From the window
139 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

From the window

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
139 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Thomas n’a pas une vie de famille facile. Une mère atteinte d’un cancer, un père absent. Il se sent perdu, coincé dans une vie qu’il n’aime pas. Son seul réconfort est sa guitare. Un soir, alors qu’il joue devant sa fenêtre, Julia attire son regard. Sans comprendre pourquoi, il est subjugué.
Chaque jour, à la même heure, il se place à la fenêtre dans l’espoir de l’apercevoir.
Elle devient peu à peu une obsession. Jusqu’au jour, où le hasard fait qu’ils se croisent dans un bar de Montréal.


Entre amitié et amour, il n’y a qu’un pas.
Parviendront-ils à le franchir ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 31
EAN13 9791034810208
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

From the window
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Sissie Roy


From the window


Couverture : Maïka


Publié dans la Collection Vénus
Dirigée par Marie-Laure Vervaecke





© Evidence Editions 2019

 
Mot de l’éditeur
 
Evidence Editions a été créée dans le but de rendre accessible la lecture pour tous, à tout âge et partout. Nous accordons une grande importance à ce que chacun puisse accéder à la littérature actuelle sans barrière de handicap. C’est pourquoi nos ouvrages sont disponibles en format papier, numérique, dyslexique, malvoyant, braille et audio.
Tout notre professionnalisme est mis en œuvre pour que votre lecture soit des plus confortables.
 
En tant que lecteur, vous découvrirez dans nos différentes collections de la littérature jeunesse, de la littérature générale, des témoignages, des livres historiques, des livres sur la santé et le bien-être, du policier, du thriller, de la littérature de l’imaginaire, de la romance sous toutes ses formes et de la littérature érotique.
Nous proposons également des ouvrages de la vie pratique tels que : agendas, cahiers de dédicaces, Bullet journal, DIY (Do It Yourself).
 
Pour prolonger le plaisir de votre lecture, dans notre boutique vous trouverez des goodies à collectionner ainsi que des boxes livresques disponibles toute l’année.
 
Ouvrir un livre Evidence, c’est aller à la rencontre d’émotions exceptionnelles.
 
Vous désirez être informés de nos publications. Pour cela, il vous suffit de nous adresser un courrier électronique à l’adresse suivante :
 
Email : contact@evidence-editions.com
Site internet : www.evidence-boutique.com
 
 
 
 
À Morgane et Maxime,
Merci de m’avoir raconté votre histoire.
 
Prologue



Thomas

Un cri déchire la maison et vient mourir devant la porte de ma chambre. Depuis plus de trois ans, c’est la même routine. Ryker, mon petit frère de dix-sept ans, et mon père passent le plus clair de leur temps à se disputer. Ça dure depuis si longtemps que je ne prends plus la peine de tenter de comprendre pourquoi. C’est lassant, épuisant et toujours la même chose. Malgré les absences répétées de notre père, mon frangin ne peut s’empêcher de le mettre en colère chaque fois qu’il fait une brève apparition à la maison. Tous les sujets y passent, les plus insignifiants semblent être les meilleurs et méritent le plus de cris.
Mon père n’est pas un modèle ni même mon héros. La plupart des petits garçons l’idolâtrent, cependant, en grandissant, nous nous rendons rapidement compte que la réalité diffère du rêve. Souvent, on prend conscience qu’ils sont simplement des hommes normaux, seulement, il y a des cas comme le mien qui se révèle être tout sauf ce qu’il est supposé être. La vie de famille est devenue un fardeau et il préfère butiner une fleur plus fraîche, si je peux me permettre l’expression. Pourtant, ma mère est magnifique, drôle et douce, mais ça ne lui suffit plus. Elle est malade et je crois que ça ne convient plus à la vie parfaite qu’il souhaite.
Quant à moi, il y a près d’un an déjà que j’ai décidé d’ignorer sa présence ou plutôt son absence et son comportement de plus en plus merdique. Ça allège l’atmosphère à la maison et maman semble heureuse, mais mon mal-être ne fait que s’amplifier sans jamais pouvoir s’arrêter. Il gonfle, compressant ma poitrine d’une façon si violente que parfois ça me paralyse. Je sais très bien que je devrais partir, foutre le camp et m’en aller le plus loin possible, mais je ne peux pas. Non… pas tout de suite.
J’inspire longuement, les cris augmentent encore. Une porte claque, puis une deuxième. Ryker vient probablement de trouver refuge dans son antre. Parfois, j’ai l’impression que papa pousse mon frère à bout exprès. Il lui reproche toutes sortes de choses comme ses notes à l’école, la brique de lait vide ou sa serviette humide par terre dans la salle de bains. Ryker est tout feu tout flamme et, quand il est en colère, il y a de fortes chances que l’on se brûle si on l’approche de trop près.
Un silence apaisant s’empare de la maison, je suis content que maman ne soit pas là en ce moment pour assister à ça. J’espère qu’à son retour, il sera parti ou que Ryker se sera calmé. Je déchante rapidement, car mon père hurle le prénom de mon frère avec tellement d’intensité que je sursaute vivement. Une porte, probablement celle de la piaule de mon frangin, claque de nouveau et les cris reprennent de plus belle. Exaspéré, mais surtout épuisé de les entendre, je tire la chaise devant ma fenêtre, branche ma guitare à l’ampli et entame les premières notes d’une mélodie très hard que j’invente pour faire taire leur voix. Les notes sont fortes, puissantes et je les sens vibrer au plus profond de moi. Cependant, ça ne me soulage pas, ça n’emplit pas le trou au beau milieu de ma poitrine, mais au moins, je ne les entends plus.
Peu de chose me fait du bien depuis que l’enfer est entré chez moi, jouer de la guitare en fait partie. La musique et tout ce qui en découle soulagent mon mal, mais il y a aussi autre chose, une personne plutôt. Elle ne sait pas que j’existe. Elle ne me connaît pas et n’a jamais posé les yeux sur moi, car la seule chose que je fais est de la regarder entrer et sortir de chez elle. Je pourrais l’approcher, trouver un truc débile pour lui adresser la parole, mais jamais je ne le ferai. Julia Davis, elle est si belle, un ange tentateur, mais elle doit rester loin de moi et de mes ténèbres. Mes démons vont la bouffer et tuer cette innocence qui émane d’elle. Ça peut sembler vraiment con pour certaines personnes, mais pour moi ça a été comme une révélation. Je ne peux même pas expliquer pourquoi ni comment elle peut avoir cet effet sur moi, car je ne le comprends pas. C’est même impossible pour moi de saisir l’ampleur de l’attraction que cette nana inconnue exerce sur ma petite personne. Cependant, tout ce que je peux affirmer, c’est que lorsque je la vois, je me sens mieux, comme si elle appliquait un baume sur mes blessures.
La première fois que je l’ai vue date d’il y a près d’un an. Elle était dans l’abribus et patientait en lisant un livre. Elle semblait si calme, si sereine que j’ai eu envie de m’asseoir à côté d’elle, mais je ne l’ai pas fait. Je suis resté un peu en retrait et je l’ai observée. Elle a secoué sa tête brune pour chasser une mèche qui lui barrait les yeux. Mon regard était littéralement collé à elle. J’ai cru ne jamais la revoir, après tout, Montréal contient plus de 1,7 million d’habitants. Les chances sont très minces pour que nos chemins se recroisent, alors je l’ai observée, j’ai imprégné dans mon esprit son doux visage. Puis, contre toute attente, je l’ai revue à plusieurs reprises dans le métro ou dans la rue et j’ai compris que l’on habitait le même quartier. Je me suis mis à espérer que le hasard me soit favorable. Un soir, elle marchait devant moi, et j’ai ralenti le pas dans l’espoir de voir où elle allait. Elle habite dans une petite maison bleue en diagonale avec celle de mes parents. Je crois qu’ils sont arrivés dans le quartier il y a quelques années. Sans savoir pourquoi, je me suis mis à l’épier depuis le coin de ma fenêtre un peu comme je le fais en ce moment. J’aime la voir aller et venir emmitouflée dans son gros manteau rouge, les mains dans les poches ou encore réajuster les écouteurs sur ses oreilles. Sans arrêt, une question me titille, qu’est-ce qu’elle écoute ? Je veux vraiment le savoir. La musique m’obsède. Julia aussi. Alors les deux ensemble, c’est une vraie fixation. Je mets tellement d’espoir pour que ses goûts musicaux soient semblables aux miens. Avec un peu de chance, mes espérances ne s’effondreront pas d’un revers de la main. C’est idiot, mais je me fais toujours des tonnes de scénarios sur elle, sur l’endroit où elle va, ses amies, ses fréquentations ou bien même sa famille. Encore une fois, tout n’est qu’hypothèse et me semble beau dans ma tête, mais peut-être que je me trompe. Peut-être que ses goûts musicaux sont merdiques. Cependant, je serais porté à croire qu’ils sont éclectiques, tout comme je suis persuadé qu’elle n’est pas du genre à aimer de la pop bonbon, ce qui passe à la radio comme Rihanna ou Katy Perry. Elle doit plutôt aimer les chansons qui veulent dire quelque chose, qui ont une signification pour elle. Si quelqu’un pouvait lire dans mes pensées, il me ferait enfermer. Je me fais l’impression d’un fou. Suis-je un psychopathe sans le savoir ? Un aliéné ? Un malade mental ?
Je secoue stupidement la tête en poussant un soupir. Cette nana est en train de me rendre complètement dingue. Caché à la fenêtre de ma chambre, je l’observe marcher dans la rue, de gros flocons de neige se collent dans ses longs cheveux bruns. Je me lève, pose ma guitare sur son socle et la fixe jusqu’à ce qu’elle tourne à l’intersection.
Je ne la vois plus et mon monde redevient sombre…
 
 
 
1
 

 
Julia
 
15 décembre 2015
Ma meilleure amie Hanaé et moi ne pourrions pas être plus différentes l’une de l’autre. Elle est rousse, moi brune. J’ai un look plutôt sage tandis qu’elle aime les choses extravagantes. Seulement, elle me connaît très bien et elle sait que, sous mes airs de petite fille sage, je suis un peu fofolle. Les instants où nous déconnons et rions à en avoir mal au ventre sont une source intarissable de réconfort. Elle est la meilleure partie de moi. Être amie avec elle, c’est me pousser sans arrêt dans mes retranchements. J’aurais aimé la rencontrer plus tôt et être amie depuis plus longtemps avec elle. Je suis persuadée qu’elle m’aurait aidée à passer au travers des pires épreuves de ma vie. L’important, c’est que nous nous sommes trouvées.
Nous marchons dans les rues enneigées de Montréal en direction d’un bar underground appelé Les Foufounes électriques. Hanaé et moi adorons cet endroit qui est quasi mythique dans notre belle grande ville. Ils font passer de la musique punk rock et métal, parfois hip-hop, mais toujours des trucs qui déchirent tout. Ils ont eu plusieurs groupes que j’adore comme Nirvana, Marianna Faithfull, Green Day et Queens of the Stone Age. Cet endroit est devenu notre exutoire, nous prenons un verre en écoutant de la bonne musique. Comme c’est à quelques minutes de marche de notre université, nous y rencontrons beaucoup de nos amis. Les gens qui fréquentent ce bar sont intéressants, parfois un peu bizarres, mais ils sont uniques avec des personnalités qui se démarquent. Malgré cela, je n’avais pas vraiment le goût de venir. Depuis deux jours, Hanaé m’en parle et tente de me convaincre. De nature plutôt solitaire, j’aurais préféré rester chez moi et mater un film. J’adore ma meilleure amie de tout mon cœur, mais souvent elle a des difficultés à comprendre quand je lui dis non. En fait, ce n’est pas tant le manque de motivation à sortir ou mon envie de ne rien faire, mais plutôt parce qu’elle s’est mise en tête de me faire connaître l’amour. Même si elle connaît mon opinion sur le sujet et que je ne souhaite pas m’investir dans une relation banale et probablement sans lendemain, elle se fait un point d’honneur à me faire rencontrer quelqu’un. Elle me répète sans arrêt que l’amour peut se trouver partout. J’ai bien eu quelques flirts ici et là, mais aucun homme ne m’a fait exploser d’amour. En aucun cas, je ne me suis dit : « Ça y est, c’est lui ! »
Je suis un peu fleur bleue, la faute aux romans que je lis. Qu’est-ce que j’aime les histoires d’amour qui font palpiter mon petit cœur d’artichaut ! Perdre espoir n’est pas non plus dans mon vocabulaire, alors, je continue de désirer un amour digne de ce nom. Je ne dis pas que je suis vierge ou encore que je n’ai jamais eu de petit ami. J’ai un tant soit peu d’expérience dans le domaine, ce que je dis, c’est que je ne suis jamais tombée amoureuse. Je n’ai que dix-neuf ans, j’ai des tonnes de choses à vivre avant. Je souhaite parvenir à me découvrir, voir le monde, rire, m’amuser. Je veux des souvenirs qui s’imprégneront dans mon âme et qui chambouleront mes limites et mes pensées. Profiter de la vie est une priorité pour moi. Il m’arrive parfois de me demander si je ne suis pas attirée par les filles, mais encore là, aucune ne m’a donné le goût de l’amour. Je suis tout le contraire de ma meilleure amie qui, elle, cumule les coups d’un soir, et ce, même si son chéri du moment est une perle.
Hanaé me tire de mes pensées en me bousculant alors que l’on arrive devant Les Foufounes électriques. Je lui lance un regard peu chaleureux qui la fait pouffer.
— Allez, Julia ! Souris et lâche ta putain de tête d’enterrement. Ce n’est qu’un concert, ça nous permettra de nous amuser et de rencontrer un mec… ou deux ou même trois, qui sait. Même toi, tu devrais essayer avant que ton entrejambe prenne la poussière, s’écrie-t-elle une octave trop haute.
Ma mâchoire se crispe et mes dents s’entrechoquent. Je me mords la langue pour retenir des paroles qui seraient très loin d’être sympas. Elle connaît très bien mon opinion sur le sujet, mais elle continue sans arrêt à vouloir me présenter n’importe lequel de ses amis, aussi louches qu’ils soient. Ce n’est pas parce que je suis célibataire que je vais me taper tout ce qui a une queue.
— On va voir quel groupe déjà ? demandé-je pour changer de sujet.
— The Star, me dit-elle en tirant la porte noire pour que nous entrions dans le bar.
Putain ! S’ils sont mauvais, vont-ils changer de nom pour The Bad ?
Ma pensée me fait m’esclaffer si fort que Hanaé tourne la tête et jauge l’instant de folie qui vient de me percuter. Je lui souris et lui fais signe de ne pas s’occuper de mon délire, mais elle insiste du regard.
— Ce n’est pas un peu prétentieux comme nom, ricané-je. Quelles personnes saines d’esprit pensent s’appeler The Star ? Peut-être ont-ils voulu jouer avec l’ironie, mais c’est plutôt le mot narcissique qui me vient en tête lorsque je pense au nom de leur groupe.
Hanaé secoue la tête dans tous les sens, ses longues mèches rousses fouettant son visage. Je vois bien dans son regard qu’elle ne me trouve vraiment pas drôle alors que moi je me serais donné un 8 sur 10 pour la blague. Peut-être même un 9 pour l’effort d’avoir tenté une plaisanterie. C’est elle qui voulait que je me déride après tout.
— Tu n’es pas drôle à toujours râler sur tout.
Sans doute qu’elle a raison. Finalement, je ne me donne pas plus que 7,5 sur 10 pour la blague.
Je finis par dire :
— Ou peut-être que ce n’est que mon humeur merdique qui me fait penser de la sorte.
— Lorsque tu vas voir Thomas, tu vas comprendre. Il est tout simplement MA-GNI-FI-QUE ! Moi je lui ferais bien sa fête et bien plus encore, glousse-t-elle.
Vraiment ! Elle n’est qu’une obsédée.
D’habitude, ça ne me pose pas de problème, ce côté de sa personnalité, mais en ce moment, ça me met un petit peu mal à l’aise parce qu’elle fait tout un tas de bruits bizarres et que ça attire le regard des gens qui nous entourent.
— C’est qui, ce mec ? grogné-je.
— Le guitariste, il est beau et sexy à se pâmer, tu vas voir ! Il ne te laissera pas indifférente, mais il est à moi et je suis prête à sortir les griffes si jamais quelqu’un s’en approche trop près, ricane-t-elle.
Elle m’attrape par le bras pour me traîner à une table, puis elle ramasse mon manteau et le sien pour les apporter au vestiaire. Cinq hommes à peine un peu plus âgés que moi entrent dans le bar au même moment. Je les regarde rapidement l’un après l’autre, Hanaé a peut-être raison, je dois laisser ma tête d’enterrement à l’extérieur et tenter de m’amuser. Si je ferme systématiquement toutes les portes qu’il y a devant moi, je vais devenir vieille fille, vivre seule avec quarante chats et mourir dans une résidence de personnes âgées en espérant que je ne sentirai pas trop le pipi. Mon imagination est parfois totalement cinglée. Concentrons-nous sur l’instant présent plutôt.
Ces mecs qui viennent d’entrer ne sont pas mal, je crois qu’un d’entre eux est dans la même université que moi. En revanche, je ne saurais pas dire dans quel cursus il est. Le premier est blond, il porte un jean très serré, qui moule un peu trop à mon goût son cul et son paquet, et un t-shirt d’Anti-Flag. Le second a un look un peu plus classique. Presque simple, mais il reste très beau, très mystérieux. Celui qui est à la même université que moi est brun avec un anneau dans le nez. Merde ! Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Pourquoi aucun n’arrive-t-il à me faire de l’effet ? Je dois être… Putain de merde !
Le quatrième, un autre blond, apparaît au milieu de ce groupe, son regard balaie la salle où nous nous trouvons, puis se pose sur moi. Un sourire se dessine sur ses lèvres. J’aimerais pouvoir déceler la couleur de ses iris depuis l’endroit où je me trouve, mais je n’y arrive pas. Il fait un petit pas dans ma direction et je m’en prends plein le cœur. Ma respiration s’accélère, un coup est porté à mon estomac. C’est violent sans être douloureux, c’est aussi intense et une sensation de chatouillement me prend de court. Qui a dit que recevoir une flopée de papillons était quelque chose de désagréable ? Personne ! Cependant, je crois que c’est la chose la plus bizarre que je n’ai jamais ressentie, ce désir qui naît en moi, mélangé aux fourmillements qui s’incrustent dans mon ventre. Moi qui n’avais jamais connu ce que voulais dire les mots : « vouloir quelqu’un », incapable de comprendre ce qui m’arrive, je tombe des nues.
Peut-on vraiment tomber sous le charme de quelqu’un en un simple regard ? Avant, j’aurais juré que non, que ceux qui prétendent ça sont des menteurs et que l’amour, ça se crée tranquillement avec de la complicité et des rires, mais aussi des disputes, des moments partagés. Cependant, je ne peux pas nier que ses yeux entrent en moi et semblent me percer à jour. Ce mec, je le veux d’une façon vitale, viscérale presque. De gros flocons de neige sont encore accrochés à ses cheveux. Il passe une main rapide dans sa chevelure blonde pour les chasser. Ma lèvre inférieure se coince entre mes dents pendant que je le dévisage toujours. J’aimerais m’interdire de le faire ou encore me frapper pour que j’arrête, mais c’est comme si une force mystérieuse s’était emparée de moi et qu’il m’était maintenant impossible de me contrôler. Il sourit à nouveau et, encore une fois, des décharges électriques parcourent mon corps. Une fossette creuse sa joue droite et je comprends tout de suite que c’est son arme de séduction massive. Ça et sa gueule d’ange, ses bras musclés et sa dégaine de bad boy. Bon sang, je suis confuse ! Comment un bad boy peut-il avoir une gueule d’ange ? Mon cœur a un raté. Finalement, je ne suis pas attirée par les femmes. Non, je suis attirée par lui et lui seul. Son ami lui donne une tape sur l’épaule, il reporte son attention sur son pote, mais pour moi c’est tout simplement impossible de ne pas le regarder.
Hanaé arrive avec deux bières et s’assied à ma droite. Elle me parle, mais je n’entends pas ce qu’elle me dit jusqu’à ce qu’elle pose avec force ma bouteille entre mes mains tremblantes. Putain, qu’est-ce qu’il m’arrive ? Je tremble comme la première des idiotes sans cervelle sous le regard d’un mec. C’est complètement con et stupide. Je dois impérativement me ressaisir. Ce n’est qu’un mec que je ne connais même pas. Voilà, c’est son physique qui me fait cet effet-là. Il est peut-être sexy comme l’enfer, mais ça ne veut pas dire qu’il est un homme remarquable ou même sympathique. C’est peut-être une merde qui traite les gens qui l’entourent super mal. Pire encore, peut-être que c’est un kidnappeur de bébés chats qu’il torture ensuite. Oh, bon sang ! J’adore tellement les bébés chats ! Je ne dois pas m’emballer de la sorte et tenter de rester lucide. De toute façon, il ne viendra probablement pas me parler. Dans ce bar, il y a des dizaines de nanas mieux roulées que moi. En fait, avec mon mètre cinquante-huit, je n’impressionne personne. Souvent, on me trouve mignonne, mais pas dans le sens où je fais craquer les hommes, plutôt dans celui où on me trouve adorable et on a envie de me mettre sur une tablette tellement je suis petite.
— Ça va, Julia ? me demande Hanaé.
Je tourne la tête vers elle et pousse un soupir. Ma meilleure amie me dévisage dans un froncement de sourcils. J’aimerais avoir la force de lui expliquer ce qu’il m’arrive, mais je suis figée comme une statue de sel. Je déglutis avec beaucoup de difficultés et mes pensées deviennent de plus en plus folles. Comment est-ce possible qu’un mec me déboussole de la sorte ? Il ne m’a jamais adressé la parole, ne connaît pas mon odeur ou mon rire et je ne sais pas comment il s’appelle ou encore s’il est gentil. J’ai toujours souhaité vivre une histoire d’amour comme dans les romans que je lis, mais est-ce que c’est ce qui est en train de m’arriver ? Putain, Julia ! Un peu de retenue et garde la tête froide ! Oui, garder la tête froide, je ne dois pas me laisser emporter par ce truc à la con qui vient de s’emparer de moi. Je suis une vraie idiote en ce moment. Peut-être que je passe trop de temps avec Hanaé et qu’elle a fini par me mettre des idées de merde dans la tête. Elle tente tellement de me vendre l’amour comme un rêve que je deviens folle. Oui, ça doit être ça et non son putain de regard qui me fait sentir plus légère, vivante même. Je sais pertinemment ce que je dois faire. Je dois aller lui parler, lui demander je ne sais quoi, mais je vais trouver. Pourquoi pas ce qu’il pense des bébés chats ? Ensuite, ce sera facile de savoir si c’est un trou du cul ou pas.
— Bien sûr que ça va ! m’écrié-je avec trop d’entrain.
Hanaé n’est pas dupe, elle se penche vers moi et plisse les yeux pour me regarder. Je fais la même chose et ça finit par la faire rire.
Un sourire illumine mon visage. Elle ne semble pas comprendre ce soudain changement dans mon humeur, qui était jusqu’à quelques minutes à la limite du massacre. Mon regard voyage de ma meilleure amie à ce mec plusieurs fois. J’aimerais pouvoir m’empêcher ou, dans le meilleur des mondes, être discrète, mais c’est peine perdue, autant essayer d’arrêter le vent de souffler. Hanaé croise mon regard et tourne la tête vers l’endroit où mes yeux se sont posés.
— Thomas ! s’écrie-t-elle en gesticulant.
Ne me dites pas que c’est le mec pour qui on s’est déplacées ! Mon cœur s’accélère et me fait mal. Il lui répond d’un signe de tête. Elle sautille sur sa chaise et pouffe. Je ne pourrais pas dire que ça ne m’agace pas, ma meilleure amie et sa capacité à mettre un homme dans son lit, et ce, même si elle a quelqu’un dans sa vie, mais la jalousie s’empare de moi en ce moment. Elle ne se considère pas comme une salope, mais elle aime bien dire que Yann et elle sont un couple très ouvert. En revanche, je pourrais mettre ma main à couper que s’il lui faisait la même chose, ça ne se passerait pas aussi aisément pour lui. Bon sang ! Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Pourquoi est-ce que j’ai ce genre de pensées envers ma meilleure amie ?
Un long soupir s’échappe d’entre mes lèvres et je joue nerveusement avec mes doigts pour ne pas avoir d’autres pensées aussi stupides. Lorsque je relève la tête vers elle, elle sourit à pleines dents et semble incapable de le lâcher du regard. Décidément, elle en pince à fond pour ce mec, car elle ne me voit plus.
— C’est Thomas, tu sais, je t’en ai parlé…
Thomas ? C’est donc le nom de cette personne qui chavire mon esprit. Cependant, c’est aussi l’homme que ma meilleure amie a dans sa ligne de mire. Il s’avance vers nous et je peux enfin voir ses yeux. Ils sont bleus comme des saphirs et brillent de mille feux. Ça me rappelle une citation de Pierre-Claude-Victor Boise : « Quand on rencontre de beaux yeux, il est difficile de baisser les siens. » Je suis tout à fait d’accord, parce que j’ai l’impression que jamais je ne pourrais apprécier le regard d’un autre. Tout ce qu’il se passe dans ma tête me semble si absurde que je rougis sans pouvoir m’en empêcher. Je remercie ce bar pour sa lumière trop tamisée et ces gens déjà trop défoncés. Je prends une longue gorgée de ma bière alors qu’il stoppe à notre table.
— Bonsoir, mesdames, lance-t-il dans un sourire charmeur.
Je défaillis sur ma chaise. Hanaé rigole. Je lui lance un regard suspicieux frôlant la jalousie, puis je reporte mon attention sur lui. C’est difficile pour moi de faire face à tous ces sentiments qui m’assaillent d’un seul coup. La seule pensée que je parviens à avoir est que j’espère qu’il n’est pas quelqu’un de bien, ainsi ma meilleure amie et moi n’aurons pas à nous battre pour lui. Je suis idiote de réagir comme ça…
— Je te présente ma meilleure amie, Julia.
J’entends à peine Hanaé faire les présentations, car lorsqu’il tourne son regard vers moi, je ne vois que lui, son sourire et sa fossette.
— Enchanté, Julia, je crois qu’on…
— Thomas, tu leur feras du rentre-dedans un autre moment, on doit faire la balance de son, s’écrie un de ses amis que je maudis.
J’aurais tellement aimé savoir ce qu’il voulait me dire. Son regard était inquisiteur comme s’il se demandait s’il pouvait prononcer ces mots ou plutôt s’il s’y autorisait.
— On me réclame ! On aura peut-être la chance de se revoir, annonce-t-il sans me lâcher du regard.
Est-ce mon côté fleur bleue qui parle pour moi, mais j’ai l’impression qu’il ne formule cette phrase que pour moi. Seulement moi.
— On se voit plus tard, renchérit ma meilleure amie avec son sourire mielleux.
Il pose enfin les yeux sur elle, je crois qu’elle se trouve dans le même état que moi, complètement abrutie par ses yeux bleu saphir. Elle jubile de plaisir, tout comme moi, et nous regardons Thomas regagner son groupe de potes.
Hanaé pousse un long et interminable soupir de délectation et de plaisir.
— Tu n’as pas un mec, toi, la réprimandé-je en lui donnant un coup de pied en dessous de la table.
— Je ne crois pas que tu comprennes le principe de « couple ouvert », rétorque-t-elle en mettant l’emphase sur les deux derniers mots.
— Peu importe, grogné-je.
Hanaé ne se rend pas compte de mon malaise et de mon inconfort ou peut-être qu’elle souhaite simplement fermer les yeux sur tout ça pour se concentrer uniquement sur elle et son plan pour séduire Thomas.
— Tu vois le mec avec les cheveux et les yeux noirs ? continue-t-elle sans se soucier de ce que je pense.
— Ouais ! Il a quoi ? Il te tente aussi ?
Je fais mine de la taquiner, mais son penchant pour Thomas ne me laisse pas indifférente. Serait-ce de la jalousie ? Pourtant, je ne le connais pas. Une ou deux phrases échangées en une minute et le monde tel que je l’ai connu ne semble plus briller que par sa présence. Je me sens un peu idiote de ressentir ce genre de chose alors qu’il y a quelque temps je me demandais si je n’allais pas terminer ma vie dans une maison de retraités, à partager ma chambre avec des chats que je ferais entrer clandestinement et à me bercer en chialant sur l’amour que je ne comprends toujours pas. Ma sœur Elena viendrait me faire chier encore une fois. Faut dire que son caractère est tout sauf exemplaire. Elle a ce don bien particulier de me mettre dans tous mes états, et ce, même si elle est l’une des meilleures personnes de ma vie. C’est ma petite « bête féroce ». Elle mord, elle grogne, mais elle est aussi tout sourire et donnerait sa vie pour les gens qu’elle aime. Je serais incomplète sans elle.
— Mais non ! Tu es marrante à tes heures. Je voulais te présenter l’ami de Thomas, m’annonce-t-elle tandis que je m’étouffe en prenant une gorgée de ma bière.
— Rentre les griffes, Cupidon, je n’ai pas besoin de tes talents de marieuse. Puis, si j’en viens à trop me sentir seule, je connais bien ton numéro, je suis certaine que tu me trouveras un mec en moins de temps qu’il n’en faut pour que je finisse cette bière, lâché-je avec une ironie non feinte qui tourne autour de l’agacement.
— Oh ! Et puis… fais comme tu veux, mais moi ce soir, je ramène un de ces beaux jeunes hommes à la maison. Toi, rentre seule, je m’en fous.
Je secoue la tête, légèrement amusée, elle ne changera jamais. Elle s’assume à fond et je l’adore pour cela. Si seulement je pouvais faire taire la jalousie que je sens monter en moi.
— Allez, on monte ! annonce-t-elle en me tirant par le bras.
— Comment ?
— Le spectacle est à l’étage.
— Super !
— Et ne râle pas, essaie de t’amuser pour une fois, ordonne-t-elle.
Elle attrape ma joue entre son pouce et son index pour me la pincer gentiment. Je lève les yeux au ciel et ça nous fait pouffer toutes les deux. Je sens la pression tomber et ça me fait du bien de rire un bon coup.
— Tu es incorrigible.
— Tu m’aimes aussi pour ça et tu le sais, plaisante-t-elle.
Elle a pourtant raison, je l’adore. Elle est tellement différente de moi en tout point, mais on se complète bien. Une amitié s’est tranquillement imposée entre nous, il en devenait normal que ce soit elle, ma meilleure amie. Un peu comme une évidence, quoi.
Je la suis à l’étage, la salle se remplit tranquillement et Hanaé m’attire dans le coin droit de la scène en m’assurant que d’ici on aurait une vue quasiment parfaite sur Thomas, ainsi que sur son copain avec qui elle aimerait que je me marie. Lorsque The Star entre, les quelques centaines de personnes agglutinées ici et là se regroupent au-devant de la scène. Les premiers accords du groupe retentissent, moi, je suis subjuguée par leur musique qui a des élans de rock mélodieux, mais c’est surtout Thomas qui retient mon attention. Il y a en lui un petit quelque chose et je n’arrive pas à saisir. De la peine ou encore une déception. Je ne sais pas, mais je veux découvrir ce que c’est. Pourtant, une pensée s’insinue en moi et me rend triste : c’est la seule et unique fois que je vais le voir.
 
 
 
 
2
 

 
Thomas
 
20 décembre 2015
Noël est bientôt là… Seulement, cette année, je n’ai pas le courage nécessaire pour affronter cette fête. Tout est si différent d’autrefois. Avant, c’était la période que ma mère préférait, elle mettait tout en œuvre pour que la maison soit décorée avec style tout en gardant une touche enfantine, et ce, dans une couleur nouvelle chaque année. Je crois que les décorations que j’ai préférées, c’est quand tout était multicolore. Il y avait des lutins, des grelots sur chaque porte, des guirlandes de lumière partout. Le petit train était installé sous le sapin qui débordait de cadeaux, il y en avait même trop pour Ryker et moi. J’ai des tonnes de souvenirs heureux de nos Noëls et maintenant c’est difficile de faire le deuil de ma famille qui éclate morceau par morceau. Un de mes moments les plus mémorables a été lorsque j’ai attaché le chat de mon frère sur ce même petit train. Je me rappelle encore comment il avait miaulé, un peu comme si je le torturais et ensuite, il ne m’approchait plus que pour me griffer. Quel chat susceptible ! Ma mère m’avait salement disputé et Ryker rigolait derrière elle. Ce souvenir me fait sourire, car je me rappelle encore l’odeur qui régnait dans la maison cette année-là. Des odeurs typiques de Noël, la maison embaumait l’orange, les clous de girofle, la noix de muscade et la cannelle. Ma mère avait tout décoré dans un arc-en-ciel de couleurs, elle avait mis le paquet, et ce, dans les moindres détails.
Quand j’y repense maintenant, je me dis que peut-être elle sentait la maladie venir, qu’au fond d’elle-même, elle savait que mon père se détacherait de nous et que les disputes deviendraient incessantes, tout comme ses absences répétées pour aucune raison valable. Quel homme digne de ce nom agit ainsi avec sa femme ? Je le déteste, cet enfoiré. Bon sang que je le hais de faire vivre ça à sa famille et à la femme dont il se disait amoureux !
La rame de métro se met en marche, je me retiens au poteau pour ne pas perdre l’équilibre. Le wagon est bondé et les gens s’entassent les uns sur les autres. Mon regard se promène, trois adolescents ont pris place un peu plus loin et discutent alors qu’une dame enceinte peine à se tenir debout. Bon sang de merde, que ça m’énerve, ce genre de comportement ! Je me tourne et mon regard tombe sur une jeune femme portant un manteau rouge et un bonnet de la même couleur, de longues mèches brunes s’en échappent et retombent sur ses épaules. Elle est assise dans un coin reculé, un livre posé à plat sur ses cuisses ainsi que son éternelle musique collée aux oreilles. Impossible de ne pas sourire en la voyant. Elle est ma bouffée d’air frais dans ce monde de cons.
Depuis la soirée aux Foufounes électriques, je n’ai cessé de penser à ses yeux sur moi quand nous sommes entrés dans le bar. Même avec la lumière tamisée, je pouvais voir des éclats de vie dans ses yeux marron. Encore, là, je ne parle même pas de son regard sur moi qui m’a tellement électrisé pendant le concert. Cette nana me fascine et, sans que je comprenne pourquoi, elle m’obsède et fait de mon cerveau de la pâte à modeler. Je m’avance vers elle, mais elle ne bouge pas. Sa lecture semble la captiver à un point où elle oublie ce qui l’entoure. Je ne peux m’empêcher de trouver ça mignon. Je lève la main pour tirer sur le fil de ses écouteurs. Julia relève la tête et un sourire naît sur ses lèvres et les mêmes éclats qu’il y a cinq jours apparaissent dans ses yeux. Ils ont une couleur plus près du chocolat que marron.
— Thomas ! s’écrie-t-elle.
— Julia !
Le métro s’arrête et plusieurs personnes sortent du wagon, y compris la femme assise à côté d’elle. Je profite de l’occasion pour prendre la place libre.
— Alors, tu lis quoi ? lui demandé-je en désignant le livre posé contre ses cuisses.
— De la romance érotique, chuchote-t-elle dans un petit rire.
Son aveu me fait sourire, mais je n’ajoute rien.
— Tu vas où comme ça ?
— J’avais besoin de sortir de chez moi, m’avoue-t-elle dans une grimace.
J’ai l’occasion de la voir...

Attention

En entrant sur cette page, vous certifiez :

  • 1. avoir atteint l'âge légal de majorité de votre pays de résidence.
  • 2. avoir pris connaissance du caractère érotique de ce document.
  • 3. vous engager à ne pas diffuser le contenu de ce document.
  • 4. consulter ce document à titre purement personnel en n'impliquant aucune société ou organisme d'État.
  • 5. vous engager à mettre en oeuvre tous les moyens existants à ce jour pour empêcher n'importe quel mineur d'accéder à ce document.
  • 6. déclarer n'être choqué(e) par aucun type de sexualité.

YouScribe ne pourra pas être tenu responsable en cas de non-respect des points précédemment énumérés. Bonne lecture !