En attendant Noël

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Français
88 pages
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Description

Veuf depuis quelques années, Samuel, la quarantaine, vit en solitaire dans son atelier d'ébénisterie. Un jour, il reçoit un mystérieux paquet dont le contenu le renvoie à son passé et le conduit à s'interroger sur ses choix et son avenir.


Décidé à découvrir qui lui a envoyé cet étrange cadeau, Samuel recontacte ses anciens amis de l'orphelinat et réveille ainsi une vieille blessure, ce qui pourrait pourtant l'aider à se libérer enfin.

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Nombre de lectures 11
EAN13 9782364754454
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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ENATTENDANTNOËL S.M Gerhard RÉSUMÉ Veuf depuis quelques années, Samuel, la quarantaine, vit en solitaire dans son atelier d'ébénisterie. Un jour, il reçoit un mystérieux paquet dont le contenu le renvoie à son passé et le conduit à s'interroger sur ses choix et son avenir. Décidé à découvrir qui lui a envoyé cet étrange cadeau, Samuel recontacte ses anciens amis de l'orphelinat et réveille ainsi une vieille blessure, ce qui pourrait pourtant l'aider à se libérer enfin. © Éditions Voy’el 2019 Nous nous engageons à vous proposer des livres sans DRM, en échange, merci de ne pas diffuser cet epub sans autorisation de l’auteur ou de l’éditeur. Le piratage est un fléau pour les éditeurs, surtout les petits, car le numérique permet bien souvent des rentrées d’argent dont nous ne pouvons nous passer. En vous engageant à acheter nos livres légalement, vous nous aidez à vous faire découvrir de nouveaux talents, de nouveaux univers.
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30NOVEMBRECadeau: nom masculin (ancien Provençalcapdel,lettre capitale, du latincaput). Définition : Chose qu’on offre à quelqu’un pour lui faire plaisir. Ce cadeau est comme une bouteille à la mer. C’est l’appel au secours qu’on lance sans trop d’espoir, mais auquel on se raccroche pour avancer. Pourvu que ce présent fasse son office. Fatigué, Samuel n’avait qu’une hâte : rentrer chez lui. Ces deux jours à Paris étaient de trop. Une journée trop longue et trop loin de sa vie calme et rangée. Il aimait son travail, mais certains de ses aspects l’exaspéraient. Son activité était prospère. Ses meubles étaient reconnus à tel point qu’il était contraint de faire acte de présence lors de certains événements. Il aurait dû être habitué depuis le temps, mais il n’en était rien. Il se sentait toujours mal à l’aise et pas à sa place. La veille n’avait été qu’une confirmation de cet état de fait. Sam avait eu l’impression d’être un poisson hors de l’eau dès l’inauguration de cette exposition où étaient présentées quelques-unes de ses dernières créations. Il détonnait au milieu de cette foule citadine présente pour admirer ses « œuvres » comme certains aimaient à les désigner. Le mot « piège » résumait bien cette soirée. Et seul pour une fois, sans l’habituel soutien de ses amis auquel il se raccrochait face à cet afflux d’attention souvent hypocrite. Il aurait presque pu perdre pied s’il ne s’était rappelé que tout cela était éphémère et qu’après il s’offrirait une bonne dose de plaisir. Et encore mieux, le lendemain soir, il serait en route pour chez lui. L’ébéniste était fatigué, mais heureux d’être sur la route. Savoir ce qui l’attendait au bout du trajet était une satisfaction intense pour lui. Sam se voyait déjà se préparer un savoureux frichti dans sa cuisine, avant de le déguster tranquillement au coin du feu. Après, il s’offrirait une douche brûlante où l’eau coulerait longtemps pour dénouer sa musculature malmenée, après quoi il se faufilerait sous la couette chaude pour un peu de lecture et quelques heures de repos bien méritées. Ce programme réjouissant l’incita à accélérer, plus que quelques kilomètres, et il serait à La Jonquière. Enfin ! Sur le bas-côté de cette route de campagne se dressait un vieux calvaire surmonté d’une croix rouge. C’était le repère familier du chemin qui conduisait à sa maison. Que de souvenirs ! Samuel remarqua que quelqu’un y avait accroché une couronne de Noël. Un coup d’œil au tableau de bord du véhicule lui confirma la date de l’avent qui débutait le lendemain. Il restait vingt-quatre jours avant le réveillon et vingt-cinq avant la fête proprement dite. Un Noël de plus en solitaire, le troisième pour être précis. Une de ces dates symboliques qu’il détestait, car elle lui rappelait cruellement l’absence d’un être aimé et d’une famille. Il s’efforça de penser à autre chose en stoppant son utilitaire dans la cour. La nuit n’était pas encore là, mais le jour cédait déjà sa place, alors il ne put se repaître pleinement de la vie de son foyer. Le corps de ferme se noyait dans la pénombre. Samuel descendit de son fourgon, ouvrit la porte de la grange pour finir de se garer à l’abri. Il aimait cette routine quotidienne qui lui évitait de trop ressasser les mêmes choses. Il fit quelques pas en frottant ses mains nues pour lutter contre le froid mordant, ses gants ayant encore disparu il ne savait où. En grimpant les trois marches de pierre du perron, il aperçut un immense paquet emballé de papier kraft brun, enrubanné de satin crème qui le stoppa net. Sam fut surpris de trouver ce cadeau, ce n’était pourtant pas son anniversaire – il était né un Quatorze
Juillet à la plus grande joie de son lieutenant de père – ni sa fête, elle était en août. Hormis ses employés et quelques amis qu’il comptait sur les doigts d’une main, personne ne lui souhaitait l’un ou l’autre ou ne lui offrait de présents. Il devait probablement s’agir d’une erreur. Il déchiffra l’étiquette et y vit bien son nom complet inscrit : Samuel Lacour-Beauchesne. Il était rare de lire ses deux noms de famille accolés, ici il était seulement Beauchesne, fils de Nicole, petit-fils du vieux fou d’Armand, personne ne savait rien ou ne voulait rien savoir de la partie Lacour. Cela éveilla sa curiosité ! Il s’empressa d’ouvrir la porte pour se glisser dans l’ancienne ferme, au chaud afin de découvrir ce qui se trouvait à l’intérieur de ce mystérieux paquet. Le kraft froissé, en boule, traînait sur la table basse, Samuel était stupéfait et ne savait que faire. Il n’arrêtait pas d’aller de ce tas de déchets au cadeau déballé. Il triturait ses fines dreadlocks entre ses doigts, puis il frottait sa paume contre le jean qui enserrait sa cuisse. Ce geste le calmait depuis son enfance. Il le répéta une fois, deux fois, trois fois jusqu’à l’apaisement. Le seul moment où on l’en avait empêché, c’était pendant son service militaire, on lui avait rasé les cheveux, ne lui laissant qu’un court chaume sur le crâne. Il ne savait plus quoi faire de ses doigts quand il se sentait nerveux à part jouer avec une pièce de monnaie chinoise usée qu’il avait pris l’habitude de glisser dans ses poches. Elle était maintenant accrochée à son porte-clefs. Il secoua la tête pour revenir au présent. Était-ce l’âge ou la période qui le rendait sentimental ? Un peu des deux sûrement. Son regard retourna vers ce présent qui était de saison, on ne pouvait pas dire le contraire, mais il ne comprenait pas que quelqu’un lui ait envoyé un calendrier de l’avent en bois. C’était une tradition imaginée pour faire patienter les enfants et il ne l’était plus depuis longtemps. Fait maison, au vu du travail maladroit et perfectible, on remarquait quelques traces de colle, des découpes d’angles un peu hasardeuses et un ponçage qu’il aurait fallu améliorer. Ce boulot d’amateur n’avait rien à voir avec ce qu’il fabriquait dans son atelier. Cependant, il appréciait l’attention que la personne avait mise dans ce présent. Au moins, ce n’était pas une de ces réalisations usinées à la va-vite en pseudo-bois que l’on trouvait dans les magasins de loisirs créatifs. Il regarda de plus près la grande boîte, en pin au vu de l’odeur et du grain, faite d’un assemblage de vingt-quatre cases de diverses tailles. Chacune d’elles était assez grande pour y encastrer de minuscules tiroirs réservés aux surprises. Elles entouraient un espace vide où l’on pouvait placer les choses extraites des cadeaux mystères. Superstition ou vieux réflexes de son enfance, il n’osa pas ouvrir celle qui portait le numéro un. Il attendrait demain en buvant son premier café du matin. Il déposa le présent sur le linteau de l’immense cheminée en pierre du salon et retourna à sa vie ordinaire.
ER 1DÉCEMBREAvent: nom masculin (du latinadventus, arrivée). Définition : Période de l’année liturgique de quatre semaines qui précède et prépare la fête de Noël. En cette année particulière, cette période aura un goût d’espoir et d’attente. Quatre longues semaines, quelle folie ! C’est si court et interminable à la fois. Pourvu que ce temps file vite. Nous étions le premier jour de décembre, et Samuel se leva avec un peu plus d’enthousiasme que d’habitude. Ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps, trois ans pour être exact. Un mug de café fumant à la main, il pénétra d’un pas alerte dans le salon. La pièce était accueillante et chaleureuse avec ses beaux meubles en bois. Mais aujourd’hui, il ne voyait rien du décor familier, impatient et curieux d’ouvrir la première case et de découvrir ce qui s’y cachait.Des friandises ? Un jouet, comme lorsqu’il était enfant ? Ces petits cadeaux, il les adorait plus jeune. Qu’elle semblait loin l’innocence de ses premières années ! Sam aimait le rituel que son père avait institué dès son plus jeune âge. Il se souvenait vaguement d’un étrange tableau en tissus. Il représentait un sapin où étaient accrochées des sacoches blanches brodées de chiffres écarlates et fermées par rubans dorés. Il se rappelait que quand il était trop petit, son père le prenait dans ses bras pour qu’il puisse récupérer les sachets. Fébriles, ses doigts d’enfant maladroits dénouaient en tremblant le nœud qui le séparait de sa surprise. Les joies simples de l’attente et de l’impatience rythmaient chaque jour du mois de décembre. Il se sentait le plus heureux des garçons lorsqu’il découvrait des papillotes en chocolat. Plaisir délicieux qui fondait dans la bouche, bien trop éphémère pour le gourmand qu’il avait été et qu’il était toujours. Si ses parents ne l’avaient pas limité, il aurait fait plus d’une overdose de ces douceurs. Adulte, il contrôlait ses pulsions face aux friandises cacaotées en évitant d’en acheter. Il finissait par dévorer toute la tablette. Depuis qu’il avait constaté les ravages occasionnés par ses excès, il avait pris des mesures radicales pour ne pas voir réapparaître la moindre poignée d’amour sur son corps. Il faisait des exercices quotidiennement avec une longue balade en vélo le dimanche, mais surtout, il bannissait les sucreries de sa maison. À quarante ans, les écarts ne pardonnaient plus. Cependant, le chocolat était son talon d’Achille, sa faiblesse absolue ! Mais ces sachets recelaient toujours une surprise supplémentaire, quelque chose de plus pérenne, comme de simples soldats en plastique. Une année, sa collection de ces figurines lui avait permis d’animer de grandes batailles épiques avec ses parents au pied du sapin en attendant l’heure du déballage des cadeaux de Noël. L’année suivante fut celles des petites voitures ou des billes. Il mélangeait un peu les périodes dans ses souvenirs. Cela datait de si longtemps ! Samuel ferma les yeux pour dissiper la mélancolie qui menaçait de l’envahir. Cette saison le rendait très nostalgique, lui rappelant ce qu’il avait perdu. Il ne voulait pas penser à eux, à l’absence qu’il ressentait. Sam se focalisa sur l’instant et ce calendrier qui ne demandait qu’à livrer ses présents. Qu’allait-il trouver en tirant le tiroir ? Un jouet digne d’un enfant, une gourmandise pour tout le monde ou un petit plaisir pour adulte ?Qu’avait mis le mystérieux expéditeur dans ces cases ?C’était un secret, mais c’était le principe du calendrier de l’avent, vingt-
quatre petits secrets pour patienter. Les mêmes questions qui l’avaient assailli la veille au soir le taraudaient à nouveau.Pourquoi ? Qui ? Trouverait-il la réponse dans le contenu ? Un instant, Sam n’osa plus l’ouvrir par peur d’une mauvaise surprise. Doucement, bien trop lentement, il savourait son café par lampées repoussant le moment de la découverte. Tic-tac, l’horloge égrenait l’heure lui rappelant que sa journée de travail débuterait bientôt. Tic-tac. Oui ou non ? Tic-tac. Maintenant ou plus tard ? Tic-tac, dong ! Il tira soudain le tiroir marqué d’un simple chiffre un. Samuel se figea. Il ne s’attendait pas à ce genre de chose. Une statuette enfouie au milieu d’un papier de soie colorée. Il sortit celle-ci de son cocon protecteur rouge et découvrit un âne minuscule ! Un baudet gris couché sur un paillage, comme celui des santons des crèches provençales. Ce santon miniature semblait ridicule dans sa grande main sombre, presque trop fragile entre ses doigts marqués par le travail du bois. Sans trop regarder les détails, il devinait une manufacture parfaite malgré sa taille. Sam posa la bête de somme dans l’ouverture prévue à cet effet. Il recula pour apprécier le calendrier installé sur le manteau de la cheminée. Ses réflexions reprirent aussitôt. Elles se bousculaient dans sa tête.Qui pouvait avoir offert un tel objet à un adulte ? Pourquoi ce cadeau ? Quel en était le dessein ? Un puissant braiment retentit à l’extérieur, coupant son ruminement. Sophie, son ânesse du Poitou, le rappelait à l’ordre. La chef de meute de la petite ménagerie qui vivait dans les champs autour de l’ancienne ferme réclamait son attention. — Hi-han ! Second rappel pour Samuel qui avait oublié l’heure du repas depuis un moment. Il entendait son mécontentement et le comprenait, alors il fila vers l’arrière-cuisine pour mettre ses bottes. Il devait servir aux animaux leur pitance avant d’aller à son atelier sinon le concert de cris de colère n’en finirait jamais. D’ores et déjà, il savait qu’il aurait droit à de nombreux coups de tête pendant le temps du nourrissage. Sam sortit donc rapidement laissant le calendrier et ses interrogations dans la grande maison. Sa journée de travail ne faisait que commencer.
2DÉCEMBRESanton: nom masculin (duProvençalsantoun, petit saint). Définition : figurine en terre cuite peinte servant, en Provence, à décorer les crèches de Noël. Ce sont de petits souvenirs d’argiles, si fragiles de notre enfance presque oubliée. Mais maintenant, ils sont comme des messagers. Dur dimanche !Le réveil sortit Samuel d’un rêve curieux où un petit âne gris venait lui conter des histoires d’enfants jouant dans la neige. Luge, boule de neige et bonhomme au nez en carotte avec un drôle de chapeau ! Il sourit en émergeant difficilement. Cette période de l’année lui amenait toujours des songes étranges. C’était assez tard qu’il avait connu son premier et l’un des rares Noëls blancs de sa vie en arrivant à La Jonquière à plus de douze ans. Et il était déjà trop grand pour ces plaisirs enfantins. Il se souvenait de la fascination et de la joie pure qu’il avait ressenties quand le vingt-quatre au matin, il s’était réveillé avec les premiers flocons voletant dans l’air. Le vert de la nature s’était progressivement effacé. Il était sorti et avait frissonné dans son manteau trop léger pour ce temps. Il avait tendu la main pour recevoir la neige dans sa paume. Glacée, humide, mais surtout si blanche, majorant le contraste avec sa peau. Blanc sur noir.Je suis bien le fils de mon père, avait-il pensé alors. Les flocons fondaient dans la chaleur de sa peau, de neige à eau, une transformation presque magique. Éphémère comme tout ce qu’il avait vécu cette année-là. Il avait fermé le poing sur du vide avant de retourner dans la ferme, bien au chaud. Putain de spleen ! L’alcool ne l’avait pas assez engourdi pour l’éviter. Il aurait dû se prendre une dose plus forte de cognac avant de dormir. Ce plaisir coupable, il se l’offrait toujours dans la limite du raisonnable comme on le lui avait appris.L’ivresse n’est rien, le plaisir est tout.Il l’avait dégusté assis dans son fauteuil, observant le feu qui éclairait la pièce. Son regard n’avait pas arrêté de dériver vers le petit santon.Qui ? Pourquoi ?Des questions qui restaient sans réponses. Il avait cherché un peu de réconfort dans cette boisson. Savourer et ne pas réfléchir. Mauvaise idée aux conséquences désagréables. Les réminiscences de son passé lui revenaient en boomerang. Allez comprendre cette mécanique qui avait permis l’émergence de cet étrange rêve. Un animal qui parle, il n’avait plus huit ans, mais quarante bien tassés. Lui aussi était presque hors d’âge comme son cognac.Oui, vieux et trop con !Il le sentait quand il sortait le matin avec difficulté de son lit, alors il pestait contre lui-même. Serait-il un jour un de ces tamalous ou autres {1} jaibobolas qui se plaignent sans cesse des désagréments des années ? Il essayait pourtant de lutter contre son côté ronchon, mais rien à faire. C’était la première fois depuis des années qu’il n’était pas réveillé avant que la sonnerie ne retentisse. Il fixa l’heure avec humeur. Il avait perdu trop de temps. D’habitude, il se versait déjà son café dans la cuisine pour ensuite nourrir son troupeau et filer travailler. Pas de dimanche pour les créatifs. Rapidement, il se glissa dans les vêtements propres préparés la veille : un jean usé, mais confortable, un t-shirt à manches longues à la couleur indéfinie passée par trop de lavages, des chaussettes épaisses et moches, mais qui lui tiendraient chaud aux pieds. Sam jeta le gilet en polaire noire sur son épaule sans l’enfiler puis il captura ses fines dreadlocks afin de les attacher en une queue de cheval lâche. Un coup d’œil au miroir :
voilà, le travailleur des campagnes était prêt. Son reflet était très loin du soin qu’il prenait quand il sortait, pensa-t-il. Comme la veille, une grande tasse de café à la main, il entra avec allant dans le salon. Qu’allait-il trouver dans la boîte en pin ? Une nouvelle pièce pour compléter la crèche ? Un humain, un animal ou toute autre chose ? Aujourd’hui, Sam était pressé, aussi but-il en hâte son breuvage et posa-t-il le mug sur la table basse en chêne qu’il avait fabriquée lui-même, il y avait quelques années. Il tira doucement sur le bouton de la deuxième boîte et libéra une gangue de papier violet pâle, défroissa la délicate soie. Il découvrit un minuscule bœuf pendant de l’âne. Samuel l’inspecta sous tous les angles. La statue de terre cuite lui parut belle avec son cuir brun tirant vers le caramel foncé, ses cornes ivoires et son museau plus sombre. Tous les détails étaient là jusqu’aux sabots malgré la petitesse de l’objet. Même finesse d’exécution que le premier santon. Le plus surprenant tenait à son regard si doux. Il semblait fier avec sa tête dressée tout comme l’âne qui lui faisait face maintenant dans la niche. Finalement, ces deux bêtes avaient été plus accueillantes et bienveillantes que les hommes pensa-t-il en se remémorant l’histoire de la Nativité. Cette amorce de crèche lui donnait des idées à réaliser à l’atelier. Il chercha un de ses blocs à croquis qu’il laissait dans un grand nombre de tiroirs des meubles. Il se devait d’en avoir pour crayonner sur le vif de possibles projets qui émergeaient toujours à des moments improbables. Maintenant, il bataillait pour sortir de quoi dessiner et commencer à tracer à grands traits des crèches en bois recyclés, des lignes épurées célébrant la simplicité et la magie de cette naissance particulière. Il souriait, impatient de tester ses ébauches. — Hi-han ! — Oui Sophie ! j’arrive, se surprit-il à répondre à haute voix. Sam planifia sa journée tout en enfilant sa polaire qu’il avait toujours sur l’épaule. Un, nourrir les animaux avant tout. Deux, voir où en étaient les commandes urgentes afin de se libérer du temps dans la semaine pour développer ses idées. Trois… Nouveau braiment impatient. Pas de trois pour le moment. Il accéléra la cadence bataillant pour fermer son manteau en même temps que la porte. Samuel avait ses habitudes. Et il tenta de les respecter malgré son retard, ce fut donc à grands pas rapides qu’il traversa la cour pour entrer dans l’atelier avant huit heures trente. Il aimait que tout soit opérationnel et ça serait le cas quand ses deux employés arriveraient lundi matin s’il y passait la journée à travailler.
3DÉCEMBREM outon :nom masculin (du latin populairemulto, – onis, bélier, d’origine gauloise). Définitions : mammifère ruminant domestiqué pour leur production de laine, de viande et de lait (Ovidés : agneau, bélier, brebis). (Cri : le mouton bêle) – Personne crédule, passive, douce, facile à duper ou à mener. Pendant longtemps, il avait désiré être un blanc comme les autres membres du troupeau, il s’était révélé être un noir qui suivait un chemin différent de celui de la majorité. En avait-il été plus malheureux ? Non, il était juste un mouton finalement. Des songes troublants avaient de nouveau agité sa nuit, mêlant tous les plaisirs et les regrets de sa vie. L’avent revenait avec ses mauvais côtés comme les bons. Sam aurait aimé ne rêver que des câlins de sa mère, de doux baisers de son ange, de la passion de son homme. Mais non, il avait toujours cette notion de perte qui balayait tout et qui, au final, laissait un goût amer en bouche au réveil et vous mettait de mauvais poil dès le saut du lit. Le café qu’il pouvait boire n’y changeait rien, et ce calendrier qui le narguait non plus. Le tiroir numéro trois était un peu plus grand que ceux des autres jours. Et ce ne fut pas un, mais trois cocons gris qui s’y dissimulaient. Le papier de soie froissé joncha rapidement le sol. Samuel considérait les animaux dans sa main. Blanc sur noir, quel contraste ! Des moutons de différentes tailles s’y trouvaient. Il déposa le minuscule bélier aux cornes enroulées et foncées sur la crèche puis la brebis.Maintenant, il ne manque plus que les poules et les oies pour ressembler à mon propre troupeau,en pensa-t-il rangeant l’agneau, le plus petit des santons. Sam le caressa du pouce. Il avait toujours aimé les bestioles de toutes sortes, mais il n’avait jamais pu avoir dans sa jeunesse d’animal de compagnie, car ses parents déménageaient sans cesse. Ils assouvissaient son engouement pour la faune en l’amenant régulièrement dans des zoos ou des parcs animaliers et en lui offrant de nombreux livres sur le sujet : des documentaires ou des romans comme la série deL’étalon noirde Walter Farley. C’est à La Jonquière qu’il avait pleinement satisfait sa passion. Aujourd’hui, la ferme n’en était plus une depuis longtemps, mais il avait gardé quelques bêtes en souvenir de son grand-père. Pas autant que du temps de son aïeul, c’était impossible avec son travail à l’atelier, mais de quoi rendre l’endroit vivant : une vache et son veau, un âne, quatre chèvres, quelques moutons et diverses volailles. Sam sourit au souvenir de son attitude à son arrivée à La Jonquière, l’élevage d’ovins et de bovins véhiculait une image de puanteur et de dur labeur qui l’avait rebuté. Le poulailler passait encore, c’était utile : des œufs frais à volonté et le délicieux poulet du dimanche midi. Puis le jeune métis avait appris à s’en occuper, d’abord à reculons, puis finalement avec enthousiasme : les animaux étaient les seuls qui ne le jugeaient pas sur ce qui le démarquait des autres. Avec eux, pas besoin d’être sur ses gardes, il pouvait abandonner toutes les défenses qu’il avait érigées pour se protéger des collégiens qui se moquaient de sa taille, de sa couleur de peau, de son accent pointu et de ses drôles d’expressions du Sud. Samuel confiait ses peines aux « bêtes », ses problèmes et les difficultés de vivre dans ce coin perdu du bocage mayennais. Grâce à leur nature mutique, ils gardaient tous ses dires et particulièrement le secret qu’il ne pouvait dire à personne d’autre. Parfois, il regrettait la présence de ses amis restés à l’orphelinat. C’était tellement plus simple d’être au contact des vaches qu’avec les gens du cru ; c’était à travers ces animaux et l’attention que son grand-père leur accordait qu’il avait tissé, petit à