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L'amour sur le siège d'à côté

De
50 pages
Pourquoi a-t-il fallu qu’il se retrouve pile ce jour-là, à cette heure, dans ce wagon, à cette place ? Octavien n’avait jamais imaginé revoir Nathanaël Delforge, le professeur de français qu’il a traumatisé par son attitude rebelle quelques années plus tôt. Mais il faut croire que le destin a le sens de l’humour, car il se retrouve assis juste à côté de lui dans le train qui le ramène à Lyon pour le week-end. Pourtant, une fois la gêne dissipée et les politesses d’usage expédiées, Octavien découvre avec surprise que celui qui était autrefois un jeune professeur inexpérimenté et manquant d’autorité a bien changé. Les sujets de conversation et les heures défilent sans qu’il s’en aperçoive et, quand le train s’approche du terminus, une pointe de regret le taraude. Et s’il proposait à Nathanaël de le revoir ?

A propos de l'auteur :
Pour Mathilda Reegers, l’écriture est vite devenue un prolongement naturel de la lecture, et ses premiers textes, rédigés sur des cahiers de brouillon, datent de ses dix ans. Aujourd’hui, elle a hâte de voir ses nouvelles et ses romans lus par d’autres qu’elle-même !
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8 h 54. Octavien était encore dans les temps. Il poursuivit sa course folle sur le quai de la gare, bousculant quelques touristes au passage.Bienvenue à Paris !D’un rapide coup d’œil au panneau d’affichage, il nota le numéro de la voie. Pas le temps de regarder dans quel wagon se trouvait sa place, il sauta dans le premier qu’il vit. « Mesdames, messieurs, vous avez pris place à bord du TGV numéro 34325 à destination de Lyon Perrache… » Il fouilla dans sa poche de jean pour en tirer un billet plié et traversa le train, à la recherche du siège où il pourrait enfin s’affaler et reprendre son souffle. Voiture 2, fauteuil 34. Grâce à une promotion de dernière minute, il avait réussi à se dégoter une place en première classe à prix cassés. Il scruta les numéros placés au-dessus de chaque siège et ne tarda pas à tomber sur le sien. Il n’avait visiblement pas de voisin, aussi lâcha-t-il son sac de sport à côté de lui et se laissa-t-il tomber avec un soupir de soulagement. Au même instant, les portes se fermèrent après un bip strident et le train se mit en branle. Il ferma les yeux, espérant terminer une nuit trop courte, mais une voix interrompit sa rêverie. – Excusez-moi, c’est ma place. Un homme surplombait Octavien. Il était grand, mince et entièrement vêtu de noir. Son visage ne lui était pas inconnu. Il pointait son sac du doigt. – Oh ! pardon. Il allait se lever pour le ranger dans un compartiment au-dessus de leur tête mais l’homme le devança. Puis l’inconnu s’installa à sa place et tenta de caser ses longues jambes devant lui, chose ardue malgré l’espace offert par la première classe. Octavien profita qu’il était occupé pour l’examiner. Il était plutôt beau garçon. Il avait des cheveux fins et blond foncé, la peau très blanche, le nez droit et la bouche bien dessinée. Ses yeux clairs étaient cachés par une paire de lunettes à la monture en plastique noir. Octavien savait qu’il le connaissait. Son flegme tout à fait britannique, son expression froide, tout cela lui était familier. L’homme prit un livre dans son sac et Octavien ne put s’empêcher d’y jeter un coup d’œil.La Confusion des sentiments de Stefan Zweig. Ça y est, il se souvenait. – Monsieur Delforge ? L’autre leva la tête et le regarda, étonné. – Octavien. J’étais dans votre classe il y a quelques années. Le visage du professeur resta de marbre mais le jeune homme aurait juré avoir vu ses yeux briller de colère. – C’est exact. Son voisin n’ajouta rien et se replongea dans son livre. Octavien était déçu. Il pensait lui avoir laissé une plus forte impression. Il se remémora son année de première au lycée Diderot et soupira. Peut-être que l’impression était justement trop forte. À l’époque, il avait dix-sept ans et était d’une insolence rare. Il lui arrivait souvent de prendre le parti d’une cause indéfendable pour ne pas être comme tout le monde. C’était sa période de rébellion adolescente durant laquelle il portait les cheveux très longs et arborait les T-shirts de ses groupes de metal favoris. Bref, un cliché ambulant. M. Delforge était son professeur de français. Il était jeune et inexpérimenté, et Octavien avait très rapidement flairé ses faiblesses comme un requin repère une goutte de sang au milieu de l’océan. Dire qu’il lui avait rendu la vie dure serait un euphémisme. C’était dommage parce que le professeur avait vraiment l’air d’aimer partager son savoir, mais c’était plus fort que lui, il fallait qu’il se fasse remarquer. Et pour ça, il s’était acharné sur son professeur. – Vous enseignez toujours ? demanda-t-il, curieux. – Non.
Le ton était glacial. Octavien songea qu’il devait le détester pour être si aimable. Après cette réponse peu engageante, il n’osa pas poursuivre la conversation. Il sentit le regard de son voisin se poser sur lui et l’examiner. Celui-ci déclara alors : – Excusez-moi, j’ai les nerfs à vif et j’ai été très désagréable. Octavien avait toujours trouvé curieux qu’un professeur aussi jeune s’obstine à vouvoyer ses élèves. Peut-être était-ce pour établir une certaine distance avec eux. Quand il avait débarqué dans la classe le jour de la rentrée, avec sa dégaine de premier de la classe et sa gueule d’ange, tous les élèves l’avaient pris pour un nouveau un peu coincé. Jusqu’à ce qu’il aille s’installer derrière le bureau puis qu’il écrive son nom au tableau. Les filles étaient toutes devenues hystériques et avaient témoigné un intérêt soudain pour le français. Octavien avait été très agacé de les voir boire les paroles de ce jeune professeur en le couvant d’un regard énamouré, rêvant secrètement d’avoir une aventure avec lui. Son irritation s’était accrue lorsqu’il s’était rendu compte que lui aussi, il l’écoutait avec une attention particulière. M. Delforge n’avait pourtant rien d’extraordinaire. Ses cours étaient conformes au programme du baccalauréat et ne laissaient place à aucune fantaisie. Seulement, il savait parler. Il avait une voix chaude et agréable, et ils étaient tous pendus à ses lèvres. C’était à ce moment-là qu’Octavien avait commencé à devenir insolent et provocateur, pour le plus grand plaisir de ses camarades qui s’étaient alors engouffrés dans la brèche. Eux aussi étaient devenus impertinents, voire parfois agressifs. Il était toujours plus facile de détester un professeur que de l’apprécier. – Que devenez-vous ? s’enquit poliment le professeur. – Je prends des cours de photographie. Il parut très intéressé et sa froideur disparut au cours de leur conversation. Octavien avait l’impression de discuter avec un ami qu’il n’avait pas revu depuis longtemps. Il n’aurait jamais imaginé être aussi à l’aise avec son ancien professeur de français. Il avait trop souvent tendance à oublier que les enseignants étaient des êtres humains comme les autres. M. Delforge semblait attentif et Octavien, à son grand étonnement, se livra très facilement à lui. Il avait quitté sa famille pour étudier à Paris. Il s’était plutôt bien adapté au rythme de la capitale, mais entre les études et les petits boulots, il n’avait pas eu le temps de se faire beaucoup d’amis. Octavien alla même jusqu’à lui expliquer qu’il n’échangeait pas beaucoup avec sa famille. Les mots coulaient hors de sa bouche, sans qu’il puisse les retenir. Octavien se rendit compte que M. Delforge n’était pas qu’un bon conteur : il savait aussi écouter et relançait sans cesse son bavardage par une question pertinente. Le jeune homme eut le plus grand mal à interrompre son débit de paroles pour enfin s’intéresser à son interlocuteur. – Et vous ? lui demanda-t-il. Vous vivez toujours à Lyon ? – Non, je me suis aussi installé à Paris, mais je voyage beaucoup pour mon travail. Il n’en dit pas plus. Un long silence s’installa. Le jeune homme n’osa pas le questionner mais il était intrigué par sa nouvelle carrière qui lui rapportait visiblement beaucoup d’argent. Son salaire de professeur n’était sûrement pas mirobolant et même si à l’époque il prenait soin de sa tenue, cela se voyait qu’il s’habillait dans des magasins de prêt-à-porter. Il ne se séparait jamais de ses pulls noirs col V, ni de ses jeans délavés par l’usure. À présent, il voyageait en première classe et portait des vêtements de luxe. Octavien le savait parce que son voisin avait au poignet une montre hors de prix qu’il rêvait de s’offrir et de superbes chaussures italiennes en cuir noir. Quitter l’éducation nationale semblait lui avoir plutôt bien réussi. Son fan-club devait être encore plus important maintenant qu’il avait vraiment de l’allure. Une pointe de jalousie étreignit encore Octavien quand il le regarda. À bien y réfléchir, il trouva ce qui l’agaçait chez son ancien professeur : il était exactement ce qu’Octavien aspirait à devenir. Un homme élégant et cultivé, qui menait visiblement une belle carrière. Le jeune homme observa le paysage défiler à une vitesse vertigineuse, perdu dans ses pensées. Il ne restait pas plus d’une heure de voyage. – Je voudrais m’excuser pour tout ce que je vous ai fait subir, déclara-t-il subitement. – Je n’étais pas fait pour ce métier, vous n’avez pas à vous excuser pour mon manque d’autorité. Delforge balaya le sujet d’un geste de main avant d’ajouter : – C’est loin tout ça. Ils passèrent le reste du trajet à discuter des anciens camarades de classe d’Octavien, des derniers films qu’ils avaient vus au cinéma et des bizarreries de la vie parisienne. Ils se trouvèrent beaucoup de points communs, notamment musicaux, ce qui étonna Octavien.
Un chef de bord annonça que le train entrait en gare de Lyon Part-Dieu. M. Delforge déplia son long corps pour attraper le sac de son voisin et le lui tendre. Ils suivirent les voyageurs qui s’écoulaient hors du train. – J’ai été content de vous avoir revu monsieur, dit Octavien à son ancien professeur. – Vous pourriez peut-être m’appeler Nathanaël.
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