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Fablehaven

De
172 pages
Depuis plusieurs siècles, les créatures mythiques de toutes sortes se sont réfugiées dans un refuge caché nommé Fablehaven afin d’éviter leur extinction. Ce sanctuaire est une des dernières forteresses de la vraie magie. Enchantée? Absolument. Excitante? Certainement. Sécuritaire? Et bien, présentement, c’est plutôt le contraire. Kendra et son frère Seth ne savent pas que leur grand-père est le protecteur de Fablehaven. Dans les bois, les lois anciennes maintiennent un certain ordre parmi les trolls, les satyres, les sorcières, les lutins et les fées. Quand les règles sont brisées- Seth est un peu trop curieux pour son propre bien-les forces puissantes du mal sont libérées, et Kendra et son frères doivent faire face au plus gros défi de leur vie. Afin de sauver leur famille, Fablehaven et peut-être même le monde, Kendra et Seth doivent trouver le courage d’accomplir ce qui les effraie le plus.
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Copyright © 2006 Brandon Mull Titre original anglais : Fablehaven Copyright © 2009 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette publication est publiée en accord avec Simon & Schuster, Inc., New York, NY Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Marie-José Lamorlette Révision : Nancy Coulombe, Carine Paradis Montage de la couverture: Matthieu Fortin Mise en pages : Matthieu Fortin Illustration de la couverture : © 2006 Brandon Dorman ISBN : 978-2-89565-921-1 Première impression : 2009 Dépôt légal : 2009 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Imprimé au Canada Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Mull, Brandon, 1974-Fablehaven (Fablehaven ; 1)
Traduction de: Fablehaven. Pour les jeunes. ISBN 978-2-89565-921-1 I. Lamorlette, Marie-José. II. Titre. PZ23.M842Fa 2009 j813’.6 C2009-941071-0
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Pour Mary, qui m’a rendu l’écriture possible.
Qui entre ici en ressortira changé à jamais les intrus seront transformés en pierre
VACANCES FORCÉES K endra observait le feuillage qui défilait, brouillé par la vitesse, à travers la vitre du VUS. Comme le mouvement finissait par lui donner le tournis, elle se mit à fixer un arbre. Elle le suivit des yeux tandis qu’il se rapprochait , passait comme une flèche le long de la voiture et s’éloignait peu à peu derrière elle. Est-ce que la vie était ainsi ? se demanda-t-elle. On pouvait regarder en avant vers l’avenir ou en arrière vers le passé, mais le prése nt bougeait trop vite pour qu’on puisse le saisir. On y arrivait quelquefois, peut-être, ma is ce jour-là pas du tout. Ce jour-là, ils roulaient sur une autoroute sans fin à travers les collines boisées du Connecticut. – Vous auriez pu nous prévenir que Grand-Père Soren son vivait au bout du monde, se plaignit Seth. Son frère avait onze ans et allait entrer en sixièm e. Il avait fini par se lasser de sa console portative – preuve que leur voyage avait qu elque chose d’épique. Leur mère se tourna vers le siège arrière. – On n’en a plus pour longtemps. Profitez du paysag e. – J’ai faim, dit Seth. Maman farfouilla dans un grand sac en papier plein de provisions. – Du beurre d’arachides et des craquelins ? Seth se pencha en avant pour prendre les craquelins . Papa, qui conduisait, demanda des friandises Roca. Au dernier Noël, il avait déci dé que les friandises Roca étaient sa gourmandise préférée et qu’il devait en avoir à sa disposition toute l’année. Six mois plus tard, il était resté fidèle à sa résolution. – Tu veux quelque chose, Kendra ? – Non, ça va. Kendra reporta son attention sur les arbres qui déf ilaient. Ses parents partaient pour une croisière de dix-sept jours en Scandinavie, ave c tous les oncles et tantes du côté de sa mère. Le voyage était offert, mais pas parce qu’ ils avaient gagné un concours. S’ils partaient en croisière, c’était parce que les grand s-parents de Kendra s’étaient asphyxiés. Grand-Mère et Grand-Père Larsen étaient allés rendr e visite à des parents qui vivaient dans une caravane en Caroline du Sud. Il y avait eu une fuite de gaz pendant la nuit et ils avaient tous péri dans leur sommeil. Longtemps aupa ravant, Grand-Mère et Grand-Père Larsen avaient décidé que lorsqu’ils mourraient, to us leurs enfants et leurs conjoints devraient utiliser une part de leur héritage pour faire une croisière en Scandinavie. Les petits-enfants ne faisaient pas partie du voyag e. – Vous n’allez pas vous ennuyer, dix-sept jours sur un bateau ? demanda Kendra. Papa la regarda dans le rétroviseur. – Il paraît que la nourriture est incroyable : des escargots, du caviar… Le top ! – Nous ne sommes pas tellement emballés par ce voya ge, déclara tristement Maman. Je ne crois pas que vos grands-parents pensaient di sparaître comme ça quand ils ont imaginé cette histoire de croisière. Nous essaieron s quand même d’en profiter autant que possible. – Il y a plusieurs escales, ajouta Papa, changeant délibérément de sujet. On sera à terre une partie du temps. – Est-ce que nous aussi on va rouler dix-sept jours ? demanda Seth. – On y est presque, répondit Papa. – On est vraiment obligés de rester avec Grand-Mère et Grand-Père Sorenson ? intervint Kendra. – Ce sera amusant, dit Papa. Et puis vous devriez v ous sentir honorés. Ils n’invitent
presque personne à rester chez eux. – Justement. On les connaît à peine. Ils vivent com me des ermites. – Ce sont mes parents, observa Papa, et pourtant j’ai survécu. La route cessa de tourner à travers les collines bo isées pour traverser une ville. Ils s’arrêtèrent à un feu rouge et Kendra remarqua une femme obèse qui mettait de l’essence dans un minibus. Son pare-brise était sal e, mais elle ne paraissait pas avoir l’intention de le laver. Kendra regarda devant elle. Le pare-brise du VUS ét ait tout aussi dégoûtant, couvert d’insectes morts, même si Papa l’avait nettoyé quan d ils s’étaient arrêtés pour faire le plein. Mais ils avaient fait pas mal de route depui s Rochester. Kendra savait que Grand-Mère et Grand-Père Sorenson ne les avaient pas vraiment invités. Elle avait entendu sa mère demander à leur grand-père de les accueillir. C’était à l’enterrement. Le souvenir des funérailles la fit frissonner. Il y avait eu une veillée funèbre, pendant laquelle Grand-Mère et Grand-Père Larsen avaient ét é exposés dans des cercueils jumeaux. Kendra n’avait pas aimé voir son grand-pèr e maquillé. Quel idiot avait décidé que, quand les gens mouraient, on engageait un emba umeur pour les arranger comme ça ? Elle préférait sans conteste se les rappeler v ivants plutôt qu’exposés ainsi dans leurs habits du dimanche. Les Larsen étaient les gr ands-parents qui avaient fait partie de sa vie. Ils avaient passé des vacances et de longs moments ensemble. En revanche, elle se souvenait à peine d’avoir pass é du temps avec ses grands-parents Sorenson. Ils avaient hérité d’une propriét é dans le Connecticut à l’époque où ses parents s’étaient mariés. Ils ne les avaient ja mais invités et venaient rarement à Rochester. Les rares fois où on les avait vus, c’ét ait séparément, sauf deux fois. Les Sorenson étaient gentils, mais leurs visites avaien t été trop rares et trop brèves pour créer un vrai lien. Kendra savait que sa grand-mère avait enseigné l’histoire dans une faculté et que son grand-père avait beaucoup voyagé pour sa petite entreprise d’import. C’était à peu près tout. Tout le monde avait été surpris que Grand-Père Sore nson vienne à l’enterrement alors qu’il n’avait pas rendu visite à la famille depuis plus de dix-huit mois. Il avait excusé Grand-Mère, qui était malade. Apparemment, ils avai ent toujours une bonne excuse. Parfois, Kendra se demandait s’ils n’avaient pas di vorcé en secret. À la fin de la veillée funèbre, Kendra avait entend u Maman essayer de convaincre Grand-Père Sorenson d’accueillir ses enfants chez l ui. Ils étaient dans un couloir, dissimulés par l’angle d’un mur. Kendra les avait é coutés sans se faire voir. – Pourquoi ne restent-ils pas chez Marci ? – Ce serait le cas en temps normal, mais Marci est de la croisière. Kendra avait risqué un coup d’œil. Grand-Père Soren son portait une veste marron avec des pièces aux coudes et un nœud papillon. – Où vont ses enfants ? – Chez ses beaux-parents. – Et si vous preniez une baby-sitter ? – Deux semaines et demie, ce serait trop long. Je m e suis sou-venue que vous aviez proposé de les prendre chez vous, une fois. – Oui, je m’en souviens. Il faut vraiment que ce so it fin juin ? Pourquoi pas en juillet ? – On ne peut pas modifier la date de la croisière. Qu’est-ce que ça change ? – On est très occupés, à ce moment-là… Je ne sais p as trop, Kate. Je n’ai plus l’habitude des enfants. – Stan, je n’ai pas envie de faire cette croisière. Mais c’était important pour mes
parents, alors nous y allons. Ceci dit, je ne veux pas vous forcer la main… Maman avait eu l’air d’être au bord des larmes. Grand-Père Sorenson avait soupiré. – On trouvera bien un endroit où les enfermer. Kendra s’était éloignée à ce moment-là. Depuis, ce séjour chez Grand-Père Sorenson l’inquiétait. Après avoir quitté la ville, le VUS grimpa une côte abrupte. Puis la route contourna un lac et se perdit de nouveau dans des collines boisé es. De temps à autre, ils dépassaient une boîte aux lettres. Parfois une maison apparaiss ait entre les arbres, parfois on apercevait seulement une longue allée. Ils s’engagèrent sur une route plus étroite. Kendra se pencha pour observer le niveau d’essence. – Papa, le réservoir est presque vide, dit-elle. – On est bientôt arrivés. Je ferai le plein après v ous avoir déposés. – On ne peut pas venir avec vous en croisière ? dem anda Seth. On pourrait se cacher dans les canots de sauvetage, et vous nous apporteriez à manger en cachette. – Vous vous amuserez beaucoup plus avec Grand-Mère et Grand-Père Sorenson, déclara Maman. Soyez patients, donnez-leur une chan ce. – Cette fois, nous y sommes, dit Papa. Ils quittèrent la route pour prendre une allée de g ravier. Kendra ne voyait pas de maison, seulement cette allée qui se perdait entre les arbres. Pendant que les pneus crissaient sur le gravier, il s dépassèrent plusieurs pancartes les avertissant qu’ils se trouvaient sur une propriété privée. D’autres panneaux décourageaient les intrus. Ils arrivèrent à un portail bas, en fer, qui était ouvert. – C’est l’allée la plus longue du monde ! se lamenta Seth. Plus ils avançaient, plus les pancartes devenaient bizarres : « Propriété privée » et « Défense d’entrer » laissèrent place à « Attention ! Calibre 12 » et « Les intrus seront châtiés ». – Elles sont marrantes, ces pancartes, dit Seth. – Dis plutôt qu’elle fichent la trouille, marmonna Kendra. Au détour d’un virage, l’allée atteignit une haute barrière en fer forgé surmontée de fleurs de lis. Le portail était ouvert. La barrière s’étendait à perte de vue dans les deux directions, entre les arbres. À côté se dressait un dernier panneau : « Une mort certaine vous attend. » – Est-ce que Grand-Père Sorenson est parano ? deman da Kendra. – C’est une blague, déclara Papa. Je suis sûr que c es pancartes étaient déjà là quand il a hérité de la propriété. Lorsqu’ils eurent franchi le portail, aucune maison n’était encore en vue. Il n’y avait que des arbres et des buissons. Ils passèrent sur un pe tit pont qui enjambait un ruisseau et gravirent une pente douce. Soudain, il n’y eut plus d’arbres et la maison apparut au bout d’une vaste pelouse. Elle était grande mais pas immense, avec plein de p ignons et même une tourelle. Après la grille en fer forgé, Kendra s’était attend ue à un château ou un manoir. Construite en pierre et en bois sombre, la demeure paraissait vieille, mais en bon état. Les terrains qui l’entouraient étaient plus impressionnants : un jardin de fleurs éclatantes resplendissait devant la façade, et des haies parfa itement taillées et un étang à poissons ajoutaient du caractère à l’ensemble. Derrière la m aison se dressait une énorme grange marron d’au moins cinq étages, surmontée d’une giro uette. – Cet endroit est vraiment superbe, dit Maman. J’au rais bien aimé que nous puissions
tous rester. – Tu n’es jamais venue ? demanda Kendra. – Non. Ton père oui, deux ou trois fois, mais c’éta it avant notre mariage. – Ils font de leur mieux pour décourager les visite urs, déclara Papa. Oncle Carl, tante Sophie et moi n’avons pas passé beaucoup de temps i ci. Je suis surpris qu’ils aient accepté de vous recevoir. Vous avez de la chance, l es enfants, vous allez vous amuser comme des fous. Et puis, au pire, vous pourrez touj ours jouer au bord de l’étang. Ils s’arrêtèrent devant le garage. La porte d’entrée s’ouvrit et Grand-Père Sorenson s ortit, suivi par un grand homme dégingandé aux oreilles décollées et une femme minc e d’un certain âge. Maman, Papa et Seth descendirent de la voiture. Kendra resta as sise et en profita pour les observer. Grand-Père était bien rasé à l’enterrement mais là, il avait une courte barbe blanche. Il portait un jean délavé, des bottes de travail et un e chemise en flanelle. Kendra étudia la femme. Ce n’était pas Grand-Mère S orenson. Malgré ses cheveux blancs striés de quelques mèches noires, son visage paraissait sans âge. Ses yeux en amande étaient d’un noir de jais et ses traits sugg éraient une origine asiatique. Petite et légèrement voûtée, elle gardait une beauté exotique . Papa et l’homme maigre ouvrirent le coffre du VUS e t commencèrent à décharger les valises et les sacs. – Tu viens, Kendra ? demanda Papa. Elle ouvrit la portière et mit le pied sur le gravier. – Sortez juste les affaires de la voiture, dit Gran d-Père à Papa, Dale les montera dans la chambre. – Où est Maman ? demanda Papa. – Chez ta tante Edna. – Dans le Missouri ? – Edna est mourante. Kendra avait à peine entendu parler de tante Edna, aussi la nouvelle ne la toucha-t-elle pas beaucoup. Elle leva les yeux vers la maison et vit que les fenêtres avaient des vitres en verre soufflé. Des nids d’oiseaux étaient accroc hés sous les avant-toits. Ils se dirigèrent tous vers la porte d’entrée. Papa et Dale portaient les bagages les plus lourds. Seth tenait un sac plus petit et une boîte de céréales. Cette boîte était son kit d’urgence. Elle était remplie d’objets qu’il gardai t pour le cas où une aventure se présenterait – des élastiques, une boussole, des ba rres de céréales, des pièces de monnaie, un pistolet à eau, une loupe, des menottes et des jumelles en plastique, de la ficelle, un sifflet. – Voici Léna, notre gouvernante, dit Grand-Père. La femme fit un signe de tête et agita la main. – Dale m’aide à entretenir la propriété. – Tu es très jolie, dit Léna à Kendra. Tu dois avoir autour de quatorze ans ? Elle avait un léger accent que Kendra ne put identi fier. – Je les aurai en octobre. Un heurtoir en fer ornait la porte d’entrée, un lut in aux paupières plissées qui tenait un anneau dans sa bouche. La porte, épaisse, avait des gonds volumineux. Kendra pénétra dans la maison. Un parquet brillant recouvrait le sol du vestibule. Un bouquet de fleurs séchées était posé sur une table basse, dans un vase en céramique blanche. Un grand portemanteau en laiton se dressai t d’un côté, près d’un banc noir au haut dossier sculpté. Au mur était accroché un tabl eau représentant une chasse au renard.