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L'Instant Y

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Français
308 pages

Description

Nous vivons tous au moins une fois dans notre existence un « Instant Y » : Cet instant d’une vie où un choix décisif doit être pris et dont l’impact modifie radicalement et irrévocablement son cours.

Les destins tragiques d’un barman Écossais, d’un neurochirurgien New-Yorkais et d’une jeune journaliste Française, vont se trouver entremêlés aux détours de coïncidences surprenantes et d’instants Y communs...

Comment mystérieusement deux hommes ne s’étant jamais rencontrés, que tout oppose, pourront tomber profondément amoureux d’une même personne, avant même de la connaître...


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Publié par
Date de parution 11 mai 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782332980540
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-98052-6
© Edilivre, 2017
Arrêtez de rêver, vivez vos rêves… !
Y. Mancel
1 Nouveau départ
Avril 2012
Larmes aux yeux, mouchoirs en mains, les passagers du navire regardaient une dernière fois en cette belle matinée printanière, les visages des proches qu’ils abandonnaient sur le port. En s’éloignant très lentement, le paquebot laissait disparaître les silhouettes devenant indescriptiblement petites. Une atmosphère à la fois triste et enjouée se mêlait sur le pont principal où se trouvait un grand nombre de passagers ainsi qu’une jeune femme se démarquant du reste de la foule, Eve. Ses longs cheveux aux reflets miel bercés par un vent glacial et une beauté naturelle lui donnaient une allure indéniable. Vêtue élégamment telle une icône de mode plutôt vintage, l’expression de son visage était cependant triste : son regard vert intense était comme perdu dans les profondeurs de l’eau… Un vieux monsieur l’ayant observé depuis quelques instants entreprit un peu inquiet de s’approcher d’elle : – Pardonnez-moi Mademoiselle mais… allez-vous bien ? Eve, pensant s’être parfaitement mêlée à la foule parût un peu surprise, elle n’avait pas remarqué que quelqu’un l’avait remarqué. Elle répondit poliment à cet homme très prévenant, que tout allait bien. Mais en son for intérieur, elle savait pertinemment qu’elle mentait. La jeune femme était triste de quitter sa ville d’adoption : New York, une vie trépidante de journaliste d’évènementiel, son petit noyau d’amis construit au cours de ces quelques années où elle avait été heureuse. Aujourd’hui la donne avait changé, l’éloignement de ses racines, de sa meilleure amie se faisaient de plus en plus sentir et surtout, elle préférait parcourir la moitié de la planète plutôt que de vivre sur le même continent que celui qui avait détruit sa vie, celui qu’elle haïssait plus que tout : Aaron Broody, son ex époux, renommé chirurgien New Yorkais de souche… Elle voulait radicalement changer son existence, elle avait pourtant possédé tout ce qu’une femme pourrait souhaiter secrètement. Un sublime appartement en duplex sur la th célébrissime 5 avenue avec vue imprenable sur Central Park, un travail passionnant qu’elle adorait, un carnet d’adresse bien rempli, une sublime berline coupé sport de marque allemande et un dressing à faire pâlir de jalousie Carrie Bradshow* ! Cependant, toutes ces commodités matérielles ne pouvaient compenser le fait que son mariage n’était pas heureux. A vrai dire, avec le recul des choses son mariage avait été un véritable fiasco destructeur dont la fin s’était avérée au-delà du tragique. Le pourtant très séduisant Aaron s’était révélé être au fur et à mesure de leur relation aux antipodes de ce qu’il pouvait laisser paraître en société. Il avait surtout commis un acte irréparable qu’elle ne pourrait lui pardonner. Pour l’entourage de la jeune femme, il semblait être presque parfait : aimant et attentionné malgré l’exercice prenant de son activité de chirurgien plasticien d’une clinique réputée de New York, il était aussi incroyablement séduisant. Son regard noir et profond avait la particularité d’envoûter ses patientes, il n’abusait cependant pas de son charme pourtant évident – il ne faisait pas parti de ces hommes aux valeurs contestables qu’il côtoyait tout les jours. Aaron était grand et sa pratique du hockey sur glace, sa grande passion, était perceptible
sur sa stature athlétique. Ses cheveux noirs grisonnant au niveau des tempes, son teint mat, son élégance et son sourire lui donnaient une allure très classe « à la Georges Clooney » plaisant énormément à la gent féminine tout âge confondu… Malheureusement pour Eve, Aaron possédait une face cachée bien différente de celle qu’il ne laissait paraître en société… Brusquement une autre jeune femme vint sortir Eve de ses pensées en la serrant fortement dans ses bras. Il s’agissait de sa meilleure amie Estella. Elles avaient toutes les deux partagé les meilleurs moments de leur adolescence ensemble. Les deux amies étaient radicalement différentes l’une de l’autre… Elles étaient tel le Ying et le Yang, physiquement, mais surtout mentalement. Au-delà du cliché « blonde – brune », l’une était aussi extravertie et entreprenante que l’autre était réservée. Estella était également une belle jeune femme – dans un style différent : un adorable visage poupin, de beaux cheveux blonds très clairs naturels mi-longs bouclés, Ses yeux étaient d’un bleu clair type « Maldives » dans lesquels les hommes se perdaient volontiers… Estella était aujourd’hui le pilier de son amie Eve, probablement à cause de ce que cette dernière avait traversé ces derniers temps. Pourtant les rôles avaient été inversés jusqu’à présent depuis qu’elles se connaissaient. Estella avait eu l’art et la manière d’attirer les expériences malencontreuses avant que la vie d’Eve ne prenne à son tour une tournure sombre. Estella souriait : elle était heureuse de ce qu’elle ressentait en cet instant grâce aux retrouvailles très récentes avec sa sœur spirituelle, sa chère Eve… Estella avait grandit et vivait depuis toujours dans une petite ville verdoyante et cossue assez proche de Paris. Elle était arrivée par avion spécialement quelques jours avant le départ de la traversée par les eaux, afin d’organiser le déménagement de son amie et l’accompagner dans son voyage. En effet, Lyons le Château/New York la distance était longue pour se retrouver… il y avait bien le téléphone, les mails, les messages instantanés avec ou sans webcam… Les moyens de communications modernes étaient là, mais ils ne remplaçaient en aucun cas le fait d’être présentes réellement l’une pour l’autre. Eve avait préféré la traversée transatlantique de cinq jours à l’avion afin de vraiment faire le « deuil » de son ancienne vie. Elle avait pris mûrement sa décision depuis des mois, elle préférait tout quitter, retrouver une vie « calme » et saine dans sa ville natale à l’extrême inverse avait vécu ces derniers temps et surtout : se reconstruire en essayant d’oublier les souffrances qu’elles avaient enduré ces dernières années… Elles restèrent étonnement silencieuses plusieurs heures sur le pont du bateau, dans leurs pensées respectives à contempler l’horizon. Les deux jeunes femmes étaient désormais presque seules, toujours dans leurs songes. Estella rompit le silence la première – Tu verras ma belle, tout ira bien maintenant…
Cette phrase toute simple remplit d’émotion Eve dont une larme jaillit au même moment. Estella reprit « Je vais t’aider à t’en sortir, à mon tour désormais d’être présente pour toi, depuis le temps que tu le fais pour moi » tout en lui offrant un sourire rassurant. Estella non plus n’avait pas eu la vie rose il n’y a pas si longtemps… mais le temps avait pansé ses blessures. Eve lui répondit un simple « Merci d’être là », elle n’avait pas besoin d’en dire plus, elle savait que son amie lisait toute la reconnaissance et sa tendresse dans ses belles prunelles de jade. – Allez Eve fait moi le sourire ravageur dont tu as le secret ! Regardes nous sommes sur le QUEEN MARY II, il est sublimissime, nous sommes « Mague-nifiques » toutes les deux, et il y a sûrement de beaux jeunes hommes qui n’attendent que nous deux pour nous vénérer… ! On a CINQ jours à nous avant d’arriver en Angleterre puis une journée pour
rejoindre notre belle France et enfin commencer une nouvelle vie… En plus, si notre projet aboutit… Nous seront sera Les Reines du Pétrole ma chérie… !!!! – Ne crois tu pas que tu exagères !!!??? – Mouais ! c’est pour ça que j’suis venue non !
Elles éclatèrent de rires en même temps et se dirigèrent vers leurs luxueuses cabines pour s’installer, se changer et se préparer pour aller dîner. Vêtues de robes de grands couturiers, les deux jeunes femmes firent une arrivée très remarquée dans le somptueux restaurant. Eve portait une robe fourreau de soie noire Versace magnifiée par une splendide parure rivière de diamants sublimée d’un pendant rubis « sang de pigeon » d’une taille et d’une pureté exceptionnels. Ce magnifique collier était accompagné d’un bracelet et de boucles d’oreilles assortis : vestige de son ancienne vie qu’elle n’avait pas restitué à son ex époux estimant l’avoir, à juste titre, mérité. Estella quand à elle portait une robe mi longue Valentino très vaporeuse en tulles de soie coloris champagne merveilleusement accompagné d’escarpins de satin coordonnés. Cette tenue, et ses boucles parfaitement disciplinées très « années folles » lui donnaient une beauté intemporelle. Elles dînèrent en se gardant bien de ne pas relever les avances que plusieurs gentlemen avaient osé leur faire. Ce voyage, elles se le réservaient pour elles deux. Elles rirent beaucoup et passèrent vraiment une agréable soirée qu’elles finirent en beauté en dansant jusqu’à tard dans la nuit. Les pieds en flamme, légèrement ivres de champagne et surtout enfin, de bien être, elles décidèrent de regagner leurs cabines pour dormir un minimum de temps et pouvoir profiter au mieux de leur journée du lendemain. – Allez viens ! On fait un détour par le pont ?Lança Estella au moment même où son pass allait ouvrir sa chambre.
Eve se retourna de la porte de la cabine d’en face qui était la sienne, l’air éreinté mais souriant malgré tout. – SérieusementStouff… Je ne peux plus marcher ! – Tiens ça faisait longtemps que tu m’avais appeléStouffÇa n’est toujours pas très ! flatteur mais tu n’imagines pas à quel point tu me fais plaisir… !!! On a qu’à jeter nos chaussures dans nos chambres et y aller pieds nus ? – Tu as gagné pour les pieds… mais il doit faire un froid de « canard » la haut : on est mi-avril sur l’Océan Atlantique et non mi-juillet sur la Mer Morte ! – Ce que tu peux être rabat joie ! – … Pfffft… Bon… Je t’accorde 5 minutes… et pas une de plus… Vraiment parce que tu as une touffe de cheveux complètement folle et je voudrais que tout le monde puisse encore l’admirer !!! – Ahhhhhh !!!???!!!! Ça se paiera très vite ! J’allais dire que je savais que tu étais géniale de faire cet effort mais en fait… Je vais m’abstenir !Lança Estella d’une traite en riant
3 h 30 Eve et Estella lancèrent donc simultanément leurs escarpins dans leurs cabines respectives, attrapèrent au passage leurs manteaux et se mirent à courir pieds nus dans les luxueux couloirs du Queen Mary II, se tenant par la main et gloussant comme il y a 15 ans, dans leurs extrême jeunesse. En ouvrant la porte donnant sur le pont, le froid les saisit aussitôt et elles reprirent leur sérieux immédiatement… Le spectacle offert à leurs yeux était magnifique et stupéfiant… en cette belle nuit éclairée par la pleine lune elles pouvaient déjà voir au loin plusieurs icebergs. Certains étaient d’une telle démesure dans leur dimensions qu’ils paraissaient immenses malgré leur éloignement certain du bateau. Ils étaient comparables à de magnifiques montagnes enneigées au milieu
du néant. – C’est magnifique !Lança Estella dans son émerveillement – Tu as raison… il n’y a pas de mot !! nous sommes tellement insignifiants face à la nature… ! tu sais, d’un coup. Même si c’est « cliché », je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec la catastrophe du Titanic… –. !? C’est vrai que c’est impressionnant… Arrêtes de penser à des trucs pareils tu pourrais presque commencer à me faire angoisser avec ton air sérieux !tout en riant Rassure-toi les bateaux d’aujourd’hui n’ont vraiment plus rien à voir avec ceux de l’époque… ! Il s’en passe des choses en un siècle tu sais… !Estella gloussa tout en frissonnant – On est le combien dit ? Se précipita Eve – Nous sommes le 14 ? enfin vu l’heure le 15 maintenant, pourquoi ? – La vache…,…… !!! Je n’aime pas ça… c’est trop énorme pour que « ça » soit une coïncidence… Pourquoi n’y ait je pas pensé plus tôt… !Estella l’interrompis – De quoi me parles-tu ? Tu as oublié quelque chose ? Pis arrêtes ce ton, tu es limite flippante… !!!
Eve sourit nerveusement tout en ouvrant sa pochette de satin et sortit un paquet de cigarette. Elle en prit deux du paquet, tendit la première à son amie et alluma la sienne dans la foulée sans perdre de temps. En expirant sa première bouffée avec empressement elle reprit : – Pourquoi n’y ai je pas pensé quand j’ai pris les billets ! Tu ne fais pas le rapprochement toi ?!!? Les icebergs, le bateau et maintenant la date ? – Bais oui le Titanic, mais tu vas trop au cinéma ma belle, dois-je te rappeler que c’était il y a longtemps et surtout, JE NE VOIS PAS Léonardo !!! Domm…
Eve l’interrompit de nouveau, la voie anxieusement déroutante : – Sais-tu justement quand la catastrophe a eu lieu ?!! dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 ! – D’où sais tu cela… ?!!… Attends… tu veux dire quece soirfait EXACTEMENT… ça cent ansCE SOIR que le Titanic à sombré ??? Tu as raison pour une coïncidence, c’en est une ! Si j’avais connu cette information plus tôt…elle explosa de rire…bu une coupe J’aurais de champagne de plus pour fêter çà !!! – Arrêtes ! je suis sérieuse j’ai tout à coup un mauvais pressentiment. – Toi arrêtes, tu sais ce que je pense des pressentiments, on est simplement crevées ! Viens… On rentre. – Nan… restons encore un peudemanda Eve des plus anxieuse. – Bais… il faudrait savoir, tu as peur du « retour du Titanic » et tu veux rester dehors pour contempler les icebergs ?!!!tout en reprenant un ton plus léger L’alcool ne te réussit pas ce soir « ma Chéwie » !
Estella saisit son amie par le bras : – Aller viens, on va marcher sur le pont jusqu’à ce qu’un iceberg nous percute ou que nos pieds soient tellement gelés qu’il faille nous les amputer !! – Tu es vraiment trop bête !Lança Eve légèrement détendue par la diversion d’Estella, mais au fond d’elle, elle avait cet instinct animal présageant des pires dangers…
Elles marchèrent finalement moins de cinq minutes sur le pont, comme l’avait prédit Estella. La température ambiante les avaient saisies par les pieds. L’extrême douceur de l’après-midi n’était désormais qu’un lointain souvenir. Elles eurent vite l’impression de ne plus sentir leurs pieds et se rendirent également compte que l’engourdissement montait progressivement dans leurs chevilles. Le froid avait fait diversion dans la tête des jeunes femmes… elles ne parlaient plus désormais que des effets de celui-ci sur les extrémités de leurs corps. Eve se sentit soulagée immédiatement après avoir poussé les portes d’accès vers
l’intérieur du bateau, son trouble se dissipait peu à peu. Le souffle d’air chaud direct diffusé par les imposantes bouches d’aération les soulagea instantanément. – T’es fatiguée ?lança Estella – Pffffft nan… C’est malin… Ce froid m’a transi et je me sens ravigotée au point que je pourrais je pense affronter une journée entière de solde au Galeries Lafayette… En talons aiguilles… !!!! Pour te dire… !!! – On devrait quand même retourner aux cabines, il est déjà très tard, je voudrais vraiment faire la dose de « trucs » demain. Il vaut mieux que l’on aille se coucher, qu’en dis-tu ? – Je serais bien tentée par un tour au casino vite fait ça te dit ? en plus j’ai vu que ce soir et demain il y avait une expo « Nuits blanches pour la Paix » avec des photos de grands reporters que j’ai vraiment envie de voir. Malgré l’heure qu’il est, il doit encore y avoir beaucoup de monde je pense… – Désolée ma bichette, je suis trop naze, on ira se cultiver et dévaliser la banque demain, nous aurons tout le temps ne t’inquiètes pas… Aller, viens ! – Hum… Tu as probablement raison…comme pour se convaincreaurait fallu en plus il que l’on retourne aux cabines pour aller chercher de l’argent… j’ai également un peu la « flemme » de refaire cet aller retour finalement…
Elles regagnèrent donc leur cabine d’un pas lent, lourd et fort peu élégant, ce qui contrastait avec leurs tenues. Seul un couple de sexagénaire imbibé d’alcool croisa leur chemin dans les longs couloirs déserts à cette heure. En constatant l’état d’ébriété dans lequel ces pauvres gens étaient, elles échangèrent un regard complice, un rire étouffé et se souhaitèrent bonne nuit en entrant enfin dans leurs chambres respectives. Eve resongea une dernière fois à son malaise en prenant une rapide douche brûlante, puis se coucha avant de s’endormir d’un coup, exténuée.
4 h 30
* * *
Une déflagration énorme et une sorte de tremblement du sol, des murs, du plafond réveillèrent instantanément Estella et Eve déjà profondément endormies. S’en suivirent aussitôt des cris étouffés, lointains… Des grincements indescriptibles et à nouveau un tremblement du sol plus intense encore. Pétrifiées et complètement déphasées du fait d’être sorties précipitamment de leur sommeil profond, leurs premières pensées allèrent de l’une, vers l’autre. Elles voulaient s’assurer avant toute chose que l’autre allait bien et se retrouvèrent donc toutes les deux instantanément à mi-chemin dans le couloir en pyjama. – Oh mon dieu tu vas bien ? mais qu’est ce que c’était !!!?
Eve n’eut pas le temps de répondre, les autres portes des cabines s’ouvrirent toutes aussitôt une à une laissant sortir des passagers ahuris, les yeux brouillés et paniqués hurlant à voix haute la même question dans plusieurs langues. Pour toute réponse le sol se pencha d’un coup très légèrement, les sirènes de sécurité se mirent instantanément à siffler un son strident, les lampes de sécurité stroboscopiques clignotèrent et les panneaux d’information et de sécurité s’allumèrent dans la foulée signalant aux passagers de rejoindre le pont du navire avec leurs gilets de sauvetage. Eve entraîna par le bras d’un geste brusque Estella dans sa cabine. « Vite ! Vas chercher tes baskets, habille-toi chaudement et rejoint moi… ». Estella ne semblait pas réagir aux instructions de son amie. Eve la saisit d’un coup par les épaules en la secouant « REAGIS !!!…puis hurla“GROUILLE” !!! » Eve réussit à se ressaisir pensant à juste titre que paniquer n’aiderait pas son amie à
sortir de sa tétanie, elle poursuivit d’une voix douce et maîtrisée, lui agrippant les épaules de ses deux bras et la fixant droit dans les yeux « Je te rejoins dans deux minutes dans ta cabine ! » Estella sembla reprendre ses esprits et s’empressa de lui répondre la voix grave et tremblante avant de sortir « Ouais. T’as raison excuse-moi !!! J’ai tellement eu peur, grouille-toi également s’il te plait… je t’attends… ».
Eve rejoignit son amie en moins de deux minutes, Estella avait eu le temps d’enfiler son gilet de sauvetage et ses chaussures de sports « On fait quoi » lança t’elle « Viens vite ! nous allons sur le pont, nous verrons après ». – Tu n’as pas pris ton gilet ?!! s’enquit Estella – Je n’ai pas réussit à débloquer la porte du placard, t’inquiètes pas y’en a plein la haut, Aller, viens vite !
En ressortant de la cabine elles coururent en zigzaguant avec les autres passagers, un vent de panique avait gagné tout les occupants et tous cherchaient désespérément un endroit pour se sentir en sécurité. Le bateau penchait de plus en plus, c’était évident. Elles virent un attroupement autour de l’escalier au bout de leur interminable couloir, Il y avait là deux membres de l’équipage qui tentaient, tant bien que mal à cacher leur angoisse. Les deux jeunes femmes tendirent l’oreille un bref instant et ne retinrent que les bribes de ce qui était dit en français ou anglais « …ne cédez pas à la panique s’il vous pl.Don’t giv’ in panic please! climb stairs and get t’ bridge, Montez cet escalier et gagnez le pont… Please Sir keep your… Madame allez rapidement chercher votre gilet de sauv… Oui Monsieur ! Montez l’escalier et regagnez le pont mes collègues vont vous rediriger la haut… Bitte, Nicht nachgeben Panik in Richtung der Brücke über die Treppen leise, Bitte ! Il semblerait qu’une explosion ait eu lieu au casino, Non je n’en sais pas plus Madame, dépêchez-vous de regagner le pont s’il vous plait Messieurs dame… »
La voix des deux pauvres hommes semblait complètement dépassée par les évènements et infime compte tenu du brouhaha ambiant. Le sang d’Eve et d’Estella se gela instantanément, elles se fixèrent brièvement et suivirent la masse encombrée vers le pont sans se lâcher la main. A cause de cet embouteillage humain, elles avançaient aussi lentement que dans une file d’attente de manège un jour de pointe. A peine arrivée sur le pont, une scène apocalyptique s’offrit à elles. Des gens pleuraient, hurlaient, couraient dans tous les sens, les canots de sauvetage descendaient lentement de leur accroche pour atteindre le niveau du pont, certains canots se remplissaient déjà. Au loin, de l’arrière du bateau, des cris plus intenses émergeaient et un grand nombre de l’équipage semblait se trouver à cet endroit. Eve parvint à arrêter dans sa course un des barmen du « Queen M.’s Coffee » avec qui elle avait très légèrement bavardé dans l’après midi. Celui-ci marchait vite en direction de l’arrière du bateau et fut stoppé net par les deux bras assurés de la jeune femme sur son torse. Elle approcha immédiatement son visage du sien et lui implora « S’il vous plait, dites moi ce qui se passe !! » gêné, le jeune homme les dévisagea toute les deux très vite, saisit Eve par l’avant bras et lui chuchota « Venez ! ». Estella toujours accrochée à la main d’Eve suivi le mouvement, elles montèrent le plus vite qu’elles purent et avec peine les quelques marches menant vers un recoin que personne n’occupait, le jeune homme s’arrêta d’un coup et s’adressa à elle le plus vite qu’il pu. – Trouvez vite un canot de sauvetage et montez dedans, les secours sont prévenus, les hélicos sont en route et plusieurs navires proches vont faire un détour pour nous rejoindre ! – Mais… qu’est ce qui s’est passé ! On a entendu parler d’une explosion ?S’empressa
Estella – C’est ça ! Ça provenait du casino… On a eu plusieurs menaces de terroristes ces derniers temps à cause de cet expo sur la paix… Bon, désolé je dois vous laisser on nous a demandé un coup de main en renfort à l’arrière du bateau, on nous a prévenu qu’il y aurait du sang, des membres éparpillés partout et…mais pourquoi avait il donné autant de détails effrayants, la panique sûrement, il s’en rendit compte et se repritdevons essayer de Nous chercher les blessés pour les rediriger vers le p…
Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase le bateau se pencha d’un coup d’avantage. Eve s’écroula littéralement de tout son être sur le barman désormais quasiment allongé sur le mur qu’il adossait, Estella s’écroula comme un domino sur Eve. – Vite les filles venez ! Je crois qu’on a pas le temps… ! Il vaut mieux que nous sautions immédiatement dans l’eau, Il faut qu’on sauve notre peau !… Regardez d’ici vu comment le bateau est penché ça nous ferait à peine 20 mètres à sauter… Suivez-moi !
Estella complètement paniquée répétait en boucle « Putain je ne veux pas mourir, Je veux pas mourir, j’veux p… » Elle fut tirée de sa transe par Eve « ECOUTE-MOI ! ON NE VA PAS MOURIR !!! Machin, tu t’appelles comment ? » – Stringfellow – Quoi ? – Bon les filles on se « fout » de mon prénom suivez-moi MAINTENANT ! – OK !s’adressant à Estella tu as entendu ? Supercopter à raison, d’ici on peut sauter, nageons et les secours vont nous sauver vite !
Des grincements effrayants et des bruits de taule comparables à des miaulements d’agonie ajoutait aux cris et hurlements humains une dimension surréaliste à la scène. Les trois jeunes gens atteignirent sans trop de difficulté l’endroit désigné par Stringfellow pour sauter à la mer. – Bon les filles, je saute en premier,en désignant Estella, Toi qui es paniquée tu sauteras en second comme ça je serais en bas pour t’aider et ton amie qui à l’air de savoir s’y prendre avec toi pourra t’aider à sauter si tu repaniques OK ? – Elle c’est Estella, moi c’est Eve – Je me souvenais de ton prénom Eve… – Je ne suis pas d’accord avec toi !lança Even’as pas ton gilet de sauvetage et moi Tu non plus, sautons tout les trois en même temps en se tenant par la main.
Ils échangèrent un bref regard d’approbation et commencèrent leur ascension vers le bord du pont pour sauter. Ils étaient obligés de ramper sur le mur en biais qui les retenait.
La panique les submergeaient, Eve sentait son corps entier trembler. Estella le regard hagard était dans l’impossibilité de prendre la moindre décision. Heureusement le barman et Eve avaient pris contrôle de la situation. Stringfellow semblait paniqué lui aussi mais ne laissait rien paraître maintenant qu’il s’était donné pour « mission » d’aider ces deux jeunes femmes. Il était impossible pour eux de faire abstraction des hurlements de terreur mêlés aux cris de détresse de personnes ayant déjà sauté à la mer suppliant qu’on vienne les secourir et suffocant d’effroi face à la température de l’eau glaciale les transperçant. Stringfellow enjamba le premier la rambarde complètement en biais de part la position mi verticale du navire, il prit la main d’Estella et l’aida à faire de même puis le bras d’Eve – Vous êtes prête ? – Non, j’ai peur on va mourir d’hypothermie. Pis y’a pas 20 mètres, on va s’écraser s’est sûr… – A choisir, je préfère l’hypothermie à la noyade dans ce rafiot maudit ou à notre écrasement par cette grosse paroi. – Les filles ce n’était pas une question !