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La Secado - Tome 3

De
210 pages

Une famille de Toulousains, M. et Mme Carpentry et leur fils Paul viennent s'installer à Ménac, dans une maison proche de l'église. Paul, fils unique qui étudie la médecine vétérinaire, fait la connaissance, par l'intermédiaire de son ami Xavier de Neuville, d'Elisabeth de Valray, la fille du comte. Paul va apprendre à ses dépens que l'on ne cache rien au comte de Valray.
Sous le regard des villageois dans la campagne méditerranéenne et sous les froissements des ailes de la huppe, un secret de famille va être révélé.
Quelques notes d'humour s'échappent allègrement de ce récit.


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ISBN numérique : 978-2-332-70794-9
© Edilivre, 2016
Elisabeth et Paul
A Sylvette, à Jeff, à René, à Annie, à sœur Nicole.. A tous ceux qui sont partis un jour, Pour un grand jardin semé d’amour.
Toujours un grand merci pour leur aide et leur dévouement à Julien, à François, à Nicole, à Lydie, à Christian, à Nathalie et à tous les autres…
Dessin de François Sobieraj
Toute ressemblance avec personne existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence et pourtant…
Rèsumè des tomes prècèdents
Le Comte de Valray n’accepte pas la relation de son fils Guillaume avec Basilia, la jeune espagnole qui est venu vendanger cette année là, avec ses parents, Conchita et Francisco Gomez, sur le domaine des de Valray. Pensant mettre fin à cette histoire, le Comte de Valray éloigne Guillaume de la propriété, mais Basilia attends un enfant de Guillaume. Francisco Gomez, n’accepte pas cette situation. Il l’isole, avec l’espoir de la persuader d’abandonner son enfant, avant leur départ prévu pour l’Espagne. Xavier de Neuville l’ami d’enfance de Guillaume de Valray découvre par hasard la jeune fille qui lui raconte à son histoire. Xavier va tout dévoiler à Guillaume qui était persuadé que Basilia était repartie pour l’Espagne. Il ignorait également sa future paternité. Guillaume mets son père le Comte de Valray devant le fait accompli. Après un détour par la Secado, domaine de Maguy Ronnet, le Comte découvre que dés sa naissance le petit Loïc, fils de Basilia et de Guillaume a été déposé au couvent de Sainte Pélagie en vue d’une adoption éventuelle ; Le comte de Valray craque pour le petit Loïc. Il écrit aux parents de Basilia pour leur proposer le mariage entre leurs deux enfants. Conchita et Francisco Gomez sont désolés Basilia a disparue. Comme par un autre hasard, c’est Xavier de Neuville étudiant en médecine vétérinaire qui retrouve Basilia à Montpellier ou Guillaume prépare son doctorat. Guillaume et Basilia se marient. Tout pourrait-aller pour le mieux. Hélas Basilia trompe Guillaume avec son meilleur ami, Xavier de Neuville. Elisabeth la sœur de Guillaume amoureuse depuis toujours de Xavier de Neuville, et espérant faire sa vie avec lui surprend les deux amants. Elle ne dit rien à son frère, Basilia se propose de le faire. Cela devient très difficile entre Guillaume et Basilia. Basilia aime Guillaume, elle est aussi persuadée d’aimer Xavier de Neuville. Complètement perturbée et persuadée de semer le mal autour d’elle, elle tente de mettre fin à ses jours. Elle se dirige vers le canal du Midi. Nino un berger italien récemment installé à Ménac et, menacé d’expulsion ami de la propriétaire de la Secado, Maguy Ronnet, passe par là, avec ses moutons. Il sauve Basilia de la noyade. Le comte de Valray, ancien négociant en bestiaux possède depuis des lustres une bergerie abandonnée, suite à une aventure douloureuse qu’il a subit grâce à Madame feue la Comtesse Adeline de Valray qui le trompait avec son premier berger. Oui Basilia est sauvée. Malgré tout, le Comte apprécie sa belle fille. Pour récompenser le courage du berger Nino, il met enfin sa bergerie à sa disposition, et celui-ci pourra même disposer de l’appartement situé au dessus. Lors de son intervention auprès de Basilia, Nino a profité de l’aide d’une jeune femme Marianne, habitante du hameau proche du canal. Marianne est la maman d’un petit garçon de 6 ans Pascal. Marianne, vient d’être abandonnée par son compagnon Jacques, cuisinier à l’auberge du hameau. Il est parti avec une autre femme, laissant Marianne, seule avec son fils. Marianne est très convoitée par de nombreux garçons du village. Elle parait inaccessible. Malgré sa longue chevelure rousse et sa tenue dépenaillée, Nino réussira à conquérir Marianne. Le berger italien va vivre en osmose avec le petit Pascal et compenser l’absence du père. Beaucoup plus tard Nino va apprendre que Marianne n’ayant aucune famille a été élevée dans un couvent…
re 1partie
Paul, n’oublie pas, ton père arrive de Toulouse ce matin. Il compte sur toi pour l’accueillir sur le quai de la gare à Narbonne. D’un geste sec, Germaine Carpentry releva son chignon bouclé. A l’aide d’une épingle dorée, perlée de papillons multicolores, elle le fixa dans son épaisse chevelure brune. – Ne t’inquiète pas, maman. Je serai là pour l’attendre. Puis-je prendre la DS aujourd’hui et te laisser la Dauphine ? La supplia Paul, son fils, un grand gaillard, au teint mat et aux yeux de velours. – Je n’y vois aucun inconvénient, Paul. Sais-tu, je suis impatiente de connaître Elisabeth. Ce sera un honneur pour moi. Tu verras, toutes les deux, nous nous entendrons à merveille. Pour le dîner demain soir, j’ornerai la table d’une belle nappe blanche brodée. Je dresserai les couverts en argent, héritage de grand-mère. Cela fera classe. Qu’en penses-tu Paul ? – Tu ne devrais pas t’inquiéter autant maman, je ne fais pas une demande en mariage. Elisabeth est une fille très simple. Elle s’adapte à toutes les situations. Tous ces fastes risquent d’ailleurs de lui déplaire. – Mais enfin Paul, es-tu inconscient ? Elisabeth est la fille d’un Comte, et pas des moindres. On entend parler du Comte De Valray à mille lieues à la ronde, s’enthousiasma-t-elle. – Tu exagères maman. Je n’ai jamais entendu parler du Comte De Valray à Toulouse. Paul sourit. Sa mère se donnait vraiment du tracas pour rien, mais il savait qu’il n’arriverait pas à la raisonner. Parfois, Germaine Carpentry pouvait être têtue comme une mule. Elle était si fière de la rencontre de son fils avec un des membres de la famille De Valray. Elle continuait toujours fébrile : – Irez-vous au bal ce soir avec Elisabeth ? – Certainement. C’est un bal qui a lieu dans une très belle salle décorée avec bon goût située au-dessus d’un café pas très loin de chez nous, près de l’église. Le propriétaire s’appelle Paul comme moi et sa femme Aimée. Mais tout le monde la surnomme Mémé. – Ah, le propriétaire s’appelle Paul comme toi ? Et moi qui croyais t’avoir donné un prénom original ! – Maman, tu sais bien comme moi que… Mais il préféra ne pas continuer. Car Germaine Carpentry ne prêtait pas trop d’attention à ce que son fils lui disait. Elle continuait toujours dans son délire. – Le Comte De Valray viendra-t-il chaperonner sa fille puisqu’elle n’a plus de maman ? Paul finit par s’énerver : – Tu racontes n’importe quoi, maman. Elisabeth n’a nul besoin d’un chaperon. Je serai là pour elle. Les filles d’aujourd’hui supportent de moins en moins cette surveillance inutile de la part de leur mère, d’autant plus que ces demoiselles peuvent très bien s’échapper pendant la danse d’invitation avec le premier venu. – La danse d’invitation ? Est-ce une nouvelle danse ? Ironisa Germaine Carpentry. Sa mère plaisantait-elle vraiment ? – Mais non, maman, tu ne te souviens pas ? – Explique-moi, Paul. Elle adorait entendre son fils parler. Elle aurait fait n’importe quoi pour le retenir auprès d’elle plus longtemps. Paul, dupé, continuait : – Un peu avant minuit, l’orchestre s’arrête brusquement de jouer et annonce : «Mesdames et messieurs, ceci est la danse d’invitation »: tu dois cesser la danse et inviter ta cavalière à boire un verre. – Tu dois inviter ta cavalière ? Et si elle ne te plaît pas ? – Bien sûr, ce ne serait pas très correct de la planter sur la piste au milieu du bal. – Et si c’est toi qui ne plais pas à la fille, Paul ? – Eh bien vois-tu, on s’arrange toujours un peu avant minuit pour inviter la personne avec
qui on a le plus d’affinités. Mais j’y pense, toi et papa, vous adorez danser, pourquoi ne viendrez-vous pas au bal samedi soir ? Il va s’y produire un quatuor formidable, l’orchestre René Coll. – René Coll, c’est super, excellent, j’adore ! – René a débuté à l’âge de 16 ans, justement, chez Paul et Mémé. Il jouait dans l’orchestre de son père, il tapait sur un xylophone. – Je l’ignorais, c’est charmant. Tu verras, Paul, René Coll et ses musiciens iront très loin. Je leur prédis un long chemin. Nous les verrons dans quelques temps se produire sur les scènes parisiennes. On entendra parler d’eux pendant longtemps, écoute bien ce que je te dis, Paul. Germaine Carpentry ferma les yeux. Elle se voyait déjà virevolter dans les bras de son mari Jules, au son de la merveilleuse musique de René Coll et de son orchestre. – Tu fais de la voyance maintenant ! S’étonna Paul, brisant son rêve. – Non ! Mon intuition, juste mon intuition, Paul. Oui, nous viendrons, mais j’espère que René Coll et ses musiciens ne joueront pas ces danses de sauvages comme le twist ou le madison. Mon Dieu ! Quand les jeunes dansent cela, ils me font penser à des indiens qui implorent la pluie. – Nous demanderons aux musiciens de jouer des valses et des tangos. Si vous venez, avec papa, cela me ferait vraiment plaisir. J’aurai l’occasion de vous présenter des nouveaux amis que j’apprécie beaucoup, Marianne et Nino. – Marianne ! Marianne ! s’exclama madame Carpentry, répétant sans cesse ce prénom. Paul fit la moue. – Oui, Marianne, pourquoi ? Ce prénom ne te plaît pas ? – Si, si, Paul, il me plaît beaucoup. Le cœur de Germaine se mit à palpiter. Des souvenirs amers remontèrent à la surface. Elle n’avait pas pressenti qu’en achetant cette maison à Ménac, ce petit village qu’elle aimait tant pour la beauté de son site, allait la renvoyer dans un passé douloureux enfoui dans son âme depuis de nombreuses années. La vie allait, à présent, lui demander des comptes. Comme son mari Jules, éminent vétérinaire à Toulouse, Germaine était très fière de son fils Paul. Comme tous les deux l’avaient souhaité, il poursuivait de brillantes études à l’école vétérinaire de Toulouse. De plus, Paul avait été un enfant adorable, un adolescent pas trop difficile. En gros, il ne leur avait causé aucun souci. Aujourd’hui, le prénom de Marianne avait alerté Germaine, il l’avait catapultée dans un lointain passé, un passé rayé, au fond de sa mémoire. Elle en avait passé des nuits sans sommeil, à se morfondre dans son lit, remuant dans tous les sens des remords et des regrets. Au petit matin, elle se réveillait moite de sueur. Devrait-elle, un jour, dire toute la vérité à Paul ? Pour l’instant, il n’en détenait que la moitié. Le jour où elle se déciderait à parler, à lui avouer son erreur et celle de Jules, leur en voudrait-il vraiment ? Leur pardonnerait-il ? Elle n’en était pas certaine. Pourquoi, avec Jules, avaient-ils choisi de se taire ? Tous les deux n’avaient voulu que le bonheur de Paul, uniquement le bonheur de Paul. Mais ces pensées lui faisaient mal, si mal. Elle préféra les noyer dans un nuage, ne plus y penser. Paul parti, Germaine Carpentry sortit à son tour. Il n’était que 9 heures du matin. Tout en fermant la porte à clé, elle leva la tête comme à l’accoutumée. Elle fit un signe de croix demandant protection pour la journée. Dans une niche, au-dessus de la porte d’entrée, trônait une magnifique statue. Son doux visage, rayonnant, éclairait des traits parfaits. D’un tablier noué à sa taille s’échappait une multitude de fleurs multicolores. Elle semblait les offrir aux passants. C’était une sainte. Sainte Germaine de Pibrac. Germaine Carpentry se souviendrait longtemps de cette agréable journée. Oui, elle avait eu un coup de cœur pour cette magnifique maison qui arborait comme un pendentif cet écriteau sur lequel s’inscrivaient ces deux mots magiques : « A VENDRE ». Elle se remémorait sa promenade dans le village, en compagnie de la famille De Neuville. Ils étaient charmants, bien éduqués, et cela lui convenait très bien. Madame et monsieur De
Neuville les avaient accueillis, chez eux à Ménac, dans leur somptueuse villa, avec son mari Jules, pour les remercier d’avoir hébergé Xavier à Toulouse pendant ses études. Ce dernier avait rencontré Paul et s’en était fait un ami. Par la même occasion, et par l’intermédiaire de Xavier De Neuville, Paul avait été présenté à Guillaume De Valray, qui, à son tour, lui avait présenté sa sœur Elisabeth. Pour Germaine Carpentry, ce fut la cerise sur le gâteau, surtout quand Paul lui annonça qu’il avait eu le coup de foudre pour la sœur de Guillaume et que c’était réciproque. Elle ne contenait plus sa joie. Son fils fréquentait le beau monde. Oui, elle avait passé avec les De Neuville, une journée magnifique et elle s’en souviendrait longtemps. Ce jour là, ils se promenaient dans Ménac quand ils s’étaient arrêtés devant cette belle bâtisse, une maison de maître, située au cœur du village, pas très loin de l’église romane, une œuvre d’art. – Tiens, le fils Noguera vend la maison familiale ! S’était étonné Alice De Neuville. Elle, Germaine, était sidérée. Elle était restée, scotchée sur place, comme envoûtée par la beauté de la statue, nichée au-dessus de la porte d’entrée, ornant la façade de la maison. Antoine, le facteur, perché sur son vélo grinçant, la voyant extasiée devant la sculpture, ne put s’empêcher de lui expliquer : – C’est sainte Germaine, madame, sainte Germaine de Pibrac. C’était une enfant martyrisée. Un jour, sa marâtre l’accusa d’un vol de quignons de pain et d’avoir caché ceux-ci dans son tablier. Quand sainte Germaine ouvrit le tablier, au lieu de vieux croûtons rassis, du vêtement s’échappa une multitude de fleurs multicolores. – Quelle jolie légende ! s’exclama Germaine. Voyez-vous, monsieur, mon prénom est Germaine, comme celui de la sainte. Cette maison me plaît beaucoup. Je voudrais l’acheter. – Vous pouvez acheter cette maison en toute confiance, madame Germaine. Les anciens propriétaires, les Noguera, l’ont très bien entretenue. Le toit est bon. Hélas, à présent, les Noguera sont très âgés. Ils ne peuvent rester seuls, car ils sont devenus très dépendants. Leur fils, ingénieur à Paris, les héberge chez lui. Il a mis la maison en vente. – Merci beaucoup, merci pour vos renseignements, monsieur le facteur. – Vous pouvez m’appeler Antoine, ici tout le monde m’appelle Antoine. – Merci, Antoine. – Je suis certain que nous allons très vite nous revoir. J’aurai bientôt le plaisir de vous apporter votre courrier dans cette jolie demeure. Il força sur les pédales de son vieux vélo. Il descendit à toute vitesse la pente de l’église, au risque d’entrer dans la vitrine de la coiffeuse. Un vieux vigneron qui passait par là, frappant le sol de sa cane, lui cria : – « Macarel », Antoine, fais attention tu vas « t’empéguer » la vitrine de Cloterine et tu vas ressortir avec le nez d’un clown, et, avec une perruque des Beatles sur la tête ! Mais c’était l’heure de la soupe. Midi sonnait au clocher, et soudain, ce fut le calme complet. A midi, plus personne dans les rues, un vrai désert. Seul, un chien errant se dépêchait pour ne pas rater la peau du saucisson avant la croûte de fromage. A cet instant, on n’entendait plus que le bruit des cuillères ou des fourchettes qui tapaient sur les faïences. A partir de ce jour Germaine Carpentry sut que cette maison était pour elle, qu’elle l’attendrait. Elle vérifia une deuxième fois la porte d’entrée, fit un deuxième signe de croix et se dirigea vers le village. Elle contournait l’église quand une voix nasillarde l’interpella : – Bonjour madame, je ne vous connais pas, vous n’êtes pas ménacoise ! Elle sursauta. Qui pouvait être cette personne, si mal élevée, qui s’adressait à elle en ces termes ? Elle ne s’était même pas présentée. Germaine Carpentry faillit passer son chemin sans répondre. Mais elle se ravisa très vite, nouvelle venue au village, mieux valait ne pas se faire trop d’ennemis. Elle serra donc la main de la commère : – Bonjour madame. Je m’appelle Germaine Carpentry. Mon mari Jules est vétérinaire à Toulouse. Nous venons d’acheter la maison des Noguera, située à côté de l’église. Nous y
sommes installés avec notre fils Paul. – Moi, c’est madame Jugnot, mais on me surnomme La Fouquette. Je n’ai jamais su pourquoi… La maison de Noguera… On peut dire que vous avez fait une affaire. Vous allez faire des envieux au village. Cette demeure a toujours été très bien entretenue. Le toit est bon. Il n’y a rien à redire. Alors, votre fils s’appelle Paul, comme l’apôtre de Jésus ? Ah oui, je crois savoir qui c’est, un grand gaillard à la peau bronzée et aux yeux d’un noir profond, un très beau garçon ! – Euh oui, ce doit être lui. – Félicitations, madame Germaine, vous l’avez bien élevé. A chaque rencontre, il est toujours poli et souriant. Rien à voir avec les garnements du village. Ces bandits qui viennent « me faire le tustet ». – Le « tustet » ? S’étonna Germaine Carpentry à la prononciation de ce mot barbare. – Oui, le « tustet » ou le « martelet » comme cela vous va bien. Ces coquins frappent à ma porte comme s’ils tenaient un marteau dans leur main. Je me précipite pour ouvrir, espérant un visiteur, mais arrivée à la porte, plus rien. Ces bandits sont partis en courant. Ils se cachent à l’angle de la rue d’où ils vous épient pour se moquer de votre mine déconfite. Des vauriens, je vous dis… – Oui, je comprends, madame Jugnot, mais, mon fils Paul n’a pas le temps de s’intéresser à ces gamineries. Il poursuit de longues études pour devenir vétérinaire. Il a beaucoup de travail. Sans se soucier de l’intérêt de Madame Carpentry pour sa conversation, La Fouquette continuait : – Eh, figurez-vous qu’un jour, mes pots de fleurs, mes pauvres géraniums, exposés au soleil, devant ma porte, eh bien, ils ont disparu. Savez-vous où je les ai retrouvés ? Vous ne le devinerez jamais, sur la plus haute branche d’un platane à la place du marché, perchés tout là-haut. Comment voulez-vous qu’à mon âge, je monte aux arbres pour récupérer mon bien ? Heureusement mon ami Théo, le « poubelaïre » grimpe pour moi. Il me ramène mes pots de fleurs sur sa charrette. C’est Pompon, son cheval, qui la tire. C’est un très bon cheval et son maître le « poubelaïre », il est très gentil. – Le « poubelaïre » ? S’étonna encore une fois madame Carpentry. Encore un mot qu’elle ne comprenait pas ; était-elle tombée chez les sauvages ? – Oui, le « poubelaïre », le ramasseur d’ordures ménagères, si vous voulez. Décidément Germaine Carpentry apprenait un nouveau mot tous les jours. Elle s’imaginait que très bientôt, elle comprendrait l’occitan. La commère débitait toujours : – Mais que voulez-vous, madame Germaine, il ne faut rien dire. C’est la classe. Ces pauvres petits partent pour l’armée. Mon dieu, qu’on leur en donne des coups de pieds au cul à ces Tartarins de Tarascon. Mais, hélas, tous ne deviendront pas généraux. – Tu as bien raison, La Fouquette ! Lança une ménacoise qui passait par là, le cabas rempli de victuailles. Mais sois quand même indulgente avec ces têtes blondes ou brunes, car avec la mentalité qui change, ceux d’une autre classe, eux, risquent fort de faire pipi dans tes pots de fleurs pour les faire crever et Théo le « poubelaïre » finira par retrouver sa charrette et son Pompon sur le toit de sa maison. La Fouquette haussa les épaules, prête à s’en aller, quand surgirent deux autres mènacoises. Elles se mirent à glousser comme des pintades : – Eh La Fouquette, tu vas effrayer cette dame avec tes histoires ! Elle va croire qu’à Ménac il n’y a que des voyous. Indique plutôt à celle-ci où elle peut se procurer les spécialités de notre village. La bonne charcuterie de Chez Paulette, la fouace à l’anis de chez Françoise, les gâteaux en forme de poule à l’essence de citron de chez Marcel. – Eh Marie, interpella la femme du maire. Tu oublies les bons mille-feuilles de Paul, notre boulanger pâtissier. Ses gâteaux, sont un délice, un nectar qui fond dans la gorge. – Oui, mais moi, Fifine, je préfère les mille-feuilles de Jean-Jules. Ils sont bons et ils sont
plus gros. – Oh toi, cela ne m’étonne pas. Tu as les yeux plus gros que le ventre. Quoique ton ventre, il ressemble plutôt à une religieuse qu’à un mille-feuille. – Dis donc, impertinente, veux-tu tâter de mes poings ? Viens ici que je transforme ton nez en éclair au chocolat ! La dénommée Fifine s’enfuit, vexée, sans les saluer. – Elles sont fâchées ? S’inquiéta Germaine Carpentry. – Oh, rassurez-vous, Germaine, lui dit La Fouquette. Aujourd’hui, elles sont un peu fâchées. Demain, elles iront bras dessus bras dessous, en disant du mal des autres. Puis la Fouquette s’exclama : – Eh, les femmes ! On a oublié de citer le bon vin de la cave coopérative et des caves particulières. C’est grave dans un pays de vignerons ! Elle passa la langue sur ses lèvres. Malgré l’heure matinale, elle aurait bien dégusté un verre de vin frais bien sucré mélangé à des fraises. Ou encore, elle aurait bien trempé un gâteau en forme de poule. Elle aurait fait « chochole ».(tremper du pain ou des gâteaux dans du vin frais sucré)Subitement La Fouquette changea de sujet : – C’est bien votre fils Paul qui fréquente la jeune Elisabeth De Valray ? Elisabeth est une gentille fille, un peu fière, mais bon c’est son rang qui veut cela. Rien à voir avec Basilia, la petite espagnole, la femme de son frère Guillaume. Pauvre Guillaume, je crains que le futur médecin porte des cornes toute sa vie. Madame Carpentry fut pris d’une énorme migraine. Elle appréciait Guillaume et détestait les ragots. Le pot au feu qu’elle avait prévu de cuisiner pour midi ne serait jamais prêt. Elle demanda à ces dames où elle pourrait trouver un marchand de volaille. Elle s’enfuit la tête lourde. Le petit carillon de la porte du magasin oscilla dans le vent. Il égrena une douce musique. – Bonjour madame Carpentry, claironna la volaillère. Une femme bien en chair, aux joues roses et rebondies. Sur son tablier blanc noué à la taille, étaient collées quelques petites plumes sur des tâches de sang. Germaine Carpentry regarda la commerçante la bouche béante. – Ah oui, je comprends, vous vous demandez comment je connais votre nom alors que c’est la première fois que vous venez dans mon magasin. Vous savez, ici, au village, nous sommes une grande famille. Vous mettez un orteil devant le seuil de votre maison et hop, tous les villageois savent tout sur vous. Il n’y a pas de secret entre nous. C’est magique, n’est-ce pas ? Germaine ne trouvait pas cela magique mais plutôt indiscret. Comment faisaient donc toutes ces personnes pour connaître son nom, alors qu’elle venait à peine de s’installer au village avec sa famille ? Elle pensait que son fils passait toutes ses journées au château en compagnie d’Elisabeth. Il n’avait certainement pas eu le temps de connaître tous les villageois. La marchande de volaille continuait : – Vous achèterez bien un beau poulet, madame Carpentry ? Je vais vous donner le plus dodu, le meilleur, élevé au grain. Vous m’en direz des nouvelles. La prochaine fois, amenez donc une assiette, je vous offrirai de la « sanquette ». – De la sanquette ? – Oui, le sang du poulet que je viens de saigner. Madame Carpentry fut prise de nausées. – Mon Dieu, du sang ! Et vous le buvez cru comme des vampires ? – Mais non, mais non, rigola la marchande de volaille. Vous n’y pensez pas madame ! Elle songea : « Quelle nouille, celle-là, d’où sort-elle ? Sûrement une parigote ! » Je vais vous expliquer, continua-t-elle. – Vous faites revenir le sang dans une poêle avec un peu d’huile et une persillade ; une fois tout cela bien cuit, cela donne une espèce de galette noirâtre délicieuse qui fortifie le sang.
Tenez, vous devriez en faire goûter à votre fils. Si un jour, il doit affronter la famille De Valray, il aura besoin de beaucoup de nerfs et de courage. Vous ne les connaissez pas encore, je suppose, mais vous savez il en faut de la bravoure pour les fréquenter. Ils ont tous un tempérament de feu, même le fils. Figurez-vous qu’il a réussi à imposer à son père cette petite espagnole, une pauvresse ! Une autre ménacoise qui entrait, croisa madame Carpentry qui sortait : – Mado, je crois que tu as fait une « cagade » ! dit-elle à la commerçante. – Moi, une « cagade » ? s’exclama la marchande de volaille. – Oui, le fils de cette dame, Paul Carpentry, fréquente la jeune Elisabeth De Valray. A ce qu’il paraît qu’il y aurait promesse de mariage entre les deux jeunes gens. – Eh ben, je ne le savais pas. La volaillère se demandait si elle venait de perdre une cliente. Elle se tourna vers son amie : – Si cela ne lui a pas plu, que veux-tu que je te dise ? Elle ira chez Henriette, ma concurrente, il faut bien que tout le monde travaille. Et pour ton poulet ? Aussi gros que l’autre jour ? – Non, cette fois, je prendrai une pintade. – Bon, as-tu amené l’assiette pour la sanquette ? Germaine n’en pouvait plus. Elle avait besoin de changer d’air. Comment connaissait-on son nom ? Tout le monde semblait la connaître, alors qu’elle ne connaissait presque personne. Ici, rien à voir avec la vie de Toulouse où elle pouvait se promener anonymement dans les rues de la ville rose. Elle songea à madame et monsieur De Neuville, des personnes discrètes bien élevées. Elle leur faisait entièrement confiance. Qui avait bien pu parler de leur famille au village ? Elle entra dans la boulangerie ; Marcel, le boulanger, lui fit un grand sourire tout en lissant sa moustache : – Bonjour madame Carpentry. Elle fixa le commerçant, avec des yeux tout ronds. Cette fois, elle faillit s’évanouir. Le boulanger, s’apercevant de son émoi, voulut la rassurer : – Vous savez, ici, au village, nous sommes une grande famille. Vous...