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L’amour à retardement d’Olivier Ameisen

De
Cécile demande à sa fille de poser dans une ancienne robe Laura Ashley pour la vendre sur le Bon Coin. Un homme envoie en réponse un texto poétique. Elle engage une longue conversation avec lui sans dire qu'elle n'est pas la jeune femme de la photo.
Au fil des jours, l'échange devient plus intense. Elle finit par comprendre que les intentions d'Emmanuel (ou d'Olivier ?) ne sont pas celles qu'elle croyait.
Et si elle connaissait ou avait connu cet homme ?
Cette fiction est aussi un exercice de style : l’auteur en a banni la voix passive et le participe présent, en réaction contre l’invasion des tournures anglaises.
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Catherine Choupin
L’amour à retardement
d’Olivier Ameisen
La Liquidation du passif
© Catherine Choupin, 2018
ISBN numérique : 979-10-262-0056-7
Courriel : contact@librinova.com
Internet :www.librinova.com
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On a frappé à toutes les portes qui ne donnent sur rien, et la seule par où l’on peut entrer et qu’on a cherchée en vain pendant cent ans , on s’y heurte sans le savoir et elle s’ouvre.
Marcel Proust, LeTemps retrouvé
Avertissement
Ceci est un roman : la ressemblance avec des person nes réelles, qu’elles soient vivantes ou mortes, n’est pas une coïncidence, car toute fiction s’inspire de la réalité. Quel intérêt auraient d’ailleurs les romans s’ils n ’avaient aucun rapport avec la réalité ?
Préface courte à lire absolument
Lecteur, si tu ne lis pas cette préface, tu devras relire tout le livre parce que tu n’auras pu en comprendre l’intention formelle.
Le point de départ de ce livre est mon agacement de vant l’invasion de la voix passive et du participe présent, deux formes qu’aff ectionne la langue anglaise et qui polluent notre belle langue. Le français leur préfè re infiniment la voix active et la proposition subordonnée relative. Tout traducteur d evrait savoir cela. Ce n’est pas le cas, hélas.
Un de mes élèves, qui répondait au prénom d’Adhémar , s’obstinait à mettre des passifs dans toutes ses phrases et me soutenait qu’ il était impossible de s’en passer. Ce livre prouve le contraire. C’est un défi un peu comparable à celui de Georges Pérec dansLaDisparitionifficile de supprimer, avec cette différence qu’il était beaucoup plus d la lettre « e » que le passif !
Bien sûr, le sous-titre a un double sens, formel et sentimental.
N.B. Je suis prête à rembourser son achat à tout le cteur qui découvrira dans ce récit un passif (autre que les deux expressions que j’ai empruntées à Descartes, «la création continuéeet « » j’avance masqué », et le titre de Proust,Le Temps retrouvé), ou un participe présent (à ne pas confondre avec le gérondif, qui utilise la forme du participe présent précédé de « en » : j’en ai utili sé cinq).
À mon fils Charles, un amoureux de la grammaire, de Baudelaire et de Wagner.
Chapitre 1
J’allais avoir soixante ans. Je voudrais dire à tou t le monde que ce fut le plus bel âge de ma vie.
Je vivais une solitude que j’avais choisie après le sténébreux orages de l’existence. Certes je n’étais pas tout à fait seule : ma fille vivait encore avec moi. Je n’étais pas seule non plus, car j’inventais dans mes romans sen timentaux desêtres selon mon cœur, qui formaient unesociété charmante : toujours disponibles, attentionnés, respectueux de ma liberté, et bien sûr terriblement amoureux. Aucun détail sordide n’entachait la relation qu’ils entretenaient avec l ’héroïne, d’autant que l’histoire s’arrêtait souvent au bon moment, c’est-à-dire au premier bais er, ou au deuxième. Je faisais mienne la définition de Madame de Staël :Le roman est le monde meilleur.
J’avais renoncé depuis longtemps à trouver le princ e charmant ailleurs que dans mes livres ; j’étais persuadée qu’il n’existait pas . Pourtant la vie me le présenta sans que j’eusse rien fait pour cela, si ce n’est prendre une photographie...
C’était par une belle après-midi d’avril. Je me ren dais chez le dentiste. Dans mes romans, on ne va jamais chez le dentiste ; bien sûr , je ne nie pas le potentiel de séduction d’un dentiste, mais il faut un grand pouv oir au romancier pour le mettre en valeur. C’est plus facile de mettre en scène un maî tre-nageur ou un moniteur (alpin), un infirmier ou un pilote de chasse. Donc, j’étais qua siment arrivée sur le lieu de mon supplice lorsque la sonnerie brève et tonique d’un texto retentit. Je lus avec surprise :
«Bonjour...
En cette belle journée d’automne,
Mon âme s’étonne.
Mon regard sur votre photo glisse.
Et un sourire sur mon visage s’esquisse...
Emmanuel. »
Quel Emmanuel ? Je pensai d’abord à ce Philippe-Emm anuel que je connus jadis et qui aimait bien taquiner la muse. Tous les six mois , quand il faisait beau, ce charmant cyclothymique m’envoyait quelques vers. Il devait p arler de la photographie qui était sur le site de mon éditeur et qui, selon ses dires, l’a vait fait abondamment rêver. Je fermai mon téléphone avec un haussement d’épaules indulgen t. Pourquoi suscitons-nous la passion chez ceux qui ne nous attirent pas et pourq uoi celui que nous aimons ne
ressent-il rien pour nous ? Je soupirai.
Au bout d’un moment, je me ravisai : Philippe-Emman uel ne supportait pas qu’on mutilât son aristocratique prénom composé. Pourquoi aurait-il alors pratiqué lui-même cette mutilation ? Je passai en revue les autres Em manuel de ma connaissance. L’un était mort depuis longtemps. J’étais donc sceptique sur sa possibilité d’écrire un texto, bien que j’eusse lu dans certains ouvrages sur l’au -delà que les défunts pouvaient parfois utiliser le téléphone. Encore fallait-il qu e le message fût d’importance. Celui-ci ne l’était guère, à moins qu’il ne fût codé. J’écartai donc le premier Emmanuel.
Le deuxième, qui occupait un poste très important, avait « disparu » (dans un autre sens) depuis que je lui avais demandé de trouver un stage pour ma fille. Cela me permettait d’étoffer la vérité générale bien connue : « Prêtez de l’argent à vos amis et vous les perdez ; demandez-leur un stage pour votre fille et vous les perdez aussi. »
Le troisième était homosexuel. Il était peu probabl e qu’il eût soudainement changé d’avis en regardant une photo de femme. Le quatrièm e était un « gamin » de quarante ans qui faisait presque partie de ma famille, qui m e tutoyait, et qui d’ailleurs ne signait que « Manou ». Impensable. D’ailleurs tous me tutoy aient, à part le premier, l’aristocrate.
Lasse de chercher, je courus le risque de froisser mon interlocuteur. C’était sa faute après tout : les gens s’imaginaient être le centre du monde. Ils signaient « Emmanuel » sans songer qu’il existait des milliers d’Emmanuel. Je répondis : « Quel Emmanuel ? », prête à recevoir la foudre d’un Emmanuel capital da ns ma vie, mais momentanément absent de mon souvenir. Dans ce cas, j’allèguerais les pertes de mémoire consécutives à ma dernière opération chirurgicale. J’avais même pris une retraite anticipée pour cette raison : en plein milieu d’une citation, deva nt une centaine d’élèves, je m’arrêtais, incapable de dire le vers suivant. Si je pouvais ou blier du Baudelaire, je pouvais oublier un Emmanuel. Oui, j’apaiserais ce susceptible Emman uel, et le flatterais même, en le comparant au grand Charles.