Chapitre I Jawharati perdue Depuis combien de jours Akil dormait-il? Il ne cessait de remuer. Il ne parvenait pas à s’arracher de son lit qui était trempé. Se serait-il oublié? — Ô mon Dieu! Pas cela! s’entendit-il crier. Puis, d’un bond, il se dressa et se retrouva assis, l’oreiller entre les bras. Il n’y avait aucun doute, il était bel et bien mouillé. Seulement, tous ses vêtements l’étaient aussi. Il venait de s’apercevoir qu’il portait son beau costume et, sur l’oreiller, il y avait le chapeau de feutre gris foncé agrémenté d’un ruban noir. Il le prit et, du bout de l’index, *t le tour du rebord, comme pour le caresser. Une in*nité de questions lui assiégea le cerveau. Il ne savait plus. Il ignorait même pourquoi il dormait tout habillé et couvert de sueur! Il leva la tête et regarda vers la fenêtre. Au-dehors, une *ne pluie tombait; des gouttelettes se jetaient et se collaient sur la grande vitre de la chambre. Cette eau cristalline ruisselait pour former un petit torrent qui glissait sur la cannelure du bas de l’encadrement de la fenêtre à demi ouverte. Puis, en aque, elle s’étalait sur le parquet de la chambre. Quel triste mois de mai! Le beau temps du muguet était gâché par cette grisaille. Il se leva et se dirigea vers la fenêtre. Il posa son front *évreux contre la vitre fraîche. Que cela lui faisait du bien! Puis, la tête vide, il scruta de loin la tour Ei4el qui semblait se dissimuler dans la brume et l’humidité de Paris. On avait l’impression que la ville pleurait. Et le déclic se *t. Les lèvres entrouvertes, il se surprit à appeler : « Maman! » Des larmes jaillirent de ses yeux verts. Elles coulèrent et dégoulinèrent en traçant de petits sillons sur ses joues. Puis, la douleur se faisant plus forte, il fut pris d’une colère inhabituelle et se mit à essuyer frénétiquement la vitre comme s’il voulait enlever toute marque de son chagrin. Découragé, il alla se rasseoir sur le bord du lit. Il regarda sa montre qu’il avait encore au poignet. Celle-ci marquait la date du 23 mai. On était donc lundi. Il essuya le cadran. Non, il ne rêvait pas! Cela faisait près de deux jours qu’il ne s’était pas réveillé! Soudain, tout lui revenait dans l’ordre, dans les moindres détails. Il se souvenait désormais! Jeudi, sa mère, la belle et mystérieuse Zémerauda, avait quitté la vie en toute discrétion. Dans la plus stricte intimité, ses funérailles avaient eu lieu au cimetière musulman de Bobigny dès le lendemain, selon les recommandations de la religion. Pour Akil, une partie de lui s’en était allée avec celle qu’il appelait « Jawharati », sa pierre précieuse. Dans le cœur d’Akil, elle avait laissé un caillou dur cette fois, celui de la douleur. Comment concevoir la vie sans elle ? Cette mère était tout pour lui, elle était son oxygène. Se sentant comme étou4é, il desserra son nœud de cravate. Il s’allongea, ferma ses yeux noyés de larmes et repartit dans ses souvenirs récents. Elle semblait en assez bonne santé avant ce jour fatal. Akil avait pourtant remarqué, il y avait de cela une semaine tout au plus, un certain a4aiblissement chez sa mère. C’était depuis le jour où elle était revenue de la banque. Elle avait déjeuné dans son restaurant habituel, celui du centre-ville, et sa « Jawharati » avait perdu le goût de vivre.
Elle avait été soudainement prise de vomissements inexpliqués. Elle avait refusé d’appeler un médecin. Elle fit même jurer à son fils, qui s’inquiétait de son malaise, de ne pas l’emmener à l’hôpital. — Mon heure est venue, je sais de quoi je meurs. Nos lois sont ainsi faites, nous n’avons aucun droit de les discuter. Ne cherche pas la cause, mon *ls, tu t’y perdrais. Sache que j’accepte cette mort. N’essaye pas de passer outre les lois du destin. Un jour, tu y verras plus clair. En attendant, vis ta vie! Cette phrase, dite la dernière nuit qu’il avait passée au chevet de sa mère, résonnait encore dans la tête du *ls. Zémerauda lui caressait le visage. Il sentait bon l’après-rasage qu’elle lui achetait elle-même. D’ailleurs, elle lui offrait tout! — Akil, mon tout petit, je crois que le moment de te quitter est arrivé! Il lui avait mis le doigt sur la bouche, elle le lui retira, l’embrassa en continuant de lui parler et le supplia de ne plus l’interrompre. Il obéit, bien que sa langue lui brûlât, tellement l’envie de faire taire sa mère était forte. Mais, en fils respectueux, il n’en fit rien et la laissa terminer. — Mon chéri, Dieu me rappelle à lui, tu dois l’accepter, tu ne peux rien contre sa volonté, ainsi soit-il! Ni toi ni moi n’y pouvons rien. Sois fort, mon petit trésor. Je t’aime, ne l’oublie jamais! Un jour, tu en apprendras beaucoup sur toi! Ne m’en veux pas si je t’ai caché bien des choses. Il le fallait. Si j’ai fait cela, c’est uniquement pour ta sauvegarde. Après Dieu et mon père, tu es mon seul amour! Un jour prochain, tu rencontreras ma famille dont je t’ai toujours caché l’existence. Je pensais, en ces moments-là, qu’elle te serait plus nuisible qu’autre chose! Je t’avais dit également que tous avaient été décimés par la maladie du typhus. Je regrette, mon *ls chéri! Ils sont bel et bien en vie! Nous appartenons à la grande noblesse de la « tribu des Sages », nous portons le nom des Ben Akil le Sage. Ton grand-père est très puissant! — Puissant comme quoi, Maman? Dis m’en plus, je t’en prie! Éclaire la lanterne que tu as toujours voulu tenir éteinte. — Chéri, ce soir, je suis trop fatiguée. Demain matin, je te dirai tout, c’est promis.
Chapitre II Les non-dits Elle aurait voulu lui raconter toute la vérité sur son époux, le père d’Akil, l’architecte portugais. Celui en qui elle avait cru et qui l’avait dupée, illusionnée, lui promettant monts et merveilles. Pour ce bel homme étranger, elle avait dû quitter sa famille, son pays et, surtout, son père à qui elle vouait une a$ection sans bornes. Un soir, alors que son époux était à moitié ivre, comme si souvent, et qu’il était au téléphone, elle prêta l’oreille discrètement. Horri(ée, elle resta clouée sur place. Voici ce qu’elle l’avait entendu dire d’une voix pâteuse : — Ne t’en fais pas, mon amour, j’ai tout prévu. Après avoir quitté l’île de « la tribu des Sages », j’ai envoyé une missive anonyme, calomnieuse, au roi Akil, le grand Sage, pour exciter autant que possible sa rancune contre sa chère (lle Zémerauda. Je n’ai pas oublié d’y joindre des photos truquées pour alourdir les fautes de cette niaise de femme que j’ai épousée! Mais pas pour longtemps! N’aie aucune crainte, ma belle, si mon idée de génie ne tombe pas à l’eau, Zémerauda sera vite rejetée par les siens et condamnée à mort. Tu sais aussi bien que moi que, dans ce pays-là, c’est ce qui attend toute femme qui fugue, surtout avec un étranger. Tu verras, tu seras alors ma reine. Patience. Allez! Je te laisse, je t’aime, ma déesse, à demain! Il avait raccroché. L’alcool avait eu raison de lui. Il s’endormit aussitôt à même la chaise. Zémerauda le laissa dans cette position jusqu’au lendemain. Elle ne lui parla jamais de ce qu’elle avait entendu. Elle garda ce secret qu’elle emporterait avec elle dans la tombe. Elle savait que son mari la trompait. Il paya, plus tôt qu’il ne le croyait, le prix de sa trahison. Mektoub, le destin en arabe ! Une semaine plus tard, le mari adultère eut un accident de voiture. Elle n’éprouva pas de chagrin, plutôt du soulagement. Comme si elle était délivrée d’un poids dont elle voulait se débarrasser. Cependant, dans son ventre, un tout petit être, qui n’avait pas demandé à venir, était bel et bien là. C’était pour lui, et pour lui seul, que Zémerauda devait a$ronter la réalité et être plus forte que jamais. Elle devait réparer ses fautes. Elle s’y attellerait! D’abord, elle donna la meilleure des éducations à cet enfant. Elle était naturellement raffinée par son origine de princesse orientale. Le lendemain matin, lorsqu’Akil apporta le petit-déjeuner à sa mère, elle ne répondit pas et n’ouvrit pas ses beaux yeux verts. Ce fut pour lui un drame indicible. Le médecin traitant con(rma le décès et il ne restait plus qu’à faire venir l’imam, selon les dernières volontés de la défunte. Zémerauda était partie, emportant avec elle tous ses mystères. Akil n’était pas plus avancé, même avec ce qu’elle avait eu le temps de lui apprendre. Tout un monde l’attendait désormais. La disparition soudaine de Zémerauda allait tout bousculer dans la vie bien réglée du jeune interne. Ce singulier Parisien, à la peau basanée et aux yeux couleur de jade, troublait beaucoup les étudiantes en médecine et les jeunes (lles de son quartier. Mais Akil traitait les femmes avec courtoisie, sans abuser de son charme. Il avait vécu une aventure avec une très jolie Française, la blonde Ophélie, sa deuxième « Jawharati ». Elle était, elle aussi, en (n de cycle de médecine. Tous deux faisaient bien des projets qu’ils n’eurent pas le temps de réaliser.
Chapitre III Tragique conflit des « Jawharatis » Quelques mois auparavant, tard dans la nuit, un coup de téléphone avait réveillé Akil en sursaut. Courroucé, il avait marmonné entre ses dents : « Je n’aime pas les appels à cette heure-ci, ce n’est jamais bon signe! » Son mauvais pressentiment s’était con&rmé. Il avait décroché d’une main tremblante. Au bout du fil, une voix en sanglots, presque inintelligible, lui avait annoncé la plus terrible des nouvelles. — Allo, Akil… C’est… Francine, la mère d’Ophélie. Elle a attenté à sa vie, je ne sais… pas pourquoi. Viens vite… Je t’en supplie, Akil! Akil ne se souvenait plus s’il avait répondu quelque chose ni comment il avait eu la force de se rendre chez son amie. Ophélie gisait sur le dos dans son lit, tout habillée, les poignets tailladés. Une mare de sang imprégnait les tapis et tachait les draps blancs. Elle portait les vêtements de la veille. Akil s’agenouilla près de son amour. Il se mit à pleurer longuement. Puis, ses souvenirs remontèrent à la dernière soirée où elle était encore en vie. Akil l’avait invitée chez lui et la discussion s’était envenimée entre Zémerauda et la jeune femme : — Vous n’allez tout de même pas croire que mon garçon sera un jour votre mari! Là, ma chère, vous vous leurrez! Akil ne peut pas vous épouser! Même s’il le voulait, je l’en empêcherais! Il n’en a pas le droit! — Pourquoi? Donnez-moi une seule raison valable et c’est moi qui ne l’épouserai pas! Je ne comprends pas! Pourtant, Madame, vous savez très bien que nous nous aimons. C’est plutôt vous qui n’avez pas le droit de nous séparer! lui répondit la jeune femme, irritée, perdant peu à peu sa longue patience. — Eh bien, Mademoiselle, sachez que j’ai tous les droits sur mon enfant et qu’il deviendra… — Continuez, Madame! Auriez-vous avalé votre langue? Jusque-là silencieux, Akil, voyant la discussion prendre une mauvaise tournure, intervint : — Maman, calme-toi et fais-nous part de tes pensées les plus secrètes. Oui, Maman, je te demande de parler clairement. Je t’en prie, pour une fois, joue la transparence. Je n’en peux plus de ces sous-entendus et de ces mystères! Assez! Parle honnêtement, comme tu m’as toujours appris à le faire. Si tu ne nous donnes pas de bons arguments qui puissent nous convaincre, alors considère que tout ce que tu viens de déclarer ne sera nullement pris en compte. Et j’épouserai Ophélie! Il avait dit cela d’une voix forte. Le ton d’une rudesse qu’elle ne connaissait pas chez son &ls, habituellement docile, laissa la vieille dame perplexe, sans réaction! Jamais Zémerauda n’avait vu son enfant lui parler de la sorte. Elle prit peur, c’était comme si une gi>e cinglante était venue abolir sa toute-puissance. Les paroles blessantes lui avaient été jetées en pleine &gure. Zémerauda bégaya et s’empressa de dire d’une voix adoucie : — Tu ne peux pas épouser cette &lle ni aucune autre de cette société! Tu ne peux prendre pour femme qu’une de ton rang et de ta communauté. Seulement celle que le clan familial, et surtout le roi, aura choisie. Ne me demande pas d’autres explications. Je ne suis pas en mesure de te les donner maintenant. Un jour
peut-être, quand le moment sera venu! — Maman, je te somme de tout me dire! Zémerauda garda le silence sur ce sujet jusqu’à la fameuse nuit de son décès. Akil revint souvent à la charge. Rien n’y &t! Telle était la volonté de cette « mère de fer », comme Ophélie avait coutume de la surnommer. Elle ne comprenait pas très bien les motivations ni le sens des mots qu’avait prononcés cette femme qu’elle n’aimait guère. Folle de rage et de douleur, elle avait pris son sac et quitté la maison en trombe. Malgré les supplications d’Akil, qui la retenait serrée dans ses bras, elle parvint à se dégager et partit en courant. Elle eut encore le courage de se retourner et de dire : — Vous me regretterez, je viendrai hanter vos vies, je vous le promets! Akil avait pris cela pour une simple boutade. Ophélie avait pour habitude de tenir de tels propos. Surtout sur Zémerauda qu’elle ne portait pas dans son cœur. Les funérailles furent émouvantes pour tous ceux qui connaissaient Ophélie. Elles furent éprouvantes pour Akil, dont le cœur était brisé. Zémerauda pleurait, elle aussi, en cachette de son &ls et en silence. Dans son cœur de mère, elle avait une pensée pour la défunte. Elle se disait en son for intérieur : « Que m’arriverait-il si je venais, moi aussi, à perdre mon Akil ? Je crois que je n’y survivrais pas! » Sans le vouloir, Zémerauda avait contribué au malheur de son &ls. Il avait fallu beaucoup de temps à Akil pour reprendre le dessus, pour pardonner à sa mère. Sa foi étant grande, il avait réussi tant bien que mal. Et désormais, il lui fallait aussi vivre sans Zémerauda.
Chapitre Iv Étonnantes réélations On frappa discrètement à la porte. Akil alla ouvrir. Droite et élancée, du haut de son mètre quatre-vingts, une jeune femme toisa celui qui se tenait en face d’elle. Avec assurance, elle prit tout de suite les devants. Elle semblait d’origine orientale et était d’une grande beauté. Arborant un sourire arti#ciellement aimable, elle prit la parole : — Je suis bien chez Monsieur Rodrigue Julio Akil? — En e+et, à qui ai-je l’honneur de parler? Soyez la bienvenue dans ma demeure, qui que vous soyez, dit Akil, subjugué, en ouvrant la porte en grand. — Merci, je ne vous retiendrai pas longtemps, car il me semble que vous sortiez. Je vais tout vous expliquer. — Sortir? Non! Je pensais plutôt prendre une douche. La jeune femme se mit à sourire discrètement. « Comment avait-il fait? Son costume était mouillé. Aurait-il chuté dans sa baignoire? » Pour adoucir sa rudesse, elle lui demanda : — Vous êtes trempé, seriez-vous tombé dans l’eau? Akil jeta un œil sur son costume et se mit à rire. — Non, c’est une longue histoire, mais donnez-vous la peine de vous asseoir. Je ferai vite, juste le temps de me débarbouiller un peu et de me changer. Je serai à vous dans un instant! En attendant, faites comme chez vous! Elle prit place dans un confortable fauteuil de cuir vert. Tout était assorti aux yeux d’Akil et de sa mère. Elle savait très bien que Zémerauda aimait la couleur de l’émeraude dont elle portait le nom. Elle se mit à feuilleter une brochure qui traînait parmi d’autres sur le guéridon en face d’elle. C’était une revue sur les plus belles demeures d’Orient! « De la nostalgie, sans doute! » se dit-elle. Une dizaine de minutes avaient su> à Akil pour faire sa toilette. Il revint propre, fraîchement parfumé et élégamment habillé d’un costume de @anelle grise. Lui aussi était bel homme, il avait une allure sportive et ra>née à la fois, le teint mat et les yeux couleur de rivière. La jeune femme était charmée. Dehors, la #ne pluie ne s’était pas arrêtée. Paris était vraiment lugubre. Comme malgré lui, Akil ne put s’empêcher de se confier à cette séduisante inconnue, pourtant si distante : Il pleut depuis jeudi, le jour du décès de ma pauvre mère. On dirait que le ciel a autant de chagrin que moi. — Excusez-moi, je ne vous ai pas présenté mes condoléances, Monsieur Rodrigue, je suis confuse, veuillez me pardonner! — Ce n’est pas grave, vous ne pouviez pas savoir, nous ne nous connaissons pas, je crois. — Détrompez-vous, Monsieur! À propos de vous, je connais tout ou presque! J’étais informée que votre