Entre deux Portes

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174 pages
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Description

Mère de deux filles et divorcée, Jenah déguste avec bonheur un grand amour passionnel et fusionnel avec son amoureux Erik. mais sa vie va soudainement basculer... Car celui-ci s’en va brutalement, emportant avec lui rêves et bonheur, projets et illusions.


Alors qu’elle a complètement perdu espoir, une porte s’ouvre devant Jenah, une main est tendue, pour l’aider à trouver son chemin.


Voici le parcours d’une femme d’aujourd’hui en quête d’elle-même, blessée par la vie, flottant dans son existence, comme "Entre deux portes..."


C’est le premier roman « tout-public » de June Summer, qui nous décrit de sa plume sensible une histoire qui parle au coeur, entre amour, passion, évolution personnelle. Les lecteurs qui connaissent les livres érotiques de June reconnaîtront la touche de sensualité poétique qui baigne ses récits.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 93
EAN13 9789522737175
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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© 2015 June Summer
Tous droits réservés

Image de couverture : June Summer

Publié en octobre 2015, par :

Atramenta
Riihitie 13 D 14, 33800 Tampere, FINLANDE

www.atramenta.net

June Summer

ENTRE DEUX
PORTES

Romance

Atramenta

Chapitre 1 : LUMIÈRE

Quand Tu es là, tout est brillant, tout est Lumière,
C’est le Bonheur.
Quand tu disparais, je n’ai plus de repères.
C’est le Malheur…

« Coucou, mon amour, je suis en route pour venir Chez Nous… »
Jenah sourit en envoyant son message depuis son portable, puis
termina ses préparatifs. Elle adorait ce rituel avant de quitter sa
maison familiale, avant de se rendre à Sapinhaut, dans leur petit nid
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d’amour situé dans les Alpes valaisannes. Son amoureux l’y
rejoindrait ensuite, puis ils feraient l’amour avec passion comme
toujours, dégusteraient un petit souper fin à la lueur du feu de bois,
puis ils s’endormiraient l’un contre l’autre, enlacés en une fusion
idéale. Chaque instant serait parfait, à l’image de leur union sans
nuages. Elle adorait chaque détail de leur vie et de leur intérieur où
ils partageaient des instants sublimes. Elle avait choisi avec soin la
vaisselle, les bibelots, les meubles, qui s’accordaient à la teinte
orange des rideaux de leur appartement, pour que l’ensemble se
marie à la lumière splendide qui baignait les lieux avec le soleil
couchant sur les cimes avoisinantes. Elle aimait tout ce qui
composait leur petit paradis, chaque meuble, chaque détail, chaque
souvenir de leurs moments partagés là-haut, près du ciel et des
sommets.
Jenah fit rapidement un sac de ses affaires, choisissant avec soin
des dessous sexy qu’elle porterait pour son amoureux, et qu’il
1 Régionalpine de Suisse romande

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découvrirait avec l’enthousiasme qui colorait leur vie sensuelle. Il les
lui retirerait avec fougue, puis lui ferait l’amour sur le lit tendrement,
ou bien devant le feu de bois sur le sofa plus fiévreusement, et tout
serait encore merveilleux. Elle se maquilla avec soin devant sa
coiffeuse, soulignant ses yeux verts de noir, posant un peu de fond de
teint sur ses pommettes striées de petites rides qui ne la gênaient pas
puisqu’il les aimait, coiffa ses longs cheveux clairs comme elle savait
qu’il les appréciait : longs et lissés sur son dos. Elle se regarda avec
fierté, confiance. Depuis qu’Erik était dans sa vie, elle avait embelli,
et portait ses cinquante ans avec une aura de séduction que tous
remarquaient. Il l’avait fait éclore à la vie sensuelle, amoureuse, et
baignait sa vie d’amour et de joie. Elle avait de la chance et la
savourait, jour après jour.
Elle prit son sac et sortit de sa chambre, après un regard circulaire
pour vérifier que tout était en ordre. Les coussins étaient arrangés
avec soin sur le lit recouvert de sa couverture de patchwork
chamarré, les rideaux clairs bien tirés. Les tableaux disposés sur le
bureau étaient recouverts des photographies de ses enfants devenus
grands qui lui souriant avec amour, dans la brillance des jours passés
enfuis ; c’était les souvenirs de cette autre vie, dans laquelle elle était
une mère de famille dévouée à ses proches. Elle avait vécu de
merveilleux moments, elle les vivait encore avec ses deux filles
désormais autonomes, du lundi au vendredi. Depuis qu’elle était
séparée de Michel, son mari parti depuis trois ans, elle avait une autre
existence pendant les week-ends; une vie d’amoureuse, désirée,
comble, choyée, aimée. La semaine était dédiée à la famille, le
travail. Puis les autres jours étaient consacrés à Erik, à leur relation
passionnelle. Ses amies enviaient cette existence magnifique et
lumineuse, faite de loisirs et de sorties en amoureux. Jenah savourait
cette chance, celle de vivre aussi intensément une nouvelle étape
après son divorce. Lors de leur mariage, son mari était devenu
indifférent à elle puis elle à lui, si bien que leur union s’était étiolée
insensiblement, jusqu’à ce qu’elle meure peu à peu. Ils s’étaient alors
quittés sans trop en parler, prenant avec philosophie cet aléa du
destin, partant chacun de son côté pour refaire sa vie.
Puis elle avait rencontré Erik. Tout avait changé, explosé. La

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lumière s’était faite plus forte, plus intense, illuminant sa vie de
couleur Passion. Elle respirait, pensait, vivait Erik, comme lui-même
respirait, pensait, vivait Jenah. Elle aimait cet homme avec un grand
A. Cet amour l’habitait complètement, occupait toutes ses pensées,
tous ses buts, tout son Destin. Ils s’écrivaient plusieurs messages
chaque jour, sinon le manque de l’autre saisissait leur cœur d’une
étreinte douloureuse, d’une angoisse indicible. Ils en riaient, étonnés
de découvrir à leur âge mûr une passion amoureuse aussi intense. Ils
pouvaient passer des heures à s’embrasser, faisant ainsi l’amour par
de simples baisers. Ils pleuraient de joie quand ils se retrouvaient, ils
riaient et chantaient, profitant des joies de la vie comme deux
adolescents en plein délire amoureux. La Vie était belle, et l’avenir
radieux.
Tout en imaginant avec joie les plaisirs à venir, Jenah passa en
revue toute la maison, vérifiant que les lumières soient éteintes, que
le chat de la maison ne soit pas enfermé, que tout soit en ordre. Les
portes des chambres de ses deux filles étaient fermées sur le désordre
habituel, entre vêtements sales et lits défaits. Elle fit la grimace.
« Quand donc ces deux-là allaient-elles grandir ? L’état d’étudiante
nécessitait-il vraiment de vivre dans un tel capharnaüm» Elle
soupira à cette pensée, puis se dirigea vers la cuisine, vaste et claire,
meublée de sa grande table et de chaises désormais peu occupées. La
vie de famille était devenue un genre de colocation. Jenah travaillait
souvent, rentrait tard, et n’était plus là les week-ends ; les deux filles,
Estelle et Manuela faisaient des passages pour déposer des habits à
laver ou se servir dans le réfrigérateur, puis repartaient à leurs études
ou à des fêtes entre amis. Elles se laissaient toutes trois des petits
billets, appréciant chacune cette nouvelle vie un peu déstructurée,
mais libre à souhait. Elle prit un billet dans un tiroir, y écrivit
rapidement une petite note pour ses deux filles, et la plaça sur l’évier,
bien en vue :« Salut mes filles ! Je pars à Sapinhaut, passez un bon
week-end, n’oubliez pas de nourrir le chat d’éteindre les lumières ! Il
y a des restes pour vos repas dans le congélateur! Bisous de
Maman. »
Après avoir rempli ses derniers devoirs de mère de famille, Jenah
passa au vestibule pour se préparer. Elle choisit des bottes hautes,

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accordées à la robe noire courte qui mettait en valeur ses longues
jambes revêtues de bas foncés, passa un manteau que son amoureux
lui avait offert lors de leur dernière sortie de shopping à Paris. Elle
sourit en revoyant ce moment si doux, leur baiser dans cette boutique
qui avait surpris la vendeuse, puis leurs rires ce soir-là… Ils avaient
passé la nuit dans un hôtel élégant où ils avaient dormi, fait
l’amour… Erik avait été tendre et fougueux, passionné, ils avaient
joui et crié de plaisir, tous deux dans le même élan de passion. Puis
ils avaient dormi, et recommencé plusieurs fois, infatigables, toujours
affamés l’un de l’autre. Elle n’avait jamais connu tel bonheur, et le
savourait comme un cadeau rare reçu par miracle. Elle n’avait pas
l’habitude du luxe, Erik la gâtait toujours, c’était nouveau pour elle,
inattendu, inespéré:« Erik… »cœur battit la chamade, son Son
corps frémit de désir. C’était le moment de le retrouver. Son portable
vibra :
« Coucou mon amour ! Je t’attends, faim de toi… »
Jenah s’amusa de ce hasard sans surprise: les messages d’Erik
arrivaient souvent au moment exact où elle pensait à lui. Elle frémit
encore à la lecture de ces mots brûlants; son corps fut envahi de
chaleur, d’excitation, comme si un courant électrique s’allumait dans
chaque cellule de tout son être. Ils allaient se retrouver bientôt,
s’aimer, s’embrasser, et jouir des mille délices de leurs corps enlacés
et fusionnés. Ils visiteraient toutes les positions que leurs corps
inventaient pour se donner les plaisirs ; ils riraient et vivraient encore
un week-end de rêve, dans le paradis qu’ils s’étaient créé. Elle serait
si bien entre ses bras puissants, blottie contre lui, nue et heureuse de
sentir ses caresses sur sa peau douce. Elle se sentirait aimée, choyée,
désirée ; elle dégusterait intensément de chaque seconde de ces jours
délicieux avant de rentrer chez elle.
Jenah avait hâte de partir, elle ne pouvait plus tenir en place. Elle
se regarda une dernière fois dans le miroir du vestibule, admirant
cette femme souriante et sûre d’elle, irradiant la joie de vivre, comme
si son amour partagé avec Erik lui donnait une aura ensoleillée même
par un jour d’octobre plutôt gris.
Elle sortit en fermant la porte à clé, retira celle-ci et la dissimula
derrière le gros pot de fleurs à gauche du perron. Une cachette facile

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que tous leurs proches connaissaient, dans les vieilles habitudes de
confiance en usage dans cette campagne isolée. Jenah ouvrit la
portière de sa voiture qu’elle trouva déplacée par quelqu’un, les clés
sur le tableau de bord. Ce devait être Petrus, le voisin qui avait
sûrement eu besoin de passer avec son véhicule sur son chemin. Il
avait laissé les clés sur le contact; elle n’eut qu’à la tourner pour
démarrer, après avoir déposé son sac de voyage sur le siège à côté
d’elle, son sac à main calé sur le dessus. Elle tourna la clé de contact
pour allumer le moteur, réglant le chauffage au maximum pour
réchauffer le véhicule, il commençait à faire froid en ce mois
d’octobre.
Jenah installa son téléphone portable à portée de main, dans le
souci d’être constamment reliée à son amoureux par les ondes, à
défaut de l’être dans la vie, puisque leurs semaines se vivaient de
manière séparée. Elle savait qu’il faisait de même, toujours attaché à
recevoir ses moindres messages. Leur amour était ainsi rythmé par
les SMS échangés régulièrement, depuis le premier du matin, pour se
dire« Bonjour »,jusqu’au dernier du soir pour se souhaiter« Bonne
nuit ».
Heureuse de partir, Jenah démarra en chantonnant, impatiente de
retrouver son amoureux. Le voyage fut sans histoire, déroulant son
bitume sous les roues rapides de la petite voiture, traversant tout
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d’abord le canton de Vaudqui s’obscurcissait dans le crépuscule,
avec ses villages composés de grandes maisons de pierre, séparés par
des champs de labours, des chemins de terre, des forêts ; puis Jenah
prit l’autoroute qui évitait Lausanne en direction du canton du
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Valais , longeant le lac Léman ; celui-ci brillait de mille feux sous la
lueur des rayons orangés du soleil couchant se reflétant sur ses eaux
paisibles, pour un panorama somptueux. La radio de bord distillait
les chansons d’amour les plus enflammées, comme pour s’accorder à
l’humeur de la conductrice; le paysage sublime des coteaux de
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Lavaux étaitéclairé par les dernières lueurs du jour, avec ses vignes
arrangées avec soin le long des pentes abruptes, parsemées de

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Vaud : canton suisse situé sur un plateau de moyenne altitude
Valais : canton suisse situé dans les Alpes
Lavaux : vignoble en terrasses situé près du lac Léman dans le canton de Vaud,
patrimoine mondial de l’Unesco

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charmants villages perchés dans la pente.
Jenah ne se lassait pas de ces voyages hebdomadaires qui
enchantaient son amour de beauté et de nature. Le trajet se
poursuivait en longeant la vallée du Rhône, ce fleuve mythique qui se
jetterait bien plus tard dans la Méditerranée, issu des glaciers
alpestres, situés derrières les montagnes qui bordaient cette belle
région fertile, parsemée de vignes, vergers, et villages typiques et de
montagnes, le canton du Valais. Il fallait rouler encore le long de la
vallée du Rhône, avant de quitter enfin l’autoroute pour monter en
altitude, vers les plus hauts sommets.
Jenah connaissait parfaitement son itinéraire, et suivit sans
hésitation les différentes routes que ses phares éclairaient dans la nuit
tombée. Elle parvint enfin à Sapinhaut, après avoir suivi les multiples
méandres du chemin de montagne. Le soleil s’était couché dans une
symphonie de couleurs, il faisait nuit ; les étoiles s’allumaient dans le
ciel obscur. Tout était parfait, ce vendredi soir entamait un nouveau
week-end idéal.
Jenah sortit de son véhicule avec bonheur, prenant le temps
d’admirer le paysage grandiose qui entourait le petit chalet, lieu de
leurs séjours réguliers. Plusieurs grands sapins tout proches
balançaient leurs branches sous le vent nocturne; on entendait des
grillons chanter encore, l’air frais était embaumé par les senteurs
alpestres qu’elle inspira profondément avec délectation:« Jesuis
chez nous, enfin! » Lesdernières lueurs du couchant se reflétaient
sur les cimes enneigées au loin, tandis que la lune déployait son
croissant jaune comme pour compléter parfaitement un tableau de
maître. Jenah attrapa ses bagages, ferma sa voiture, et se dirigea vers
son logis en retenant son manteau pour se protéger du froid. Elle tira
une clé de son trousseau pour ouvrir la porte de bois qui s’ouvrit
aussitôt, déposa ses affaires sur le sol et referma vivement le battant,
faisant de la lumière dans un geste accoutumé au lieu. Jenah
découvrit avec délectation le petit appartement bien rangé: d’abord
le salon avec ses fauteuils disposés autour du fourneau à bois, son
canapé recouvert d’une couverture et de coussins.
L’arrivante entreprit tout d’abord d’allumer un feu, pour
réchauffer la pièce. Quand celui-ci se mit à brûler franchement, Jenah

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régla le tirage et regarda longuement les flammes crépiter derrière la
vitre dépolie. Elle savait que ce soir, Erik lui ferait l’amour ici même,
devant ce foyer, et qu’ils seraient tous deux heureux comme des
princes. Elle se rappela les paroles de sa chanson préférée:« Les
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Grands Espaces». Elle la chantonnait souvent, émerveillée par les
similitudes entre leur histoire d’amour et cette mélodie charmante,
décrivant ce qu’elle éprouvait avec beaucoup de sensibilité :

« Si on visitait notre Nevada ?
Cet endroit si près de Toi et Moi…
Oh dis, est-ce que cette nuit tu y viendras
Si je t’y attends près du feu de bois ? »

« Les grands espaces qui sommeillent,
En nous sous les ébats de nos soleils,
D’immenses paysages sans pareils,
Un refuge où l’amour est éternel… »

Jenah admira le tout un instant, envahie de reconnaissance envers
la Vie qui lui avait donné cet amour extraordinaire à partager avec un
homme merveilleux, comme dans le dernier refrain de cette même
chanson :
« Les battements de notre cœur nous ont réunis,
Cet endroit est notre Paradis… »

Elle chantonna encore un peu, puis écrivit le message que son
amoureux attendait avec impatience, probablement
« Coucoumon amour, je suis chez nous. Je t’attends… Je
t’aime… »
Jenah se prépara ensuite avec soin, prit un bain moussant, son
téléphone posé près de la baignoire entourée de bougies parfumées.
Elle se mettait dans l’ambiance érotique que les deux amoureux
entretenaient avec soin, et qu’Erik adorait particulièrement. C’était
un homme très viril, charnel, attaché à leurs jeux sensuels, à son
corps de femme, à sa peau douce, ses hanches rondes, ses cheveux,

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Isabelle Boulay chanteuse québécoise : « Les grands espaces »

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son sexe, son odeur. Il répétait souvent de sa voix basse et
envoûtante, des phrases qui l’électrisaient complètement:« J’aime
ton odeur… Tu me rends fou… Je suis fou de toi… »Il lui écrivait des
SMS enflammés, à toute heure du jour ou de la nuit, la rendant folle
de lui chaque jour un peu plus. Il intensifiait par ces messages
réguliers un lien de plus en plus fort entre eux, passionnel, fusionnel,
obsédant. Elle lui répondait sur le même ton, dans un jeu de
séduction mutuel qui les occupait en permanence, corps, âme et
esprit. Ils s’écrivaient pendant le travail et en devenaient distraits au
grand dam de leur entourage ; ils échangeaient des SMS pendant les
repas, les transports, en conduisant, en marchant, le sourire aux
lèvres, suspendus à cette fascination d’être la personne la plus
importante pour un autre idéalisé, lointain et présent, attentif et
perpétuellement en désirs. Jenah vivait dans une extase permanente,
à vivre ainsi une telle fusion amoureuse avec Erik, qu’elle voyait
comme l’homme de sa vie, l’amoureux parfait, le compagnon de ses
jours à venir.
Certes, elle avait remarqué qu’il avait aussi des défauts, ses failles,
des silences. Il parlait peu de ses soucis, de son intériorité, de sa
famille qui n’acceptait pas leur relation amoureuse. Il ne savait vivre
qu’au moment présent, et ne voulait aborder aucun sujet sérieux,
aucun projet ou introspection trop avancés, évitant toute question
personnelle. Jenah en avait pris son parti, refoulant son besoin de
construction de couple.Il n’était pas prêt, il le serait un jour, et
voilà !En attendant, il lui faisait l’amour comme un roi, faisant d’elle
sa reine! Il la faisait rire et jouir, l’emmenait dans des endroits
extraordinaires pour de grands moments, et c’était le plus important.
Leur vie était une fête permanente, et tant pis pour les détails… Et ce
qui était si merveilleux, c’était cette synchronisation perpétuelle. Elle
pensait à lui, il l’appelait. Il pensait à elle, elle écrivait un SMS. Il
semblait que leurs esprits étaient reliés en permanence. Tous deux
avaient remarqué que même dans leurs activités ordinaires, des
hasards incroyables se produisaient régulièrement. Jenah se rendait
chez le dentiste, Erik en sortait justement. Elle s’achetait des
bottines, il payait les siennes à la caisse à l’instant. Elle rêvait de
voler avec son amoureux, il lui racontait le même songe… Les deux

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amoureux passaient leur temps à s’émerveiller des coïncidences
innombrables que la vie leur présentait, comme pour leur montrer
précisément à quel point ils étaient faits l’un pour l’autre.
Allongée avec délice dans sa baignoire, Jenah pensait à tout cela
en choisissant mentalement sa tenue pour accueillir son amoureux.
Son téléphone vibra soudainement ; elle sécha sa main à une serviette
proche et le consulta avec un sourire amusé :
« Mhmmma belle, j’arrive! Mets-toi en tenue sexy, je suis
impatient de te la retirer… J’arrive… »
Elle pensa avec fierté:voilà !« EtJe pense à lui, il m’appelle !
Nous faisons de la transmission de pensée, c’est extraordinaire!
Notre amour est fabuleux, cet homme est super, je l’adore! » Elle
écrivit un message dans le même ton, un peu coquin, sensuel,
excitant :
« Rouge ou noir ? Soie ou cuir ? Froufrous ou rien du tout ? »
« Mhmmm…J’hésite… Alors je choisis la surprise… je suis là
dans trente minutes… »
« Je serai prête… Où ? »
« Mhmm… Pourquoi pas le fauteuil… Joli, ce fauteuil… »
Jenah rit aux éclats. Elle adorait l’humour décalé de son
amoureux, toujours empreint de sous-entendus coquins. Elle n’avait
jamais rencontré d’homme aussi charmeur, charmant, attentionné. Il
était très séduisant, grand et fort, avec un visage viril, des yeux clairs,
des cheveux gris coupés en brosse. Il faisait de leurs retrouvailles une
féerie complète, un enchantement perpétuel. Il était son Merlin, son
enchanteur, il l’avait fait éclore, devenir une femme sensuelle,
charnelle…
Elle passa dans sa chambre, marchant nue dans l’appartement, sur
la pointe des pieds, captant son reflet dans les miroirs. Elle se sentait
belle, désirée, aimée. Elle était attentive à chaque détail, dans les
préparatifs de la rencontre qui accroissaient son excitation. Les
bougies étaient disposées partout, pour une lumière douce et
vacillante, érotique. Le feu était bien attisé dans le poêle, le
champagne au frais, tout était prêt. Jenah passa ensuite dans sa
chambre, pour choisir sa tenue. Elle hésita longuement devant les
dessous qu’ils avaient choisis ensemble ou qu’elle avait, depuis ces

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trois années, achetés pour son amoureux. Des bas, noirs ou blancs,
des corsets, des guêpières, des chaussures à talons. Sa commode était
un coffre à trésors, avec des tiroirs ressemblant à ceux d’une call-girl
ou d’une danseuse de burlesque. Il y avait aussi des robes de dentelle,
des lanières de cuir, et quelques objets quema« rigoureusement
mère m’interdit de nommer ici…» Jenahrit toute seule, en se
rappelant leurs dernières plaisanteries à ce sujet. Erik avait
remarqué :« Cettecommode est extraordinaire, mais soyons
prudents !Si nous avons des visites, il vaut mieux que personne ne
l’ouvre par mégarde… »
Jenah choisit une paire de bas noirs ornés d’un nœud rouge
coquinement attaché à la cuisse par une jarretelle, des escarpins
vertigineux, un corset noir fermé par un laçage le long de son dos.
Elle savait qu’Erik aimerait cette vue sur ses reins, sur ses hanches…
elle passa chaque pièce de vêtement avec soin, puis regarda sa
montre ;elle se dépêcha de terminer ses préparatifs, pour aller se
placer sur le fauteuil, à genoux, fesses tournées vers la pièce, sans
gêne, sans pudeur. Il allait venir, il allait venir ! Elle ne verrait rien,
tournée ainsi, elle devinerait ! Pour le jeu. Pour le plaisir…

Ce soir, mon corps réclame tes mains,
Mon amour, vas-tu venir à moi ?
Tu passeras la porte, puis saisi,
tu admireras les courbes de mes hanches,
dessinées par ces dentelles noires
qui décorent ma peau si blanche,
souriant avec faim des délices à venir,
En de délicieux soupirs à mi-voix…
Ce soir ton corps pliera mes reins,
tes mains chaudes cercleront mes seins,
Tes paumes avides dessineront les douces collines
de mes hanches rondes,
Tes doigts curieux joueront entre les frises noires
des dessous du monde,
Ta bouche vorace incendiera ma peau,
pour de sauvages jeux sans freins.

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La tentatrice offerte sur ce fauteuil n’éprouvait aucune peur,
aucune pudeur, envahie d’excitation et de plaisir anticipé. Elle
adorait cette connivence extraordinaire qui leur avait fait créer un
monde secret et sans tabous, dans lequel elle se sentait la reine de son
roi, en toute confiance. Erik l’aimait avec tant de passion que,
certaine de son amour et de son désir, Jenah osait tout. Elle n’était
plus cette femme timorée qui faisait l’amour dans le noir. Erik l’avait
fait naître à sa féminité, elle se sentait sûre d’elle, fière de son corps,
femme entièrement, complètement…

Aujourd’hui, c’est un jour à étincelles,
La joie se met dans mon cœur soleil,
Malgré le froid qui mord, je serai belle,
Pour avec Lui habiter une bulle vermeille.

Elle attendit longtemps, frissonnante d’impatience. Le feu de bois
brûlait dans le poêle devant elle, chauffant son corps, attisant ses
sens, colorant sa peau de reflets orangés. Le parfum musqué des
bougies odorantes disposées près d’elle lui tournait la tête ; elle avait
chaud et soif, elle était impatiente. Puis elle entendit un bruit de
moteur, des claquements de portes de voiture, le cliquetis de la clé
dans la serrure, le murmure de pas dans le vestibule, des froissements
de vêtements que l’on suspend au porte-manteau. Enfin, la porte de
l’appartement s’ouvrit, comme si le vantail d’un Monde Magique
s’ouvrait pour les deux amoureux enfin réunis.

Si tu viens ce soir, je te donnerai mon corps en offrande
Je te donnerai mes soupirs et mes pleurs, toutes mes peurs
Je t’offrirai mes rires, mes fantasmes, mon intime saveur.
Si tu viens ce soir, je serai ta belle, celle qui te transcende.

Il y eut un soupir émerveillé poussé par Erik découvrant le tableau
que sa compagne lui présentait, puis le son de pas lents en sa
direction, un souffle à sa nuque… Elle sursauta. Une morsure légère
à son épaule, elle gémit. Enfin, ce furent des caresses délicieuses le

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long de son corps brûlant, entre ses cuisses tremblantes, à son ventre
doux, autour de ses épaules charnues. À ses seins pointus et
impatients. Erik connaissait si bien sa compagne qu’il pouvait la faire
crier de plaisir au premier toucher, alternant avec maestria force et
douceur, dans des gestes assurés d’amoureux chevronné. Il se pencha
vers le visage de Jenah pour lui manger les lèvres dans un baiser
passionné qui leur fit approcher les étoiles du bonheur. Ils s’étaient
retrouvés, ils s’aimaient, ils partaient déjà pour leur voyage sensuel,
fait d’étreintes incendiaires et ininterrompues.
La nuit fut faite de folies et de baisers, de caresses enflammées et
de gestes intimes. Ils jouissaient sans retenue et sans limites, enragés
du corps de l’autre qui leur avait manqué toute la semaine, et qu’il
fallait se réapproprier. Ils léchèrent leurs peaux couvertes de sueur, se
lièrent l’un à l’autre face à face, les yeux dans les yeux, ou en croix,
se tenant par les mains, jambes entrelacées, ou en cuillère sensuelle,
remuant dans un accord fait d’empathie amoureuse. Leur danse était
fluide et sans heurts, empreinte de leur amour sans limites, rythmée
par le balancier de leur sexualité accordée à l’univers. Tout était
simple et merveilleux, ils finirent par s’endormir enlacés, épuisés,
repus, heureux. Comme à chaque fois, comme toujours lorsqu’ils
recréaient leur bulle… Jenah reposa avec délice dans les bras
puissants de son amoureux telle une bien-aimée, savourant ce
bienêtre, cette sécurité ineffable qui emplissait son cœur lorsqu’elle était
près de lui. Ses rêves visitèrent ceux de son amoureux, dans une aura
de bonheur et de plénitude qui les protégeait du monde extérieur et
de tout souci. Ne comptaient que leurs deux souffles accordés, leurs
corps parfaitement unis.

Si tu viens ce soir, la lune ronde sera blanche dans la nuit,
Les vents tourbillonneront autour des cauchemars enfuis.
Si tu viens ce soir, les murs frissonneront de nos plaisirs,
Et se fermeront autour de nous pour protéger nos soupirs.

La nuit fut paisible, le réveil paisible. Erik se leva le premier,
après quelques caresses à sa belle odalisque qui reposait près de lui ;
il alla se faire un café à la cuisine, la laissant dormir encore. Il

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prépara le petit déjeuner avec soin, dans le rituel qu’ils avaient
installé au fil de leurs retrouvailles. Jenah se réveilla à son tour en
percevant avec délice l’odeur des toasts préparés par son homme
qu’elle entendait aller et venir, sifflotant, dans la bonne humeur qui le
caractérisait. Elle s’étira dans le lit agréablement chauffé par leurs
deux corps, parfumé de leurs amours. Elle sourit en se rappelant leurs
délires nocturnes, apercevant au sol quelques pièces de ses vêtements
retirés la veille par son amoureux, qui lui avait fait l’amour avec sa
fougue habituelle. Elle pensa qu’elle avait de la chance de pouvoir
vivre de tels délices, et que peu de femmes vivaient de tels bonheurs.
Elle songea qu’elle donnerait tout pour vivre encore ainsi, que cette
joie de partager chaque instant avec lui était un privilège, et qu’elle
saurait en savourer chaque minute.
Jenah se leva enfin et sortit du lit, nue, les cheveux en bataille.
Elle ouvrit la fenêtre puis les volets pour apprécier la vue magnifique
sur les sommets environnants couronnés de neige, le ciel bleu de
l’automne alpin qui se voilait un peu. Des nuages apparaissaient par
petites bribes, il allait peut-être pleuvoir. Des feuilles mortes
tombaient des branches d’arbres voisins, on sentait que le temps
changeait. Elle frissonna sous la caresse d’une petite brise fraîche, et
quitta rapidement la pièce. Elle fit irruption dans la cuisine ou Erik
s’affairait. Il se retourna et sifflota d’admiration, la regardant de haut
en bas, avec cette expression empreinte de désir qu’il avait toujours
quand il l’apercevait :
— Mhmmm, quelle arrivée ! Je suis tout émoustillé ! Quels seins !
Quelles fesses ! On file sur le canapé ?
— Ahnon, il te faut attendre! J’ai faim! s’exclama Jenah en
riant. Bonjour mon amour !
— Bonjour ma belle ! Tu es superbe, viens vite !
Jenah rejoint son amoureux pour partager leur repas. Ils s’assirent
côte à côte, sa main douce sur sa cuisse musclée, dosant pour chacun
café et jus d’orange, connaissant les habitudes de l’autre à la
perfection. Heureux et complices, ils grignotèrent les croissants en
admirant la vue sublime sur les montagnes ; on apercevait au loin les
Dents du Midi, septcimes crénelées, qui se remarquaient pour un
panorama superbe. Mais aujourd’hui, elles semblaient accrocher de

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sombres nuages porteurs de pluie, annonciateurs de mauvais temps.
Erik remarqua sur un ton déçu :
— C’est fichu pour aller faire une dernière virée en moto !
— Héoui, il semble que le temps se gâte ! Que faisons-nous de
cette journée ?
— Pourquoine pas traîner dans le canapé? J’ai un bon film à te
montrer, d’accord ?
— OK ! Pourquoi pas ! rétorqua Jenah avec bonne humeur.
— Ah,j’avais oublié! On pourrait inviter les voisins à venir
manger ce soir ! Pour leur rendre leur invitation du mois passé !
— Oh non, pitié, pas de visite ! soupira Erik. Je suis crevé, j’ai vu
tant de gens au boulot cette semaine. J’ai juste envie… de te faire
l’amour…
Il se pencha vers Jenah pour l’embrasser avec passion, la faisant
sourire, puis fondre de plaisir. Elle chuchota :
— D’accord… Une autre fois alors ?
— Ouais…une autre fois…, gronda-t-il d’une voix de basse,
séducteur.
Les deux complices rirent et s’embrassèrent, pour oublier à
nouveau le monde. Ils terminèrent leur repas et rangèrent un peu leur
petit logis, partirent se promener, puis passèrent leur journée,
allongés dans le canapé pour regarder un film qu’Erik avait
enregistré. Ils perdirent assez vite le fil de l’histoire, car ils ne
pouvaient s’empêcher de se caresser, de s’embrasser. Très excités, ils
firent ensuite l’amour avec passion, découvrant encore de nouvelles
sensations inédites. Jenah jouissait avec intensité sous les mains
habiles d’Erik qui la connaissait si bien, en amoureux attentif et
patient ; puis c’était à son tour d’être traversé de transes et de plaisirs
sublimes qui le laissaient pantelant et comblé. Ils riaient et
plaisantaient de leurs aptitudes à se donner du plaisir, puis
recommençaient. Ils firent une pause en fin de soirée pour manger
des pâtes près du feu de bois qui ronronnait fort, attisé par les vents
tempétueux qui s’étaient levés autour du chalet. On entendait les
arbres bruisser aux alentours, les volets taper régulièrement, les
poutres de la vieille maison trembler. Jenah soupira :
— Quelbonheur !Je suis si bien! C’est le paradis«
Nous

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