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Inés de Cordoue

De

Elisabeth de France a épousé Philippe II ; mais elle s'ennuie à la cour d'Espagne. Elle imagine la création d'un salon et propose un amusement nouveau : imaginer des contes galants avec les seules contraintes d'aventures invraisemblables et de sentiments naturels.

La première a se soumettre à l'exercice est Inés de Cordoue. Elle invente et conte :

- Le prince rosier

- Riquet à la houpppe, dont s'inspira Charles Perrault

- Histoire de la rupture d'Abenamar et de Fatime

La version présentée date de 1697, dans sa syntaxe et son orthographe


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Inés de Cordoue

Nouvelle espagnole

Catherine BERNARD

 

1697

 

Éditions La Piterne, 2016

Mise en page conforme à « Suivant la Copie, à Paris » MDCXCVII 

 

Couverture extraite de Abraham Bosse

« Femme se regardant dans son miroir » (vers 1650)

Catherine Bernard, le savoir-plaire

 

Catherine Bernard naît à Rouen au milieu du XVIIe siècle, vers 1663. Son père Abraham est un marchand fortuné, sa mère Jeanne est la fille d’un riche négociant, tous deux sont de confession protestante. Comme les quelques milliers de protestants de la ville, en majorité des marchands et négociants, ils peuvent pratiquer leur culte, hors les murs, au temple de Quevilly où leurs enfants sont baptisés. La tradition assure que Catherine est la nièce des deux frères Corneille et une cousine de Fontenelle, mais ce point reste controversé. Toute jeune, elle part s’établir à Paris.

Cependant la situation faite aux protestants est de plus en plus difficile. En 1685, Louis XIV révoque l’Édit de Nantes et la religion prétendue réformée est interdite dans le royaume, en application du précepte : « Un seul roi, une seule loi, une seule foi. » Les protestants ont le choix entre se soumettre ou s’exiler en pays amis, Angleterre ou Pays-Bas.

La communauté se divise, comme les familles. Tandis qu’une de ses tantes choisit l’exil, Catherine préfère abjurer. Donneau de Visé, fondateur du Mercure galant salue en ces termes sa conversion : « Je ne doute pas que vous appreniez avec beaucoup de plaisir que Mademoiselle Bernard de Rouen, pour qui les galants ouvrages qui ont paru d’elle vous ont donné tant d’estime, a fait abjuration depuis huit jours. Comme elle a infiniment d’esprit il est aisé de juger qu’elle a renoncé aux erreurs où sa naissance l’avait engagée qu’après une sérieuse et longue recherche de la vérité. » Sans qu’on puisse mettre en cause ses convictions profondes, disons que ce choix lui permet de rester bien en cour.

Pour le moment, la demoiselle s’est fait connaître par un premier roman : Frédéric de Sicile, un roman historique. Elle continue dans cette veine et publie successivement trois ouvrages en prose. C’est d’abord Eleonor qu’elle dédie joliment à la Dauphine : « Il est bien juste que ceux qui se mêlent d’écrire vous consacrent leurs ouvrages, puisque vous leur faites l’honneur de vous y amuser quelquefois. » Puis viennent le Comte d’Amboise, nouvelle galante, et Inès de Cordoue, nouvelle espagnole dans laquelle elle insère, conformément au goût du temps deux contes : le Prince Rosier et Riquet à la Houppe.

Ces trois romans sont rassemblés sous le titre des Malheurs de l’Amour, titre tout à fait conforme à leur esprit comme il est souligné par ces vers en prologue :

 

Les malheurs où l’amour engage

Sont ici bien peints et d’un air si touchant

Que pour un cœur qui cherche à vaincre son penchant

Ce livre est d’un parfait usage.

Mais il faudrait ami lecteur

Pour profiter de cet ouvrage

N’en avoir jamais vu *l’auteur. »

*qui est une belle fille.

 

Bien sûr, modestie féminine oblige, ces ouvrages ne portent pas clairement sur leur couverture le nom de leur auteur. On en loue la délicatesse d’expression. Catherine Bernard a-t-elle songé à imiter sa devancière Madame de Lafayette et la princesse de Clèves ?

Comme elle n’hésite devant rien et manie aussi bien le vers que la prose, elle tente deux tragédies : Laodamie, Reine d’Epire (1689), sur les femmes et le pouvoir et Brutus (1690) que Voltaire pillera sans scrupule, quarante ans plus tard. On a voulu y voir la main de Fontenelle qu’elle fréquente dans le salon de la Marquise de Lambert. Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain, c’est que ces pièces sont jouées à la Comédie française et remportent un certain succès : une vingtaine de représentations ; à l’époque, ce n’est pas rien.

Le Mercure galant écrit en décembre 1690 : « Les Dames sont aujourd’hui capables de tout, et si la délicatesse de leur esprit leur fait produire sans peine des ouvrages tendres et galants, Mademoiselle Bernard vient de faire voir qu’elle savait pousser avec force les sentiments héroïques et soutenir noblement le caractère romain. »

 

Bientôt poussée par Madame la Chancelière de Pontchartrain, l’épouse d’un des plus hauts personnages de l’état et sa bienfaitrice, elle renonce au théâtre dont se méfient les dévots. Peut-être sous influence, Madame de Maintenon est devenue son amie, elle refuse même de produire ses écrits de jeunesse qu’elle ne trouve pas suffisamment respectueux de la religion. Il faut comprendre « la religion catholique ». Toute sa vie, Catherine Bernard restera fidèle à la religion qu’elle s’est choisie à vingt ans, aussi elle ne bénéficiera jamais des largesses promises dans son testament, en 1707, par la sœur de sa mère, exilée en Angleterre : « 1 200 francs de monnaie de France à ses nièces Mlles Anne, Madeleine et Catherine » avec cette condition :« Si Catherine persévérait dans la religion romaine, sa part serait remise à ses sœurs. »

Heureusement, il lui reste encore la poésie. Elle reçoit à trois reprises en 1690, 1693 et 1697, le prix de poésie de l’Académie française, ce qui lui vaut une pension de Louis XIV : c’est un juste retour des choses puisque, dans ses œuvres, elle n’omet jamais de le flatter. Aux jeux floraux de Toulouse, auxquels elle participe trois fois également, c’est la salamandre d’or qu’elle reçoit, la distinction la plus prestigieuse.

Tous ces succès lui valent d’être admise au sein de la célèbre Académie des Ricovrati (« abrités ») de Padoue, créée au siècle précédent par un noble vénitien et dont Galilée fut l’un des premiers membres. Cette académie, contrairement à celle de France, accepte des femmes. Elles n’ont certes pas les mêmes droits que les hommes : elles ne peuvent ni voter ni participer à l’administration. Mais elles sont reconnues pour leur talent. On y trouve Madame de Scudéry avec sa Carte du Tendre, la normande madame d’Aulnoy qu’on surnomme « l’éloquente » tandis que Catherine Bernard est « l’invincible ». Dans cette académie de Padoue il y a curieusement plus de Françaises que d’Italiennes.

 

De son expression poétique, on ne peut juger que sur quelques exemples, ces quelques vers adressés à madame de Pontchartrain, tout pleins d’affection :

 

« Vous m’écrivez que pour écrire

Pour vous, c’est un amusement.

Moi qui vous aime tendrement

Je n’écris que pour vous le dire »

 

Mais son goût de la flatterie ne l’empêche pas de réclamer à Louis XIV – avec beaucoup d’esprit – la pension qu’il lui a accordée et qui tarde à venir :

 

« Sire, deux cents écus sont-ils si nécessaires

Au bonheur de l’état ou bien de vos affaires

Que sans ma pension vous ne puissiez dompter

Les faibles alliés et du Rhin et du Tage ? »

 

Mais elle n’oublie pas de l’assurer de sa loyauté. Pour lui elle est prête à tous les sacrifices :

 

« Mourir de faim pour la patrie »

 

Gageons que Louis XIV a été sensible aux arguments de la dame et qu’elle n’est pas morte de faim à Paris en 1712.

A son altesse serenissime

Monseigneur le prince de Dombes

 

Monseigneur,

Lorsque V.A.S. est encore au berceau, je me haste de luy dédier un Ouvrage, afin d’estreà la teste de tous ceux qui luy en dédieront jamais. Quelque avantage que d’ailleurs ils puisent avoir sur moy, j’auray du moins sur eux celuy de les avoir tous devancez. S’il arrivoit que vous appréciez à lire dans un Livre où vous verriez d’abord votre Nom, j’aurai la gloire de vous avoir procuré un plaisir d’une espece toute nouvelle. Mais, enfin, Monseigneur, on ne peut guere se prendre trop tost à rendre cet hommage à V.A.S. on commence de bonne heure à avoir de l’esprit dans vostre illustre Race ; Monseigneur votre Pere à fait paroistre le sien des l’enfance, et mesme les Ouvrages, il les vit imprimez à sept ans ; et sur cette merveille je n’ay pas tort de croire que son Fils ait déjà de l’intelligence à six mois ; peut-estre que nous ne serons pas long-temps sans avoir quelque chef-d’œuvre de vôtre façon. En attendant je ne puis laisser échapper les seuls momens, où ce que j’ay écrit pourra n’être pas tout à fait indigne de vous plaire ; ce sera beaucoup pour moy s’il vous amuse pendant vôtre enfance. Je laisseray à de plus sublimes genies l’honneur d’attirer quelquefois vôtre attention dans le tems des grandes occupations que les vertus de votre Sang vous préparent, et dont vous recevez de si glorieux exemples par le Prince qui vous a donné la vie. Je suis avec un tres-profond respect. 

Monseigneur

de V.A. Serenissime 

 

Ines de Cordoue

Nouvelle espagnole 

 

Il y avoit peu de temps que Philippe II estoit marié à Elizabeth de France ; & quoique ce Prince fût d’une humeur austere, l’amour qu’il avoit pour la Reine son épouse, luy avoit ôté une partie de sa severité. Sa Cour estoit devenue galante, & les divertissemens n’en estoient pas bannis. 

Comme on avoit renvoyé presque toutes les filles qui estoient venuës de France avec la Reine, on luy en avoit donné beaucoup d’Espagnoles ; moins pour luy faire honneur que pour veiller sur sa conduite ; mais comme cette Princesse estoit aimable, elles s’attachoient plus à luy plaire qu’à suivre les intentions du Roy. Entre celles qu’elle consideroit les plus, Inés de Cordouë, & Leonor de Silva tenoient le premier rang. Elles estoient toutes deux belles, & la faveur de la Reine qu’elles partageoient, jointe à la concurence de beauté, leur donnoit de l’éloignement l’une pour l’autre ; cependant il n’enparoissoit encore rien au dehors, & elles se contentoient de se porter une envie secrete, lorsque le jeune Marquis de Lerme, fils du Duc de ce mesme nom, revint de la guerre de Flandres, où il s’estoit signalé par des actions éclatantes. 

Ce jeune Seigneur estoit né pour plaire, &ses plus belles qualitez n’estoient pas d’estre l’homme de la Cour le mieux fait & le plus spirituel. Une grandeur de courage déja distinguée à vingt-deux ans, & une ame la plus tendre & la plus passionnée qui fût jamais, luy attiroient encore d’autres sentimens que l’approbation universelle. Leonor de Silva, fut la premiere personne avec qui il entra en quelque commerce, à cause du Baron de Silva son frere qui estoit revenu avec luy de Flandres, quoyque ce Baron eût peu de merite, & que par cette raison il ne peussent estre dans une liaison parfaite, une longue habitude de se voir leur tenoit en quelque façon lieu d’amitie ; Silva le presenta à sa sœur chez la Reine ; où les Dames ont la liberté de parler aux Cavaliers lorsqu’elle tient le cercle. Comme le Marquis de Lerme estoit galant & que Leonor estoit belle, il luy disoit sans cesse des choses flateuses qu’elle expliquoit si favorablement, que par avance elle prit les sentimensqu’elle desiroit de lui inspirer. 

Une legere indisposition qu’avoit Inés de Cordoüe fit que pendant quelque tems elle ne se montra point à la Cour ; c’estoit une faveur que la fortune faisoit à Leonor, mais qui dura trop peu. Inés parut enfin dans une occasion où son esprit seconda si bien la beauté ; qu’il n’estoit pas possible de resister à la fois aux charmes de l’un et de l’autre. 

La Reine qui estoit Françoise, avoit conservé le goust de la conversation ; elle avoit mesme quelque chose de passionné dans l’ame qui luy faisoit aimer les Vers, la Musique, et tout ce qui avoit du rapport à la galanterie. Les aprés-dinées, elle se retiroit quatre ou cinq heures dans son cabinet avec les Dames de la Cour qu’elle choisissoit pour cette sorte de retraite. 

Elle proposa pour se faire un amusement nouveau, d’imaginer des contes galans ; l’ordre fut reçû avec plaisir de toutes les Dames, qui composoient cette petite Cour ; on convint de faire des regles pour ces sortes d’Histoires dont voicy les deux principales. 

Que les avantures fussent toûjours contre la vraysemblance, & les sentimens toûjours naturels ; on jugea que l’agrément de ces contes ne consistoit qu’à faire voir ce qui se passe dans le cœur, & que du reste il y avoit une sorte de merite dans le merveilleux des imaginations qui n’estoient point retenues par les apparences de la verité. 

On tira au sort pour voir laquelle de ses Dames parleroit la premiere ; & le sort estant tombé sur Inés, le Prince Dom Carlos arriva, à qui la Reine conta le projet, il souhaita d’estre present au recit que feroit Inés ; ce que la Reine ne put luy refuser ; & l’on donna à Inés le reste du jour pour inventer le conte qu’elle devoit faire le lendemain. 

Dom Carlos estoit assidu chez la Reine sa belle mere. Comme il luy avoit esté destiné pour mary avant que le Roy eût songé luy-mesme à l’épouser, il ne pouvoit s’empêcher en la voyant de regreter ce qu’il avoit perdu ; & il la cherchoit sans cesse, quoyque ce fût augmenter les douleurs. 

La Princesse d’Eboly, femme du premier Ministre, ne quittoit point la Reine par un interdit secret qu’elle prenoit à Dom Carlos, & qui depuis ne fut pas moins funeste à la Reine qu’à luy. 

Le jour destiné pour entendre Inés arriva. Le Marquis de Lerme, qui avoit oüi parler de sa beauté, supplia Dom Carlos de souffrir qu’il le suivit chez la Reine, & ce Prince le permit. Leonor se flatta en le voyant, qu’il venoit la chercher en ce lieu où estoient les favorites de la Reine ; mais si tost qu’il eût vû Inés, il détrompa Leonor dont le seul bonheur avoit esté d’estre trompée. 

Le Prince Dom Carlos,la Princesse d’Eboly, & deux ou trois Dames de la Cour s’assirent, & la Reine ayant ordonné aprés de parler, elle commença, ainsi son récit. 

Histoire de la rupture d’Abenamar et de Fatime

 

Abenamar étoit un des principaux de la Cour de Grenade, Fatime n’étoit pas d’une naissance proportionnée à la sienne ; mais les agrémens de sa personne & son merite extraordinaire, pouvoient remplir la distance que le rang mettoit entr’eux. Ils s’étoient aimez au moment qu’ils s’étoient vûs, & ils avoient eu plusieurs moyens de se voir : leur estime leur amour avoit redoublé toutes les fois qu’ils avoient eu occasion de se parler, & dans un commerce assez frequent & assez long, jamais ils n’avoient découvert l’un dans l’autre aucun défaut qui pût...