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Intégrale "Trois voeux à exaucer"

De
576 pages
Intégrale de la série "Trois vœux à exaucer" de Merline Lovelace.

Parfois, un simple vœu suffit à tout changer…

Une semaine pour la reconquérir - Tome 1
Elle va passer une semaine en Italie… aux côtés de l’homme qu’elle est sur le point de quitter ? Lorsque Travis, son mari, lui apprend qu’il l’emmène en Toscane afin qu’ils profitent l’un de l’autre, Kate est, contre toute attente, folle de rage. Voilà des années qu’elle réclame l’attention de Travis – qui ne vit que pour son travail –, et alors qu’elle comptait prendre des vacances seule, pour faire le point, il ose contrecarrer ses plans ? Résolue à le mettre à l’épreuve, elle accepte son invitation… tout en lui imposant les conditions de leur cohabitation…

Un mariage tant espéré - Tome 2
Oui, je le veux ! Mais non, je ne peux pas ! Tandis que Brian Ellis, le séduisant milliardaire qui vient de la demander en mariage, attend sa réponse, Dawn sent la panique la gagner. Après avoir abandonné deux fiancés au pied de l’hôtel par peur de l’engagement, il serait grand temps qu’elle prenne enfin des risques, elle le sait. Mais, cette fois-ci, l’homme qu’elle aime n’est pas seul en jeu : il est le père d’un adorable petit Tommy, âgé de six ans. Et, pour Dawn, il est inconcevable de décevoir cet enfant qu’elle aime déjà comme s’il était son propre fils…

L'homme de toutes ses envies - Tome 3
Joe Russo pourrait bien être l’homme idéal : protecteur et rassurant, il est également sexy en diable… Pourtant, Callie le sait : bien qu’il affirme avoir changé, Joe restera un séducteur qui multiplie les conquêtes sans lendemain. Aussi, afin de le mettre à l’épreuve, refuse-t-elle la demande en mariage qu’il lui fait : s’il accepte de la suivre à Rome – où elle vient de décrocher le travail de ses rêves – pour partager sa vie et ses attentes, peut-être sera-t-elle prête à reconsidérer sa proposition…
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- 1 -
Katherine Elizabeth Westbrook traînait des pieds. — Allez, Kate ! Il faut le faire ! — Non, rien ne m’y oblige. L’eau qui jaillissait des superbes sculptures baroques scintillait sous le soleil de la fin août, mais Kate, bien que poussée par ses deux amie s à se frayer un chemin parmi les nombreux touristes assemblés autour d’un des sites incontournables de Rome, n’avait nulle envie de céder à la tradition et de jeter une pièce de monnaie dans le bassin étincelant. — C’est si touristique que c’en est inqualifiable, ajouta-t-elle. Dawn McGill, pétillante rousse, rejeta la protestation d’un geste désinvolte. — Mais pas du tout ! Et puis, on en parle depuis toujours ! insista-t-elle. — Tu te rappelles la première fois que nous avons regardéLa Fontaine des amours ? lui demanda Callie Langston. Callie était la plus calme de l’inséparable trio qui s’était formé un peu plus de vingt ans auparavant, quand Kate, alors âgée de huit ans, avait emménagé avec sa famille dans la petite ville d’Easthampton, dans le Massachusetts. L’évocation de cette soirée pyjama fort lointaine arracha un sourire à Kate. — Comment aurais-je pu oublier ? Elles étaient alors amies depuis des années, et tou tes trois d’incurables romantiques, mordues de cinéma. Lors de cette soirée de toutes les extravagances, elles avaient dévoré des pizzas et des beignets, ainsi que des tonnes de glace au caramel, tout en visionnant avec une même boulimie des DVD de films classiques. Callie avait choisi le grand succès des années 1940Indiscrétions, et les trois adolescentes s’étaient quasiment pâmées devant le débonnaire Cary Grant. Dawn avait opté pour Audrey Hepburn et Humphrey Bogart dansSabrina, une romance bien menée qui provoquait à la fois les rires et les larmes, et une folle envie de s’enfuir à Paris. Et le choix de Kate s’était porté surLa Fontaine des amours, tourné en 1954, avec Dorothy McGuire, et un Louis Jourdan à l’air rêveur, semblable à un pri nce italien. L’histoire de trois jeunes célibataires trouvant l’amour et l’aventure à Rome avait conduit les trois filles à se jurer qu’un jour elles se rendraient à la Ville éternelle et jetteraient une pièce dans la fameuse fontaine. Kate avait adoré le film à l’époque, c’est-à-dire quand elle était encore jeune et naïve, et assez stupide pour croire que les histoires d’amour finissaient bien. — Notre vœu ne se réalisera que si nous le faisons toutes les trois, insista la bouillonnante Dawn. — Exact, renchérit Callie. Toutes pour une… — … et une pour toutes, termina Kate avec un petit sourire. D’accord, vous avez gagné ! Qui a une pièce à sacrifier ? — Tiens ! Dawn lui tendit une pièce d’un euro. Elle était tou te terne et usée, et serait remplacée sous peu par une nouvelle, plus brillante, pensa Kate qui travaillait à la World Bank. Exitl’ancien, vive la nouveauté ! Comme dans sa vie, même si l’horizon qui s’ouvrait à elle était incertain et que le passé était encore des plus douloureux. Elle referma la main sur la pièce, tandis que des images lui traversaient l’esprit, aussi coupantes que des éclats de verre… Elle revit Travis arriver en trombe sur le campus avec sa Harley décrépite, mais tant aimée. Leurs fiançailles, le jour même où elle avait accroché, sur son uniforme, son insigne de pilote de l’armée de l’air. Le
mariage qui avait eu lieu deux ans plus tard, et qu’elle et ses deux amies avaient préparé dans les moindres détails. Puis ce voyage tant rêvé en Italie que son mari et elle avaient été contraints de reporter plusieurs fois, parce que celui-ci tournoyait au-dessus de l’Afghanistan et l’Irak, et de nombreuses autres régions du globe dont il devait taire le nom, car il s’agissait de missions confidentielles. Et dire qu’elle avait passé tant d’heures à planifier ce voyage de rêve ! Sans compter celles où elle s’était noyée dans le travail pour ne pas se ronger les sangs au sujet de Travis. Et les longues nuits solitaires, où elle s’était tournée et retournée dans son lit, en priant pour que le commandant Westbrook lui revienne sain et sauf de la poudrière où on l’avait encore une fois envoyé. Tous les deux s’y trouvaient enfin, en Italie, mais chacun de son côté, à quelques heures de train. Le plus triste, c’était qu’elle ignorait que son futur ex-mari opérait actuellement sur une base de l’Otan située près de Venise, jusqu’à ce qu’elle s’entretienne au téléphone avec la mère de Travis, juste avant son départ pour ses vacances romaines en compagnie de ses amies. Mais, même si Venise ne se trouvait qu’à quelques heures au nord de Rome, la distance qui les séparait était infranchissable. Ni maintenant ni jamais. Ils s’étaient déjà fait trop d’adieux déchirants, avaient passé bien trop de tem ps loin de l’autre, sans compter que chacun avait changé. Et Travis, à en croire la notification Facebook qui ne lui était de toute évidence pas destinée, bien plus qu’elle… — Fais un vœu, la pressa Dawn. Puis jette la pièce par-dessus ton épaule. — Tu n’es pas obligée d’en formuler un précis, corrigea Callie avec le calme qui la caractérisait. C’est implicite dans le fait de jeter la pièce. Cela signifie que tu reviendras un jour à Rome. Mais Kate n’écoutait plus ses amies. Poing serré, y eux fermés, elle laissa son subconscient évacuer la douleur et la colère enfouies profondément en elle. Je souhaite… Je souhaite… Et zut ! Je souhaite que la garce qui se vante sur Facebook d’avoir eu une liaison avec mon mari développe la crise la plus carabinée de… bref, peu importe de quoi, pourvu qu’elle déguste ! Puis elle lança la pièce de toutes ses forces. Mais même l’eau rugissant hors des nombreux robinets ne parvint pas à étouffer le bruit sourd que fit son euro en rebondissant sur le rebord de la fontaine. Et ni la voix traînante et amusée qui s’éleva tout à coup juste derrière elle… — Tes talents en la matière ont toujours été des plus limités, Catleya. Elle s’immobilisa, le bras encore en l’air, submergée par un sentiment d’incrédulité totale, tandis que son ventre se contractait violemment. Elle ne pouvait plus ni bouger ni respirer… Elle jeta tour à tour un regard affolé à ses amies : le froncement de sourcils de Dawn était aussi évocateur que le masque de désappr obation totale qui recouvrit instantanément le visage de Callie. Elle ferma les paupières, prit une profonde aspiration puis, dans un effort surhumain, se retourna avec une lenteur délibérée… Son cœur fit u n bond dans sa poitrine… Assez ! Sa réaction émotive s’expliquait par le fait qu’elle n’avait pas vu Travis depuis quatre mois. Serrant les poings, elle refusa aussi de céder à l’inquiétude que suscita tout de suite en elle la fatigue que reflétaient ses yeux. Alors, se jurant que sa voix ne porterait nulle trace de la fureur et de la douleur qui étaient siennes depuis des mois, elle déclara : — Salut, Travis. C’est ta mère qui t’a informé que je m’étais finalement envolée pour Rome ? — Effectivement. Et il laissa son regard glisser sur son visage et s a bouche, ce regard brun-vert si changeant. Et, l’espace d’un instant, elle crut qu’il allait l’embrasser… Par prudence, elle recula d’un pas. D’instinct, Dawn et Callie l’encadrèrent. Travis po rta d’abord son regard vers Dawn, toujours renfrognée, puis vers Callie, bouche pincée. Etait-ce l’ombre d’un regret qui traversa à cet instant son visage ? Ou cette méfiance amusée qu’il affichait toujours comme une veste en Kevlar, quand il affrontait le trio qu’il avait surnommé les Invincibles ? Elle n’aurait su dire, tant ce fut rapide. — Rome est une grande ville, parvint-elle à articuler d’un ton dégagé, au prix d’un gros effort. Comment nous as-tu trouvées ? Cette fois, un petit sourire éclaira ses traits… La première fois qu’il lui en avait décoché un, elle avait frémi de la tête aux pieds.
Et, de nouveau, les souvenirs l’assaillirent : ce jour de novembre gris et venteux, le vent froid qui lui mordait les joues, les stalactites qu i pendaient des feuilles comme des larmes figées par la glace. Kate, Callie et Dawn, tout emmitouflées, sortaient d’un pas joyeux du centre commercial quand le frère aîné de cette dernière s’était garé devant elles. Et toutes les trois avaient écarquillé les yeux lorsque Aaron leur avait présenté son camarade de chambre, sur le campus, qu’il avait invité à la maison pour les vacances de Thanksgiving. Le chaleureux bonjour que leur avait lancé Travis s’était adressé aux trois amies, mais Kate s’était rapidement détachée du lot, à ses yeux . A l’époque, elle était étudiante en deuxième année à la Faculté de Boston, tandis qu’il terminait ses études à l’Université du Massachusetts, à Amherst. Il n’avait fallu que deux rendez-vous pendant ces vacances magiques, juste deux pour que… — Ça n’a pas été très difficile. La réponse de son mari la ramena au présent. — Tu m’as si souvent répété que jeter une pièce dans la fontaine de Trevi figurait en haut de ta liste, à Rome. Il désigna alors du pouce un café bondé, de l’autre côté de la place. — J’ai réquisitionné une table, là-bas, et j’ai attendu que tu viennes. Elle n’avait pas indiqué à la mère de Travis où elle logeait. D’ailleurs, personne ne le savait à part David, son assistant, et ce n’était pas lui qui aurait divulgué son itinéraire. Certes, elle n’était pas encore arrivée au sommet dans le monde de la finance, mais elle négociait toutefois des contrats impliquant des milliards et avait récemment été désignée comme l’une des cinq étoiles montantes dans ce domaine, par un site réputé et spécialisé. Aussi, le bon sens — tout comme le responsable de l a sécurité de sa banque — lui avait conseillé de rester discrète quand elle voyageait à l’étranger. Mais on pouvait faire confiance à Travis pour la localiser ! — Et depuis combien de temps attends-tu, exactement ? demanda-t-elle d’une voix où se mêlaient curiosité et réticence. — Depuis ce matin, à la première heure. Dawn poussa un cri de surprise. — Quoi ? Tu es resté attablé toute la journée dans cette Mecque touristique ? Mais cela a dû te coûter une fortune. — Assez pour nourrir une famille de quatre personne s pendant une semaine, effectivement, mais… Il jeta de nouveau un coup d’œil à Kate. — Je ne regrette pas un seul euro. Comment s’y prenait-il ? Il suffisait d’un sourire, d’un regard, et elle en aurait presque oublié son vœu de colère, proféré silencieusement quelques instants plus tôt. Presque. Car elle sentit soudain l’amertume reprendre ses droits, lui laissant un mauvais goût dans la bouche — et le cœur en lambeaux. — Tu as gaspillé de l’argent pour rien, Trav, décréta-t-elle, car nous nous sommes tout dit en présence de notre avocat. — Non, je ne crois pas, rétorqua-t-il. Son sourire disparut. — J’ai reçu une demande de divorce le lendemain de mon retour d’une mission classée secrète, poursuivit-il. Et le rendez-vous avec l’avocat était fixé à peine une semaine plus tard. — Rendez-vous que tu as réussi à repousser de quatre-vingt-dix jours en invoquant une loi civile protégeant les intérêts des soldats et des marines. — Mais parce que tu as… Il s’interrompit et laissa échapper un long soupir. Désignant alors du menton la foule de touristes qui les enfermait dans un cocon bruyant et chahuteur, il reprit : — Viens, Kate. Laisse-moi t’offrir un verre de vin. Puis il ajouta, avec une seconde de retard à l’intention de Dawn et Callie : — A vous aussi, d’ailleurs. — Eh oui, c’est toutes les trois ou aucune, souligna Dawn. — Et seulement si Kate accepte ton invitation ! renchérit Callie d’un ton impassible, mais non moins glaçant. Les Invincibles étaient de retour.
* * *
Travis ne fut pas étonné qu’elles fassent front, ni que les deux amies de Kate se montrent aussi protectrices. Il savait depuis le premier jou r qu’elles étaient toutes trois plus proches que des sœurs. Leurs personnalités étaient certes différentes, tout comme leurs origines familiales, mais elles avaient tant en commun et partagé tant de choses que chacune était capable de terminer la phrase de l’autre. Et, bien que très différentes physiquement, toutes trois semaient le trouble dans l’esprit masculin. Avec sa chevelure auburn, sa vivacité et ses courbes généreuses, Dawn attirait les hommes comme des aimants. Callie, plus pondérée et réservée, leur donnait pour sa part, par sa capacité d’écoute, l’impression qu’ils étaient bien plus spirituels qu’ils le soupçonnaient. Mais c’était Kate qui l’avait tout de suite attiré, en ce jour enneigé de novembre. Elle était emmitouflée dans un épais anorak, son écharpe laissant à peine voir ses yeux noisette, et ses longs cheveux blonds et bouclés ruisselaient en cascade de son bonnet en laine coloré. La partie inférieure de son corps n’était pas aussi caparaçonnée, de sorte qu’il avait pu admirer à loisir ses longues jambes moulées dans un jean rentré dans de hautes bottes en daim noir, ses hanches minces et son joli postérieur. Mais il avait tout de suite compris que le tout valait bien plus que la somme de ces parties alléchantes. Peut-être était-ce en raison de l’intelligence qui pétillait dans ses yeux brun cannelle, ou du sourire qu’il devinait sous l’écharpe, ou encore de la pique bien sentie qu’elle avait lancée à Aaron, quand il l’avait titillée. Mais peu importait, car, quand il était revenu à la faculté, il était déjà à moitié amoureux et, en tout cas, fou de désir pour elle. Pendant les deux années qui suivirent, il avait mené une vie frénétique entre les visites que chacun rendait à l’autre sur son campus, et leurs vacances d’été partagées. Il avait dû ensuite suivre un entraînement d’officier pour intégrer l’armée de l’air et, quand Kate avait accroché au revers de sa veste son insigne de pilote de l’air, il avait tenu à couronner la cérémonie par une bague de fiançailles. Après quoi, deux ans s’étaient encore écoulés — le temps qu’elle obtienne son diplôme et que lui effectue sa formation — avant qu’il puisse enfin lui glisser un anneau piqué de diamants au doigt. Il en avait d’ailleurs perçu les éclats quand il l’avait vue lancer la pièce dans la fontaine, quelques minutes auparavant, et cet éclair lui avai t procuré une profonde satisfaction, presque viscérale, même si son esprit rationnel était parfaitement conscient qu’une alliance constituait juste un symbole. Mais son instinct masculin possessif et primaire s’en était senti flatté. Kate aux grands yeux rieurs et à l’esprit vif était sa compagne, sa femme, la seule avec qui il ait jamais eu envie de partager sa vie. Et constater qu’elle portait encore son alliance le renforça dans sa détermination de tout mettre en œuvre pour que jamais elle ne la retire. Il était conscient que l’entreprise requerrait de gros efforts, car il ne pouvait nier que leur mariage avait dérapé, et que ses fréquentes missions à l’étranger l’avaient conduit à un point de rupture. Et, évidemment, il avait eu tort de ne pas mettre un terme de façon plus nette aux élucubrations de la jeune capitaine, qui avait confondu l’intérêt professionnel qu’il montrait pour sa carrière avec des sentiments plus personnels. Oui, il était encore mortifié de n’avoir pas su gérer la situation avec davantage de finesse. Cette dernière avait en effet réagi à sa rebuffade en publiant unpost sur Facebook, certes fantaisiste, mais bien trop proche de la réalité, sur sa relation privilégiée avec un certain pilote très sexy de C-130… Certes, il n’avait aucune excuse et n’aurait jamais dû laisser la jeune capitaine se montrer si familière avec lui, mais Kate n’avait pa s voulu entendre ses justifications, et s’était tellement braquée qu’en comparaison une mul e du Kentucky aurait semblé une mauviette. Elle avait néanmoins pris son temps, pesé tous les éléments avant de prendre une décision majeure. Et, après quoi, impossible de la faire revenir dessus. L’affaire était classée. C’était fini,finito, point barre ! Mais il allait changer le cours de la fatalité, se promit-il avec détermination. Selon la loi du Massachusetts, le divorce n’était effectif qu’au bout de trois mois après la proclamation du jugement, ce qui lui laissait exactement deux semaines pour rattraper les ravages causés par d’innombrables séparations et un faux pas d’une stupidité monumentale. Résolu à reconquérir sa femme qu’il aimait toujours autant, il lui lança un défi qu’elle ne pouvait refuser : — Serais-tu trop craintive pour partager une bouteille de vin avec moi, ma chérie ? — A ton avis ? Et, à son haussement de sourcils dédaigneux, il saisit qu’elle n’était pas dupe de son jeu, mais il tint bon. — Eh bien, à mon avis, on devrait s’éloigner de la foule pour savourer l’excellent chianti que j’ai réservé tout à l’heure. Elle se mordit la lèvre supérieure, manifestement en plein débat intérieur, puis se tourna
vers ses amies : — Les filles, continuez jusqu’à la place Navone. Je vous y rejoindrai. Alors, elle jeta un coup d’œil aux ombres qui tombaient déjà sur les colonnes du palais Poli, auquel était adossée la fontaine, et ajouta : — Ou retrouvons-nous plutôt à l’hôtel. — Ce n’est pas prudent de se séparer, protesta Callie. Rome est une grande ville, et une femme seule représente une cible facile. Travis plissa les yeux. La jeune brune élancée venait de porter atteinte à sa virilité, à son adresse au combat et à sa capacité à repérer les pickpockets et autres satyres. — Elle ne sera pas seule, rétorqua-t-il sèchement. Et je pense que je suis apte à la protéger d’une éventuelle agression. J’en fais la promesse. — Nous ne doutons pas de tes capacités, riposta d’un ton persifleur la belle rousse, qui servait de deuxième chaperon à Kate. En revanche, nous savons toutes ce que valent tes promesses, Westbrook ! Il serra les dents et, de façon fort héroïque, se retint de répliquer qu’une femme qui avait planté deux fiancés devant l’autel était bien mal inspirée de lui jeter la pierre. Lisant sans doute dans ses pensées, Kate intervint promptement. — C’est bon, lança-t-elle à ses deux cerbères. Travis et moi pouvons rester courtois l’un envers l’autre le temps de partager un verre. Enfin, je l’espère. Bon, allons-y ! Et nous nous retrouvons toutes les trois à l’hôtel sous peu. L’impulsive Dawn aurait sans doute aimé poursuivre la dispute, mais Callie la tira par la manche, de sorte qu’elle se contenta de lancer à Travis un regard menaçant pour le mettre en garde, avant de battre en retraite. — Eh bien ! murmura-t-il après que les deux femmes se furent fondues dans la foule. Heureusement qu’aucune n’était armée, sinon je serais déjà mort. — En tout cas, tu es hors de danger, maintenant. Et, pour ma part, je n’ai encore jamais recouru à l’une de ces attaques létales que tu m’as enseignées pour mettre à terre un assaillant. Encore que ça peut toujours venir… Sans doute n’était-ce ni le moment ni le lieu pour se rappeler ces séances d’entraînement, mais cette allusion avait déclenché en lui des souvenirs des plus érotiques. Il ne comptait plus le nombre de fois où il s’était mis au lit dans un lieu complètement perdu, et s’était donné du plaisir en repensant à sa femme moulée dans une com binaison de lycra, tout en sueur, et résolue à le mettre au tapis. — Je vais m’efforcer de ne pas être ta première victime, dit-il tandis qu’ils se dirigeaient vers le café. Et, de façon toute naturelle, il posa la main sur ses reins, pour la guider dans la foule. Pour légère que fût la pression, Kate s’immobilisa tout de suite ; alors il étouffa un juron et retira sa main. — Désolé. La force de l’habitude.
* * *
Elle hocha vivement la tête, espérant en toute sincérité que Travis ne percevrait pas les émotions contradictoires que son geste avait déclenchées en elle. Déglutissant avec peine, elle se fraya un chemin dans la foule. La prévenance de son mari était l’une des qualités qu’elle appréciait le plus en lui. Il avait grandi dans une ville défavorisée du Massachusetts, mais auprès d’une mère à la détermination de fer, qui avait réussi à mater le côté bagarreur qu’il avait été contraint de développer pour survivre dans une ville minée par les gangs ; dans son zèle, elle lui avait aussi enseigné de bonnes manières tendance victorienne. En outre, ses études universitaires et sa formation à l’école militaire avaient parachevé son savoir-vivre. Cependant, pensa-t-elle en le voyant tirer, à son intention, une chaise de dessous l’une des tables installées sous un store à rayures verte s et blanches, ce brillant diplômé et gentleman bienveillant n’avait aucun problème pour coexister avec la version gladiateur de lui-même, bien présente en lui grâce aux rixes de rue et aux méthodes brutales qu’il avait endurées lors de ses entraînements pour devenir un haut gradé de l’armée de l’air. Cette pensée en fit surgir une autre, et elle sentit son cœur se serrer, tandis que Travis prenait place en face d’elle. La loyauté était une autre vertu qu’elle avait toujours cru profondément ancrée chez son mari…
Il faisait partie d’une troupe d’élites choisie pou r piloter des HC-130J, la dernière version du vénérable Hercule utilisé pendant la guerre du Vietnam. Cet appareil, qui comptait parmi les plus sophistiqués du monde, pouvait être ravitaillé en plein ciel et était capable d’effectuer de très longues distances ; par ailleur s, il était assez souple pour atterrir en douceur, en cas d’urgence. Bref, il constituait l’avion idéal pour les missions très spéciales. La plupart des pilotes du Combat King, ainsi qu’on le surnommait, étaient bien trop machos pour exprimer des platitudes sur la fraterni té qui les unissait ou les liens indéfectibles qui se nouaient lors d’une bataille. Mais était-il utile de formuler l’évidence ? Le nombre de récompenses qui ornaient leurs uniform es parlait pour eux. Etait-ce cette intimité, cette exclusivité propre à ce monde de gu erriers qui avait poussé Travis à s’intéresser à la capitaine Diane Chamberlain ? Il lui avait juré que oui ! Qu’il cherchait simplement à parrainer la jeune et brillante officier en communication. Elle aurait aimé le croire, si elle n’avait su ce qu’il arrivait quand on était toujours en mission, loin de chez soi pendant de très longues périodes… Si son ambitieuse protégée n’avait pas été aussi précise, dans sa publication Facebook… Enfin, si leur couple n’était pas déjà à la dérive. Et ce dernier élément, elle l’admettait, avait été déterminant. Au fil du temps, leur carrière avait en effet pris des directions très différentes : de jeune pilote à l’enseigne toute rutilante, il était devenu commandant des forces armées les plus aguerries du pays, tandis que, après s’être fait les dents en tant qu’analyste des comptes étrangers dans une filiale de la Bank of America, e lle avait été recrutée par la Banque mondiale et travaillait désormais au siège, à Washington. Et voici où ils en étaient aujourd’hui : quatre ans après être sortis ensemble dans un cadre mouvementé, et au bout de cinq ans de mariage dans les mêmes conditions, ils étaient presque des étrangers partageant une petite table à Rome, ville qu’ils s’étaient toujours promis de découvrir ensemble. Lorsqu’il prit la bouteille pour remplir leurs verres, elle balaya la place du regard, de la splendide fontaine aux grands hôtels et résidences couleur terre qui l’entouraient sur trois côtés. — Je n’arrive pas à croire que nous soyons vraiment à Rome, murmura-t-elle. — Il nous en a fallu du temps pour arriver jusqu’ici. A ce commentaire contrit, elle abandonna le spectacle vibrant que lui offrait la place pour reporter les yeux sur son mari et se mit à le fixer avec attention, s’attardant sur ses petites rides de fatigue, aux coins des yeux… Tout comme sur quelques fils argentés dans sa belle chevelure châtain à la coupe toujours courte et soignée ! Alors ce fut plus fort qu’elle. Allongeant instinctivement le bras, elle toucha la tempe de Travis. — Ce sont bien des cheveux gris que je vois ? s’enquit-elle. — Tout à fait. C’est l’enfer quand les gènes et votre profession conspirent pour vous faire ressembler à un vieil homme à l’âge de trente-deux ans. Sans répondre, elle laissa son regard glisser sur ses épaules musclées, soulignées par sa chemise bleue en oxford. Son col ouvert dévoilait la solide assise de son cou, et ses manches relevées de vigoureux avant-bras bronzés. Retirant bien vite sa main, elle s’adossa à sa chaise et prit le verre qu’il lui tendait, un sourire sceptique aux lèvres. — Tu n’es pas encore totalement décrépit, commandant Westbrook ! décréta-t-elle. — Toi non plus, madame Westbrook ! Est-ce que cela viole les règles de notre trêve si je te dis que tu es sacrément belle pour une chargée de comptes en investissement senior ? — Tu peux dire vice-présidente. J’ai été promue il y a deux mois. — Ah bon ? Et qui est mort ? Cette boutade qui courait dans le milieu de la banque lui arracha un petit rire. Il était en effet bien connu dans la communauté des financiers que l’on prenait du galon uniquement quand un supérieur rendait son dernier souffle au bureau. Heureusement, elle n’avait dû passer sur aucun cadavre pour obtenir son poste actuel. Son diplôme en gestion d’affaires obtenu à la Faculté de Boston, conjugué à son master en finances internationales et en sciences politiques de la Columbia, lui avait fourni de bonnes armes pour la course sans merci vers le sommet, tout comme le fait qu’elle ait commencé sa carrière à la Bank of America. Le dynamisme de cett e banque lui avait en effet permis d’engranger une excellente expérience dans les services, d’acquérir une vue d’ensemble et d’endosser de plus hautes responsabilités, chaque fois que Travis était quant à lui transféré sur une nouvelle base. — Pas à ma connaissance, répondit-elle.