La trahison d

La trahison d'une lady

-

Français
320 pages

Description

Angleterre, 1326
Lorsque Lussac de Belligny lui propose d’intercéder auprès de la reine Isabelle pour délier le mariage de convenance qui a motivé sa fuite, Katerine a le souffle coupé. Jamais elle n’avait espéré un tel bonheur ni songé à abandonner le masque de sa nouvelle identité, pour reprendre sa vie paisible d’autrefois. Mais bientôt Lussac, le regard malicieux, ajoute une condition à son offre : le conduire jusqu’au château des Dauntsey dans sa famille pour obtenir vengeance… 

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782280424035
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
À PROPOS DE L’AUTEUR
De son propre aveu, Meriel Fuller est fascinée par l’Histoire et le pouvoir de l’amour. Ses récits passionnants, où les bourrasques de l’Histoire et les tempêtes du cœur ont un rôle égal, se nourrissent de cette double fascination.
Àmes enfants, Fin et Verity
Chapitre 1
Côte est de l’Angleterre — septembre 1326
— Tu as réussi ? murmura Waleran, à plat ventre dans l’herbe. Depuis le sommet de la butte, Katerina lui répondit par un sourire triomphant. — Oui ! lança-t-elle en agitant la lourde sacoche dans laquelle elle venait de ranger sa fronde. Elle redescendit prudemment jusqu’aux arbres, camou flée, dans la végétation rampante, par les teintes neutres de ses vêtements d’homme trop grands — des vêtements qu’elle avait choisis pour cacher ses formes féminines. À l’idée de manger du lapin rôti au petit déjeuner, son estomac vide gargouilla bruyamment. Il y avait trois jours qu’elle n’avait pas avalé de viande. Toute la troupe s’était rabattue sur le reste d’un sac de grains qu’on avai t transformés en gruau puis en bouillie claire pour nourrir tout le monde. John allait être heureux de les voir revenir les bras chargés, après cela : le lapin que Katerina venait d’attraper était assez gros pour rassasier au moins la moitié de la troupe. — Allez, viens ! lâcha Waleran en se redressant. Il était maigrichon dans sa tunique rapiécée couverte de rosée. — Il est encore tôt, protesta Katerina, les yeux pétillants de malice. En effet, le soleil commençait à peine à darder ses rayons par-dessus l’horizon, illuminant d’or l’écorce pâle des bouleaux et faisant luire les quelques cheveux fauves qui s’échappaient de son capuchon. Elle tapota son sac rempli et ajouta : — Ce lapin ne nourrira pas tout le monde… Waleran se tassa un peu, l’air maussade. — Je ne veux pas qu’on prenne de risques, Katerina. Même aussi tôt, on pourrait tomber sur des hommes du comte et ils nous arrêteraient pour braconnage. Katerina haussa les épaules. — Depuis quand on se laisse surprendre, toi et moi ? De toute manière, le comte a bien assez de gibier. Un lapin ou deux de moins, cela ne doit pas changer grand-chose pour lui ! — Nous n’avons qu’à retourner au camp par la plage, suggéra son ami. Les poissons sont gratuits, eux. — Très bien. Katerina prit le bras de Waleran et se mit en route. — Nous allons faire les choses à ta façon, ce matin. Lapin rôti et poisson, que demander de mieux ?
* * * D’une petite main fine, Katerina rabattit son capuchon sur son visage pour dissimuler les nuances lumineuses de ses cheveux. Un léger amusement envahit Waleran. — Tu t’oublies ? demanda-t-il en jetant un rapide coup d’œil à leurs bras enlacés. Deux garçons qui se tiennent la main ? Cela risque d’attirer l’attention, non ? — Oh ! s’écria Katerina, rougissante. Son rire clair résonna sous les arbres, porté par l a petite brise qui faisait danser les feuilles jaunies au-dessus de leurs têtes. — Pardonne-moi, je n’y pense plus, parfois… — C’est pour ta propre sécurité, Katerina, répondit Waleran dans un sourire, en la couvant d’un regard doux.
Qui aurait pu le deviner ? songea-t-il en marchant avec elle dans la forêt, conforté par leur silence amical uniquement troublé par le frois sement des feuilles mortes sous leurs bottes fatiguées. La fille d’un seigneur, rien que ça, contrainte de devenir simple acrobate dans une troupe itinérante de saltimbanques… Aucun des autres artistes, jongleurs, bouffons et musiciens, ne savait qui elle était réellement, ni d’où elle venait. Tout ce qu’elle avait voulu, c’était trouver un moyen de se cacher et de disparaître.
* * * En approchant de la berge, on voyait les arbres s’écarter, plus clairsemés. Le vacarme des vagues atteignait son apogée sur les galets avant d e se muer en bruit de succion, en inspiration profonde qui précédait un nouveau tonnerre. Les pins courbés, à la lisière du bois, firent bientôt place à des buissons d’épine noire, et à des ronces faméliques étendues sur le sable. Un vent puissant soufflait, froid et mordant, venant tout droit des landes des pays du nord. Katerina se crispa un peu, les bras croisés pour se protéger des assauts de la brise qui traversait sa tunique fine et sa chemise usée. Les yeux mouillés par l’air glacial, elle se tourna vers le large estuaire et les marais saumâtres que l’on voyait s’étendre plus loin, jalonnés de bancs de sable boueux et traîtres recouverts d’oise aux gris dont les becs jaune vif parsemaient l’uniformité triste de la terre. Descendant jusqu’au bord du marais, Waleran et elle s’engagèrent prudemment sur le sol souple en direction de la plage. Plus ils approchaient, plus les vagues grondaient, s’écrasant sur la berge dans un bouillonnement d’écume. À leur gauche, quelques dunes couronnées d’herbe s’élevaient de l’eau, exposant au soleil ma tinal leurs flancs de sable sillonnés d’argile. Alors que Katerina contournait la base de la dune la plus proche, le vent s’engouffra dans sa cape. Waleran marchait devant elle, fort de ce rôle de protecteur qu’il affectionnait tant. Soudain, il s’immobilisa puis recula vivement, tendant un bras en arrière pour arrêter Katerina. — Qu’est-ce… ? lâcha-t-elle, surprise par son geste. Ce fut alors qu’elle vit… Plus loin sur la berge, baignée par les premiers rayons rosés de l’aube, se trouvait une flotte d’une trentaine de navires rassemblés près de la plage. Leurs voiles carrées battaient dans le vent, taches de couleur incongrues au milieu du paysage. Des chevaux — de grands destriers de guerre musclés à la robe luisante qui piaffaient de peur à l’idée de s’approcher de l’eau — étaient conduits sur des rampes de bois jusqu’à la berge recouverte d’écume. Et des centaines d’hommes vêtus de cottes de mailles scint illantes, coiffés de casques d’acier, grouillaient autour des navires, courant maladroitement dans l’eau pour atteindre la terre ferme. Certains s’étaient déjà mis en selle et chevauchaient en tous sens en criant des ordres dans une langue gutturale que Katerina ne reconnaissait pas. — Seigneur ! s’étrangla Waleran. Qui sont ces gens ? Dans le soleil levant, les boucliers métalliques des soldats reflétaient la lumière et il était difficile de reconnaître leurs armoiries. Le cœur battant, Katerina plissa les paupières et tenta de se concentrer sur le bouclier le plus proche. Il était peint en bleu nuit et orné d’une fleur de lys dorée. Une couronne richement décorée surplombait l’ensemble. En un éclair, Katerina sentit son estomac se nouer et une vague de panique l’envahir. Ses jambes se mirent à trembler. — C’est la reine, Waleran, parvint-elle à murmurer. La reine Isabelle… d’Angleterre ! Troublée, elle leva une main à son visage. Cela n’avait pas de sens. — Je ne comprends pas : ces soldats ne sont pas des chevaliers anglais… Waleran pâlit à son tour et empoigna Katerina par le bras. — C’est mauvais signe ! Nous devons partir, et vite . Quittons cette plage : c’est dangereux, ici. Consciente de la note d’angoisse qui perçait dans la voix de son ami, Katerina prit son élan et sauta habilement par-dessus le fossé qui s’étendait derrière eux. L’ourlet trop large de sa tunique flotta un instant autour de ses cuisses fines recouvertes d’un pantalon de laine. Elle sentit Waleran hésiter, dans son dos, mesurant sans doute la largeur du trou et se demandant s’il serait capable de sauter à son tour sans tomber. — Je te tiens ! cria soudain une voix bourrue de l’autre côté du fossé. Katerina se retourna et vit quelqu’un tirer brutalement son ami par la ceinture et le traîner sans douceur dans le sable humide. Horrifiée, elle put voir la terreur s’emparer de Waleran, qui ne semblait même pas avoir le courage de regarder en arrière pour découvrir le visage de son assaillant. Quatre ou cinq soldats s’étaient rassemblés autour de l’ami de Katerina. Le plus âgé — et le plus gros — tenait fermement Waleran, l’empêchant de fuir. Leur identité ne faisait plus