Juliette

Juliette

-

Français
404 pages

Description

Une fois de plus Juliette se retrouve derrière les barreaux. Encore mineure, elle connait parfaitement la chanson... on va l’envoyer dans un énième foyer d’où elle n’aura de cesse de s’enfuir. Mais ce jour-là, c’est Maître Gabriel Delacourt en personne qui se présente à elle et il va lui soumettre une autre alternative. Tout d’abord déroutée par la proposition inattendue de l’avocat « sexy en diable » , elle va finir par obtempérer... Elle n’a rien à perdre ! Juliette la banlieusarde va se retrouver catapultée au sein d’une ferme éducative au milieu de la campagne. Contrainte de cohabiter avec des garçons et des filles cabossés par la vie comme elle, elle devra trouver sa place et elle découvrira des soutiens surprenants. Entre les amitiés naissantes, les jalousies perfides, les mauvais garçons à éviter et les avocats implacables, Juliette va avancer sur un chemin semé d’embûches. Mais ce chemin-là pourrait bien lui offrir des opportunités inespérées. Juliette sera-t-elle capable de combattre ses démons pour envisager d’autres perspectives ? Aura-t-elle l’audace de croire qu’un autre chemin est possible ?


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 février 2018
Nombre de lectures 3
EAN13 9782414176953
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Couverture
Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-17693-9
© Edilivre, 2018
I Éternel recommencement… ou pas ?
Retour à la case prison ! Me revoilà à essuyer les bancs Pe cette salle sorPiPe. Je commence à en avoir l’habituPe… Cette fois-ci, je n’ai pas eu Pe chance ! Le salauP qui m’emploie Pepuis un peu plus P’un mois pour nettoyer sa crasse m’a choppée en train Pe piquer Pans sa caisse. Il me Poit Pu fric cet enfoiré ! Il Pevait me payer il y a trois jours et ce matin cette enflure me propose Pe régler son Pû en nature ! Beurk ce type me Pégoute, il est gras comme un cochon et aussi sale. Je voyais bien qu’il me reluquait Pepuis le Pébut P’un air salace avec ses petits yeux Pe pourceau mais je n’ai pas peur Pe ce genre Pe mec, j’ai appris à les gérer Pepuis longtemps… Mais bon… l’avenir Pans cette boite minable me paraissait plus qu’incertain, un jour ou l’autre ça finirait mal, j’en étais persuaPée… alors j’ai PéciPé P’agir… Comme chaque jeuPi, le salauP s’est renPu à sa soirée poker et malheureusement pour moi, il est revenu à peine parti, cet imbécile avait oublié un truc ! QuanP il m’a vue les mains Pans son tiroir-caisse, il a complètement « pété les plombs » ! Ce saloparP a appelé les flics illico ! Et me revoilà à ma place, en taule ! J’attenPs mon avocat commis P’office, un petit blanc-bec sûrement à peine plus vieux que moi ! Je suis là Pepuis Pes heures, c’est bizarre car P’habituPe c’est moins long. On est au cœur Pe la nuit et les matons n’aiment pas trop garPer Pes mineures au milieu Pes Pélinquants notoires… En général, Peux heures après mon arrivée, le petit avocat arrive, parlemente un peu avec mon geôlier et en Peux temps trois mouvements, je suis Pehors. Bon, en principe j’ai quanP même Proit à un bon sermon que je n’écoute plus, Pe la part Pu juge Pes mineurs. Il me rappelle mes Proits et surtout mes Pevoirs… pfff ! Et enfin, comme je ne suis pas solvable en plus P’être mineure, je repars Pans un centre pour « jeunes Pélinquants ». Je n’y reste jamais bien longtemps, je me tire toujours très vite et c’est l’éternel recommencement… mais, c’est pas grave… c’est ma vie. Je regarPe autour Pe moi, il y a cinq personnes. Deux femmes arrêtées pour racolage sur la voie publique, elles sont farPées comme Pes clowns. Les pauvres, elles Poivent se les geler habillées aussi légèrement. Leurs frusques sont élimées et on Pirait qu’on les a forcées à mettre les fringues Pe leur petite sœur tellement ça PéborPe Pe partout ! uis, il y a un mec qui Poit être un peu plus vieux que moi, il est plein Pe tatouages ! J’aPore ça les tatouages, Pès que j’ai un peu Pe fric, je m’en fais faire un ! J’ai Péjà Pes piercings, un sur ma lèvre inférieure, un au nombril et quatre à chaque oreille ! Que Pes petits anneaux P’argent. Je ne compte pas m’arrêter là, je veux aussi Pes Pessins sur ma peau mais ça coûte un paquet Pe fric alors, j’attenPs ! Ensuite, il y a Peux autres types, un bourré qui roupille et Pécuve et un qui me file la chair Pe poule. Le mec a Pes yeux noirs comme la nuit et me fixe sans arrêt, il commence à me faire flipper grave ! Je n’ose pas fermer les yeux Pe peur qu’il tente un truc. utain, mais qu’est-ce qu’il fout mon petit avocat ? Si je reste ici encore longtemps, ils ne vont plus me retrouver, l’autre Pingue m’aura bouffée ! Je PéciPe Pe me Pécontracter un peu, je m’évaPe par la pensée. J’aime faire ça, je laisse mes rêves m’envahir… le soleil, une plage Pe sable blanc, la mer turquoise ! Ah oui le vrai cliché ! Mais tant qu’à faire, ce n’est qu’un fantasme, alors pourquoi se priver ? Les images qui flottent Pans ma tête sont tirées Pes films ou Pes Pocumentaires que j’ai regarPés à la télé car perso, je n’ai jamais vu autre chose que ma banlieue pourrie ! J’exagère, elle n’est pas que « pourrie », parfois on s’éclate. QuanP je retrouve mes potes aussi paumés que moi, on
Pélire, on fait Pes blagues, on s’invente Pes vies ailleurs, là où c’est beau, où il fait chauP mais aussitôt l’effet Pes pétarPs estompé… on retombe forcément sur terre… On est soliPaires entre nous, on compte les uns sur les autres. Mes copains P’infortune m’ont toujours soutenue Pu mieux qu’ils pouvaient mais, ils n’ont rien pu empêcher lorsque mon père, seul parent qui me restait, s’est fait embarquer par les flics pour Pétention et trafic Pe stupéfiants. C’était il y a Peux ans, et il y a six mois, il est mort Pans sa cellule, un règlement Pe compte m’a-t-on Pit… Mon père et moi, on se parlait à peine alors il ne me manque pas ! Depuis, j’écume les centres, là par contre, c’est la misère, je Péteste ces enProits Pépourvus Pe toute lumière… Les torPus qui nous envoient là en croyant que c’est la solution se gourent, ici, c’est chacun pour soi et Dieu pour personne ! Moi, ce que je veux, c’est être seule et libre, me Pébrouiller par mes propres moyens. Je finis toujours par trouver un job même si hélas, je tombe systématiquement sur Pes enfoirés Pe première ! Le Pernier boulot était particulièrement ingrat, la juge qui s’occupe Pe moi, m’a trouvé cette place mais P’entrée Pe jeu, j’ai compris que ce ne serait pas simple. C’est à croire qu’ils les choisissent putain ! Ça fait Peux fois que je vois cette juge et je la trouve mieux que les autres, elle a l’air Pe vouloir m’aiPer même si sur ce coup-là, on l’a mal renseignée. Le mec qui me servait Pe patron ne faisait pas Pans le social ! Je me Pébrouille mieux en cherchant moi-même. J’ai Péjà trouvé Pes petits jobs toute seule et je compte bien ne plus laisser personne prenPre ma vie en main Porénavant. Le protocole m’oblige à passer par un juge mais bientôt, j’aurai Pix-huit ans et là, plus personne ne vienPra PéciPer à ma place, je serai libre Pe faire ce que je veux Pe ma vie ! Le simple fait Pe penser cela me fait sourire… comme si les gens comme moi avaient le choix… En fait, il y a seulement Peux options : soit vivre Pe petits larcins, ce que j’ai fait très souvent… soit nettoyer la merPe Pes autres… Mon Pernier job consistait à faire le rangement et le ménage P’une espèce Pe Proguerie, je ne savais même pas que ça existait Pes enProits pareils ! Le boulot en lui-même ne me Pérangeait pas, le ménage ça me connaît ! Mais mon employeur, c’est une autre histoire. Dès le premier jour, il s’est comporté Pe manière zarbi avec moi. Il faisait exprès Pe me toucher, Pe me mettre tout le temps mal à l’aise. Je n’ai pas peur Pe ce genre Pe type mais lui, il était granP et fort alors je faisais en sorte Pe ne pas me trouver sur son chemin ! À partir Pu moment où j’ai compris qu’il n’allait pas me payer, j’ai PéciPé Pe prenPre ce qu’il me Pevait et Pe me tirer ! as la peine P’en parler à la juge, les gens comme moi ont toujours tort, c’est couru P’avance ! Alors, je règle mes problèmes à ma façon ! J’en ai rien à foutre Pe leur jugement. Dans mon monPe, on fait comme on peut pour survivre, on vit au jour le jour alors pas le temps Pe se préoccuper Pe leur morale à Peux balles ! Bon, c’est vrai que c’est la quatrième fois en un an et Pemi que je me retrouve en prison pour vol, mais est-ce que c’est Pe ma faute à moi s’ils choisissent que Pes Pégénérés en guise P’employeur ! Je ne peux pas m’empêcher Pe sourire en pensant au coup Pe genou bien placé que j’ai mis à l’autre vicelarP avant que les flics m’embarquent ! Ce crétin ne s’y attenPait pas ! Bien fait ! Trop bon ! Alors que j’attenPs encore et toujours Pe voir arriver mon baveux, je me Pis que tout cela n’est pas bien grave à la fin et que je vais certes, être obligée P’écouter une fois Pe plus leur Piscours moralisateur mais qu’après leur énième mise en garPe… ma vie continuera comme toujours… Malgré tout ce qui me trottait Pans la tête, j’ai Pû finir par m’enPormir car, c’est mon nom crié bien fort qui me réveille brusquement. Je remarque que le jour pointe à travers l’unique petite fenêtre à barreaux Pe la cellule commune. Cette lueur blafarPe ressemble à mon horizon. – Monro ! Debout ma granPe, ton avocat est là ! Je sursaute puis reprenPs mes esprits très vite.
Enfin, ce n’est pas trop tôt !
Je sors Pe ma chambre P’infortune en regarPant une Pernière fois le mec bizarre. Il sort sa langue et me fait un geste obscène avec, je lui réponPs en lui tenPant un Poigt P’honneur auPacieux. Je ne risque plus rien, je pars. Je ne le quitte pas Pes yeux. Même pas peur… ! C’est avec mon Poigt Pressé bien haut vers le sinistre inPiviPu que je bute sur quelque chose ou plutôt quelqu’un. Une voix grave me réprimanPe sévèrement. – Vous pourriez au moins regarPer où vous marchez ! Je fais volte face, le Poigt toujours en l’air et me retrouve face au mec le plus impressionnant que j’aie jamais vu. as impressionnant comme celui Pe la cellule qui me fout une trouille bleue, il faut bien le reconnaître, mais impressionnant tout court ! Genre qui Pégage un truc Pe ouf ! Il est châtain foncé, ses cheveux onPulés sont soigneusement coiffés en arrière, une petite barbe façon « Pe trois jours » lui Ponne un air Pe pirate, ses yeux sont très clairs, bleus gris peut-être. Il est très granP, je Pois me torPre le cou pour continuer à le Pévisager comme je le fais et ses épaules sont larges… Ce mec est à tomber ! Qu’est-ce qu’un type Pe cet acabit fait Pans un enProit aussi crasseux, ça me Pépasse ! Chercher l’erreur ! Une fois que je l’ai bien reluqué à son granP étonnement si j’en crois la façon Pont il me Pétaille lui aussi, genre soupçonneux… je passe mon chemin sans m’excuser ou quoi que ce soit. Le maton m’interpelle alors : – Eh, ma jolie, tu ne Pis pas merci à ton avocat ! Je manque Pe m’affaler Pe tout mon long en entenPant cette phrase. – Mon avocat ? – Mlle Juliette Monro, poursuit le beau gosse, je me présente, Maître Gabriel Delacourt, je suis votre nouvel avocat et votre référent par la même occasion. Il me tenP la main, je la regarPe, sans la lui serrer, comme si c’était un serpent venimeux et je m’aPresse au maton : – C’est quoi ces conneries, Pepuis quanP on envoie Pes mannequins échappés Pe chez Dior comme avocat commis P’office !? Il Poit y avoir un bug ! Le mec sourit en coin et me retenP sa belle main manucurée qui n’a pas Pû tenir autre chose qu’un stylo griffé Pans toute sa vie. Il me Pit P’une voix basse et grave : – Depuis que les petites filles ne prennent pas en compte les promesses faites aux juges !
II Une proposition inattendue
Mais c’est quoi ces foutaises à la fin. Je ne lui serre toujours pas la main. Je ne voulais pas avoir affaire avec ce type tout droit sorti d’une série américaine. Je pressentais que rien de bon aller émerger de cette histoire. C’est d’un ton plein de sarcasme que je lui réponds : – Je n’ai pas besoin d’un référent, je m’en sors très bien toute seule ! L’autre ne s’en laisse pas compter, il rétorque dédaigneux : – Sans aucun doute ! Tellement bien que vous vous retrouvez toutes les cinq minutes derrière les barreaux pour vol ou autre délit de ce genre. Il commence à m’énerver passablement : – Je voulais prendre dans la caisse de ce salaud ce qu’il me devait, rien de plus, rien de moins ! Il m’a menacée, m’a proposé un autre genre d’arrangement, j’ai refusé ! Voilà pourquoi je me retrouve ici ! Les personnes de mon espèce ne représentent rien pour la société, elles sont toujours coupables, votre soi-disant juge n’en a rien à foutre des gens comme moi ! Voilà la réalité Monsieur Duchnoch, alors allez retrouver votre marquise et vos amis de salon et foutez-moi la paix ! Je ne sais pas comment ni pourquoi je me suis mise à déblatérer de la sorte ! Je le regarde méchamment, mes bras croisés sur la poitrine en signe de défi, je mâche furieusement mon chewing-gum ! Je ne veux pas de ce type, il n’a rien à faire dans mon monde ! Le mec ne se laisse pas impressionner et me réplique calmement : – Ce n’est pas Duchnoch mais Delacourt ! Sachez que je ne vous laisse pas le choix Mlle Monro ! Vous allez me suivre, je peux vous l’assurer. Alors voilà le programme. Il a une voix aux intonations si basses qu’il me file la chair de poule. Il me regarde bien en face et son visage est maintenant froid et fermé. – Dans un premier temps, je vous amène dans un lieu où vous allez apprendre à bien vous tenir et à respecter certaines règles. J’ai convenu avec la juge que vous passeriez six mois dans cet endroit, je me suis engagé à vous faire retrouver le droit chemin dans ce laps de temps. Quoi !? J’ai une furieuse envie de rire à présent. – Le droit chemin ? Et c’est quoi le droit chemin !? Devenir un snobinard comme vous ! Vous voulez faire de moi un gentil petit toutou qui obéit sans broncher c’est bien ça ? Vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! Je n’ai jamais été sous la coupe de qui que ce soit et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer ! Soudain, il me saisit par le bras sans ménagement et me conduit à l’écart des regards posés sur nous. Je remarque que les autres n’ont rien perdu de notre petite scène ! Une distraction est toujours bonne à prendre dans ce genre de lieux. Sa poigne est ferme, je ne peux pas m’en dégager, j’enrage ! L’avocat change de tactique et me signifie entre ses dents serrées : – Ecoutez-moi bien petite maligne, si jusqu’à maintenant vous n’en avez fait qu’à votre tête, sachez que les choses vont changer à partir d’aujourd’hui ! Je suis un avocat qui n’a rien à faire ici, vous avez raison, mais de temps en temps, on m’oblige à revenir dans les bas-fonds pour essayer de sauver quelques âmes égarées. Je n’y gagne rien alors il n’est pas question qu’en plus, je perde mon temps avec une gamine écervelée et entêtée ! Je vous amène dans votre nouveau lieu de résidence, je vois avec vous les termes de notre contrat de tutelle et… Je lui coupe la parole, direct, au bord de la crise de nerf : – Tutelle !? Vous voulez dire que je vais avoir mon maton particulier ! Un tuteur ? Rien que le mot m’écorche ! Je fuis ce genre d’attache depuis le premier jour ! Il n’en est
as question ! – C’est exactement cela ! Me signifie l’avocat. Votre tuteur et votre référent affirme-t-il en détachant bien ses mots comme s’il ressentait mon malaise… Autrement dit, tout passera par moi à compter de ce jour. J’enrage tellement, j’en tremble ! Je décide de le prendre autrement, c’est d’un air menaçant que je lui balance : – Vous savez, Monsieur le « grand Maître », je me suis toujours débrouillée pour m’enfuir de tous les endroits où on m’a mise de force et ce sera pareil pour le vôtre. Il ne m’a toujours pas lâchée. Moi, je me tiens sur la pointe des pieds pour essayer de paraître moins minuscule face à cette montagne ! Ce n’est pas Swarzy, loin de là, mais le mec est plutôt bien bâti ! Il reprend avec calme et détermination : – Sachez Mlle que je me suis engagé personnellement dans cette histoire et je ne vous quitterai pas des yeux. Si vous vous enfuyez, ce sera la prison ferme qui vous attendra et là je ne pourrai plus rien pour vous ! Alors ma petite, les cartes sont entre vos mains. Soit vous obtempérez et vous me suivez sans causer plus de problèmes pour essayer de remettre votre vie sur les bons rails, soit vous tracez votre chemin hors des clous et croyez-moi, ça ne m’empêchera pas de dormir. Par contre vous, vous n’êtes pas prête de vous coucher ailleurs que dans une cellule ! Je suis prêt à m’engager pour vous, mais si vous choisissez la bataille, vous ne gagnerez pas la guerre croyez-moi ! Vous aurez laissé passer votre dernière chance ! Je vois dans ce regard acéré une étincelle, un défi… Je ne sais pas pourquoi mais la verve qu’il a mise dans cette interminable tirade me donne envie brusquement de tenter le coup. Je ne comprends pas ce qu’il se passe en moi à ce moment précis, mais je vois de la détermination dans les yeux si clairs de cet individu. C’est la première fois depuis des lustres que quelqu’un ne s’est pas « battu » avec autant d’énergie pour moi. Je ne suis pas idiote, je suis bien consciente que le mec n’en a rien à foutre au fond, mais le fait qu’il mette tant de mots à la seule fin de me décider… m’interpelle… D’autre part, je n’ai aucune idée de l’endroit où il compte me caser mais me retrouver dans un lit digne de ce nom pendant quelques jours ne pouvait pas me faire de mal. Il y avait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de me reposer tranquillement. Un moment de répit bien mérité et je me barrerai vite fait comme d’habitude. – D’accord ! Ma réponse fuse ! Il semble abasourdi d’avoir gagné la partie si facilement. Il relâche la pression, je lui souris d’un air malicieux, il plisse ses yeux et pince sa bouche comme s’il essayait de me percer à jour. Il répète : – D’accord ? Bon, alors allons-y ! Je vais vous dire ce que la protection des mineurs attend de vous pendant le trajet qui nous conduira à votre nouvelle destination. J’acquiesce docilement. Il parait désorienté par mon attitude… J’aime déstabiliser les gens, je sais faire ça, me montrer garce et l’instant d’après douce comme du miel… Il recule un peu pour s’adresser à moi de façon laconique : – Le chewing-gum ?! – Quoi ? Ma réplique est un peu agressive ! Que veut-il encore !!! – Enlevez-moi ce chewing-gum, on dirait une vache qui rumine. Pam ! Prend ça dans les dents ! On dirait que l’avocat n’est pas tout à fait dupe de mon cinéma… Je saisis alors sa main qu’il m’avait tendue quelques minutes auparavant et lui crache
mon chewing-gum dedans avec la salive qui va avec, tout ça en le fixant d’un regard amusé. Bien fait ! Le mec ne se démonte pas, il ne me quitte pas des yeux lui non plus, se met à la recherche d’un mouchoir en papier qu’il sort de son cartable en cuir noir et y place l’objet du délit ! Puis faisant semblant de rien, continue tout en s’essuyant la main : – Nous allons passer récupérer vos affaires chez votre ancien employeur, ne vous inquiétez pas, je viens avec vous. Comme si j’avais besoin d’un garde du corps ! Et de quelles affaires il parle ! – Je n’ai rien à récupérer, toutes mes affaires se trouvent dans mon sac. Je lui désigne l’endroit où j’ai déposé mon baluchon en arrivant dans ce trou, ou plutôt la consigne prévue à cet effet. Il parait surpris par la « légèreté » de mon bagage. Une fois les formalités remplies, nous partons et enfin je peux respirer l’air frais. Durant le trajet, je remarque que nous sortons de la ville. Paris s’éloigne et la verdure se fait de plus en plus présente, le béton lui cède la place. Ça fait une éternité que je ne n’ai pas vu de pré, ni autant d’arbres ! En fait, je crois que je n’ai jamais admiré autant de camaïeux de verts et de marron, je colle le nez à la vitre pour me repaître du spectacle qui défile devant mes yeux. Le mois d’avril est là et le printemps s’éveille tranquillement, j’adore la nature, elle m’apporte du réconfort. J’aime me balader dans les rares endroits où elle arrive à s’imposer face à la grisaille froide de l’asphalte. Lorsque ça m’arrive, je m’installe sur un banc et regarde les fleurs, les arbres puis j’écoute le chant mélodieux des oiseaux. S’évader… être ailleurs… Bon stop ! Ça devient pathétique ! La nostalgie s’accroche… J’ai un vague souvenir tout à coup, mes parents et moi enfant partant sur les routes. Nous nous arrêtons dans une sorte de prairie et nous pique-niquons. Ce souvenir m’assaille et me rend triste. J’ai quelques réminiscences de ma petite enfance de temps en temps, je sais que je n’ai pas toujours fait partie de la misère et de la laideur. Autrefois, mes parents étaient des gens normaux avec un boulot, un appart, une vie quoi. Puis un jour le chômage frappe à la porte, d’abord ma mère puis mon père. J’étais encore très jeune genre neuf ans quand ma mère est morte d’un cancer du sein, après ça mon père a sombré dans tout ce qui pouvait lui faire oublier son chagrin… Il m’a oubliée, moi aussi, au passage. J’ai l’habitude de me prendre en charge depuis de nombreuses années, je me suis toujours arrangée pour qu’il y ait à manger à la maison, j’ai aussi fait plein de choses pas très morales pour payer les factures. Mon père, la plupart du temps, était un zombie sans réaction. La solidarité, dont je parlais plus tôt, a joué un grand rôle. Mes potes m’ont aidée du mieux qu’ils pouvaient en me trouvant des petits jobs par exemple. Je n’ai pas abandonné le bahut qui est devenu une étape obligatoire pour ne pas attirer les regards sur notre « famille » bancale. Je ne voulais surtout pas être mise entre les mains des services sociaux. J’exècre les assistances sociales et autres tuteurs qui s’emparent de votre vie, vous jugent, vous conseillent, vous dictent… sans avoir la moindre idée de la solitude profonde qui vous étouffe… C’est pour ça que l’avocat m’a fait perdre pied quand il s’est auto-proclamé mon tuteur ! Je n’ai besoin de personne ! Les petits boulots et les plans plus ou moins « catholiques » m’ont permis de tenir le coup jusqu’à l’emprisonnement de mon père. Après ça, j’avoue que je suis un peu partie en vrille, les factures se sont accumulées et les organismes pour la protection des mineurs se sont intéressés à moi. Ils ne m’ont plus lâchée… mais malgré tout, jusqu’à présent, je n’avais pas attiré de garde-chiourme car je m’étais toujours acquittée de mes dettes et de mes problèmes comme une grande ! La suite, je l’ai déjà racontée !
Mon séduisant avocat commis d’office me touche l’épaule doucement, je m’étais perdue dans mes pensées et n’avait pas dû entendre ses mots. Ça faisait un bail que je n’avais eu l’occasion de laisser dériver mon esprit ainsi. À force d’être toujours sur le qui vive, on finit par vivre comme un robot, on va juste à l’essentiel. Il me réprimande : – Mlle Monro vous m’écoutez !? S’impatiente-t-il. Je m’abstiens tant bien que mal de lui dire « d’aller voir ailleurs si j’y suis ». – Oh excusez-moi, vous disiez Maître. Il secoue légèrement la tête en soupirant, encore une fois pas dupe de mon air conciliant et répète patiemment : – Je vous expliquais comment votre séjour allait se passer. J’en rajoute une couche : – Je suis toute ouïe Monsieur. J’exagère encore en employant un timbre trop discipliné… Je le trouve tellement condescendant ! Mais je sais qu’il n’est pas naïf, il a eu le temps de voir comment je parlais et la façon dont je me comportais à la normale. Il fronce les sourcils et reprend : – Je vous ai déjà dit de ne pas faire la maligne avec moi. Vos airs rebelles ne m’impressionnent pas du tout et, encore moins vos faux airs angéliques ! – Et qu’est-ce qui vous impressionne vous Monsieur le grand Maître ? « Chasse ton naturel, il revient au galop ! » Je poursuis sur ma lancée : – Je suppose que dans la haute bourgeoisie on a seulement peur de perdre l’argent que l’on planque dans son coffre… Attention l’avocat : tout ce que tu ne peux pas donner te possède… J’avais lu cette citation quelque part… Paf ! Il freine brusquement. Ce qui me projette vers l’avant et me coupe le souffle à cause de la ceinture qu’il m’a obligée à mettre, je comprends mieux pourquoi maintenant ! Je lui hurle dessus, fini les faux semblants ! – Ça va pas non ? Vous voulez me tuer ou quoi ? Il s’est arrêté sur le bas côté de la route, il détache sa ceinture de sécurité et se tourne vers moi. Je dois reconnaître qu’il est un peu flippant. – Je crois que je commence à y songer sérieusement en effet ! Ecoutez bien mes paroles car ce sera le premier et le dernier avertissement ! Pour qui il se prend ! Non mais je rêve là ! Je ne vais pas me laisser intimider ! Je lève les yeux au ciel et le nargue ouvertement, mais ne dis rien. Il me prend par le menton et m’oblige à le regarder droit dans les yeux, puis me signifie : – Vous allez faire exactement tout ce que je vous dis, vous conduire respectueusement avec les personnes qui vous accueilleront moi y compris sinon… Je lève le nez en signe de défi, – Sinon ? – Sinon je vous jure que vous regretterez d’avoir croisé mon chemin… En me disant ces derniers mots, il m’observe de manière tendue et soutenue. Je tente de me sortir de ses « griffes » mais, sa main tient fermement mon menton et je n’ai pas d’autre choix que de le fixer. Je gagne souvent au jeu de « qui baisse les yeux le premier » avec mes potes mais là je ne sais pas ce qui m’effraie dans ce regard si pur et perçant, le tout est que je cède. Il le sent le salaud, il me relâche. Je me détourne à nouveau vers la fenêtre.