Jeyaa

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Description

Le Château des Brumes est le premier volet d’une saga écrite par June Summer, sous le titre général de son héroïne Jeyaa.



Cette histoire se passe dans un Monde étrange et pourtant familier, situé dans un espace-temps voisin du nôtre. Un monde fantastique qui n’aurait pas connu le développement industriel et technique de notre société, ayant conservé les rites et les fonctionnements des temps de la grande Chevalerie.



Jeyaa est la fille du Seigneur du Château des Brumes, née au milieu de circonstances défavorables qui vont forger sa volonté.


Elle rencontrera sur sa route bien des obstacles, comme autant d’épreuves à son cheminement. Celui-ci nous parlera symboliquement de ce que nous devons tous traverser dans nos vies.


L'amour se présentera, elle devra apaiser les blessures de son coeur pour l'accueillir.



Un récit d'aventures, épique, fantastique, romantique, aux résonances mystiques, qui plaira à ceux qui aiment les histoires qui parlent au cœur.

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Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9789522734617
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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© 2014 June Summer
Tous droits réservés

Photos par Studio-kaf.ch, Anonyme Studio,

Sandra, Simba, Patou-Matou, et June Summer

Facebook : June Summer d’Éros

Publié en septembre 2014, par :

Atramenta
Riihitie 13 D 14 33800 Tampere, FINLANDE

www.atramenta.net

June Summer

JEYAA

1. LE CHÂTEAU DES BRUMES

Atramenta

Introduction

Loin, très loin d’ici, dans un repli caché du Temps,
Existe cet endroit secret appelé Le Grand Pays.
Il a grandi à sa façon, à l’abri du développement
De la Civilisation, du Progrès, de toute Industrie.

Depuis l’An Mille, le Grand Pays a continué sa vie
Dans l’univers parallèle de son chemin personnel,
Perpétuant les traditions de la grande Chevalerie,
Des rites anciens aux Dieux de la Nature et du Ciel.

Au Sud, la blanche Citadelle surplombe une Plaine.
Pays d’abondance et de soleil, de vergers et champs,
De vignes chargées de raisins dorés et abondants,
Traversé par un long fleuve brillant de mille étincelles.

Celui-ci se jette à l’Ouest dans la Mer d’Argent,
Bordée par sa plage de sable clair et de rochers blancs.
Ses côtes abritent de petits ports et villages accueillants,
Peuplés de pêcheurs, chasseurs, cultivateurs, et paysans.

Au Nord s’élèvent les hautes cimes des Dents Blanches,
Jouant avec les nuages entre les vents tempétueux.
Ses rares habitants habitent des maisons faites de glace,
Habiles chasseurs de chamois et de renards des neiges.

À l’Est se trouve le Pays des Marais. Immense étendue
Humide et désertique faite de brouillards et de lagunes.
Son fief est le Château des Brumes, brillant sous la lune,
Entre pans de brumes et ciel de pluie, au sol aride et nu.

Quatre régions pour quatre seigneuries, sous un seul dais.
Le Roi administre le Grand Pays pour que règne la Paix.
Élu par le conseil des Sages, il a reçu l’épée Sans Peur,
Celle qui tranche le fil des vies menées en déshonneur.

Loin, très loin d’ici, dans un repli caché du Temps,
Existe cet endroit secret appelé Le Grand Pays.
Sa réalité existe dans nos rêves inconscients,
Tandis que ses songes reflètent notre présent.

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Chapitre 1

Je me sens parfois en survivance et j’avance, obstinément.

Le cœur en hibernation, jour après jour, mécaniquement.

Jeyaa avait décidé de se lever très tôt ce matin, décidée à
partir à l’aube pour son escapade de chasse clandestine. Son
père ignorait qu’elle partait ainsi régulièrement, elle devait
faire preuve de prudence. Mais il le fallait ; il n’y avait plus de
viande dans la réserve, et les gens avaient faim. Si elle était
prise sur le fait, elle risquerait une punition moins importante
que les villageois, auxquels son père avait interdit toute traque
de gibier. Ce monstre d’égoïsme voulait se réserver l’apanage
de la chasse et de ses plaisirs, sans se soucier de l’état de
famine au sein du peuple dont il était responsable en tant que
Seigneur du Château des Brumes.

La jeune femme se réveilla aux premières lueurs de ce
jour de printemps perçant à travers les petits carreaux colorés
de la fenêtre ogivale tournée vers le levant, qui donnait sur la
cour centrale du Château. Celles-ci éclairaient un peu les murs
de pierre, ainsi que les quelques meubles sombres et
tapisseries poussiéreuses qui meublaient la pièce.

Jeyaa s’étira entre les draps rugueux, attentive aux mille
et un bruits ordinaires dans cet univers qu’elle connaissait par

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cœur. Elle percevait les menues galopades des rats sous les
combles du toit, les aboiements des chiens du hameau gardés
dans l’enceinte, les piétinements des chevaux enfermés dans le
corral non loin de la cour. Tous les bruits qui parlaient de la vie
de cette communauté endormie.

La jeune femme caressa doucement son corps sous la
chemise, pour trouver le chemin de sa peau tiède, de son
ventre doux, de son sexe sensible à ses doigts curieux. Elle
aimait se découvrir, et imaginer ce qu’un homme pourrait lui
faire de ses grandes mains chaudes. C’était son moment de
rêveries intimes, son petit jardin secret. Cela lui donnait des
chaleurs étranges au bas des reins, des envies indécises au bout
des seins, des désirs flous dans les recoins de son esprit, très
loin. Elle rêvait d’amour le matin pendant quelques minutes,
elle se permettait cette pause de vulnérabilité pour un court
moment intime. Puis la vraie vie reprenait ses droits, avec la
pose d’une carapace bien hermétique autour de ses émotions.

Jeyaa s’autorisa tout de même encore un petit moment de
tendresse, en pensant aux gens qu’elle aimait. Elle visualisa les
visages de la famille de Janus, son meilleur ami depuis qu’ils
étaient petits, ceux des serviteurs qui l’aidaient si souvent en
cachette et qu’elle essayait aussi de soutenir quand son
dictateur de père avait décidé de les punir, ceux des femmes
qui lui amenaient leurs enfants pour les soigner, ainsi que la
petite frimousse de ce bébé qui était mort des fièvres du
marais. Elle soupira. Elle ne savait pas tout, il y avait tant de
maladies, de symptômes, de plantes bénéfiques à connaître.
Elle était encore jeune, et le grimoire qu’elle avait subtilisé à

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la bibliothèque et qu’elle déchiffrait à grand-peine pour
apprendre l’art de la Médecine, était fort complexe !

Jeyaa avait appris à lire toute seule ; mais certains mots
étaient dans la langue des Anciens du temps de la Grande Ère.
Elle n’avait aucun moyen pour les comprendre. Si seulement
elle avait eu, comme ses frères, la chance de pouvoir
s’instruire correctement, mais non! Elle n’était qu’une fille!
Et pour son père, cela ne valait pas la peine de faire la dépense
d’un précepteur. Cela la mettait souvent en rage, surtout quand
elle observait le peu de résultats que ses frères en avaient
retiré, tant ils étaient paresseux à s’instruire, préférant lutiner
les servantes ou faire la fête avec leurs amis des châteaux
voisins.

Jeyaa songea ensuite à BeauBrun, son étalon préféré, et
sourit en se rappelant les derniers tours qu’elle lui avait appris,
et comme il savait si bien maintenant, percevoir chacun de ses
gestes, même infimes, pour une symbiose quasi parfaite entre
eux deux. Elle aimait ce cheval qu’elle avait nourri au biberon
depuis sa naissance, puisque JolieBlanche sa mère, était morte
en le mettant au monde.

— Tues comme moi! avait-elle déclaré au poulain ce
jour-là, alors qu’il tenait à peine sur ses jambes frêles. Nous
sommes tous deux orphelins ! Alors, il va falloir se serrer les
coudes, d’accord ?

Le jeune animal l’avait regardée comme s’il comprenait,
et depuis ce jour, ils furent inséparables. Jeyaa entendit un
hennissement au-dehors, en écho à ses pensées. Elle sourit. Ce
n’était pas la première fois que BeauBrun sentait quand elle

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pensait à lui, et lui démontrait à quel point leurs âmes étaient
reliées. Elle lui envoya un message silencieux, et le
hennissement se reproduit encore une fois, comme si le cheval
lui répondait. Elle sourit puis décida de revenir aux choses
sérieuses et de quitter ces vaines pensées qui l’attendrissaient
trop.

La jeune femme se leva rapidement, jetant sa chemise de
nuit en lin grossier sur un coffre. Elle mit rapidement ses
bottes, ses chausses et revêtit sa tunique de cuir, attacha ses
longs cheveux châtains en une longue tresse qu’elle repoussa
dans son dos. Elle aperçut son reflet dans le miroir tacheté de
calcaire, celui d’une jeune femme de vingt ans passés, élancée,
aux formes féminines, au teint mat et aux yeux vert clair
brillant d’un éclat intense. Son père ne supportait pas ce regard
qui lui rappelait celui de sa mère, et lui avait interdit de le
fixer. Jeyaa avait pris l’habitude de mettre dans ses yeux tout
le mépris qu’elle éprouvait pour lui depuis toute petite, en le
regardant sans mot dire, chargeant ses pensées de toute sa
force intérieure. Il ne le supportait pas, perdant ses moyens et
se mettant en colère devant cette enfant impavide et si
solidement campée en face de lui. Il l’avait même frappée
alors qu’elle n’avait que douze ans, l’envoyant à terre d’un
revers de sa grande main de géant roux. Elle avait été ensuite
enfermée une semaine durant dans le cachot situé sous la
grande Tour du Nord, frissonnante de froid et de peur. Elle
avait compris la leçon depuis, et baissait les yeux devant son
père, serrant les poings et attendant son heure, le moment
d’être adulte et de pouvoir un jour enfin quitter le Château des
Brumes.

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Jeyaa grimaça à ce souvenir, et le chassa de son esprit. Il
était l’heure de partir en chasse, et il fallait faire bien attention
à tout. Elle rangea silencieusement sa chambre, afin de ne pas
laisser de traces de son projet, rassemblant son matériel. Puis
elle attendit le départ de son père et de ses frères, le cœur
battant, l’oreille collée à sa porte pour guetter les bruits de leur
départ quotidien, qui se terminait souvent en beuveries et en
un retour tardif. Leurs préparatifs furent comme toujours
bruyants et ponctués d’insultes envers les serviteurs trop lents
à les servir à leur goût. Leurs voix fortes et irritées résonnaient
dans les couloirs de pierres. Enfin, le silence s’était fait. Jeyaa
avait filé le long des escaliers en colimaçon de sa tour, puis
traversé les grandes salles encore vides, jusqu’à l’écurie.
BeauBrun avait senti son arrivée : il l’attendait, tourné vers la
porte, la tête dressée et l’œil impatient, ses fines oreilles
mobiles, ses doux naseaux frémissant de plaisir. Il adorait leurs
équipées furtives, les traques et les galops rapides à la
poursuite d’un gibier aux mille détours.

— Ah, te voilà, grommela Cristo en surgissant depuis le
fond de l’écurie

— Oui,j’ai dû attendre leur départ, répondit Jeyaa
laconiquement.

Jeyaa tapota l’encolure de son destrier pour le saluer,
tandis que Cristo amenait la lourde selle de BeauBrun pour la
jeter sur le dos du cheval. Cristo était l’intendant du Château,
et l’avait toujours protégée depuis que sa mère était morte. Ils
faisaient une belle équipe tous les deux, complices à préserver
autant que possible les villageois des accès de fureur du

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châtelain. Cristo lui avait tout appris, tuteur invisible, attentif
et bougon. Il lui avait enseigné en cachette l’art du combat à
pied et à cheval, de la traque et de la chasse, tout ce que ses
frères avaient appris au grand jour. Elle était devenue dure et
aguerrie, pour pouvoir un jour quitter cet endroit et être assez
forte pour résister à n’importe quelle situation. Cristo était un
ancien homme de guerre, robuste et râblé, le corps couturé de
cicatrices, le visage balafré par une vieille blessure infligée par
un tigre à dents blanches, ce genre de fauves vivant dans les
déserts des Grandes Plaines. Les cheveux ras et gris, le regard
clair et perçant, Cristo était rude et fidèle, lui répétant que
personne ne lui ferait de cadeau, et qu’elle devrait toujours ne
compter que sur elle-même. Elle avait intégré cette leçon, et
son cœur était bien à l’abri sous une carapace protectrice. «Il
fallait survivre. Se méfier de tous et de chacun. Cacher la
haine et le mépris derrière des prunelles impénétrables.Ne
rien donner, se contrôler. Vivre chaque journée, comme un
combat ». Cristo lui recommanda :

— Surtout ne rentre pas avant la nuit, et évite l’Ouest, ils
sont partis de ce côté !

— Ne t’inquiète pas.

Cristo lui jeta un regard lourd, et lui rappela sèchement :

— Ilfaut toujours se méfier, toujours être attentif! Le
manque d’inquiétude c’est la Mort, je te l’ai assez dit !

— Oui, je ferai attention.

Jeyaa le regarda avec assurance, et attrapa la bride de son
cheval accrochée au mur. BeauBrun baissa la tête pour lui

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faciliter le passage du mors; elle la lui passa rapidement en
parlant encore, une mèche de cheveux échappée de sa tresse
balançant à sa joue :

— Jeveux trouver ce sanglier qui est passé devant la
ferme de Janus l’autre jour. Il m’en a parlé. C’est un vieux
solitaire qui fait beaucoup de dégâts. Il ferait un ragoût parfait
pour nous tous.

— Il te faut l’arc, la lance, je te les prépare.

Cristo repartit à grands pas vers la pièce réservée au
matériel de chasse et de combat, et revint avec les armes qu’il
dissimulait spécialement pour elle. Le Seigneur du Château
des Brumes n’aurait pas permis qu’une femme, que sa fille, ait
accès à ce domaine réservé aux hommes, et Cristo risquait
gros à soutenir la jeune fille ainsi. Mais il avait été l’intendant
du domaine au temps heureux où la mère de Jeyaa vivait au
Château, avant son mariage désastreux avec Otthan, un
homme fait de mensonges et de dissimulations. Cristo l’avait
vu à l’œuvre, miner par ses malfaçons tout ce qui fonctionnait
si bien avant lui, et lui en gardait une rancune féroce. Le
Château avait perdu de sa superbe à cause de ses méfaits. Les
murailles étaient à l’abandon, tombant en ruine. Les cultures
étaient maigres et les impôts si lourds que les paysans ne
prenaient plus la peine de chercher un rendement, les
serviteurs, affamés et méfiants, se cachaient de leur Maître
pour voler de la nourriture. La mère de Jeyaa était décédée en
couche, seule en proie à de grandes douleurs, alors que son
mari était en chasse de gibier et de donzelles. Les trois enfants
avaient grandi sans amour ni respect, dans le mépris du faible

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