Kamikaze

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Clara Cardigans voit sa paisible vie d’étudiante chamboulée par l’arrivée d’un jeune homme étrange. Et bien que Taddeuz Miller ne cesse de souffler le chaud et le froid, Clara ne peut s’empêcher d’être attirée par lui et va tout faire pour en savoir un peu plus sur ce garçon si différent des autres.


Mais lorsqu’ils se retrouvent isolés au cours d’une soirée un peu trop arrosée, Taddeuz tente de l’assassiner au moment où ils échangent un baiser. Pourtant, il n’arrive pas à aller au bout de sa basse besogne et s’enfuit dans la nuit, disparaissant brutalement.


Cinq ans plus tard, tandis qu'elle travaille sur une thèse concernant la régénérescence cellulaire Clara est victime d'inquiétantes agressions. Et alors qu’elle se retrouve complètement seule, l'énigmatique Taddeuz Miller réapparaît dans sa vie pour lui révéler un secret qui va tout changer.

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EAN13 9782390062042
Langue Français

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Kamikaze
Eva Davios
Taddeuz Miller – Tome 1
Clara Cardigans voit sa paisible vie d’étudiante chamboulée par l’arrivée d’un jeune homme étrange. Et bien que Taddeuz Miller ne cesse de souffler le chaud et le froid, Clara ne peut s’empêcher d’être attirée par lui et va tout faire pour en savoir un peu plus sur ce garçon si différent des autres. Mais lorsqu’ils se retrouvent isolés au cours d’une soirée un peu trop arrosée, Taddeuz tente de l’assassiner au moment où ils échangent un baiser. Pourtant, il n’arrive pas à aller au bout de sa basse besogne et s’enfuit dans la nuit, disparaissant brutalement. Cinq ans plus tard, tandis qu'elle travaille sur une thèse concernant la régénérescence cellulaire Clara est victime d'inquiétantes agressions. Et alors qu’elle se retrouve complètement seule, l'énigmatique Taddeuz Miller réapparaît dans sa vie pour lui révéler un secret qui va tout changer.
Première édition
© Eva Davios, 2016, pour le texte © Reines-Beaux, 2017, pour la présente édition © MxM Créations, 2017, pour l’illustration de couverture
Suivi éditorial par Jessica Hyde Sous la direction de Clémence Lucas et Maud Defontaine
Ceci est une œuvre de fiction. Les personnages, lie ux et évènements décrits dans ce récit proviennent de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes, des lieux ou des évènements existants ou ayant existé est entièrement fortuite.
Tous droits réservés. Cette œuvre ne peut être repr oduite, de quelque manière que ce soit, partiellement ou dans sa totalité, sans l’accord écrit de la maison d’édition, à l’exception d’extraits et citations dans le cadre d’articles de critique.
Avertissement sur le contenu : cette œuvre dépeint des scènes d’intimité entre deux personnes et un langage adulte. Elle vise donc un public averti et ne convient pas aux mineurs. La maison d’édition décline toute responsabilité pour le cas où vos fichiers seraient lus par un public trop jeune.
ISBN : 978-2-39006-204-2 Ce titre est également disponible au format papier sous l’ISBN : 978-2-39006-205-9
Dépôt légal : avril 2017
Édité en Belgique
info@reines-beaux.com
Eva Davios
Kamikaze
www.reines-beaux.com
À mes fils : les rêves sont faits pour être vécus, il ne tient qu’à vous de les réaliser.
Le commencement
Clara Tout commença l’hiver 2002, le plus triste et humide que nous ayons jamais connu. La pluie ne cessait de tomber, et les nuages, présents en permanence, crachaient inlassablement leur venin comme s’ils voulaient se venger des jours de beau temps que nous avions eus cet été. J’habitais un petit village tranquille, perdu au milieu des montagnes américaines qui formaient autour de lui une arène de nature. Monotone, prévis ible et déprimant… Voilà les trois mots qui résumaient à la perfection l’endroit où je vivais. Si certaines personnes pouvaient venir à San Rock pour y trouver la tranquillité et la sérénité, d’autres, comme moi, étaient obligées d’y vivre. Je me levai difficilement. C’était un jour ordinaire. Enfin, il en avait tout à fait l’air. Dehors, il faisait gris, et à l’idée de devoir passer mes examens dans quelques jours, j’avais juste envie de rester dormir dans mon lit. Je croisai mon père dans la cuisine. Une cigarette à la bouche, adossé contre le plan de travail, il m’accueillit avec le sourire. — Bonjour Clara, bien dormi ? Je hochai la tête, les yeux encore bouffis de sommeil, et grognai un « mmm » qui en disait long sur le fait que j’aurais bien voulu en profiter davantage. C’était toujours la même chose : mon père qui me pa rlait de sa journée à venir, et moi qui déjeunais sans dire un mot. Installée à San Rock depuis ma naissance il y avait maintenant dix-huit ans, ma famille faisait partie intégrante de la vie active du village. Mes parents étaient des gens simples, impliqués et appréciés de tout le monde. Je les adorais autant que ce que j’aimais mon petit frère, de cinq ans mon cadet. Nous vivions une vie bien rangée, sans heurts, où finalement tout n’était que routine et habitude.
Je m’installai à table, et une fois le petit déjeuner englouti en silence, fonçai dans la salle de bain pour me préparer. Dans la glace, ma pâleur m’effraya : envolé, le beau hâle d’été ! L’hiver était bien là, ma peau redevenait blanche petit à petit, mes cheveux plus sombres, et mêmes mes yeux, noisette d’habitude, paraissaient plus ténébreux. Après ce rapide examen, j’entrepris de me laver les dents et de m’habiller. Mes affaires m’attendaient, préparées dans la salle de bain depu is la veille au soir, m’évitant ainsi de réfléchir longuement devant mon armoire, et gagner de précieu ses minutes de sommeil supplémentaires. De toute façon, comme tous les jours en ce moment, la pluie ne permettait guère plus que la parka et les bottes. Je me maquillai rapidement, surtout les yeux avec u n peu de khôl et de mascara, et attachai mes cheveux en queue de cheval. En partant, je m’arrêtai devant mon père, attablé à lire son journal, pour un rapide baiser sur la joue, puis sortis de la maison, le sac sur l’épaule. Je descendis à pied jusqu’à l’arrêt de bus, la capu che sur la tête, en essayant de garder les yeux ouverts. La musique dans mon IPod rythmait mes pas, et me faisait avancer rapidement. La journée au lycée s’annonçait d’ores et déjà très difficile. Seule la vue de mon amie Sarah me redonna le sourire. Je la rattrapai juste à temps, le bus venait d’ouvrir ses portes et elle y montait. Une fois dedans, elle demanda : — Alors, ton week-end ? — Rien de spécial. Il pleuvait, j’ai dessiné, écouté de la musique. Et révisé les examens. Comme elle me semblait impatiente de raconter son week-end à elle, je lui posai la sempiternelle question :
— Et toi ? Après un instant de silence, ses yeux se mirent à briller. — Je suis allée au ciné avec Jérémy ! Tu le savais, quand même, et tu ne m’as rien demandé ? Elle feintait la déception. C’est vrai que j’avais zappé cet épisode, pourtant, ce n’était pas faute de m’avoir rabâché les oreilles toute la semaine à ce sujet, depuis le mardi où le fameux Jérémy avait demandé à Sarah de l’y accompagner. Sarah et Jérémy, c’était une longue histoire. Un genre de « je t’aime, moi non plus », ou plutôt, « je t’aime, mais plutôt mourir que l’avouer ». Des mois qu’ils se tournaient autour sans jamais rien entreprendre. — Et tu sais quoi ? enchaîna-t-elle. Je ne savais pas, mais sa question passa complètement à côté de mon esprit, car mon regard fut attiré par quelque chose. Ou plutôt, quelqu’un. Je prenais ce bus depuis le collège, et j’en connaissais les visages par cœur. Tous les jours, tout le monde se retrouvait à la même heure, pour aller vers le même lycée. Et aujourd’hui, parmi toutes ces têtes connues, un étranger faisait son apparition.
Ses yeux, impressionnants, m’attirèrent dès le départ. Avec le temps gris et froid, ils paraissaient tels deux lames d’acier acérées, prêtes à vous desc endre d’un seul revers. Cette sensation était renforcée par de sombres et épais sourcils, qui les faisaient ressortir plus que nécessaire. Quelques mèches de cheveux blonds, cuivrés à certains endroits, tombaient sur son front trempé par la pluie. Lorsqu’il passa près de mon siège, je ressentis une décharge électrique dans tout le corps. Comme quand vous écoutez une musique qui vous fait vibrer, ou que vous regardez un film émouvant. Je déglutis et repris ma respiration, alors que l’i nconnu s’installait à quelques rangées derrière moi. Je pouvais presque l’entendre respirer de mon siège. Personne ne m’avait jamais autant troublée auparavant. Flippant. — Figure-toi qu’il m’a pris la main. Enfin, est-ce qu’on peut dire de quelqu’un qui vous touche la main en vous passant votre ticket de ciné qu’il vous a pris la main ? Le sourire enjoué de Sarah s’effaça rapidement. Elle me fixait de ses yeux bruns, attendant une réponse. Je me ressaisis vivement, essayant d’oublier un instant ce que j’avais vu. — Écoute, tu te prends trop la tête avec ce Jérémy. Ça fait combien de temps que tu attends qu’il se manifeste ? Alors, maintenant, soit tu vas le vo ir et tu lui avoues tout, soit tu l’oublies. Ça ne mènera à rien si vous restez comme ça éternellement ! Elle posa sur moi un regard apeuré. — Mais je ne peux tout de même pas lui avouer tout de go ! Je veux que ça soit lui qui fasse le premier pas. Elle tourna la tête vers la fenêtre, fâchée, pour regarder les gouttes de pluie s’écraser contre la vitre. Sarah était mon amie d’enfance. On s’était chamaillées devant une boîte de crayons alors que nous avions quatre ans puis, après avoir appris le partage, étions devenues de véritables amies. Sans rien demander à personne, nous avions fait tou te la petite école dans la même classe. Au collège, si on avait passé les premières années ensemble, ça n’avait pas été le cas pour les dernières. Mais ça ne nous avait pas éloignées l’une de l’autre, au contraire. On se voyait quasiment tous les soirs en rentrant à pied, puis tous les week-ends. Et cela avait duré jusqu’à maintenant, le lycée, où par chance nous nous retrouvions dans les mêmes cours, alors qu’il y avait six cent élèves de plus qu’au collège. Sarah, brune, avec de longs cheveux bouclés et des yeux en amande, était une rêveuse – un peu comme toutes les filles de notre âge, mais avec une tendance tragique. Pour elle, les belles histoires d’amour se finissai ent en drame : Roméo et Juliette, Bonnie et
Clyde… Physiquement, on ne se ressemblait pas beaucoup. J’aimais le sport et le dessin, et elle préférait la lecture et la musique. Mais ça ne nous empêchait pas de nous adorer quand même. Le bus stoppa net devant l’arrêt. Je pris mon sac posé à mes pieds, et le brouhaha commença à s’amplifier. Tout le monde se bousculait pour sortir. J’attendis patiemment que les autres passent alors que Sarah s’impatientait à côté de moi, bloquée car je n’avançais pas. — Je t’en prie. Des paroles toutes simples. Pourtant, le timbre de la voix était… comment le décrire ? Je détournai mon regard vers le propriétaire de cette voix. C’était lui. Mon corps se figea et les palpitations dans ma poitrine se firent plus intenses. À cet instant précis, je remerciai le ciel de ne pas nous avoir donné le pouvoir de lire dans les pensées des autres. Il attendit tranquillement que je prenne mes affaires, que Sarah me suive et que nous sortions. Sur le court chemin qui séparait l’arrêt de bus du lycée, Sarah et moi marchâmes côte à côte. L’inconnu nous suivait à quelques mètres de là. J’aurais aimé me retourner pour revoir encore une fois son visage. Pendant tout le trajet, Sarah discuta et je lui répondais vaguement. En fait, je me demandais si l’inconnu se dirigeait lui aussi vers le lycée. À quelques pas du portail, il était encore derrière nous. J’y allais de mes réflexions personnelles, écoutant d’une oreille distraite l’histoire de Sarah et de sa sortie ciné avec Jérémy. L’inconnu était canon, trop même, d’une de ces beautés qui font… peur ? Comme les prédateurs. Ils sont beaux et attirants p our qu’on vienne vers eux, mais ce n’est qu’une image qu’ils renvoient. À l’intérieur, ils veulent simplement vous détruire. C’était exactement l’impression qu’il me donnait. Celle d’un prédateur.
Le professeur Francesco resta quelques minutes dehors tandis que nous nous installions en classe. Lorsqu’il entra, ce fut à ses côtés. — Je vous présente Taddeuz Miller. Il est arrivé la semaine dernière dans notre charmante région, et il intègre votre cursus dès aujourd’hui. Je vous serais très reconnaissant si vous pouviez l’aider à récupérer les cours du début d’année. Taddeuz Miller – puisque c’est ainsi qu’il se préno mmait – dégageait une aura spectaculaire. Tout le monde s’arrêta net de parler, chacun d’entre nous captivé par sa présence. Plus grand que la moitié des autres gars de la classe, vêtu d’un blouson de cuir noir, légèrement usé aux coudes, et d’un jean parfaitement neuf, il se tenait droit, nous do minant de son imposante stature. Son sac à dos noir était jeté négligemment sur son épaule. Il eut un rapide sourire, qui fit plisser ses yeux gris. Une force émanait de tout son être, une aura froide, inquiétante, mais je semblais être la seule à la percevoir. Il alla s’installer sur une table au devant du prof, la seule place libre. Avant de s’asseoir, il me jeta un regard transperçant. J’aurais pu croire qu’il lisait en moi. Mais il se retourna et le cours commença. Le nouveau faisait sensation. Toute la classe, surt out les filles, parlaient de lui. Cela rendit le cours très désagréable ; des papiers parcouraient la salle toutes les cinq minutes, et les chuchotages allaient bon train, aussi, je fus bien contente lorsque la sonnerie retentit. Une fois dehors, l’air et la brise légère me vidèrent l’esprit, me donnant le sentiment d’être plus saine. Je respirai un grand coup.
Sarah me toisa : — Je ne sais pas ce que tu as aujourd’hui, mais tu n’as pas l’air dans ton assiette. C’est le
nouveau ? J’ai l’impression que depuis que tu l’as vu, tu es paralysée. Bon c’est vrai qu’il est beau, mais quand même ! Je soupirai : je ne pouvais rien lui cacher, elle devinait mes pensées rien qu’en me regardant. — C’est pas ça, j’ai l’impression…Laisse tomber, c’est rien. Comment lui dire que j’avais une intuition bizarre, de celles qui vous prient de partir au plus vite, de ne pas faire ce que vous allez immanquablement faire ? Elle n’aurait pas compris. Sarah n’était pas de ces filles qui se tracassaient pour une intuition. Je le cherchai du regard. Adossé à un mur d’enceinte, seul, il épiait autour de lui, et inscrivait des notes sur un petit calepin blanc. Lorsque son regard tomba sur moi, il me fixa un instant, sortit une cigarette de son blouson en cuir et disparut dans la cour. Au fil de la journée, à chaque cours, chaque salle, il s’installa devant nous. Et il avait toujours ce réflexe de regarder dans notre direction. Je me demandais si je le connaissais. Il ne se comportait pas comme quelqu’un qui a craqué sur une fille, non, il me dévisageait plutôt comme un sujet d’étude. Non pas que ça m’inquiétait, mais je me demandais pourquoi. Finalement, je n’étais pas d’une beauté extraordinaire, enfin, en tout cas pas assez à mon goût pour susciter autant de regards en une seule journée, et surtout, sa première avec nous. Il se devait d’être discret, non ? Cette histoire me mit extrêmement mal à l’aise. Je me sentais observée, et je n’aimais vraiment pas ça. Lorsque le dernier son de cloche retentit, je me précipitai pour partir la première. Sarah courut presque pour ne pas se laisser distancer. Il fallait absolument que je prenne le premier bus du retour, sans lui. Tandis que les portes se refermaient, je poussai un soupir de soulagement. J’étais la dernière dans le bus, et il n’était pas dedans. Je me tournai vers Sarah pour entamer la discussion. Il se trouvait là, sur le trottoir en face, les yeux dans les miens.
Si j’avais été complètement troublée la veille, le lendemain matin, à la lueur d’un jour nouveau, ma réaction d’hier m’apparaissait un tantinet exagérée. Aucun rêve n’avait peuplé ma nuit, juste un épais brouillard noir qui se dessinait maintenant en belles cernes sous mes yeux. Se lever. S’habiller. Affronter le lycée… Tout ça me donna la migraine. Une bonne chose toutefois : je voyais d’un nouvel œil mon épisode avec le nouveau. Finalement, je devenais peut-être un peu paranoïaque. Si j’avais été nouvelle dans une école, j’aurais certainement dévisagé toutes les personnes que j’aurais rencontrées… Ce n’est qu’une fois installée dans le bus, avec Sarah à mes côtés, que je retrouvai totalement le sourire. — Tu viens à la soirée de Ben, samedi ? me demanda-t-elle de but en blanc quand je la vis. — Euh, je pense oui… Il y aura qui, déjà ? — Et bien, comme d’habitude, je pense. Chris, Ben, Yann, Nathaly, Claire, Thomas, et quelques trente autres personnes ! rit-elle. Les fêtes de Ben étaient assez réputées dans le vil lage. Ses parents avaient eu la bonne idée d’acheter une villa immense, et surtout, d’exercer un métier qui les faisait voyager très, très souvent. Pas assez au goût de Ben, mais disons qu’ils s’absentaient un mois sur deux, ce qui laissait du temps pour organiser des soirées conviviales avec la moitié des jeunes du village. Nous avancions maintenant vers la salle d’histoire. La matière ne m’intéressait pas trop, étant plutôt scientifique, mais le prof savait rendre son cours passionnant. En m’asseyant, je m’aperçus que le nouveau n’était pas arrivé. Le cours débuta, et c’est en plein milieu de celui-ci que la beauté froide apparut. Il était vraiment différent des garçons du coin. Chez nous, le soleil faisait rage en été, et les hommes conservaient toute l’année un léger hâle dor é. Les vagues d’immigrations des décennies précédentes métissaient aujourd’hui la population actuelle. Jérémy en faisait un bel exemple. Fils d’italiens, il avait les yeux couleur amande, et la peau tannée. Ses cheveux, plutôt foncés, prenaient
quelques reflets blonds durant la période estivale. Taddeuz, lui, était complètement à l’opposé. Sa peau, presque translucide, et ses cheveux blonds qui tombaient en désordre sur son front, le rendaient atypique. Il devait faire pas mal de sport, car on devinait sous son pull les muscles qui roulaient à chacun de ses mouvements. Il cogna à peine, entra, et s’excusa à demi-mot. Le professeur, étonné de cette entrée furtive, le laissa tout de même s’installer. Quand il s’assit au bureau juste devant le mien, le courant d’air qu’il provoqua me donna un frisson. Je regardai sa nuque, puisque il n’y avait que ça que je pouvais observer. Je fronçai les sourcils : un tatouage assez abstrait, un genre de tribal mais en plus travaillé, se cachait à la lisière de ses cheveux. Il était normal que je ne l’aie pas remarqué la veille, étant placé à un endroit discret, que l’on ne voyait que si on y prêtait vraiment attention. Je n’arrivais pas à savoir ce qu’il représentait… O n aurait dit trois lettres entrelacées, SSA, ou un truc dans le genre. Il dut sentir que je l’examinais, car il remonta le col de son pull. Je détournai vivement le regard. Il dégageait une odeur de musc qui prenait à la gorge, qui entrait dans vos poumons, et qui faisait presque tourner de l’œil. La cloche retentit. Tout le monde se leva dans un brouhaha épouvantable, et se dirigea vers la sortie. La pause de dix heures. Dehors, un vent glacé soufflait, et de la bruine tombait silencieusement. Par ces jours de pluie et de grand froid, la cafétéria restait bondée, mais c’était le seul endroit où l’on pouvait se réfugier et être au chaud. Quelques courageux demeurèrent pourtant sous le préau, bonnet enfoncé jusqu’aux épaules et tête engoncée dans les écharpes. Avec Sarah, nous jouâmes des coudes pour trouver une place près des radiateurs. Je jetai mon sac par terre et enlevai ma parka pour la poser sur l’un d’eux, car je suffoquais. Ben s’approcha. — Bon, les filles, vous êtes de la partie samedi soir ? Il va y avoir un sacré bordel, je vous le dis ! J’ai prévu de la musique, des boissons à gogo et plein de bouffe. — Évidemment qu’on sera là ! cria Sarah afin de surmonter le bruit ambiant. — Vous connaissez le nouveau ? demanda Ben. Je l’ai invité, histoire qu’il se fasse des potes ! Il a l’air un peu farouche, on dirait. Sur ces mots, il avait tourné la tête et pointé du menton Taddeuz, adossé contre un pilier. Il épiait son monde encore une fois. Il regardait tout, avait l’air de tout analyser. Il ressemblait à un fauve aux aguets. Le moindre br uit suspect lui faisait tendre l’oreille, et lorsque Ben prononça son nom, il se retourna vers nous, comme s’il avait pu l’entendre de là où il se trouvait. Il me faisait vraiment flipper, mais en m ême temps, je ne pouvais pas m’empêcher de le contempler pour essayer de le comprendre. — À part qu’il s’appelle Taddeuz, on ne sait pas grand-chose, répondis-je. — J’ai entendu dire que personne ne savait vraiment d’où il venait, et surtout qui étaient ses parents, ajouta Sarah. Je la dévisageai, étonnée. — Ne me regarde pas comme ça, les ragots vont bon train avec les filles. Les « filles », c’était le petit groupe de danse formé avec trois autres, des nanas que je ne pouvais pas supporter. — Vous êtes stupides, toutes les quatre. C’est tout. — Reconnais qu’il est bizarre, quand même ! — Mais il n’est là que depuis deux jours, comment pouvez-vous émettre un jugement sur lui aussi rapidement ? — Réfléchis un instant, dit Sarah, il a un tatouage super bizarre dans le cou, une montre dont je ne connais pas le modèle, et en règle générale, il a des attitudes plutôt… hors du commun. Il ressemble à tout sauf à un mec d’ici. Il fait bien plus que dix-huit ans, facilement au moins vingt je dirais, il n’a pas de voiture, il ne sort jamais ses affaires de son sac. Elle respira un grand coup. — Sans compter qu’il a une expression étrange, tout simplement. Je la fixai, dubitative. Comment avait-elle remarqu é tout ça ? C’est vrai qu’il ne passait pas