Et pourquoi pas?

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156 pages
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Tous sont scotchés à moi. Ils attendent ma réponse. Son regard à elle est confiant, comme celui d'un enfant qui vous donne sa menotte pour traverser la rue. Elle semble me dire: “Écoute-les, René-Charles. Tu es celui qu'ils attendent, qu'ils espèrent, celui qui peut les comprendre. Je suis tellement fière de toi, ne me déçois pas en disant non”. Je me sens vaciller. Son regard maintenant dans le silence qui s'est installé me fascine. Mon désir plonge en lui. Elle semble me dire “tu” pour la première fois. Comment résister à ce délire qui nous submerge? Star et Ruggiero sont déjà projetés dans une autre dimension. De moi, ils n'attendent plus rien, comme s'ils savaient que leur désir était accepté. Que ne ferait pas un homme pour plaire à celle qu'il veut conquérir? Pour René-Charles, chef d'orchestre mondialement connu, cela passe initialement par un coup de jeune, lui qui est tellement plus âgé qu'Anne-Marie... Puis, c'est sur le plan de l'intellectuel, de l'artistique et de l'engagé que va se jouer cette quête, le célèbre artiste se lançant dans un projet – un peu fou – de rénovation de l'opéra. Une entreprise insensée peut-être, mais dans laquelle se jette avec ardeur le héros pour mieux se rapprocher de l'objet de son attraction, G. Pastore signant dans le même temps un roman mélomane et passionnel, anticonformiste et certainement un rien amusé par ce qu'un coeur épris peut bien mettre en oeuvre...

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Ajouté le 01 août 2013
Nombre de lectures 9
EAN13 9782342010145
Langue Français
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Et pourquoi pas ?
Gilbert Pastore Et pourquoi pas ?
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0118442.000.R.P.2013.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2013
Chapitre 1
Soixante-quatorze ans, trente-sept ans. Des nombres qui m’éclatent à la figure. Cette différence discordante, hur-lante, résonne dans ma tête comme le glas d’une guerre perdue d’avance. Mais qu’importe l’ampleur de ma tâche, je vais les réunir pour n’en faire désormais qu’une diffé-rence mesquine, insignifiante. Car aujourd’hui j’ai perdu mon âme et mon passé pour gagner la force de combattre et vaincre à nouveau. Son image m’habite et me hante, me brûle comme milles feux irradiants et ravageurs. La vic-toire : savourer l’ultime nectar de la possession de l’autre, l’être aimé ! La posséder dans sa chair, son esprit, mais avec son amour sans partage. C’est là désormais ma quête. Mais gagner cette dernière victoire, cette guerre contre le temps avec panache. Oh, je sais que c’est aussi perdre l’acquis. Ce terrible acquis qui même sans être prononcé, même très loin dans l’enfer de l’abandon de son moi nous fait peur. Mais qui puis-je ? Je vais lutter chaque heure. Chaque jour sera une parcelle de réussite. J’y suis forcé. Hier encore, au crépuscule de ma vie, par vanité peut-être, par simple raison plus sûrement, je pensais avoir ré-ussi carrière, amitié. J’étais persuadé d’avoir fait le tour de l’amour par des succès faciles. Sûr qu’après tant d’aventures la vieillesse qui rôdait autour de moi pouvait attendre encore un peu. Oh, juste comme ça, pour voir de l’admiration dans les yeux de ceux qui m’intéressaient encore. En un mot comme en cent, je pensais et peut-être pas tout à fait à tort que je maîtrisais mon existence.
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Aujourd’hui est un autre jour, une autre façon de voir les choses, car en ce 5 mai, elle est apparue dans ma vie, rayonnante au milieu d’une foule inutile. Elle semblait évoluer dans un jardin d’un autre monde. Pour la première fois de ma vie je planais, sans la connaître, sans l’avoir jamais vue auparavant. Elle était là, tout simplement. Tout en elle m’émerveillait. La courbure de ses reins lorsqu’un pas de danse la faisait se plier totalement, telle une liane. La cou-leur blonde de sa chevelure flottant autour de l’ovale parfait de son visage. Tout en elle mettait le feu dans mes veines. Mon cœur battait la chamade. Poussé lors de ce repas dansant vers le buffet situé plus loin, au fond de cette salle. Plancher de bois précieux en-touré de murs décorés de lourds festons d’or tressés, de toiles et de tentures rivalisant d’élégance, d’un temps dé-passé. Plafond peint de nymphettes grassouillettes s’égayant dans un rêve d’artistes bucoliques. L’ami de quelques décennies qui m’accompagnait me glissa à l’oreille. — Vois-tu, René-Charles, cette ambiance me rappelle toujours les années de nos vingt-cinq ans. Celles où je croyais encore que j’étais quelqu’un d’important parce que j’étais avec des gens importants. Aujourd’hui je continue à apprécier sans les savourer de la même manière ces soi-rées avec ces buffets, ces toilettes, ces invités. Tu vois, je suis aussi fidèle dans mes goûts. L’âge n’y est pour rien. — Ce n’est déjà pas si mal, Raymond. — Oui, mon vieil ami, les ambitions sont mortes pour moi, je ne serai jamais « répertorié », René-Charles. Je dis bien « répertorié » dans le grand livre de l’opéra comme un grand de notre art ! Comme tu l’es toi-même, mais je suis heureux d’avoir vécu mon existence lyrique. — Tu as le cafard, Raymond ? — Non, je suis bien simplement d’être là et de parler à un ami, un vrai.
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