L'Ombre sur mon cœur

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122 pages
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Description

Matthew est l'héritier d'une des plus grosses fortunes des États-Unis, mais c’est avant tout un homme brisé par la mort de sa mère. Il utilise le sexe et l’art pour exorciser ses démons.


Jessica n'a pas été épargnée par la vie. Jeune femme indépendante, forte et courageuse, elle gère seule l'éducation de sa petite sœur Samantha, une adolescente rebelle à l’âme d’artiste.


Matthew et Jessica n'avaient pas besoin l'un de l'autre, du moins c’est ce qu’ils croyaient...


Sera-t-il capable de se laisser aller dans ses bras pour mieux se trouver ?
Sera-t-elle capable de repousser ses propres limites pour aller à sa rencontre ?


Il maîtrise le Mal, elle va lui apprendre à se soumettre au Bien.

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EAN13 9782378120511
Langue Français

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Dédicace
Le combat entre la lumière et la noirceur. Selon que l’on choisisse l’une ou l’autre, la perspective est différente. Et si on décide de ne pas choisir, l’une comme l’autre se jouera de nous.
Àtoi, ma lumière qui ne cessera jamais de briller.
32 ans plus tôt…
Prologue
— Monsieur, ne restez pas sur notre passage, m’ordonna une des sages-femmes. — Il y a trop sang, l’hémorragie est trop importante ! s’écria le gynécologue. Tout le personnel hospitalier s’agitait autour d’elle. Des bribes d’informations arrivaient jusqu’à mes oreilles, mais les mots n’avaient plus aucun sens. Je la serrai dans mes bras pour qu’elle ne m’échappe pas. — Alycia, mon amour, reste avec moi, je t’en prie, je ne suis plus rien sans toi, sanglotai-je. — On passe en césarienne, on doit s’occuper de l’enfant ! On risque de les perdre tous les deux, faites-le sortir ! hurla le médecin aux sages-femmes. — Monsieur, venez, vous ne pouvez pas rester ici… me demanda d’une voix désolée l’une d’entre elles. Je refusais de la laisser seule. J’enfouis mon visage dans son cou et m’imprégnai de son odeur. Elle ne réagissait toujours pas et je m’agrippai à elle comme un forcené. Depuis que j’avais posé mes yeux sur Alycia, elle était devenue le centre de mon univers, mon oxygène quand l’air m’était irrespirable, ma lumière, mon point d’ancrage, celle pour qui j’aurais donné ma vie. Deux hommes de la sécurité de l’hôpital entrèrent dans la salle d’accouchement pour m’obliger à la lâcher. D’une main sur mes épaules, ils m’intimèrent de les suivre à l’extérieur, mais je n’obtempérai pas. Face à mon obstination, ils raffermirent la pression et ils me tirèrent vers la porte. Je me débattis avec la force d’un lion que l’on tente de mettre en cage. Malgré la lutte que je menais contre ces hommes qui me séparaient d’elle, mes yeux ne la quittaient pas, et ce fut là que les siens, de magnifiques opales qui vous transperçaient le cœur, s’ouvrirent une dernière fois. La fureur coula et se déversa dans mes veines telle de la lave en fusion et je repoussai mes geôliers avec une hargne dont j’ignorais l’existence. Je courus vers ma lumière avant qu’elle ne s’éteigne et m’accroupis au bord du lit. J’attrapai sa main gelée en espérant prolonger le lien qui nous unissait. Dans un murmure à peine audible, elle me supplia : — Promets-moi. Sa main libre caressa ma joue avant de continuer. — Promets-moi que tu veilleras sur notre enfant. Matthew sera ta bouée de sauvetage, ton nouveau combat, celui qui te fera te lever le matin. Le plus grand bonheur que tu n’aies jamais
connu… — C’est toi mon plus grand bonheur, ne me laisse pas, lui déclarai-je avec désespoir. Les agents de sécurité étaient restés en retrait le temps que je lui fasse mes adieux, mais ils finirent par intervenir. L’un d’entre eux vint à ma hauteur et me demanda de sortir sans faire d’histoire, et l’autre croisa les bras sur son torse en signe d’impatience. Alycia fit un léger mouvement de la tête pour me signifier de les suivre. — Je t’aime, lui murmurai-je avant de quitter la pièce. Je ne voyais plus l’effervescence qui tourbillonnait autour d’elle. Je n’entendais plus le bruit du moniteur qui contrôlait les battements de son cœur et ceux de notre enfant. J’avais occulté la vision de son sang qui se répandait sur le sol. Le temps s’était subitement mis à ralentir autour de moi. Je n’avais vu qu’elle et tout ce que nous avions vécu ensemble ces cinq dernières années, jusqu’à ce que la porte se referme et que je m’écroule au sol. Mon cœur s’était arrêté, on venait de lui retirer tout ce qui lui permettait de fonctionner. La seule qui avait su l’aimer et le protéger. La seule qui avait vu au-delà de mon nom, la seule qui m’avait fait vibrer rien qu’en me souriant. La seule capable de trouver les mots justes. La seule qui me rendait humain. Je restai dans ce couloir qui collait à la perfection avec l’état dans lequel je me trouvais : vide, froid et sans âme. L’odeur typique de l’hôpital avait imprégné mes vêtements et je fus pris de nausées. Je déversai mes tripes dans la première poubelle aux alentours et demeurai planté là, contre le mur, perdu dans mes pensées. Ma vie ne serait plus jamais la même. Ce sentiment d’impuissance me déchirait de l’intérieur. Je n’avais rien pu faire, je n’avais pas su la protéger, je n’étais plus qu’une coquille vide. Au bout de quelques minutes qui me parurent durer des heures, je l’entendis… Un cri… Celui de notre enfant. Il était en vie, mais mon cœur s’était asséché. Une sage-femme sortit avec l’enfant dans les bras et s’avança vers moi avec une lenteur délibérée. Dans son regard, je compris que nous étions désormais seuls tous les deux. Elle me le tendit et la première chose que j’entrevis fut ses yeux. Deux magnifiques petites opales similaires à celles de sa mère qui me fixaient avec innocence. Le choc fut si violent que tout mon corps se mit à trembler. Je manquai d’air, la raison me quitta et je courus en direction de la sortie. Je n’avais pas l’intention de l’abandonner, mais sur le moment, il me fallait m’éloigner au plus vite de cette réalité insoutenable. — Monsieur ! Monsieur ! Que faites-vous ? Votre fils… Ces mots hurlés dans mon dos par cette femme ne m’atteignirent pas. Plus rien ne pourrait plus jamais m’atteindre. Alycia n’était plus et moi je n’étais plus rien.
M. Bradford
JESSICA
eux mois… Il n’avait pas fallu plus de deux mois à ma charmante petite sœur pour se trouver au cœur de s D problèmes. J’étais en réunion en compagnie de deux des directeurs de l’agence de publicité dans laquelle je travaillais, M. Colton et M. Douglas, quand je fus informée qu’un appel du lycée m’attendait. Mary, l’assistante de M. Dougla s, et accessoirement ma seule véritable amie, fit irruption dans la salle pour me prévenir au moment où nous finalisions les derniers points de la campagne publicitaire d’une m arque de croquettes pour chats. Deux mois, deux malheureux petits mois s’étaient éc oulés depuis la rentrée scolaire de septembre au Ly cée Saint Georges, où Samantha effectuait sa dernière année… À dix-sept ans, ma très chère sœur avait un goût pr ononcé pour le danger et le non-respect des règles. Tout ce qui ressemblait, de près ou de loin, à une forme d’aut orité, lui avait toujours paru intolérable, et l’accident qui avait coûté la vie à nos parents quatre ans auparavant n’avait rien arrangé, au contraire. Après avoir quitté la salle de réunion, je pris l’a ppel et une voix d’homme me demanda de bien vouloir me rendre immédiatement au Lycée Saint Georges pour que nous puissions nous entretenir, je cite : « du dernier chef d’œuvre de Mlle Samantha Lightson ». Il m’informa que je devais le retrouver dans sa salle de classe et que celle-ci était située au bout du couloir C, au rez-de-chaussée et il raccrocha, sans autre forme de politesse, ce qui m’agaça prodigieusement. Je n’étais plus une élève du secondaire que l’on convoquait dans le bureau du Proviseur et je détestais qu’on emploie ce ton avec moi. J’en avais déjà bien assez avec ce misogyne de M. Douglas, un homme qui ne mâchait pas ses mots et qui pouvait se montrer odieux avec les femmes qu’il considérait comme de vulgaires objets. M. Douglas pensait, sans doute, que j’étais sourde ou idiote. Je n’étais ni l’une ni l’autre, m ais je n’avais pas vraiment le choix. Faire la fine bouche était un luxe que je ne pouvais plus me permettre. Heureusement pour moi, la réunion touchant à sa fin, j’allais pouvoir y aller pendant ma pause déjeuner. Il fallait que je demande à ma merveilleuse amie Mary de me couvrir s i cet entretien s’éternisait. Je me précipitai dans le hall à sa recherche et la vit se débattre avec notre vieux distributeur à café, qui ne tarda pas à céder sous ses assauts. Ses coups de pied frénétiques eurent raison de la mécanique dépassée de cet engin de malheur, et elle commença une danse de la victoire qui me fit sourire. Je m’avançai à pas de loup derrière elle, puis je lui criai dans l’oreille : — Je vois qu’on bosse dur, Mademoiselle ! Elle sursauta et faillit renverser son nectar bouillant au sol, mais le rattrapa de justesse. Quelques gouttes tombèrent néanmoins sur ses précieuses chaussures. Mary vouait un culte démesuré à ce qu’elle considérait comme des armes de séduction massive. Quiconque avait le malheur ne se rait-ce que de formuler un commentaire sur sa paire de talons, risquait de voir la foudre s’abattre sur lui. Par conséquent, je redoutai le pire. — Non, mais tu as vu ce que tu as fait ? Tu sais le temps qu’il m’a fallu pour mettre la main sur ces merveilles, grogna-t-elle. Tout en affichant une moue de dégoût, elle continua d’inspecter les dégâts occasionnés sur sesbébés, comme elle aimait les appeler. — Je suis navrée, je voulais juste te faire redescendre en pression. Vu la rage que tu as déployée sur cette pauvre machine... la taquinai-je en m’adossant contre la t able de bar de notre espace détente. Elle se mit à rire aux éclats, avant de me rétorquer : — Tu as de la chance, tu sais. Tu es la seule personne qui peut obtenir mon pardon pour avoir osé un t el massacre.
Elle leva le pied pour me montrer une nouvelle fois sa paire d’escarpins jaunes. Enfin, désormais, ils donnaient plus l’impression d’être recouverts d’un imprimé léopard, mais je n’allais pas en rajouter. Mary franchit les quelques pas qui séparaient la ma chine à café de la baie vitrée. Au sixième étage de la tour où étaient installés nos bureaux, nous avions une vue plongeante sur la célèbre gare de Grand Central, et le fourmillement des passants qui ne cessaient d’aller et venir nous donnait parfois le tournis. Nous jouions souvent ensemble à un jeu qui consistait à choisir deux ou trois personnes au hasard, et nous imaginions alors ce qu’elles pouvaient se raconter. Mary aimait particulièrement se mettre dans la peau des hommes. Elle avait toujours eu du succès avec la gent masculine. Elle était vraiment spéciale, sûre d’elle, et avait dû apprendre par cœur les épisodes de MacGyver étant enfant, car elle était capable de tout réparer et de vous sortir des pires situations en un rien de temps. Mary était du genr e sexy, blonde avec des yeux verts pétillants de malice, et des formes généreuses qu’elle savait mettre en valeur comme personne. Elle en jes atouts neous changer une roue en Louboutin, sans problème. S etait carrément. Un vrai paradoxe : elle pouvait v laissaient jamais les hommes de marbre et elle ne se gênait pas pour en profiter. Son expérience avec le sexe opposé lui conférait un certain avantage sur moi. Elle imitait leurs travers à la perfection et nous partions dans de longs fous rires. Je lui parlai de la discussion que je venais d’avoir quelques minutes plus tôt, et du fait que cela risquait de s’éterniser. Elle avait toujours un stock d’excuses toutes prêtes à fournir à M. Douglas, il n’y voyait que du feu. Elle était douée pour baratiner les hommes… Comme à son habitude, elle accepta immédiatement. Mary et moi étions inséparables depuis notre plus t endre enfance. Nous nous étions rencontrées en prim aire. À cette époque, j’avais un appareil dentaire assez disgracieux et mes camarades ne cessaient de me le rappeler . Puis, un matin glacial de janvier, une nouvelle venue avait fait s on arrivée dans ma classe. Mme Parker, ma professeu re, l’avait fait s’asseoir à côté de moi. Je n’étais pas très populaire et je restais souvent seule aussi bien dans la cour qu’en classe. Je préférais éviter leurs brimades, alors je me rendais invisible, mais certaines fois, Lisa et sa bande décidaient qu’il devait en être autrement et ne manquaient pas une occasion de m’en faire voir des vertes et des pas mûres. Ce jour-là, Mary m’avait demandé si je pouvais lui prêter mon stylo « quatre couleurs » sur lequel elle lorgnait du coin de l’œil depuis qu’elle s’était assise. Je le lui avais donné et son visage s’était illuminé instantanément. On aurait dit que je venais de lui offrir mon bien le plus précieux. La cloche avait sonné annonçant l’heure de la récréation que je redoutais tant et j’étais sortie pour aller me cacher au fond de la cour, derrière l’immense chêne qui m’off rait sa protection. Pendant ce temps, Mary était pa rtie aux toilettes. J’adorais la musique, et plus particulièrement le p iano. Ma voisine, une ancienne pianiste renommée da ns son pays d’origine, me faisait répéter tous les mercredis. J’étais en train de chercher une de mes partitions dans mon cartable pour pouvoir me la rejouer mentalement, quand Lisa et se s groupies avaient décidé de me rendre une petite v isite de courtoisie. Lisa m’avait arraché la partition des mains et l’av ait déchirée devant mes yeux. J’avais retenu mes larmes de toutes mes forces. Je ne souhaitais pas lui donner la satisfaction de m’avoir blessée, mais à cette époque, j’étais bien trop introvertie et sensible : elles avaient fini par co uler le long de mes joues, sans que je ne puisse plus les cacher. Les pintades à ses côtés avaient gloussé, le spectacle les ravissait. C’est à ce moment-là, que Mary avait surgi derrière Lisa et lui avait attrapé les cheveux, l’envoyant valser en arrière. Elle avait vite eu le dessus et lui av ait ordonné de ne plus jamais s’en prendre à moi. J’en étais restée comme deux ronds de flan. Cet instant scella notre amitié. Elle m’avait appris à me défendre et à avoir confiance en moi. La fillette timorée avait fait place, au fil des ans, à une jeune femme confiante et féminine. Mary aimait me rappeler que j’avais l’étoffe d’une actrice italienne des années soixante. Brune, avec des yeux en amande marron et de jolies formes. Nous étions tellement différentes, et à la fois, si complém entaires. Nous avions tout traversé ensemble, les rires, les pleurs, les chagrins et les pertes. Elle serait toujours à mes côtés, c’était une évidence. Je savais qu’elle avait encor e le stylo « quatre couleurs ». Elle l’avait rangé dans le tiroir de sa commode et avait pris soin le mettre dans un écrin, comme s’il s’agissait d’un véritable trésor. — Tu es la meilleure, je te revaudrai ça. — Ne t’inquiète pas, je saurai te le rappeler les s oirs de solitude où j’aurai une grosse envie de mojitos et de plus si affinité, me répondit-elle en arborant son plus beau sourire. Du grand Mary, toujours la bonne phrase au bon moment. Je courus littéralement sur le parking de la boîte et me mis au volant de ma superbe voiture cabriolet rouge. Bon, ça, c’était dans mes rêves, je possédais cette faculté assez magique qui consistait à voir le monde comme ça m’arrangeait. Au lieu d’injurier ma vieilletitine, qui avait souvent eu affaire aux doigts experts de Mary, je préférais m’imaginer à bord d’un bolide cabriolet flambant neuf. Quand je démar rais et appuyais sur l’accélérateur, le trou béant qui se trouvait dans mon pot d’échappement et faisait un boucan d’enfer me laissait croire qu’il y en avait sous le capot… Enfin, c’était toujours dans mes rêves.
Lorsque j’arrivai sur le parking du lycée, une vague de nostalgie s’abattit sur moi. Je revis soudain la lycéenne pleine de rêves et d’espoir que j’étais, il n’y avait pas si longtemps que ça, mais qui me semblait dorénavant bien loin de celle que jes rêves avaient’étais devenue. Depuis cette nuit tragique, où mes parents avaient croisé la route de ce chauffard, m soigneusement été rangés dans un coin de mon cerveau et j’avais enfermé le tout avec un cadenas avant de jeter la clé aux oubliettes.
Je m’étais retrouvée, du jour au lendemain, à seulement vingt et un ans, tutrice légale de ma jeune sœ ur, alors âgée de treize ans. Jusqu’à cette soirée, nous avions toujours été préservées. Peter et Ava Lightson, nos parents, étaient des personnes exceptionnelles. Je chérissais chaque instant que j’avais eu le bonheur de passer à leurs côtés. Mon père était un enfant de l’assistance publique qui avait dû apprendre à se débrouiller par lui-même. Il n’avait jamais pu avoir accès à de longues et coûteuses études, mais il avait réussi, à force de travail, à monter son propre garage. Il s’était d’ailleurs forgé une solide réputation dans le milieu des collectionneurs de voitures anciennes. Il faisait des miracles sur ces bijoux de l’histoire américaine et pouvait passer des heures à parler de mécanique. Il arrivait souvent couvert de cambouis à la maison ce qui avait le don d’agacer m a mère. Je lui ressemblais beaucoup, les mêmes yeux sombres, la même peau hâlée et les mêmes cheveux épais et foncés. Il m’appelait monminimoiet me serrait si fort dans ses bras robustes qu’il menaçait de m’étouffer. Je n’aurais pas souhaité pour autant qu’il me lâche. J’aimerais tellement me blottir dans ses bras, juste une dernière fois, juste pour pouvoir sentir son odeur et voir son visage s’illuminer. Il était toujours si enthousiaste que cela finissait par dét eindre sur nous. Ma mère était plus discrète, mais elle se laissait contaminer par son côté extraverti. Il arrivait à la dérider avec un geste ou un regard qu’eux seuls comprenaient, puis il attrapait sa main et la faisait danser dans la m aison. Ma sœur et moi les observions attendries avant de les rejoindr e. Sa douceur me manquait cruellement. Elle avait toujours su trouver les bons mots de peu r que nos relations ne se ternissent comme celles q u’elle avait entretenues avec ses propres parents. Ma mère était une belle femme, de taille moyenne, mince avec de longs cheveux châtain ondulés qui avaient la fâcheuse tendance à recouvrir ses jolis yeux verts. C’était une sculptr ice qui n’avait pas eu le temps de goûter à son heure de gloire. Samantha était son portrait craché, à une différence près : elle était beaucoup plus grande. De ce côté-là, elle avait hérité de notre père, tout comme moi. À l’annonce de son mariage, ma mère avait coupé les ponts avec ses parents. Mes grands-parents n’avaie nt pas apprécié que leur seule et unique fille, décide degâcher sa vie avec un vauriencomme mon père, qui, en plus d’être pauvre, avait eu le malheur d’encourager ma mère à exploiter son côté artistique. Mon grand-père était un homme d’affaires avisé qui avait fait quelques placements juteux et avait ainsi pu redorer le blason de sa f amille, de riches aristocrates qui avaient gardé leur rang, mais pas leur fortune, suite à l’effondrement de la Bourse d e Wall Street en 1929, communément appeléle jeudi noir. C’était un patriarche dur et froid qui n’avait pas supporté que sa fille se soit enfuie aux bras de ce lui qu’il estimait indigne d’elle. Il ne lui avait jamais pardonné son affront. Quelques années après sa mort, ma grand-m ère s’était décidée à reprendre contact avec ma mère. Je n’oublierai jamais le jour où elle avait ouvert cette lettre dans laquelle ma grand-mère la suppliait de lui pardonner. Elle s’était ef fondrée en larmes, alertant par la même occasion mo n père qui s’était décomposé dans la seconde. Ils se vouaient un tel a mour... Je n’avais jamais eu besoin d’un conte de f ées pour m’endormir, il me suffisait de les regarder. J’espérais bien avoir le mien un jour. Malheureusement, ma grand-mère était morte à peine un an après leurs retrouvailles. Ma mère avait hérité d’un capital confortable, mais loin du faste d’antan. En effet, ma grand-mère n’avait pas le sens des affaires et a vait accumulé un certain nombre de dettes. Une fois les créanciers p ayés, M. Gabell, le plus fidèle ami et avocat de mo n grand-père, s’était vu contraint de nous annoncer qu’il ne rest ait rien du patrimoine immobilier de la gloire pass ée. Une partie de l’argent fut placée pour nos futures études et le r este avait servi à la réfection de notre modeste ma ison qui avait nécessité quelques travaux. Mes parents s’étaient installés à Chelsea quelques mois avant ma naissance. Mon père souhaitait que ma mère puisse baigner dans un environnement artistique, et ainsi favoriser son côté créatif. Ce quartier de New York était idéalement situé à l’ouest de l’arrondissement de Manhattan et répondait aux critères de sélection de mes parents : les galeries d’art pour ma mère ; les clients fortunés de Manhattan po ur le garage de mon père. Le compromis idéal pour leur première acquisition. Ma mère était tombée amoureuse de la f açade aux briques rouges et de l’escalier qui donnait directement sur la rue. Un classique à Chelsea qui l’avait séduite au premier coup d’œil. Puis arriva cette soirée tragique, celle qui allait définitivement tout bouleverser. Je venais d’entam er la troisième année de mon cycleundergraduateellents résultats m’avaient permis de journalisme à l’Université de Columbia. Mes exc d’obtenir une bourse d’études. La fierté de mes par ents était indéniable. Mon père, qui n’avait jamais eu cette chance, n’en avait pas cru ses yeux quand j’avais reçu le p récieux sésame annonçant mon acceptation dans l’une des plus prestigieuses universités du monde. J’avais alors séjourné sur le campus et étais rentrée tous les week-ends à la maison. Ce soir-là, ils étaient sortis fêter leur vingt-cinquième anniversaire de mariage et n’étaient jamais revenus. Mon monde s’était écroulé et les responsabilités que je devais désormais affronter m’avaient obligée à faire des choix. J’avais dû écourter mon séjour à l’université de Columbia plus vite que prévu. Les factures n’attendaient pas, et le maigre hérita ge de mes parents dormait sur un compte que je géra is, afin de payer les futures études de Sam. Je devais tout met tre en œuvre pour qu’elle puisse poursuivre ses rêv es, elle était douée pour la peinture depuis toujours. Elle transf ormait en véritable chef-d’œuvre tout ce qui passait entre ses mains et je ne voulais pas qu’elle sacrifie sa passion. Nous avions déjà trop perdu. M. Gabell, qui était resté en contact avec notre famille, s’était senti investi de la mission de m’aider à obtenir la tutelle de ma jeune sœur. Pour cela, il me fallait impérati vement un emploi qui me permettrait d’assurer nos d épenses