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La Quête d'une vie

De
272 pages

Mathieu mène une vie de célibataire complètement pris par son travail. Au cours d'un déplacement, il rencontre Cendrine. Va-t-elle bouleverser sa vie ? Mais pourquoi Madeleine tient-elle tant à lui raconter la sienne ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-22601-1

 

© Edilivre, 2016

Une rencontre fortuite

En choisissant l’informatique comme métier, le désir de Mathieu était : éviter les contraintes du bureau, pas d’horaires fixes, donc être toujours prêt à se déplacer surtout à l’étranger et bien sûr si possible, être bien rémunéré…

Avoir une grande indépendance et une palette plus large de connaissances étaient deux choses primordiales. Au fur et à mesure de ses études, ce plaisir de faire ce qu’il aimait, allait devenir une passion. Il passait des heures sur son ordinateur, pour trouver le meilleur moyen d’arriver à ses fins, quand le destin lui tendit la main.

Depuis quelques temps on ne parlait plus que du « bug de l’an 2000 ». Tous les ordinateurs allaient s’arrêter, un virus ou un problème de date allait provoquer un énorme chaos. Les sociétés cherchaient partout des informaticiens, capables de garantir la bonne marche de leurs systèmes.

Il était dans sa deuxième année d’ingénieur, donc susceptible de pouvoir intervenir si le besoin s’en faisait sentir.

La tâche était simple, rester vigilant pendant 24 heures d’affilées, avec comme seule contrainte pour cette durée : travailler le week-end complet.

C’est à cette occasion qu’il fit la connaissance, de ce qui se faisait de mieux en « intoxiqués » d’informatique. Il rencontra de quoi alimenter tous les films de science-fiction et ce sans avoir recours à des acteurs qui couteraient des millions.

En un week-end, il eut la vision de ce qui allait devenir sa vie, tantôt rat des villes, tantôt maitre de céans. Garder tous ces contacts était important, ils avaient la même passion, mais avec des années d’expérience… comme une éponge, il se gorgeait d’informations.

Il s’astreignait à donner des explications toujours plus simples, c’est là qu’il se rendit compte du pouvoir de l’animation, le dessin devint son arme favorite. Les deux dernières années furent les plus dures, en menant de front ses études et cette activité agréable et lucrative.

Une fois son diplôme acquit, on lui proposa de faire des présentations. Il se mit disponible sur tous les salons, ce qui a eu pour effet de le faire connaitre vraiment. Il avait ses logiciels de prédilection, faisait beaucoup de démonstration, acquérant de l’assurance et par la force des choses, un éventail de connaissances plus important.

Au cours d’un de ses déplacements, il attendait à Paris la correspondance pour Montpellier. Tout juste assis dans l’avion, qu’une jolie tornade blonde arrive chargée comme un baudet.

– Vous pouvez m’aider s’il vous plait ?

– Bien sûr avec plaisir !

Il se lève pour mettre ses bagages dans les coffres… elle s’installe à sa place.

– Je me mets toujours contre les hublots, je n’aime pas être comme une saucisse entre deux sièges.

– Alors c’est moi qui dois m’y mettre ?

– Je sais que vous êtes gentil, ça se voit sur votre visage. Merci pour la place !

Il est tellement surpris qu’il reste sans voix. En la regardant de plus près, il lui trouve des traits fins, un regard clair, par contre elle est habillée comme un sac, il est vrai qu’avec ce qu’elle trimballe, il ne peut en être autrement.

Sans le regarder, la tête à peine tournée :

– C’est bon vous avez fait l’inventaire ?

– Quel inventaire ?

– Ben le mien !

– Mais je n’ai rien fait du tout !

– Je vais vous dire : vous m’avez bien regardée, de la tête aux pieds, rapidement, mais vous avez conclu que j’étais mal habillée, que j’avais de jolis yeux et vous attendez maintenant que j’enlève ma veste pour savoir si le reste est… convainquant !

Subjugué, il reste quelques secondes sans rien dire puis :

– Qu’est-ce qui vous permet de me dire ça ?

– Ben moi ! Je viens de vous voir faire.

Il en bafouillerait presque de voir un tel aplomb. Heureusement que personne n’était à côté, sinon il serait passé pour un obsédé.

– Vous avez un sacré culot. Je range votre sac, vous en profitez pour me prendre la place et pas plutôt assise vous voilà en train de me dénigrer, sois disant que je vous ai détaillée de la tête aux pieds.

– Je n’ai pas dit détaillée, j’ai dit inventoriée, ce n’est pas pareil !

– J’hallucine !

– Je m’en doutais que vous aviez quelque chose, vous fumez quoi comme joints ?

– Mais je rêve…

Dans les hauts parleurs la voix du commandant se fait entendre :

Il donne quelques informations, souhaite un bon voyage aux passagers, en précisant que le décollage se fera dans quelques instants.

Les vibrations se font sentir de même que l’accélération et ensuite l’apesanteur, cette sensation de flottement un peu étrange, qui dure quelques secondes. Là il s’est passé quelque chose de curieux, cette fille qui voulait par force être contre le hublot, fermait les yeux, les mains crispées sur les accoudoirs.

– Vous voulez être contre le hublot et vous fermez les yeux !

– Je n’ai pas fermé les yeux, je me concentre.

– Mais c’est incroyable de mentir avec un tel aplomb !

– Je ne mens pas, je dis simplement que quand il flotte, j’ai peur. Voilà vous savez tout !

– Mais vous savez qu’un avion ça ne flotte pas…

Elle se tourne brusquement vers lui, son regard bleu le transperce.

– Vous êtes humoriste ?

– Non caricaturiste.

– Ha ! Et ça gagne bien sa vie ?

– Je ne sais pas je viens de trouver ma voie.

Elle se tourne, l’entretien est terminé, lui se drape dans sa dignité et sort le magazine d’informatique qu’il vient d’acheter. A peine les premières pages de publicité tournées, qu’il l’entend dire :

– Vous avez plus une tête à lire Play Boy… il n’y en avait plus que vous avez acheté ça ?

– Pourquoi, il faut une tête spéciale, pour lire un magazine comme celui-là ?

– Non Bien sûr, mais ça donne une certaine contenance, n’est-ce pas ?

– Sachez mademoiselle, que je n’ai pas besoin d’avoir une contenance pour lire ça ! Je ne fais que m’informer et encore sans vouloir me mousser, je voulais savoir si le salon de Las Vegas y était.

– Pourquoi vous mousser ?

– J’en viens !

Un silence pesant s’installe entre les deux sièges. Son visage se tourne lentement, sa main s’avance vers lui.

– Je vous présente mes excuses.

– Et pourquoi vous excusez vous ?

– Je pense vous avoir vexé. Je me fais souvent draguer, alors je prends les devants.

– Ha bon comme ça mademoiselle se fait draguer ?

– Bon ça va ! Je me suis excusée !

– Je me présente… Mathieu !

– Moi c’est Cendrine !

– Je suis dans l’informatique…

– Tiens c’est marrant moi aussi… enfin une partie de l’informatique.

– ça veut dire quoi ? Une partie de l’informatique !

– Ben ça veut dire que je suis à 10 % sur l’informatique et à 90 % sur le dessin.

– Je n’arrive pas à croire que ce soit possible. On est là à se chamailler et on fait le même métier.

– Explique-moi… Je peux te tutoyer ?

– Oui bien sûr. Je suis ingénieur en informatique

– Waouh ! Je me suis complètement plantée. Je suis en train de finir un BTS en Info graphisme.

– Pourquoi seulement un BTS ?

– Parce que je n’ai pas les moyens de faire autrement.

Et joignant le geste à la parole, elle lui fait signe en frottant le pouce avec l’index, de manière très significative. Geste universel, reconnu dans n’importe quelle langue.

– Mais c’est très intéressant ça !

– Ah bon ? Et pourquoi me dis tu ça ?

– Parce que moi je fais pareil mais à l’inverse 90 % informatique, 10 % dessin.

Dans son regard il voit un changement s’opérer, elle n’est plus sur la défensive.

– Quel âge as-tu Mathieu ?

– Alors attends… je dois avoir dans les 26 ans !

– Pourquoi dans les… tu les as… ou tu les as pas… point.

– Tu es assez directe comme fille, je voulais juste faire un peu d’humour.

– Non pas directe, je dirais spontanée, par contre pour ton humour…

Sa phrase est restée en suspens avec un geste ondulant de la main, voulant dire que c’était très moyen. Elle avait une pointe d’accent du midi, agréablement chantant.

– Je peux savoir ton âge ?

– Ouais j’ai juste 20 ans.

– C’est quoi juste 20 ans ? Tu viens de les faire aujourd’hui ?

– Il y a des comiques dans ta famille ?

– Pourquoi me demandes-tu ça ?

– Je pense qu’il y a des gênes en toi.

Elle éclate de rire en lui disant et machinalement lui tape sur le genou avec sa main, comme le ferait un bon copain. Puis se reprenant :

– Je plaisante en te voyant si sérieux… je vais les faire dans deux jours.

Il la regarde, quelque chose vient de se passer en lui, quelque chose qu’il ne maitrise pas, une envie très forte de la prendre dans ses bras. Elle le sent tout de suite et le regarde curieusement.

– Tu peux me dire à quoi tu penses… là ?

– Ben non à rien, je te regarde c’est tout.

– Non, non, non, j’ai vu dans tes yeux que tu avais une idée derrière la tête.

– Dis-moi… tu as souvent des… visions… prémonitoires ?

– Non, je n’ai aucune prémonition, je vois c’est tout.

– Et tu vois quoi ?

– Je viens de te le dire, tu le fais exprès ou quoi ?

– Bon, admettons que j’avais une idée derrière la tête, alors tu dois savoir à quoi je pense… non ?

A sa façon de le regarder, il se dit qu’il ne doit pas s’aventurer plus sur ce sujet.

– Bon, Ok revenons à notre conversation… tu m’as dit que tu faisais 20 ans dans deux jours ?

– Ben oui et alors tu veux que je t’invite à mon anniversaire ?

– Non mais je t’inviterai au mien, je fête mes 26 ans dans 2 jours.

Elle le regarde, les sourcils froncés, le front bas comme pour l’évaluer.

– Tu galèjes là ?

J’aime ses expressions purement méditerranéennes.

– Non je ne plaisante pas du tout. Je suis né à Montpellier le 27 avril 1980.

– Hé bé moi le 27 avril 1986, c’était un dimanche.

Son visage s’illumine, elle se radoucit et comme un vrai mec mais avec un grand sourire, elle tape du poing sur l’accoudoir qui les sépare :

– Alors ça c’est vraiment incroyable, montre-moi ta carte d’identité.

– Tu ne me crois pas hein ?

Il sort sa carte d’identité et lui passe pour qu’elle contrôle.

– Ben dis donc toi non plus tu n’as pas été gâté pour le nom de famille.

Joignant le geste à la parole elle fouille dans son sac et lui montre la sienne. Voyant son sourire elle se braque :

– Vas-y crache !

– Je ne t’ai rien dis MOI ! Mais Corzisky non plus ce n’est pas facile à porter.

– Parce que Masteraus c’est plus léger ?

Les voilà partis dans grand un éclat de rire qui les fait un peu plus complices.

Leur conversation tourne autour de ce métier qui les a reliés. La voix du pilote se fait entendre dans le haut-parleur, annonçant la descente sur Montpellier. Machinalement Mathieu regarde sa montre… c’est vrai qu’il n’a pas vu le temps passer.

– Moi non plus je n’ai pas vu le temps passer !

Il la regarde incrédule, elle vient de dire exactement ce qu’il était en train de penser. Il allait lui faire la remarque, quand elle reprend avec le sourire :

– Tu as eu l’air étonné en regardant ta montre donc je me suis dit : lui non plus n’a pas vu le temps passer.

Il reste peu de temps et une petite gêne s’installe, comme si la séparation allait être délicate. Il vient de faire sa connaissance et se demande déjà comment faire pour la revoir.

La pression dans les oreilles se fait un peu plus forte, l’avion commence à descendre, elle se crispe sur ses accoudoirs, ses doigts deviennent blancs et ses avants bras sont tétanisés. Il met sa main sur la sienne pour la rassurer, elle tourne la tête brutalement en ouvrant les yeux et prend sa main dans une poigne de fer :

– J’ai toujours peur de ces moments… je n’arrive pas à me contrôler.

– De quoi as-tu peur ?

– D’un accident.

– Tu prends souvent l’avion ?

Elle sourit, d’un sourire un peu crispé ;

– C’est la première fois.

– Tu m’as dit que tu te mettais toujours contre les hublots ?

– Comme à l’aller je n’ai pas pu, j’ai tenté ma chance et ça a marché.

L’avion se pose délicatement, sa main emprisonne toujours la sienne, il la regarde, elle reprend un peu d’assurance, elle fait petite fille. Puis se rendant compte de la situation :

– Je te la rends.

Elle ouvre sa main lentement et d’une voix douce :

– Merci Mathieu !

Leurs doigts se détachent doucement, comme à regret, Mathieu envoûté, par le contact de sa peau. L’avion est arrêté, ils récupèrent leurs bagages dans les coffres. L’allée centrale se vide petit à petit, elle est devant lui, il a pris son sac en attendant de lui rendre à la sortie. En arrivant dans la zone de récupération des bagages, il lui demande si elle a autre chose.

– J’ai juste une petite valise.

Les voilà tous les deux dans la salle, les yeux rivés sur les valises qui défilent. Mathieu se penche pour prendre la sienne, elle fait de même et ils éclatent de rire de les voir les deux serrées l’une contre l’autre.

– Tu crois que c’est une prémonition ?

– Je vois que tu as toujours autant d’humour !

En sortant, le regard de Mathieu se porte sur la foule pour savoir qui est venu le chercher. Il avait téléphoné pour donner son heure d’arrivée, mais sans savoir qui serait libre. Sa sœur lui fait un petit signe de la main, ils tombent dans les bras l’un de l’autre, ça fait pas mal de temps qu’ils ne se sont pas vus. Le temps de dire bonjour et quelques banalités, il se retourne, mais Cendrine a disparu.

Elle va payer le parking et ils se dirigent vers sa voiture. En mettant ses affaires dans le coffre, il pense à Cendrine, c’est quand même amusant toutes ses similitudes.

Machinalement, il regarde vers l’aéroport avant de monter dans la voiture, il la voit sur le bord du trottoir elle semble attendre un taxi. Mathieu demande à sa sœur de faire le tour en sortant du parking, pour prendre quelqu’un devant l’entrée. A sa façon interrogative de le regarder, il lui explique qu’il a fait la connaissance de Cendrine et qu’il aimerait bien garder le contact. Elle sourit, fait le tour et s’arrête devant elle.

Cendrine le regarde étonnée au moment où il descend de voiture.

– Je peux te déposer quelque part ?

Après un petit temps d’hésitation et une petite moue interrogative, elle accepte.

– Tu me laisseras à Montpellier, je prendrais le car pour rentrer chez moi.

Une fois installés, Mathieu fait les présentations.

– Cendrine je te présente ma sœur Mathilde.

En se tournant Mathieu, voit dans le regard de Cendrine, une certaine satisfaction. Est-ce l’économie du trajet, où simplement le fait de savoir que Mathilde est sa sœur… toujours est-il qu’elle parait plus détendue. Ils arrivent non pas à Montpellier, mais à Clapiers où Mathieu a son petit studio.

Sa sœur les dépose et c’est à ce moment-là qu’il propose à Cendrine de la ramener. Curieusement il a l’impression de prendre toutes les décisions maintenant, car elle se laisse guider par les évènements.

– Je veux bien, mais ça t’oblige à m’amener chez moi, alors que tu es déjà chez toi.

– ça te pose un problème ?

– Pas vraiment, mais il faut aller jusqu’à St Mathieu… c’est là que j’habite.

– Encore un évènement bizarre. Mathieu qui te ramène à St Mathieu !

Dans la voiture elle semble perdue dans ses pensées. Il la regarde du coin de l’œil sans trop savoir quel sujet aborder. Elle se tourne vers lui :

– Pourquoi fais-tu ça ?

– Pourquoi je fais quoi ? Te ramener ?

– Oui !

– Tu veux que je te dise la vérité ?

– J’aimerais bien… oui !

– Disons que je n’ai pas envie de te laisser faire le chemin à pieds.

– Bon, nous sommes toujours dans la même veine… tu t’es gouré de métier.

Il éclate de rire en voyant sa tête, surtout cette moue qui en disait long sur ses pensées.

– Je ne voulais pas qu’on se quitte trop vite… j’allais dire brutalement… tout simplement.

Après un petit temps de réflexion, elle se décide à lui répondre.

– Saches que j’ai aimé faire ta connaissance, mais j’ai un petit copain, ce qui me met dans une situation délicate. Je finis mes études cette année et il ne faut surtout pas que je me loupe. Toi, tu as un travail qui te prend énormément de temps, ce qui veut dire qu’on ne se verra pas très souvent.

– Cendrine je ne t’ai rien demandé, on vient de faire connaissance, je te trouve très sympathique, ta compagnie me plait, je voulais simplement garder le contact, c’est tout. Je te donne mon numéro de téléphone et si tu veux me donner le tien… tu me le donnes.

Arrivés devant chez elle, ils descendent de voiture, c’est au moment où elle part ranger, son sac que sa mère apparait. On dirait une copie conforme, quasiment à l’identique, si ce n’est quelques rides à peine perceptibles, qui ressortent quand elle sourit. Impossible de lui donner un âge bien précis. Elle s’avance vers lui en souriant.

– Bonjour ! Je vous remercie d’avoir raccompagné ma fille.

– Mais c’est avec un grand plaisir…

Cendrine réapparait

– Maman je te présente Mathieu, il était à côté de moi dans l’avion et nous avons sympathisé.

– Chère madame vous avez une fille charmante et je suis enchanté d’avoir fait votre connaissance.

Après lui avoir serré la main, il se dirige vers Cendrine, sans trop savoir comment faire, c’est elle qui prend la décision. Elle le prend par les épaules, le regarde droit dans les yeux, l’embrasse :

– Merci Mathieu, à bientôt.

Elle lui colle son numéro de téléphone sur le front avec un post-it et un grand sourire :

– ne l’oublie pas !

– Je te donne le mien mais je n’ai rien pour écrire.

– Ne me le donne pas, je le saurais quand tu me téléphoneras.

Il monte dans sa voiture, perdu dans ses pensées.

Il est vrai que lui aussi avait quelqu’un dans sa vie, mais elle habitait aux états unis et ils se voyaient de façon épisodique. En arrivant chez lui, après avoir noté son numéro de téléphone dans le groupe des amis, il a eu un petit moment de cafard.

Il ne fallait pas qu’il reste enfermé, alors il a repris sa voiture pour aller voir ses parents, mais sachant que Dimanche il serait chez eux pour fêter son anniversaire, il s’est dit qu’une petite balade sur le sable au bord de la mer lui ferait du bien.

Effectivement, ça lui a fait le plus grand bien.

La famille

Depuis qu’il est tout petit, il a toujours vu la famille se réunir pour la moindre occasion et celle-ci en était une : c’était son anniversaire.

En arrivant devant le portail il sonne et avant qu’il ait pu dire quelque chose celui-ci s’ouvre en grand. A peine garé devant la maison, sa mère est déjà là. Avec un large sourire elle le prend dans ses bras.

– Alors mon grand, comment ça va depuis le temps qu’on ne s’est pas vu.

– comment tu me trouves ?

Elle se recule, semble évaluer l’ensemble en le faisant tourner.

– Tu es resplendissant, tu es beau mon fils.

Comme toutes les mères poules, elle ne voit que par ses enfants.

– Toi aussi maman je te trouve en super forme.

– Tu l’as dit mais plus ça va et plus elles sont nombreuses… mes formes.

– Ne te plains pas, parce qu’à ton âge beaucoup aimeraient être comme toi.

– C’est bien vrai ça ! Dieu me garde encore quelque temps comme ça.

L’histoire entre Dieu et sa mère est quelque chose de très personnel, elle est plus forte qu’entre elle et son mari. Elle l’invoque constamment pour tous les évènements ; si Dieu le veut, pour ce qu’elle veut voir aboutir ; Dieu fasse que ça se passe bien, pour ce qu’elle voudrait voir s’accomplir ; mon Dieu si tu savais combien je souffre, pour se faire plaindre et qu’il guérisse ses petits maux qui lui pourrissent la vie. Mais tout ceci est simplement une façon de parler, comme dans certaines régions où « putain » et « con » ne sont ni plus ni moins que de la ponctuation.

La famille est un amalgame de gens venant de tous les horizons. Des Alsaciens, des Espagnols, des Italiens, des Basques, des Toulousains et une arrière-grand-mère supposée d’origine Berbère.

Ce qui donne une cuisine extrêmement variée, un langage très particulier, mais assez imagé et pas forcément compréhensible pour les étrangers, surtout quand la famille est au complet.

Mathieu apprécie autant qu’il craint ce genre de réunion, les conversations entre les générations n’ayant pas toujours la même orientation. Le seul avec qui il a une très grande complicité, c’est son grand-père. Il approche des 90 ans, mais en parait dix de moins. Il a bien une canne qui lui servait quand il faisait de grandes balades, mais avec laquelle il joue maintenant, il s’en sert plus par habitude que comme soutien. Il vient parler, car pour lui, Mathieu est celui qui ressemble le plus au sien de grand-père… il le lui dit chaque fois.

C’était un aventurier qui était parti de chez lui, pour ne pas crever de faim. Il profita d’une loi favorisant les soldats de Napoléon III, pour s’établir en Algérie. Mathieu écoute son histoire qu’il connait par cœur, il est fier de son parcours, qui d’après lui ressemble au sien. Il aurait bien aimé le faire, mais il y avait une exploitation qui marchait bien et qu’il fallait faire fructifier, alors il est resté.

Il était encore massif malgré son âge et d’après la grand-mère, il fallait quelle veille au grain, car c’était le genre d’homme que les femmes… appréciaient.

Mathieu lui raconte ses voyages, ses contacts… son travail le passionne. Lui qui restait le « terrien » amoureux de sa terre, était toujours avide de savoir, lisait énormément n’ayant pas été à l’école très longtemps.

Le reste de la famille arrive, le voilà pris dans un tourbillon, les oncles les tantes, sa sœur avec son copain, avec lequel il n’a rien en commun, mais il faut de tout pour faire un monde. Une de ses tantes, plus jeune et plus coquine que les autres, toujours à l’affut de ragots, viens le voir pour lui demander s’il a toujours une copine. Elle est extrêmement gentille, mais constamment à la recherche d’évènements croustillants. S’il y a bien une personne à qui il ne faut rien confier, c’est bien elle. Elle ne sait pas garder un secret, aussitôt raconté à tout le monde, mais en précisant bien que c’est un secret, qu’il ne faut pas divulguer. Soudain il pense à Cendrine, c’est vrai que c’est aussi son anniversaire aujourd’hui. En cherchant un endroit plus au calme, il compose son numéro.

– Bon anniversaire Cendrine !

Quelques secondes passent.

– C’est toi Mathieu ?

– ben oui, qui veux-tu que ce soit !

– Tu as pensé à moi ?

– Hé oui je pense à toi… très souvent d’ailleurs !

– Tu es un a… mi comme je les aime.

– ha ! Ha ! Tu as failli te trahir !

Il l’entend dire quelque chose sur son humour, mais rit tellement qu’il ne comprend rien.

– Je te remercie pour ton appel, je t’emb… je te fais plein de bisous.

– Ben moi je t’embrasse très fort.

Après un gros soupir, la communication se coupe. Il se dit qu’elle ne doit pas être toute seule, mais reste quand même sur sa faim, il aurait bien aimé lui parler un peu plus longtemps. C’est marrant comme cette rencontre l’a marqué, comme toutes les nouveautés…

Il revient dans la cohue, ne sachant plus qui il a vu, ou salué, se sentant complètement phagocyté. Les conversations se croisent, se choquent, se mélangent, impossible de suivre quoi que ce soit, n’étant plus habitué à ce genre de réunions.

On lui tend un verre, alors qu’il n’a rien demandé, c’est comme ça. Il s’approche de la table, c’est un énorme buffet, en cherchant du regard ce qu’il voulait prendre, une main se pose sur son épaule, il se retourne et une superbe brune lui fait face. Après quelques secondes il réalise que c’est la fille des voisins.

– Marie-Ange ?

– Hé oui c’est moi !

– Tu es splendide !

– Merci ! Tu as bien grandi aussi et tu n’es pas mal non plus.

Ils éclatent de rire

– ça fait combien de temps qu’on ne s’est pas vu ?

– Je ne sais pas, mais on va dire… quelques années.

– Oui c’est vrai, tu as raison, un bon nombre d’années. Ben dis donc comme le temps passe.

– Tes parents m’ont dit que tu rentrais des Etats Unis et que nous allions fêter ton anniversaire aujourd’hui, alors je suis venue pour te souhaiter : un bon anniversaire !

– Je te remercie

Joignant le geste à la parole il la prend dans ses bras pour l’embrasser, leurs joues se collent, il sent sa main chaude lui serrer la taille et son parfum léger.

– J’aime l’odeur de ton parfum

– Merci Mathieu, je ne vais pas pouvoir rester très longtemps, mais je suis vraiment très contente de t’avoir vu. J’espère que tu vas rester quelques temps encore…

Sa phrase est restée en suspens comme si elle attendait une réponse… positive.

– A vrai dire je n’en sais rien, je travaille comme consultant pour quelques grosses boites, alors en fonction des contrats, j’organise mon temps. J’aime ce que je fais, quand j’en aurai marre j’arrêterai.

– Tu fais comment avec ta copine ? Parce que je pense que tu en as une ?

– Elle est habituée, nous avons beaucoup de liberté, elle aux Etats Unis et moi souvent parti…

Sa moue en dit long sur sa réponse qui reste en suspens, comme un point d’interrogation, elle aurait aimé plus d’explications, mais il ne dit plus rien. Quelques secondes s’écoulent en silence…

– Bon il faut que je parte, mais si tu es encore là ce soir… peut être allons-nous nous revoir ?

– Je ne sais pas combien de temps je vais rester… plus habitué au bruit et surtout besoin de me reposer aussi car, le décalage horaire de ces dernières semaines commence à se faire sentir.

Ils s’embrassent une dernière fois pour se dire au revoir et là il sent la pression de sa main plus forte sur ses reins, comme si elle voulait se coller contre lui.

Avec un large sourire et un petit signe de la main, elle s’éloigne masquée rapidement par la foule. Mathieu reste pensif un moment, il vient de faire deux rencontres assez troublantes, chose qui ne lui était pas arrivée depuis qu’il fait ce métier. Il en voit des femmes, plus ou moins belles, plus ou moins attirantes, il a sa copine, mais trop loin pour mener une vraie vie. Il en a eu des occasions qu’il a consommées avidement, mais sans avoir envie de se poser vraiment et de se dire :

Voilà, c’est avec elle que je veux rester maintenant.

Je me pose trop de questions. Qu’est-ce qui m’arrive ?

Une petite sonnerie sur son téléphone lui indique la réception d’un texto :

Bon anniversaire, j’ai noté ton numéro et juste derrière, une petite émoticône avec des yeux, en forme de cœurs. Avant qu’il ait eu le temps de réagir, son père et le reste de la famille le réclame.

Le verre qu’on lui avait passé toujours dans sa main, il compte maintenant se laisser aller, avec cet apéro qui va s’éterniser comme souvent dans ces occasions.

Sa tête commence à tourner, Il faut qu’il mange, ce qui bien sûr va faire plaisir à sa mère. Elle adore le voir manger… c’est comme ça !

– Tu vois j’ai tout préparé, tu as vu ? bien sûr que des choses que tu aimes !

– Bien sûr que j’ai vu maman et je peux te dire comme chaque fois : c’est toujours aussi bon !

Tout en se frottant les mains de satisfaction, elle rajoute :

– Mais ne te gave pas trop à l’apéro, parce que derrière… Il y a ce qu’il faut.

C’est le genre de phrase qui fait peur. Ça veut dire que, ce qui arrive va être monstrueux.

De quoi manger pour une semaine. Il est 13h00 et c’est encore l’apéro, entre 14h00 et 15h00 ce sera le moment de passer à table et vers 18h00, si tout va bien, c’est le digestif qui clôturera le repas.

Mathieu a horreur de ces repas qui s’éternisent, il est habitué à vivre seul et les trois quarts du temps il mange sur le pouce. Tous les repas d’affaire sont très courts, presque programmés, le temps c’est de l’argent disent les Américains.

Ont-ils tort ou raison ? Pour nous français, ça fait partie des plaisirs de la vie et en vieillissant, pour tout faire d’ailleurs… on prend plus de temps.

Il se dit qu’il va attendre encore un peu, pour apprécier à leurs justes valeurs, ces repas qui durent des heures. Il est à son troisième verre de pastis… celui-ci, il va le faire durer.

L’heure de se mettre à table arrive enfin, les tables sont réparties par groupes d’affinité, mais aussi par tranches d’âge. Pour une fois son grand-père a décidé de se mettre à côté de lui, en tant que patriarche, c’est lui qui décide. Sa femme rouspète comme toujours, mais lui ne fait pas cas, ce qui a pour effet de la mettre dans tous ses états…

Comme prévu le repas s’éternise, la culture de son grand-père n’a d’égal que sa patience. Mathieu lui explique sommairement son dernier parcours, il le regarde avec admiration, éprouvant une énorme fierté. Le fait de parler de tout, les rend encore plus complices, surtout qu’il s’intéresse aux nouvelles technologies, même si elles vont trop vite pour lui. On lui a bien imposé un téléphone mobile, mais il l’a dans la poche et sûr qu’il ne l’a pas encore allumé.

La seule personne qui pose quelques problèmes à Mattieu est le probable futur mari de sa sœur, il est à la table, avec ses inévitables lunettes noires, la tête légèrement rejetée en arrière comme pour regarder avec mépris les gens qui sont autour de lui.

On ne peut pas dire qu’il est bête, simplement qu’au niveau intelligence, il était absent lors de la distribution. Pour le reste une expression purement méditerranéenne le résume complètement :

« il est brâve peuchère » en insistant bien sur le « â » de brave.

Mathieu n’a pas osé lui taper sur la tête pour savoir comment le son se propageait dans le vide, mais ça le démange.

Il est du style à se gorger de mots, dont il ne connaît même pas la signification.

Toujours en voiture de sport décapotable, avec ses inamovibles lunettes de soleil, le m’as-tu vu parfait.

Il fait partie de ces gens hermétiques, qui en l’espace de quelques minutes plombent l’atmosphère.

Difficile d’être impartial sur les ressentis épidermiques de l’être humain, mais il est dans la vie, des énergumènes, qui arrivent à mettre tout le monde d’accord contre eux… sans rien faire.

Mathieu peine pour finir le énième plat servi, il n’en peut plus. Il se lève, marche un peu, se dirige vers la piscine, l’eau est limpide, ça lui donne envie de se baigner. Il fait beau, l’air est encore un peu frais, mais ça doit bien revigorer.

Sa mère qui l’a vu se lever, vient aux nouvelles, le regard légèrement angoissé :

– Qu’est-ce qui se passe ? Ça ne va pas ?

– Mais non maman, tu sais très bien que je te l’aurais dit. Seulement je n’ai pas l’habitude de manger autant et aussi tard, alors mon estomac m’a dit stop et là… je fais une pause.

– ha ! Comme ça je comprends ! Mais n’oublie pas qu’il reste le dessert… tu vas te régaler.

Le « ré… ga… ler », elle vient de le dire en trois syllabes, bien détachées, pour bien le marquer.

– Est-ce qu’il reste encore un maillot de bain que je pourrais mettre ?

– Mais tu es fou ! On est tout juste fin avril ce n’est pas l’époque pour se baigner.

– Je suis sûr que l’eau est au moins à 19°

– Hé ben moi, tant que l’eau n’est pas à 29° je ne me baigne pas.

– Bon, dis-moi si tu en as un par là et une serviette de bain par la même occasion.

– Mais tu as vu l’heure qu’il est ?

– Je n’en sais rien, mais il y a encore le soleil et ça va me faire du bien.

Elle repart en trainant les pieds, elle doit ruminer en se disant, qu’avec les enfants on a toujours des soucis. Son expression favorite à ce sujet était : Petits, petits soucis, grands, gros soucis.

Elle revient en rouspétant, mais avec un maillot de bain et une serviette.

– Tu vas te changer où ?

– Je vais me changer ici, il n’y a personne et je n’ai pas envie qu’on me voit. Tout le monde est de l’autre côté, sur la terrasse de devant.

Elle repart en marmonnant. Il pose ses affaires dans un coin et passe son maillot. En rentrant doucement dans l’eau, il la trouve un peu fraiche, mais revigorante !

Alors il se laisse couler lentement, en nageant doucement les yeux fermés, tout en goûtant au plaisir de cette eau fraiche sur sa peau. Il fait quelques brasses, replonge et sort en s’appuyant sur les margelles. Là en face de lui, Marie-Ange est assise sur le bord du muret, les mains posées de chaque côté, les jambes tendues, elle le regarde avec un grand sourire, la tête légèrement penchée, qu’elle hoche délicatement comme pour apprécier. Mathieu reste bloqué sur ses mains, les jambes encore dans l’eau, il doit avoir l’air idiot car elle éclate de rire.

– Il y a longtemps que tu es là ?

– Heu… depuis le début.

– Le début ?

– Début ! Début !

– Ce qui veut dire que tu as tout vu ?