JAWD

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158 pages
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Jordan vient de sortir de prison, après avoir purgé une peine de 3 ans pour un crime qu’il n’a pas commis. Il n’a qu’un seul objectif en tête : se venger de ses détracteurs ! Sa colère, et les cauchemars qui l’assaillent l’ont rendu amer et vindicatif et c’est la jolie Camille, qui en fait les frais. Camille qui, elle aussi, cache un sombre secret... Mais tandis que Jordan essaie péniblement de se reconstruire, de nouvelles difficultés vont surgir, risquant de mettre en péril la fragilité du couple qu’il forme avec la jeune femme.


Pourront-ils enfin trouver la route vers la liberté ?

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Ajouté le 19 janvier 2016
Nombre de lectures 73
EAN13 9782365409896
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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JAWD

 

 

 

 

 

Du même auteur aux Editions Sharon Kena

 

 

Au cœur de la volupté

Cow-boys Lovers

La malédiction Tsigane (saga)

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierrette Lavallée

 

 

 

 

JAWD

 

 

 

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« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »

 

 

©2016 Les Editions Sharon Kena

www.leseditionssharonkena.com

 

 

Les premières personnes que je vais remercier pour ce livre sont tout d’abord Cyrielle Walquan mon éditrice ainsi que tout le « staff » Sharon Kena sans qui ce livre ne serait pas ce qu’il est : Emma qui s’occupe du service Presse, les correctrices qui font un travail fabuleux ainsi que Feather Wenlock qui a réalisé cette somptueuse couverture.

Un merci tout spécial à Tamara D. qui a cru en ce livre et qui a été de bons conseils.

Merci également à ma famille qui me soutient à cent pour cent : mon mari, mes enfants, mes parents et ma frangine.

Je n’en serai pas là non plus sans mes bêtas-lectrices qui sont à mes côtés dans cette fabuleuse aventure : BIBI, TIYA, MI-ANGE MI-DÉMON, NATHALIE… vous êtres précieuses les filles, ne l’oubliez jamais !

Puis il y a mes amies, qui se me soutiennent depuis le début : Ana P, Nathalie R, Vanessa LG, Rinka, Julia le Vampilou, Mi-ange mi-démon, Christelle K, Sylvie B.

Et il y a les bloggeuses, les pages littéraires… Merci à Les livres en Folies, La bibliothèque de Mi ange mi démon, Elo-Dit, Les livres érotiques de Marie et Samantha. Je lis, tu lis, nous lisons ou le coin des lectures partagées et tant d’autres encore qui relaient les infos, les concours, les sorties…

Et il y a vous, cher lecteur ou lectrice qui tenez ce roman entre vos mains. Merci de croire en moi, de me lire, de me soutenir… Sans lecteur, un auteur n’est rien !

 

 

Table des matières

 

 

PROLOGUE

CHAPITRE 1

CHAPITRE 2

CHAPITRE 3

CHAPITRE 4

CHAPITRE 5

CHAPITRE 6

CHAPITRE 7

CHAPITRE 8

CHAPITRE 9

CHAPITRE 10

CHAPITRE 11

CHAPITRE 12

CHAPITRE 13

CHAPITRE 14

CHAPITRE 15

CHAPITRE 16

CHAPITRE 17

CHAPITRE 18

CHAPITRE 19

CHAPITRE 20

CHAPITRE 21

CHAPITRE 22

CHAPITRE 23

ÉPILOGUE

 

 

PROLOGUE

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Il était plongé dans le sommeil et son esprit dérivait, glissant sur certaines scènes, s’arrêtant sur d’autres…

 

L’arrestation avait eu lieu en plein cours, juste après les examens de fin d’année. Deux flics en uniforme lui avaient passé les menottes, lui signalant sa mise en garde à vue. Sa stupeur, sa désinvolture tandis qu’il les accompagnait, un sourire ironique fiché sur les lèvres. Puis l’interrogatoire, l’horreur en comprenant que personne ne le croyait puis la prise d’empreintes, les photos d’identification judiciaire

 

Il se retourne une nouvelle fois dans son lit, un second arrêt sur image…

 

Le bruit d’une matraque contre les barreaux d’une cellule le fait sursauter. Il n’avait pas encore réussi à dormir depuis qu’il avait été arrêté. Le bruit, les cris des taulards, mais également les pleurs de ceux qui n’avaient plus aucun espoir de recouvrer un jour la liberté. Mais ce n’était pas son cas, à l’extérieur, du monde œuvrait pour sa libération, après tout, n’était-il pas innocent ?

 

La transpiration imbibe son tee-shirt, sa respiration se fait plus haletante.

Le jugement… L’impatience de revoir celle qui le sortira de cette impasse. Il est assis face au juge qui l’observe attentivement. Puis c’est l’incompréhension la plus totale tandis qu’elle arrive et qu’elle l’ignore complètement. Puis les mensonges qui sortent de sa bouche alors qu’il reste ébahi et la condamnation tombe… trois ans de prison ferme !

 

Un sanglot s’échappe de sa gorge, il se roule en boule, le dos plaqué contre le mur.

 

Sa première visite au parloir… son père… Lui non plus n’ose pas le regarder, puis la sentence familiale s’abat sur lui… il ne fait plus partie de la famille, son nom ne sera plus prononcé, il leur a fait honte… Il se lève et crie : « La justice gagne toujours, papa, tu m’entends, justice always wins dad ! ». Les gardiens l’emmènent, il se débat, il termine la journée en isolement mais il y croit, avec son avocat ils ont fait appel… mais là aussi, une mauvaise nouvelle l’attend, ses parents ne paieront pas pour ça… pas pour lui ! Il est seul !

 

Il sait qu’il doit à présent se réveiller, que la scène suivante l’entraînera dans un cauchemar sans fin…

 

Il est dans la douche, ils sont quatre à l’attendre… L’un lui attrape les cheveux, l’autre…

 

Il se réveille en sursaut, son maillot est trempé, il est désorienté. Le lit est plus grand, la pièce plus sombre, son cœur se met à battre à coups redoublés. Il s’assied au bord du matelas et serre les poings. Il prend une profonde inspiration, puis une autre. Il reprend peu à peu conscience avec la réalité. Il se lève, va se poster dans la petite salle de bains et observe son reflet dans le miroir.

Il est prêt à présent pour que la vérité éclate, mais cette fois, c’est lui qui fera appliquer la loi et c’est sa propre justice qui triomphera…

 

CHAPITRE 1

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Catherine avait posé le dossier qu’elle avait préparé sur Jordan Cornai en face d’elle, sur une table en bois usée par les années. Elle y croisa ses mains qui tremblaient légèrement. Elle avait le cœur battant, comme à chaque fois qu’elle venait en aide à un jeune qui sortait de prison. Elle avait longuement discuté avec le directeur de l’établissement pénitentiaire, puis avec le juge qui avait signifié sa sentence au jeune homme. Et même si chacun d’eux n’avait trouvé que ce dernier était trop ingérable, qu’il ne méritait aucune aide, elle avait ressenti un intérêt particulier pour ce gamin. Mais pouvait-elle l’appeler ainsi alors qu’il fêtait ses vingt-trois ans derrière les barreaux ?

Elle s’était installée près de la baie vitrée de ce petit restaurant pour ne pas manquer son arrivée et se remémora leur entrevue de la veille. C’était la première fois qu’elle le voyait, ils n’avaient jamais fait connaissance bien que ce soit elle qui lui avait procuré les vêtements pour sa sortie ainsi que la clé d’une chambre d’hôtel. Il l’avait toisée, suspicieux, surtout lorsqu’elle l’avait convoqué pour le lendemain à dix heures avant de tourner les talons sans un mot de plus. Elle espérait seulement qu’il soit assez intrigué pour venir au rendez-vous.

Elle avala une gorgée de son thé, appréciant la douceur de la vanille, lorsqu’un mouvement dans sa périphérie l’avertit de sa présence. Tout à ses pensées, elle ne l’avait pas vu arriver.

Sans un mot, il s’affala sur la chaise face à elle et la dévisagea sans vergogne.

img3.png Que me voulez-vous ? finit-il par aboyer. Je vous avertis, je sors peut-être juste de taule, mais je ne suis pas désespéré au point de servir de gigolo même si je dois avouer que pour une vieille, vous êtes encore bien conservée.

Catherine s’étrangla dans le contenu de sa tasse. Elle la reposa doucement et observa le jeune homme assis en face d’elle.

Il ne ressemblait plus du tout à la photo qu’elle avait dans son dossier, qui représentait l’adolescent vêtu avec soin, les cheveux correctement coiffés et un regard très doux. Celui qui était là, devant elle, la défiait sombrement et elle pouvait lire dans ses prunelles beaucoup de colère. Il était vêtu d’un blouson de cuir râpé ouvert sur le maillot immaculé qu’elle lui avait donné la veille, et devina tout de suite que s’il s’était habillé ainsi c’était parce qu’il n’avait rien d’autre à mettre, et uniquement pour cette raison. Un muscle battait à sa mâchoire qu’ombrait une barbe de quelques jours, et elle devait bien admettre que son nouveau style le rendait très attirant, enfin, pour celles qui aimaient les mauvais garçons. Son regard bleu intense semblait la transpercer de toute part et elle put y lire une touche d’ironie tandis qu’elle poursuivait son inspection.

Jordan avait pris en muscle, son cuir enserrait des biceps avantageux et son tee-shirt moulait à la perfection un torse d’acier. Elle savait aussi que ses cuisses tendaient un jean moulant et que ses fesses y étaient joliment rebondies. Mais ce qu’elle déplorait, c’était sa coiffure. Celle qu’il portait autrefois lui donnait un air plus doux, tandis qu’à présent, il avait le crâne presque ras, et avec des cheveux qui mesuraient à peine deux millimètres de hauteur, il ressemblait tout à fait à l’idée qu’on se faisait d’un voyou. Elle soupira doucement tandis qu’il reprenait la parole.

img3.png Alors, ça vous plaît ce que vous voyez ou vous voulez que je retire mon futal pour que vous puissiez jeter un coup d’œil sur le matos ?

img3.png Ça ne sera pas utile, Jordan, répondit-elle en prenant la parole pour la première fois. Je ne suis pas là pour juger de tes capacités sexuelles.

img3.png Ben dommage, parce qu’après trois ans sans avoir baisé, j’avoue que je n’aurais pas été trop regardant, avança-t-il en passant une langue obscène sur sa lèvre supérieure. Même si je n’ai jamais testé les cougars.

img3.png Et avec moi, tu n’en auras pas l’occasion. Je m’appelle Catherine Dalcquin, je suis la responsable de l’association « Ré1sers moi » ! Je viens en aide, sans contrepartie, précisa-t-elle, à des jeunes comme toi, qui sortent de prison et qui n’ont plus aucun repère.

Catherine vit Jordan se troubler mais il reprit bien vite son attitude de macho. Il se mit à lui caresser le mollet du bout de sa basket.

img3.png Vous êtes sûre que vous ne voulez rien d’autre de moi, susurra-t-il. On pourrait faire un deal, tous les deux !

img3.png La difficulté des jeunes à leur sortie de prison, poursuivit-elle sans s’offusquer de ses manières, c’est d’avoir un point de chute. La plupart ont de la famille, des amis qui les attendent mais ce n’est pas ton cas.

Elle dut toucher un point sensible parce qu’il se redressa et son regard se durcit davantage.

img3.png Dépêchez-vous de cracher le morceau, parce que je suis à deux doigts de me barrer d’ici.

img3.png Comme je le disais, mon association vient en aide aux anciens détenus dans ta situation. Il te faut un endroit où vivre, un travail pour que tu puisses reprendre une vie normale…

img3.png Une vie normale ? la coupa-t-il en élevant le ton tandis que les clients du restaurant se retournaient pour le dévisager. Vous croyez franchement à cette connerie ? Je suppose que vous avez fait des recherches ? Savez-vous le nombre de récidivistes qu’il y avait en taule ? Au moins soixante-quinze pour cent. La prison est un cercle vicieux, une fois qu’on y est entré, les séjours se succèdent et, un jour, on se rend compte qu’on a passé plus de temps à l’intérieur qu’à l’extérieur.

img3.png Et moi, je te donne l’occasion de ne pas faire partie de ces statistiques ! soupira-t-elle, ne s’étant pas doutée que la tâche pour le convaincre serait aussi ardue. Depuis que je connais ta date de libération, j’ai œuvré pour toi !

img3.png Ouais, c’est ça, mon cul, cracha-t-il en se levant à demi.

img3.png Assieds-toi, je n’ai pas fini ! lui ordonna-t-elle d’un ton sec mais autoritaire.

Jordan reprit sa place et ressentit une légère pointe de respect envers cette quadragénaire qui, finalement, n’avait pas froid aux yeux.

img3.png Ok, mais magnez-vous les fesses parce que je n’ai pas que ça à faire ! capitula-t-il.

img3.png Donc voilà, l’association fonctionne sous forme de prêt pour permettre au jeune de démarrer une nouvelle vie. Je t’explique, fit-elle avant qu’il ne l’interrompe une nouvelle fois. Je suis ton affaire depuis le début et j’ai éprouvé beaucoup de sentiments divers durant ton procès mais également après. L’un d’eux fut la colère vis-à-vis de ta famille lorsqu’elle a coupé tous les ponts quand tu as été jugé coupable. Alors, j’ai décidé que je serai là, pour toi, à ta sortie.

img3.png Pourquoi ?

img3.png Parce que tu mérites une nouvelle chance ! Voici un dossier, continua-t-elle en le poussant vers Jordan. Tu y trouveras ton relevé de compte avec l’argent qui y a été déposé lors de ton incarcération, et ce qui reste du prêt octroyé par l’association. Voici aussi une carte bleue…

img3.png Comment vous avez pu avoir accès à tout ça, ce sont des informations personnelles ! s’énerva-t-il. Vous ne pouvez pas prendre de carte bleue à mon nom et…

img3.png Calme-toi, Jordan. Est-ce que tu te souviens des papiers que ton avocat t’a fait signer lors de sa dernière visite ?

img3.png Oui… non… je ne m’en rappelle plus ! Je n’étais pas en état à ce moment-là.

img3.png Il s’agissait d’une procuration pour que l’association agisse en ton nom. Ce que j’ai fait !

img3.png Vous n’aviez pas le droit bordel !

img3.png Le droit non mais le devoir oui ! Je ne sais pas comment tu as réussi ce petit prodige, mais tu avais une somme d’argent assez conséquente sur ton compte et tes parents voulaient se l’approprier pour rembourser une partie de leurs dettes. J’ai… comment dire, usé d’un petit chantage vis-à-vis de Maître Benoît pour qu’il fasse en sorte que ce soit moi qui puisse avoir la procuration afin de m’occuper de tes affaires. Grâce à cette dernière et à l’aide d’un ami huissier de justice, j’ai également pu récupérer toutes tes affaires chez tes parents.

img3.png Que… quoi ?

img3.png Puis, il y a deux semaines, j’ai loué en ton nom un appartement dont tu trouveras le bail dans ce dossier, tes cartons y sont entreposés dans une des chambres, prêts à être déballés. L’association t’a octroyé une avance de trois mille euros. Voici le détail, dit-elle en ouvrant la chemise cartonnée de laquelle elle en sortit un feuillet imprimé. Mille cinq cents euros ont été utilisés pour les deux premiers mois de loyer ainsi que la caution. Cent cinquante euros pour l’achat d’un portable avec un an d’abonnement.

img3.png Ouah… fit Jordan pour une fois sans voix.

img3.png Et je peux t’assurer que c’est un smartphone à la pointe de la mode, se mit-elle à rire doucement. Je continue. Deux cent cinquante euros ont payé l’assurance de l’appartement et deux cents autres ont servi pour la nourriture et les produits d’entretien.

img3.png Le… les meubles ?

img3.png L’appartement était meublé et le reste, c’est un cadeau d’une bienfaitrice. Il te reste donc neuf cents euros ajoutés à la somme sur ton compte courant pour que tu puisses acheter des vêtements ou ce dont tu pourrais avoir besoin. Il y a un contrat dans le dossier dans lequel tu t’engages à rembourser la somme de cinquante euros mensuels pendant cinq ans.

img3.png Vous ne prenez aucun intérêt, remarqua-t-il en comptant mentalement. Elle est où l’arnaque ?

img3.png Il n’y en a aucune, le rassura-t-elle avant de lui tendre un papier. Ceci est l’adresse d’un petit bistrot dans un quartier tranquille. Le patron est un de mes amis. Il t’attend dans la journée pour un entretien d’embauche.

img3.png Pourquoi faites-vous tout ça ?

img3.png Parce qu’une personne qui m’était chère a, elle aussi, connu les affres de l’incarcération.

img3.png Qu’est-elle devenue ?

Une lueur de tristesse traversa le regard de Catherine qui se leva.

img3.png Elle est morte avant qu’on ait pu prouver son innocence. Lis tout ça au calme, on se revoit demain au même endroit, à la même heure.

img3.png Vous ne pouvez plus vous passer de moi, vous me kiffez, allez, avouez… la taquina-t-il.

img3.png On va dire ça comme ça ! lui répondit-elle en souriant. Mais n’oublie pas, Jordan. Une seule chance ! À la moindre connerie, si tu devais retourner en prison pour n’importe quelle raison, l’association te laisserait tomber. Je te fais confiance, alors prouve-moi que j’ai raison et que tu mérites ta place dans la société !

CHAPITRE 2

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Jordan n’en revenait pas. Il se saisit en tremblant du dossier et le parcourut rapidement. Cette femme n’avait pas menti, pensa-t-il. Tous les documents dont elle avait parlé étaient dans la pochette. Son bail, les clés de son appartement, son relevé de compte. Il poussa un petit sifflement en voyant le montant : trois mille huit cent quatre-vingt-douze euros et quelques cents… Il ne manquait rien, l’attestation d’assurance, les papiers d’ouverture de compteur… tout y était ! Dans une enveloppe kraft, il trouva les clés de sa nouvelle demeure ainsi que sa carte bleue et… le code encore cacheté.

Pourtant, il restait sur ses gardes. Ses dernières années lui avaient appris la prudence. Il observa autour de lui et vit que plusieurs regards s’attardaient sur sa personne. Crânement, il releva la tête, récupéra le dossier et se leva. Il repensa à la conversation qu’il venait d’avoir avec Catherine. Il avait peut-être un entretien d’embauche mais avant il avait un petit détour à faire.

Après avoir acheté un sweat à capuche qu’il rabattit aussi sec sur sa tête, il s’aventura dans son ancien quartier. Son cœur se mit à battre à coups redoublés alors qu’il approchait de plus en plus de la maison de ses parents.

Il prit une profonde inspiration et s’arrêta à quelques mètres. Il remarqua que la façade avait besoin d’un coup de peinture et que la pelouse nécessitait une bonne tonte… Il faut dire que c’était lui qui s’occupait autrefois de ces petites choses. Comme toujours, les fenêtres étaient closes, sa mère ne supportant pas l’odeur des pots d’échappement, celle des barbecues qu’allumaient les voisins l’été…

Il se souvint de l’impression de claustrophobie qui s’emparait de lui lorsqu’il était enfermé trop longtemps dans ce mausolée, du malaise qu’il ressentait à regarder le monde à travers les fenêtres qu’il n’avait pas le droit d’entrouvrir. Pour la première fois depuis sa libération, il inspira une bouffée d’air, humant avec délices toutes ces senteurs qui lui avaient manquées. L’odeur du Lilas de Madame Chimelle, celle de la cire d’abeille que Monsieur Garance utilisait pour briquer sa porte d’entrée, l’odeur tenace du bitume qui se ramollissait sous la chaleur déjà excessive pour un mois de juin.

Mais il n’était pas venu là pour ça. Cette partie de son passé n’avait plus lieu d’être. Il bifurqua dans une petite allée, au bout de la rue. Le paysage changea… Ici, plus de pelouse bien verte, ni de haies coupées au cordeau. Ici, la végétation avait repris ses droits. L’herbe était haute mais à un certain endroit, le passage fréquent de quelques ados l’avait plaquée sur un sol desséché. Il avança encore de quelques mètres, vit les hangars et sourit en réalisant qu’ici, au moins, rien n’avait changé.

Deux bâtiments en forme de demi-lune se dressaient l’un à côté de l’autre. Dans l’un d’eux, Franko réparait les engins que lui ramenaient les gangs, dans l’autre, se réunissaient les jeunes en manque de boulot, dont le désœuvrement les entraînait souvent sur la mauvaise pente. Il fut étonné du peu d’activité autour des bâtisses. Habituellement, on pouvait déjà entendre le rugissement des voitures, celui des motos. Là, rien, juste un silence accablant.

Lorsqu’il se retrouva près des portes, il fronça les sourcils devant les énormes cadenas qui empêchaient toute intrusion. Il fut tellement surpris qu’il ne sursauta même pas lorsqu’il entendit le bruit d’un flingue qu’on venait d’armer. Il leva les bras calmement, se retourna et se retrouva face à un ado d’environ seize ans qui le regardait avec un calme surprenant.

img3.png Qu’est-ce que tu fous ici, mec ? lui demanda-t-il d’un ton sec. Tu es sur le territoire d’El Diablo !

img3.png Non, sérieux, il est encore à la tête de votre bande de débiles ? Ouah, je suis sur le cul ! Personne ne lui a encore fait la peau ? Il est là ?

img3.png Non !

img3.png Parfait, va lui dire que Jordan est ici !

img3.png Je te dis…

img3.png Écoute, petit, je suis sorti de taule hier, répondit-il froidement, j’ai passé une putain de mauvaise journée. Je me pointe ici pour récupérer ma bécane que j’avais confiée à Franko et je me retrouve nez à nez avec un petit con qui ne sait pas encore se torcher le cul tout seul. Alors je te le répète une dernière fois, va dire à El Diablo que je suis ici et pas plus tard que maintenant.

img3.png Ou quoi ? rétorqua le gamin crânement. Tu sembles oublier que c’est moi qui ai…

Il ne put prononcer un mot de plus. D’un geste de la jambe, Jordan percuta violemment le poignet du gosse et l’arme roula au sol. Aussi rapide qu’un serpent, il le récupéra et le pointa vers l’ado qui soutenait son avant-bras à l’aide de son autre main.

img3.png À présent, va chercher ton chef ! ordonna-t-il. Je n’ai pas toute la journée.

img3.png Eh doucement, amigo ! Ne va pas estropier les membres de mon gang ou je serai obligé de te faire la peau !

Jordan se tourna vers le nouveau venu qui l’observait calmement, les bras croisés. Ce dernier laissa un sourire effleurer ses lèvres et s’avança en direction de celui que tout le monde nommait Le diable.

img3.png Salut, Mec ! Content de te revoir, le salua le chef de gang en lui accordant une étreinte virile, même si je n’apprécie pas qu’on pénètre ainsi sur mon territoire sans s’annoncer au préalable.

img3.png Je cherchais Franko ! C’est lui qui a ma bécane !

img3.png S’il l’a encore. Ce fils de pute a laissé tomber les potes ! Il a ouvert un garage dans les beaux quartiers !

img3.png Franko ? s’exclama Jordan, outré. Mais il ne jurait que par les gangs.

img3.png Beaucoup de choses ont changé depuis ton… absence ! Viens, allons discuter au calme. Declan, demande à Layla de te bander le poignet et je ne veux entendre aucun sous-entendu salace, compris, ou c’est moi qui te le brise !

La voix tranchante fit sursauter le jeune homme qui balbutia un léger « oui » avant de se faufiler entre les deux bâtiments.

img3.png Il est de plus en plus difficile de trouver du bon personnel, s’esclaffa-t-il, ces gamins veulent tous avoir la place du diable, mais il leur faut toujours quelqu’un pour baisser leur froc afin qu’ils aillent aux chiottes ! Allez viens, on va s’enfiler une bière et discuter un peu.

Jordan rendit l’arme à El Diablo et le suivit jusqu’au bout du terrain. Là, une caravane flanquée de deux gardes armés était disposée de telle sorte qu’elle passait inaperçue aux yeux de ceux ne connaissant pas les environs. D’un geste apaisant à ses hommes qui venaient de se saisir de leurs armes, il invita Jordan à pénétrer dans son « bureau ». Il récupéra deux bières dans le réfrigérateur et en tendit une au jeune homme qui l’ouvrit et en but une longue gorgée.

img3.png Ouah, c’est toujours la première gorgée la meilleure.

img3.png Je ne te le fais pas dire mon pote, se moqua El Diablo en choquant légèrement sa bouteille contre celle de Jordan.

img3.png Raconte-moi un peu ce que j’ai loupé !

img3.png Eh, tu sais que toi et moi ne sommes pas du même monde, mec, et…

img3.png Arrête, Morgan, toi et moi on se connaît depuis un bail et je sais que tu as tes entrées partout. Alors ?

img3.png Il y a un truc de louche avec Franko. Quinze jours après ton arrestation, le voilà qui se tire et qu’il ouvre son propre garage. Monsieur ne s’occupe plus que de Mercedes, BMW et autre véhicules de haut standing ! s’esclaffa Morgan.

img3.png  Quoi d’autre ? demanda sèchement Jordan qui serra les poings, pris d’un mauvais pressentiment.

img3.png Ton pote Alexis a pris ta place de leader dans leur groupe de merdeux !