La malédiction des Clavel

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Alyssa Clavel est condamnée à mort depuis que le sorcier Galil a maudit sa lignée pour s’emparer de sa clé de pouvoir. Poussée par sa grand-mère, elle entreprend de rechercher le talisman, censé la libérer.


C’est à Turlant, petite commune vendéenne, qu’Alyssa rencontre Erik Laveau, loup-garou et porteur du précieux talisman. L’homme a déjà croisé la route du traqueur, responsable de la mort de sa propre famille, et n’aspire qu’à se venger.


Pourtant c’est son désir de protéger la sorcière qui prend le pas, même s’il réalise très vite qu’il est difficile de défendre une femme qui le fuit sitôt l’avoir séduit.

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EAN13 9782819101505
Langue Français

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La Meute de Mervent

 

 

Tome 1

 

 

 

 

 

 

Laura Black

 

 

 

La Meute de Mervent

 

 

Tome 1

 

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« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »

 

 

© 2017 Les Editions Sharon Kena

www.leseditionssharonkena.com

 

 

C’est à partir d’un défi qu’est né ce roman, moi qui ancre souvent mes personnages dans des horizons lointains. Ce projet me tient donc particulièrement à cœur parce qu’il se déroule dans mon fief.

Je tiens à remercier Cyrielle et les Éditions Sharon Kena pour avoir cru en ce texte et m’offrir une chance de le faire connaitre.

Merci à Kiki qui a encouragé ma passion pour l’écriture et qui m’a procuré ma première machine à écrire (d’un temps que les moins de 20 ans n’ont pas connu…).

Et merci à vous qui prendrez le temps de découvrir mon univers. J’espère que vous l’apprécierez et que vous passerez un bon moment avec mes loups !

 

Table des matières

Prologue

1.

2.

3.

4.

5.

6.

7.

8.

9.

10.

11.

12.

13.

14.

15.

16.

17.

18.

19.

20.

21.

22.

23.

24.

25.

26.

27.

28.

29.

30.

31.

32.

33.

34.

35.

36.

37.

38.

39.

Épilogue

 

Prologue

Une bise légère caressait les eaux sombres de la Vendée, s’infiltrant avec volupté entre les nombreux chênes qui croissaient alentour. La forêt, de part et d’autre de la rivière, s’étendait sur des hectares, dévoilant, sous la lueur d’une lune ronde, les méandres de ses sentiers. La vie continuait d’œuvrer dans les bois, mais les frémissements s’égaraient dans le silence de la nuit. C’était le gage de la survie : avancer sans bruit, se tapir au milieu des ombres et bondir lorsqu’enfin la proie perdait toute prudence.

La louve avait appris sa leçon. Lorsqu’elle était arrivée dans la forêt de Mervent, elle avait peiné à déchiffrer les règles qui régissaient la vie en ces lieux. Mais elle avait dû s’initier, et vite ! Même si d’emblée, elle était le prédateur, les bois gardaient des armes impitoyables pour contraindre tous ceux qui s’y aventuraient. Le jour, ils présentaient un visage sympathique et avenant, mais ils révélaient leur vraie nature une fois la nuit tombée.

La louve jaillit hors de sa cachette et s’élança sur le sentier mal débroussaillé. Les promeneurs étaient rares dans ce coin, sûrement parce que la forêt y était plus dense et hostile. Pourtant, l’homme qui filait devant elle s’enfonçait à chaque pas un peu plus dans l’obscurité. Inconscient du danger environnant, il progressait aussi vite que le lui permettait son flanc blessé.

Le sang, la louve pouvait le flairer à des kilomètres, mais, là, la senteur l’avait surprise, proche et sirupeuse. Dans un bond leste, elle esquiva les troncs épars, tombés sur le sol sec après la dernière tempête, et remonta la trace odorante.

Érik avait le sentiment de courir depuis des heures. Il avait abandonné derrière lui sa demeure, laissant les flammes détruire le travail d’une vie et ensevelir sous les cendres les corps meurtris de sa femme et de ses deux enfants. Galil était apparu au milieu de la nuit, brisant avec une facilité déconcertante les protections qu’il avait mis tant de temps à concevoir. Érik n’avait jamais craint de perdre la vie. Quand on était né sorcier, on savait que le prix à payer était celui de la violence et de la destruction. Pourtant, lorsqu’il avait rencontré Jeanne, il avait compris que plus rien ne serait comme avant. Il avait passé des semaines et des mois à créer des amulettes pour défendre sa famille, refusant de croire à la fatalité. Il avait eu tort…

Galil lui avait enlevé tout ce qui comptait à ses yeux. Il avait tué la douce Jeanne avant de s’en prendre aux deux enfants qui dormaient dans l’arrière-salle. Érik n’avait rien pu faire. Il n’était pas assez puissant pour s’opposer à un sorcier tel que Galil. Cette vérité l’avait heurté de plein fouet, amère et cruelle.

Lorsque les flammes avaient commencé à lécher les corps sans vie des siens, Érik avait décidé de rejoindre la forêt de Mervent, le cœur empli d’une haine inextinguible. Là-bas, il savait qu’il trouverait la table des druides, celle qui allait lui permettre de se venger.

Érik n’avait plus rien à perdre, il s’était jeté sur Galil avec l’énergie du désespoir. Ce dernier ne s’y attendait pas. Il était tombé lourdement sur le sol, à demi-assommé. Érik en avait profité pour fuir vers la forêt. Son flanc droit, touché par l’une des boules de feu de Galil, le faisait souffrir, mais cela ne l’avait pas ralenti. Il avait bondi tel un fauve sous le couvert des arbres et couru sans se retourner. Il savait que Galil allait le suivre, mais il comptait sur les quelques minutes d’avance qu’il lui avait volées.

Les chênes paraissaient resserrer leur étreinte autour du sorcier à mesure qu’il marchait, funeste présage pour ceux qui connaissaient la nature ténébreuse des bois. L’homme ne s’en souciait guère, l’esprit ravagé par une agressivité farouche.

La louve vit passer le fuyard et bondit avec souplesse pour s’abattre sur son dos. Le sorcier plongea en avant, son visage s’enfonçant dans la couverture d’épines de pin et de mousse, tandis que l’animal effectuait un saut élégant au-dessus de lui. La bête pivota sur elle-même dès qu’elle sentit le sol sous ses pattes et s’approcha de la silhouette inerte en grognant. La chute avait assommé l’homme. Ce dernier avait essayé de contenir l’hémorragie de son flanc droit avec sa main, mais le sang continuait de se déverser par la plaie noirâtre. La blessure n’avait rien de naturel et l’animal recula d’un pas en jetant un coup d’œil alentour. Mais ils étaient seuls…

À y regarder de plus près, la louve réalisa que sa proie n’était pas un homme ordinaire. La magie coulait dans ses veines, c’était indéniable. Pourtant, comme beaucoup de sorciers, il allait mourir précocement. Le sortilège qui l’avait blessé distillait un poison féroce dans son sang. Elle s’approcha de nouveau et détailla le visage masculin en méditant. Le sorcier était un magnifique spécimen de sa race, grand et solidement charpenté. Surtout, il portait en lui une bienveillance naturelle que même sa haine ne parvenait pas à annihiler.

La bête leva sa gueule vers la lune ronde, hurla pendant une longue minute, puis se pencha sur l’homme pour le mordre avec une férocité implacable. Érik s’arcbouta, avant de retomber lourdement sur le sol.

1.

Honorine Clavel avait horreur de perdre son temps. Lorsqu’elle s’était décidée, enfin, à aller poster son chèque pour les impôts, elle s’était rendu compte qu’il ne lui restait plus guère que la journée pour s’acquitter de cette tâche ingrate. Et comme si cela ne suffisait pas, son chéquier avait refusé de lui faciliter le travail en se révélant vide.

Honorine n’avait donc pas eu le choix. Elle s’était préparée rapidement et avait sorti sa vieille 2 CV du garage. La voiture, vert pomme, avait renâclé au démarrage, mais contrairement aux belles cylindrées plus récentes, elle n’avait jamais failli à sa mission. C’était en chantonnant que la femme avait quitté son petit pavillon, ne pouvant pas encore deviner que la suite des événements allait prodigieusement l’agacer.

Le premier arrêt avait été pour la banque, et Honorine avait découvert avec stupéfaction que l’unique parking de son village était en travaux. Le mot chantier s’étalait sur de fines banderoles qui cernaient la place sans alternative de fraude. Un petit homme chauve, vêtu d’une salopette criarde orange, parcourait les emplacements avec une roulette montée sur tige et dessinait sur le sol des marques improbables. Honorine s’était souvenue que le maire voulait offrir plus de stationnements à la commune, alors même que le parking n’était jamais complet.

Dans un soupir de frustration, la femme avait remonté la rue principale et bifurqué vers une ruelle adjacente. Elle s’était garée sans mal, mais la distance avec la banque était désormais une gageure dont elle se serait bien passée. Accrochant avec fermeté sa canne, Honorine avait décidé de relever le défi.

C’était le front suant que la femme avait poussé la porte de la banque. Et là… Une dizaine de personnes attendaient devant l’unique guichet où un très jeune homme s’efforçait de répondre avec politesse à un vieux bonhomme aigri et ronchon. Cela durait, a priori, depuis un bon moment, comprit Honorine aux soupirs alentour. Et comme toujours dans ces cas-là, les quelques sièges étaient déjà occupés par des gamins turbulents et vociférants. Lorsqu’il devint évident que personne n’allait inciter l’un de ces polissons à quitter sa chaise pour l’offrir à la pauvre Honorine, la femme sentit la moutarde lui monter au nez. Discrètement, elle plissa deux doigts de sa main droite. Un enfant s’affala sur le sol et Honorine se précipita aussi vite que possible pour prendre le siège, sous l’œil courroucé d’une mère agacée par tant d’incivisme.

L’attente avait duré une demi-heure, mais Honorine était repartie avec un nouveau chéquier en poche. 

Seconde étape : la poste ! Là, encore, une dizaine de personnes patientait devant l’unique guichet où s’échinait une brave femme visiblement en difficulté face à son ordinateur. Une panne générale, avait-elle expliqué pour apaiser l’impatience des clients.

Une autre demi-heure d’attente avant de pouvoir coller un ridicule petit morceau de papier sur son enveloppe…

Mais, dans l’histoire, Honorine avait perdu son temps et, à quatre-vingt-douze ans, la femme estimait qu’elle ne pouvait plus se permettre ce luxe. Elle était rentrée chez elle en ronchonnant, heureuse de pouvoir enfin retrouver sa chienne Galipette, un petit bichon frisé plein d’énergie, et son pot-au-feu qui mijotait à feu doux depuis l’aube.

En réalité, après cette matinée compliquée, Honorine aurait dû comprendre que la journée ne pouvait pas se terminer dans la sérénité…

Elle releva le couvercle de son faitout et sourit lorsque l’odeur appétissante effleura ses narines. Les poireaux et les carottes surnageaient au milieu d’un bouillon brun qui nappait la viande. Un délice !

Lorsque la sonnette retentit, la femme ne l’entendit pas tout de suite. Le tintement était léger, si aérien qu’il se fondit dans le grésillement du plat qui mijotait. Galipette aboya pour attirer l’attention de sa maitresse et alors Honorine capta la délicate musique. Elle se figea.

Avec une agilité surprenante chez une femme de son âge, Honorine quitta sa cuisine et pénétra dans la pièce étroite qui lui servait de bureau et de bibliothèque. Personne n’entrait jamais ici, enfin personne sauf Alyssa, sa petite-fille. Il fallait reconnaître que l’ameublement de la salle était assez singulier. Un petit bureau avait été installé sous la fenêtre et un désordre indescriptible y régnait. Une multitude de feuilles s’amoncelaient pêle-mêle, au milieu de crayons, de cartes routières et de cristaux. Sur le mur en face, une lourde bibliothèque en chêne ne paraissait pas assez grande pour contenir la quantité de livres que possédait la femme. Des piles de toutes tailles s’entassaient au pied du meuble, offrant la vision d’un capharnaüm insolite. La cheminée qui habillait le pan de mur du fond était envahie par une suie épaisse qui s’était logée dans le moindre interstice des pierres. Devant, un sofa en velours vert bouteille avait connu des jours meilleurs, mais offrait une assise parfaite pour les longues soirées au coin du feu. Sur la petite table, en réalité un coffre en merisier, des bougies et des pendules le disputaient à divers flacons colorés.

Mais ce qui intéressait Honorine se trouvait juste à la gauche de la porte. L’arbre généalogique était immense et semblait s’agiter sous la caresse franche du soleil printanier. Comme ciselés sur le mur, les noms et leur ramification s’étendaient sur toute la surface offerte, révélant une lignée féconde et abondante. Enfin, c’était ce qu’il paraissait au premier coup d’œil. Car en y regardant de plus près, on constatait très vite que la fertilité de la dynastie n’avait pas résisté aux années quatre-vingt-dix. Le dernier enfant né avait vu le jour trente ans auparavant et depuis plus une seule naissance n’était venue rajeunir l’arbre mourant.

Honorine considéra l’agrégat de noms et se figea lorsqu’elle repéra le dernier chaînon de la famille Berne. Les lettres bleues avaient viré au pourpre et commençaient déjà à noircir. C’était inattendu ! Allory Berne, sémillant jeune homme de trente-cinq ans, était l’un des sorciers les plus puissants de la lignée d’origine. Honorine avait toujours pensé qu’il serait le dernier pris en chasse…

La femme se recula d’un pas et embrasa l’arbre dans son entièreté. Le constat était sans appel : il ne restait plus que trois noms en bleu, si l’on exceptait celui d’Honorine. En sa qualité de pièce rapportée sur l’échiquier, la sorcière savait, pourtant, qu’elle ne craignait rien directement.

Sans se poser plus de questions, la femme saisit son téléphone et activa l’appel automatique.

— Il faut que tu rentres ! Tout de suite !

Puis Honorine se laissa choir sur le sofa, le cœur battant à tout rompre. Il devenait urgent qu’elle trouve le talisman.

2.

La jument hennit doucement, sensible à la caresse qui apaisait la tension de sa peau. Dans le box, l’air chaud faisait remonter l’odeur du foin frais, mais cela ne parvenait pas à masquer celle plus entêtante du cigare de l’homme. Il était arrivé dix minutes plus tôt, épiant les moindres faits et gestes d’Alyssa. La jeune femme avait occulté cette présence, un tantinet inopportune, pour se concentrer sur Belle-de-jour. La jument n’allait pas tarder à pouliner et nécessitait une surveillance accrue. Le propriétaire, Bruno Géraud, avait toutes les raisons de s’inquiéter pour elle, mais il semblait surtout apprécier la présence de la vétérinaire. Alyssa ne supportait pas son regard avide qui se baladait à l’envi sur son corps pourtant habillé d’une large côte bleu pétrole. Il y avait plus sexy quand même…

— On ne vous voit pas souvent par ici, essaya l’homme d’un ton charmeur. C’est dommage…

— Votre jument se porte bien, répliqua la jeune femme en ignorant l’amorce. Je ne pense pas qu’elle pouline dans les prochaines heures, mais si vous remarquez quoi que ce soit d’anormal, rappelez-nous.

— Je n’y manquerai pas, lâcha son interlocuteur sans pouvoir dissimuler sa frustration.

De nouveau, Alyssa évita le regard aguicheur et sortit du box, non sans une dernière caresse pour Belle-de-jour. Elle détestait venir au centre équestre de Valorne. D’ordinaire, c’était Luc qui se chargeait des chevaux de cette écurie, mais, cloué au lit avec quarante de fièvre, il avait jeté l’éponge. Alyssa s’était résignée, consciente qu’elle ne pourrait éviter Bruno Géraud, le propriétaire, Don Juan ridicule à ses heures et malheureusement obtus.

La femme quitta l’étable sans traîner, accélérant le pas pour signifier à son client qu’elle n’avait pas de temps à perdre. Au demeurant, c’était vrai. Sa grand-mère lui avait laissé un message alarmiste un peu plus tôt et il lui tardait de la rejoindre. Honorine avait, certes, un sens du dramatique un tantinet excessif, mais à son âge, c’était excusable.

Bruno, dans son dos, avait calé son pas sur le sien, tout en choisissant un repli stratégique. Il n’avait pas renoncé pour autant, la jeune femme le percevait avec une acuité dérangeante. Lorsqu’elle parvint à sa voiture, une 206 grise, Bruno s’appuya nonchalamment contre le capot et reprit son lent effeuillage visuel. Alyssa serra des dents.

— Monsieur Géraud, le salua-t-elle froidement.

— Vous partez déjà, Alyssa ?

L’homme souriait crânement, comme s’il goûtait une plaisanterie connue de lui seul. À l’œil embrasé, Alyssa comprit que ses préoccupations flânaient du côté salace, ce qui ne l’étonna guère. Bruno la poursuivait de ses assiduités depuis qu’elle et Luc, son associé, avaient pris en charge les soins de ses chevaux. L’indifférence de la vétérinaire ne suffisait pas à endiguer sa fougue indécente…

— Nous pourrions peut-être sortir tous les deux, ajouta-t-il, affable. Il y a un bar sympa dans le centre, le Black Pearl, vous connaissez ?

C’était donc cela ? La jeune femme y était allée deux ou trois fois, seule. Ce bar attirait une clientèle hétéroclite, mais était surtout propice aux rencontres, quelles qu’elles fussent. C’était visiblement revenu aux oreilles de l’homme qui s’en était fait une image inappropriée.

Bruno s’avança vers Alyssa, soucieux de conserver l’avantage qu’il pensait avoir. La femme lui battait froid depuis des mois, mais elle cachait sous son apparence glaciale un tempérament de feu qu’il espérait pouvoir expérimenter.

— Je suis un compagnon de soirée très agréable, vous savez. Et sans me vanter, je suis plutôt doué… pour divertir mes invitées.

— Je n’en doute pas, mais je ne suis pas libre.

— Voyons, Alyssa, nous sommes adultes, non ? Il n’y a pas de mal à se faire du bien.

— Excusez-moi, mais je ne comprends pas très bien le sens de votre… invitation.

Un sourire d’une naïveté parfaite sur le visage, Alyssa considéra l’homme en battant des cils. La candeur heurta Bruno Géraud, tout autant que la coquetterie. Indécis, il se renfrogna, furieux du jeu que lui opposait la femme. Elle pouvait se donner les apparences d’une vierge effarouchée, il n’était pas dupe. Avec un sourire crâne, il s’approcha, prêt à sortir son grand numéro, lorsqu’il buta contre un obstacle inexistant et s’affala sur le sol poussiéreux.

Alyssa soupira d’agacement en se glissant derrière son volant, se reprochant déjà d’avoir usé de ses dons avec malhonnêteté, et se promit d’aller ficher un bon coup de pied aux fesses à la fièvre de Luc ! Dans son rétroviseur, Bruno Géraud époussetait son costume à mille euros, l’œil sombre. Alyssa éclata de rire.

 

 

Honorine l’attendait dans la bibliothèque, ses lunettes en équilibre précaire sur le bout de son nez. La femme était penchée sur une carte routière et dessinait des arabesques aériennes avec son pendule fétiche en cristal de roche fumé.

— Bom ? l’appela Alyssa.

— Viens, ma chérie, cette fois je crois que c’est bon ! Je l’ai trouvé !

Alyssa ignora son aïeule et s’approcha de l’arbre, attirée par les scintillements sur le mur. La lignée des Genevey avait traversé les siècles avec une facilité étonnante, même si ces trente dernières années elle avait perdu sa bonne fortune. Quelle que fût la branche choisie, un sort identique avait scellé son destin : la mort !

Malgré l’air doux, la jeune femme frissonna. L’hécatombe avait touché sans pitié toutes les ramifications de la lignée, n’épargnant ni les adultes ni les enfants. La malédiction sonnait désormais comme une complainte funeste.

Il avait fallu du temps à la lignée pour comprendre qu’elle était en danger d’extinction. L’ennemi avait été prudent, œuvrant sur la durée plutôt que dans la précipitation. Lorsqu’enfin le péril s’était exposé, il était déjà trop tard…

Des années auparavant, Alyssa avait cherché à rencontrer les derniers membres de sa lignée, en vain. C’était la stratégie du « chacun pour soi » et les conséquences avaient été désastreuses. Les morts s’amoncelaient au fil des ans. Alyssa avait cessé de compter depuis longtemps, probablement parce que cela ne changeait plus rien pour elle. Sa famille proche avait succombé alors même qu’elle n’était qu’un bébé et seule sa grand-mère avait survécu. Honorine l’avait élevée sans réussir à lui épargner la vue des noms qui se noircissaient les uns après les autres.

Désormais, ils n’étaient plus que trois. Le sorcier responsable de ce carnage devait jubiler, sentant le goût de la proche victoire titiller ses papilles.

— J’ai toujours pensé que c’était Allory qui possédait la clé, dit la jeune femme en caressant du bout des doigts l’encre noircie.

— On ne peut pas savoir, ma chérie, rappela Honorine en jetant un coup d’œil par-dessus ses lunettes à sa petite-fille. Ce qui est sûr, c’est que c’est l’un de vous trois qui la possède aujourd’hui. Vous êtes les ultimes représentants de la lignée…

— Quel honneur ! maugréa Alyssa en se détournant de l’arbre.