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La Vallée de Damas-Fleur...

De
220 pages

Au début de sa vie, Damas-Fleur est ballotée entre une mère dictatrice qui la repousse constamment et un père qui l’adore.
Les années ont passé. Damas-Fleur se retrouve maintenant confrontée à la tromperie de son mari et doit se battre contre la maladie qui s’acharne sur elle et ses enfants.
Hormis cela, la jeune femme s’accroche à la vie et avance, malgré le fléau qui s’est abattu sur sa vie...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-24548-7

 

© Edilivre, 2017

Sorte de prologue

L’ambulancier s’arrêta aux urgences d’une clinique ; lorsque papa en descendit il paniquait, tant maman criait en se tenant le ventre. Quelques minutes plus tard, je me propulsais, de ce ventre dans lequel je grandissais depuis neuf mois. Papa fut très heureux de me voir, mais maman elle, refusa de me prendre dans ses bras.

Un mois après ma naissance, je fus baptisée dans la petite chapelle blanche du village. Mon parrain s’appelait Elie et ma marraine Pierrette. L’endroit où se situait la chapelle, se nommait « Le torchon ».

Le curé m’a baptisé comme de coutume : eau bénite sur le front, sel dans la bouche et, beaucoup de prières, afin que je sois bien accueillie parmi mes semblables ainsi que dans le cœur de Dieu.

La Vallée de Damas-Fleur...

 

J’avais dix ans et nous étions dans la jolie ferme de mes grands-parents. Il n’y avait que trois maisons dans le coin, celle de mes parents, de papi et mamie, ainsi qu’une autre perdue au milieu du bois. Les grands arbres ressemblaient à des monstres et je n’aimais pas ça du tout. Un soir, j’entendis mes parents parler de leur déménagement : « Nous serons juste à dix kilomètres de Torchon ! » Disait papa. Je pleurnichais, parce que maman s’énervait à la moindre bêtise que je faisais. Lorsque j’étais punie à l’école, elle aussi, me punissait. Je mangeais du pain sec et buvait de l’eau durant une semaine. Je cafardais auprès de ma maitresse, qui elle, prenait pitié de moi. Pour me consoler, celle-ci, me donnait des petits gâteaux, du chocolat, ainsi qu’un grand verre de lait. Ensuite, elle glissait des bonbons dans ma poche. Elle était vraiment gentille, maitresse Eugénie.

J’avais une amie, Caroline. Celle-ci était un peu plus âgée que moi et habitait à côté de chez nous. Nous nous amusions bien toutes les deux. Un jour, alors que nous étions en promenade, je m’étais perdue dans les ruines d’une ancienne verrerie. Mes parents et les gendarmes avaient passé la journée à me chercher. Ils pensaient tous, que j’étais tombée dans le trou plein de goudron situé au fond de la clairière. Il se passa des heures, avant qu’ils me retrouvent. Sous la colère, la peur, papa me donna une bonne fessée.

Cette fessée, m’a rappelé le jour où mon frère Pierrot m’a demandé de faire une grosse bêtise. C’était l’hiver, nous étions allés avec papa dans le bois, car nous devions ramasser du petit bois pour la cheminée. Ce fut à ce moment-là, que Pierrot me demanda faire une chose que maman, elle, nous avait toujours interdite : aller sur l’étang gelé.

« Chiche que tu te dégonfles d’aller sur la glace, Damas-Fleur ! » S’esclaffait-il.

– Tu es fou Pierrot !… La glace est bien trop fine ! ». Lui répondis-je, terrorisée.

Cependant, voulant faire ma maligne devant mes amis, je m’élançais sur la glace en faisant des pirouettes, quand soudain, celle-ci céda sous mon poids. Affolés, mes amis alertèrent papa qui arriva en courant pour me sortir de l’eau glacée.

Si je n’oubliais pas ce jour-là, Pierrot lui, en riait toujours, lorsqu’on en parlait. Quel bêta ! » M’esclaffais-je, hormis que je n’étais pas mieux que lui, pour faire des bêtises.

Nous étions de nouveau dans les bois et papa me demanda de lui apporter sa topette d’eau. Mais comme j’avais beaucoup couru et que j’avais très soif, j’avalais sa topette d’eau. Peu fière de moi, je m’étais planquée derrière le gros chêne, puis en fit timidement le tour afin de cacher mon visage devenu tout rouge de honte. Tous pensaient que j’étais malade, tant je bougeais dans tous les sens. Papa me fit monter dans le tracteur avec l’intention d’aller chez le médecin, lorsqu’un bucheron s’écria :

« Ta topette est vide, Robert ! Voilà pourquoi elle est si bizarre, la Damas-Fleur ! »

– Quelle petite peste ! Mais je lui pardonne, car elle, ne savait pas, que j’avais mélangé du vin à l’eau ! ».

Papa ainsi que son collègue se mirent à rires… Ils n’avaient plus rien à se mettre dans le gosier… mais eux riaient. Pauvre papa, je m’en voulais tant, d’avoir vidé sa topette.

J’avais évité la raclée, mais je fus de corvée à la ferme pendant une semaine.

Lorsque le printemps arriva, j’allais de nouveau avec papa dans les bois. Monsieur Bigé faisait l’effeuillage, cependant que papa lui, coupait le bois. Quand à nous, on faisait toujours les fous autour du feu de camp.

La femme de monsieur Bigé, Pervenche, était là elle aussi. Pendant qu’eux travaillaient, elle et moi allions dans les vergers du coin pour y prendre des pommes. Le midi, papa faisait un feu autour duquel nous mangions tous en s’asseyant sur un tas de bois. Sur les braises, il y avait du lard, des saucisses, et aussi des patates. Hum ! Ça sentait bigrement bon !… Surtout lorsque mes amis et moi retournions le lard et les saucisses avec un bâton.

C’était vraiment bien d’être dans les bois, oui, vraiment bien ! Toutes mes vacances je les passais avec papa. J’adorais être avec lui car il n’était pas comme maman qui elle, disait toujours que j’étais une mauvaise surprise.

Monsieur Bigé, posait culotte derrière un massif, quand il se releva pour dire à papa :

« Regardes le beau chevreuil, Robert ! Il y a même des champignons par ici ! ».

Mon frère Fabrice était venu avec nous à Planchette, le village voisin. Pendant qu’il s’amusait, il trébucha sur la roue de la voiture. Papa l’emmena à l’hôpital car il s’était ouvert l’arcade sourcilière.

J’étais le cancre de l’école. J’avais bien du mal, avec le calcul et le français. En vérité, je n’étais pas bonne élève. Cependant, je faisais de gros efforts, afin que mes parents soient fiers de moi. Surtout maman, qui elle ne lâchait pas d’un œil mes résultats. Lorsque qu’elle penchait sa tête et regardait par-dessus mon épaule j’avais très peur, tant ses yeux étaient rouges de colère.

Là où on habitait, il y avait un évier en pierre, assez grand pour servir de lavoir à maman. Il y avait aussi une grosse bassine, dans laquelle elle faisait tremper son linge. Maman besognait durement, car tout se faisait à la main. Quand l’argent manquait, elle allait faire crédit à l’épicerie du village, cependant que moi, j’allais rapiner dans les vergers pour l’aider à remplir nos assiettes.

Lorsque papa disait que ça n’était pas beau, je lui répondais : « Mais, mon ventre à faim lui !… Le bon Dieu ne me punira pas si j’ai faim !… Il l’a dit le curé, que le bon Dieu était gentil avec les enfants ! ».

Un jour, nous vîmes Marguerite et Roger, deux personnes âgées habitant près de chez nous. À chaque fois que la Marguerite passait devant chez nous, je lui tirais la langue. Pire encore…, je liais un vieux porte-monnaie à une ficelle, puis le laissa trainer sur le chemin. Lorsque celle-ci se mit à courir pour l’attraper, moi je tirais dessus en riant. Furieuse, la Marguerite alla se plaindre à maman. Plus tard, comme elle aimait bien ma petite sœur Coco, nous devînmes amies. Je regrettais d’avoir été méchante avec celle qui était si gentille avec nous, car depuis, elle passait son temps à nous bichonner comme si nous étions ses propres enfants.

Nous allions tous à la messe le dimanche : c’était la tradition. Lorsque la messe était finie mes frères et moi allâmes sonner à la porte du facteur. Le gros bonhomme lui, s’énervait et criait après nous en disant :

« Sales garnements ! Attendez un peu que je vous attrape, vos fesses vont devenir rouges ! ».

Ma mère, disait toujours que comme j’étais la cinquième roue de la voiture, c’était à moi d’aller chercher le lait à la ferme. Je devais faire deux kilomètres dans la forêt avant d’y arriver. Bien sûr Il faisait noir quand je revenais. J’avais une, sacré frousse, avec tous les bruits bizarres que j’entendais.

Une fois, j’avais pris Pierrot, avec moi. Je me souviens que nous courrions très vite, afin que les arbres ne nous attrapent pas. Ils étaient si grands, que pour me rassurer j’avais dis à Pierrot : « Savais-tu qu’en temps d’orage certains arbres se courbent jusqu’au sol ? ».

Quelques mois plus tard, mon père décida d’acheter une maison et nous allâmes tous vivres dans un autre village. La maison était très grande. Au ré-de chaussé, il y avait : la salle à manger, la cuisine, deux cabinets de toilette. À l’étage, la chambre de mes parents et celle que j’allais partager avec mes deux sœurs Christine et Coco. Celle de mes frères se trouvait un peu plus loin, au fond du couloir. L’endroit le plus important c’était le grenier car, étant rempli de paille, nous allions pouvoir y jouer à cache-cache.

Le lendemain de notre installation, je m’étais coupé un doigt en aidant papa à fendre du bois. Maman m’emmena à l’hôpital pour le recoudre. Lorsque mes amies vinrent me voir, l’une d’elles grimpa sur le lavabo et le cassa. Toutes se sauvèrent en courant, lorsque l’infirmière arriva. Me croyant coupable, celle-ci en parla à mes parents.

Maman paya la casse en me regardant d’un œil méchant. Pas contente du tout, elle m’ordonna de ne pas bouger de mon lit avec son doigt pointé sur moi. Moi, j’avais juste cassé le thermomètre, et comme je l’avais caché sous le matelas, l’infirmière ne le retrouvait pas. Elle, supposait en riant que je l’avais avalé. Maman attendit que je rentre à la maison pour me punir : « Tu seras corvée de WC toute la semaine ! » Criait-elle, en me claquant sa grosse main sur la figure.

Nos anciens voisins venaient très souvent nous voir. Afin d’aider papa à construire sa maison, mais surtout pour repeindre les façades très abimées ainsi que l’intérieur et les volets. Une fois finie, c’était la plus belle des maisons. Maman l’avait fleurie tout autour ainsi que sur les fenêtres. De gros pneus de tracteurs ainsi que d’anciennes voiturettes d’enfants servaient de pots. Je me disais qu’il fallait être bougrement intelligent, pour y avoir pensé. Mais, ce que je pensais à ce moment-là n’avait pas grande importance, puisque je n’étais encore qu’une petite fille.

Papa étant en congé, ce fut maman qui allait travailler. Elle, collait des étiquettes sur des boites à fromage. Comme elle quittait son travail tard le soir, ce fut ma sœur Christine qui cuisait la soupe. Papa lui, se reposait. Il adorait, s’assoir dans son fauteuil, poser ses pieds sur le rebord de la cheminée ; se laisser dorloter le temps d’une soirée par ses filles qu’il chérissait.

Notre nouvelle école était à deux pas de la maison. La maitresse, madame Berthe, je la trouvais bien jolie, avec son chignon aux mille épingles. Comme ses cheveux étaient très noirs et son visage très blanc, on l’appelait, blanche-neige. Madame Berthe nous faisait beaucoup rire, car elle parlait comme un oiseau. Sa blouse de couleur rouge et bleu lui allait comme un gant ; ça me plaisait vraiment beaucoup. D’ailleurs, je me disais que j’aurais la même un jour, sauf si d’ici là mon jugement ne soit changé en ce qui concernait les couleurs de la soie et des rubans. « En tout cas, moi je ne parlerais pas comme un oiseau ! » Pensais-je.

Je voulais tant plaire à maman, faire qu’un jour elle finisse par m’aimer comme une fille et non pas comme la cinquième roue de sa voiture. Je savais bien, que c’était bête de penser ça de sa maman, mais c’était gravé dans ma tête.

Perdue dans mes rêves et mes déductions, j’oubliais d’aller faire le marché pour le repas du soir. « Encore une bêtise de plus qui va faire crier maman… je n’en loupe pas une… je ne fais que des bêtises et le martinet va encore gicler sur mes cuisses !… Tant pis ça sera ma faute ! » M’écriais-je.

Maman revint de son travail, posa son courrier sur la table, puis l’ouvrit, intriguée. C’était des histoires de grandes personnes qui ne regardaient pas les enfants comme moi, mais qui du coup, fit qu’elle oublia de me gronder. Elle était même gentille, ce soir-là.

Les années passèrent et j’allais au lycée. Peu de temps, car quelque mois plus tard, maman me demandait d’arrêter mes études pour travailler à l’usine. C’était ainsi, les plus vieux aidaient les plus jeunes à continuer leurs études. Cependant, je ne baissais pas les bras et continuais d’avancer doucement. Un soir, je décidais d’aller danser avec mon amie Colette et d’autres filles. Elles, étaient toutes très gentilles et je me sentais moins seule. Etant devenue une adulte, papa me permit de sortir en ville. Nous allions à la patinoire ainsi qu’à la piscine avec d’autres jeunes de la banlieue. Etant incapable de me débrouiller seule en ville, je consultais mes amis pour ne pas me perdre. Pour aller danser, nous empruntions toujours la même route, celle qui montait vers le vieux manoir. Le luminaire extérieur de la boite de nuit nous éblouissait tant, qu’on avait bien du mal à lire le nom de l’établissement. Je n’étais jamais venue dans de tels endroits ; ça me changeait des bals au village. C’était spacieux et beaucoup de filles bien plus jolies que moi s’y trouvaient. Enfin, c’était ce que je pensais, jusqu’au moment où l’un des gars se mit à me reluquer. Toute émoustillée, je me lançais sur la piste. Un jeune, plus hardi que d’autres, s’approcha de moi. Il avait l’air un peu gaga, bien qu’au bout de dix minutes de conversation je le trouvais charmant. Il me regardait comme si j’étais à croquer, ce gros nigaud en pantalon patte d’éléphant. Sentant sa main prête à se poser sur mon épaule, je m’efforçais de trouver un peu d’assurance, n’ayant jamais parlé à un garçon de cet âge. J’avais la gorge sèche d’émotion, quand Colette me demanda de dormir chez elle puis ajouta : « Demain, nous irons manger à la cafétéria et faire du shopping ! ».

Nous étions las, mais heureuses, lorsque nous sortîmes de la cohue de la ville, pour nous engager dans l’étroite ruelle délabrée par les années. Colette et moi, fûmes pliées de rire, lorsque nous vîmes Tina enfourcher son vélo et faire des embardées.

Cependant que Tina faisait le trajet en vélo, Colette et moi empruntions les bois. Toute excitée d’être enfin arrivée chez-moi, je m’étais cognée la jambe sur l’escalier en béton. Depuis, Tina m’emmenait sur son vélo pour faire mes courses.

Elle était tellement digne, tellement généreuse, lorsqu’elle prit mon sac afin que je ne sois pas trop essoufflée. Pendant que je montais les escaliers en sautillant sur ma jambe valide, elle, allait promener mon chien. Tina m’aidait même à prendre mon bain, avant de s’en aller.

Le lendemain, papa prit le chien avec lui, pour aller faucher l’herbe… il aimait tant, le voir courir et sautiller dedans.

Jeff, jouait comme un petit fou ; sans prendre garde, lorsque papa le blessa au ventre avec sa serpette. Affolé, celui-ci cessa son travail afin de l’emmener chez le vétérinaire qui le soigna et le banda. Quelques jours plus tard, remit de ses blessures, le chien jouait de nouveau comme un petit fou dans l’herbe redevenue haute. Je me sentais triste car mes parents se disputaient sans arrêt et de plus en plus fort. Papa, disait à maman qu’il allait se pendre, tant il en avait marre de la vie et lui répondait : « Pends-toi donc pauvre imbécile ! Si tu as besoin d’aide, je t’aiderais même à tirer sur la corde ! ».

Parfois, je me demandais si un jour ma vie de couple serait pareille. Ça faisaient deux années qu’ils faisaient chambre à part. Je n’aimais pas ça, mais comme c’était maman qui le voulait ainsi. Pauvre papa, lui cognait sans arrêt à la porte de la chambre afin qu’elle lui ouvre. Comme j’allais avoir dix neuf ans et ayant fait quelques économies, je m’inscrivis au permis afin d’acheter la voiture qui allait me conduire vers l’indépendance. D’ailleurs, je ne fus pas la seule à en rêver car, le lendemain au petit déjeuner, mon frère Fabrice me regarda et dit :

« Je quitte la maison, petite sœur ! J’en ai assez, de l’ambiance qui y règne ! ».

Mes parents nous invitèrent à les accompagner chez l’Oncle Pierre à Monaco. L’endroit était magnifique ! La mer et son immensité me faisait vraiment rêver. Mes parents avaient fait la paix, mais pour combien de temps ? Nuls n’auraient su le dire. En attendant ce jour, nous profitâmes tous de ce moment d’accalmie. Le port était bondés de bateaux tous plus beaux les uns que les autres.

C’était un miracle d’être à la plage avec mes parents, vu qu’eux se disputaient depuis ma naissance. Nous revînmes chaque année au même endroit. Papa avait achetée une caravane pour le couchage car hôtel était bien trop cher pour lui.

Chaque soir, c’était la nouba quand les jeunes se réunissaient à l’entrée du camping. Ainsi éloignés de toutes contraintes et surveillance parentale, nous pûmes vivres en toute tranquillité, cependant que nos parents eux, jouaient à la pétanque à la lueur des réverbères.

Ce fut ce soir-là, que je fis la connaissance de Laurent et de sa copine. Il était vraiment bien Laurent ! Adorable, avec son amie Caroline. Sa vieille deux-chevaux décapotable ne payait pas de mine, mais lui s’en contre fichait. C’était un gars de la campagne comme moi, comme nous tous. Il se mit à pleuvoir des trombes d’eau et la pluie pénétra dans le véhicule. Ça me rappela le jour où mon frère avait foncé dans une fontaine. Ce jour-là, il s’était moqué d’une voyante qui officiait sur la place du village et avait perdu le contrôle de son véhicule.

La soirée s’était terminée au bord de la mer. Mon cœur battait déjà très fort pour Laurent, à ce moment-là, mais bien plus encore lorsqu’il vint faire son service militaire dans nôtre région.

Laurent m’ayant souvent écrit des lettres d’amour, je fus toute retournée, lorsqu’il me rendit visite au village. Pourtant je commettrais l’erreur de ma vie ce soir-là, en lui disant que je ne le considérais que comme un ami. Laurent s’en alla, déçu.

Pour oublier Laurent, je m’inscrivis dans un cercle musical : « Destination la Belgique les amis ! » Criait le chef de troupe. Cependant, il y avait toujours un ver pour ronger la pomme. Ce ver, c’était le père Thiebault qui braillait tant qu’il le pouvait après nous. Nous en avions tous et toutes vraiment assez de ses intonations de dromadaire… du coup, la fanfare s’arrêta.

Nous reprîmes donc la direction de la maison. Le soir même, papa invita ses amis voisins pour une partie de carte. Parmi eux, il y avait, le grand Marcel, le béguin de ma sœur Christine, ainsi que l’oncle Claude. Pendant la partie de cartes, j’apprenais que Laurent dont j’étais encore amoureuse, était marié et père de trois enfants. Lui m’avait pourtant dit qu’il était célibataire !… Je n’avais pas poussé la relation plus loin que l’amitié mais je fus très déçue de l’apprendre.

Je ne fus pas la seule à subir une déception ce soir-là, ma sœur Christine aussi, l’avait été par Marcel.

Un soir, ayant ingurgitées des bières à gogo, Marcel était allé dormir dans la grange. En allant voir s’il allait bien, Christine le vit avec une femme. Hormis son chagrin, elle demanda à Marcel de choisir entre elle et cette personne. Confus d’avoir été surpris la main dans le sac, Marcel fit semblant de tituber et s’accrocha à la jupe de ma sœur en lui demandant pardon. « Pauvre petite sœur ! Pensais-je, ton Marcel, ne me parait pas catholique du tout ! ». Mais la passion l’emporta et Christine retomba dans ses bras. Plus tard, ils s’en allèrent bras dessus bras dessous en faisant mines de ne s’êtres jamais perdus.

Je venais d’être embauchée dans une usine, quand je fis ma valise sous l’œil ahuri de ma mère. J’allais enfin pouvoir vivre ma propre vie, aller voir mon frère Jean Pierre plus souvent, sortir comme les filles de mon âge. Parfois, le weekend, j’allais voir maman hormis son caractère dédaigneux à mon égard. Ce fut chez elle, que je fis la connaissance de mon futur époux.

Après plusieurs mois de fiançailles, celui-ci m’épousa par un beau jour d’été, à l’église de mon village. Au fil des mois mon ventre s’enfla pour laisser place à une adorable petite fille. Nous restâmes un bon moment dans un joli meublé, pour ensuite continuer chez mes beaux parents. La vie n’était pas facile, tous réunis, mais cela m’avait laissé du temps pour chercher l’appartement qui nous conviendrait.

Six mois plus tard, on m’en proposait un très grand, avec une chambre en plus pour l’autre bébé que j’attendais.

Ma vie allait crescendo !… La naissance de mon fils Nolan, avait mit du baume dans ma vie quelque peu perturbée par ma mère et ses réflexions à deux sous. J’y pensais si souvent, que ça en devint presque obsessionnel.

Un jour, via le téléphone, j’apprenais que mon mari me trompait. Sa maitresse me l’apprenait si cruellement et ouvertement que j’avais eu des vomissures.

J’avais pris du poids lors de mes grossesses, mais je ne trouvais pas ça normal que Pat aille voir ailleurs !… J’hurlais mon dégout… ma haine… ma colère :

« Ça ne fait pourtant pas des lustres que nous sommes mariés nom de dieu ! ».

Je me sentais malheureuse à en mourir quand il me quitta. Le monde s’écroulait sur ma tête cependant qu’eux se moquaient de moi à travers la vitre de leur voiture flambant neuve. À travers l’autre monde de Pat, celui dont je ne faisais plus partie.

Jamais, je n’avais autant souffert de la perte d’une personne. Pat me manquait, hormis la grande douleur qu’il m’avait infligée.

Après avoir vécu quelques temps en solitaire, je retrouvais peu à peu gout à la vie en travaillant comme gardienne d’enfants le jour et en faisant du ménage le soir. Ça me suffisait pour joindre les deux bouts et oublier ma tristesse. Un peu plus tard, on me proposa un stage pour femme en difficulté. Nous étions, quinze femmes, à nous battre pour nos enfants, nos vies.

Une fois mon stage terminé, j’avais trouvé un travaille au champ de course. Il fallait marcher à pied durant des heures, avant de l’atteindre. (Ça me rappelait lorsque j’étais enfant et que je devais traverser la forêt de nuit). Ce stage, n’avait pas été inutile, puisqu’il m’avait permis de trouver des amies et une certaine indépendance. Je n’étais plus coincée entre mes murs… au contraire… je reprenais ma vie en main certaine de ne plus commettre les mêmes erreurs.

Plus tard, je poursuivis mon emploi du temps en tant que nourrice. La seule chose qui me permettait d’être auprès de mes deux enfants Cindy et Nolan. Mes deux petits bouts que je chérissais chaque jour davantage afin d’oublier la tromperie de leur papa. Le mercredi, on allait dans un parc à gibiers. Leur faire découvrir la nature… ce fut une chose à laquelle je tenais tout particulièrement.

En grandissant, ma fille Cindy me faisait sortir de mes gongs, tant elle, avait changé. Les effets de l’adolescence sans doute ? Elle, n’écoutait plus et n’en faisait qu’à sa tête, hormis les efforts que je faisais afin que ça aille bien. Par contre, mon fils Nolan, lui, ne m’apportait que des satisfactions.

Cependant et grâce à ça : j’avais acquis la confiance et l’autorité qui elles me manquaient depuis toujours.

Cindy et ses amies, s’étaient installées une sorte de boite de nuit au sous sol. Elles l’avaient garni avec des guirlandes ainsi que toutes sortes d’objets qu’elles avaient trouvés par-ci et par-là. Elles y faisaient la nouba des heures durant, dans cet endroit. Ça m’avais fait du bien de la voir s’amuser ainsi.

Quelques mois plus tard, j’apprenais que maman était dans le coma. Je l’avais toujours aimée maman, hormis que pour elle, je n’étais qu’un accident. La cinquième roue de la voiture. Maman faisait toujours comme si je n’existais pas. Pourtant, avant de sombrer dans le coma, lorsqu’elle était dans son lit, je l’aidais comme je pouvais en y mettant tout mon cœur. Je voulais tant, lui faire comprendre ce qu’était l’amour d’une mère pour sa fille.

Le jour où elle rouvrit les yeux, maman me dit :

« Tu vas me perdre comme j’ai perdue ma mère alors ne chiales pas… puisque ça ne servirait à rien !… Prends ça et sèches tes larmes ! ».

Le regard fixe, maman me tendit un mouchoir puis un objet. Un souvenir pour lorsqu’elle serait morte. L’infirmière me fit sortir de la chambre pour faire les soins aux malades. Quand elle quitta la chambre, j’ouvris la porte et alla m’assoir sur le fauteuil près de maman. L’œil vitreux, celle-ci me dit :

« T’inquiètes pas, Damas-Fleur !… Je ne suis pas encore morte !… ».

Nous sortîmes dans le couloir mes sœurs et moi. « Maman ne sentait-elle pas que nos cœurs étaient en peines ? » Pensais-je. Pour elle, la mort, la vie, rien ne changeait, à part le froid qui nous pénètre pour ne plus nous lâcher.

Cinq minutes plus tard, l’infirmière vient nous avertir que maman est partie. Ce fut un coup très dur pour nous tous, très pleurant, pour moi qui n’avais pas pu lui dire, je t’aime une dernière fois.

Une nuit, je fis un rêve. J’étais dans une pièce avec ma sœur, lorsque celle-ci s’écria : « Je vois où maman dort, Damas-Fleur ! Il y a sa pomme et son verre d’eau auprès d’elle ! ». Pourquoi ce rêve ? Que voulait-il dire ? N’ayant pas pu lui dire ce que j’avais sur le cœur avant qu’elle meurt, je m’étais mise à écrire ce que j’aurais voulu qu’elle sache, hormis toutes les méchancetés qu’elle, me disait :

« Je t’aime maman, que dieu te bénisse ! Tu es là non loin de moi, tu me regardes mais c’est le silence. Aucun son ne sort de ta bouche. Le soir, avant de m’endormir, je te regarde et j’attends que tu me dises : « Au revoir ma fille chérie ! ». Mon cœur saigne, de ne peux plus entendre ta voix, maman ! Où es tu à présent ? Mes yeux s’emplissent de larmes tant je suis triste ! Pourtant, j’ai encore les traces de tes injures, dans ma tête, et celles de tes coups, sur mes jambes. C’est le seul souvenir de ton amour. Un jour, quand tu m’avais ouvert ta garde robe, je n’avais jamais vu autant de vêtements et de chaussures. A quoi ça t’a servi puisque tu ne sortais jamais ? Je me souviens du jour où mon fils Nolan était tombé malade et qu’il faisait le chant du coq. Il était très mal et toi tu l’à sauvé. Tu avait passée la nuit à son chevet. Ça, je n’ai pas oublié, car c’était, comme si c’était moi que tu chérissais. Je t’aime maman ! ».

Ma lettre à maman m’ayant rendu plus sereine, et après avoir déposé une rose au pied de l’urne, je me retirais du lieu glacial qui lui, retenait sa dépouille.

Grâce au train-train quotidien, la vie me semblait plus douce. Jusqu’au jour, où mon fils Nolan vint se plaindre. Celui-ci avait très mal au ventre et au dos. L’examen chez le spécialiste révéla des métastases. Mon fils était très malade ; à l’âge où l’on devait s’amuser, rire, chanter, lui faisait de nombreuses séances de chimiothérapie.

Ce fut une dure épreuve, pour nous tous, car Nolan, passait la plus part de son temps entre les hôpitaux et la maison. Je lui rendais visite autant de fois que je le pouvais. En cinq mois, il avait perdu 48 kilos. Mon pauvre petit devait être soigné.

Je pensais qu’avec les traitements, il allait finir par s’en sortir, qu’il reprendrait sa vie normalement, mais quelques temps plus tard, on m’annonça que mon fils avait une leucémie. Il n’y avait plus de doutes que le cancer se propageait. Le coup fut plutôt rude, mais je me tus pour ne pas affoler mon enfant qui lui gardait courage. Oui, il avait bien du courage, lorsqu’il avança vers moi pour me dire :

« Regardes, maman ! Je perds mes cheveux ! ».

Mon pauvre petit avait les mains pleines de cheveux, quand Il ajouta :

« Coupes-moi le reste maman ! Je serais beaucoup mieux ainsi ! ».

Les yeux embués de larmes, je pris la tondeuse et lui coupa les cheveux.

Quel calvaire, de devoir tondre mon fils. Après cela, Nolan s’enferma dans la salle de bain. En entendant pleurer mon pauvre petit, je fis appel à l’un de ses meilleurs amis, afin qu’il vienne lui remonter le moral.

Nolan allait presque mieux, après le départ de son ami. Une infirmière, qui s’appelait Rose, venait très souvent le voir. La visite terminée, Nolan semblait ne plus être le même. Il avait le sourire et semblait déterminé à se battre, depuis que sa bonne fée ne le quittait plus.

Après un autre séjour à la clinique, Nolan revint à la maison. Son temps lui, il le passait entre ses amis, Rose sa bonne fée ainsi que moi.

La malchance, continuait à me poursuivre avec Cindy, ma fille. Après avoir consulté son médecin, celle-ci m’apprenait qu’elle avait la sclérose en plaque. Tenant ma tête entre mes mains, j’imaginais ma petite Cindy en chaise roulante ainsi qu’à mon petit Nolan qui lui ne pourrait plus jouer à son sport préféré. J’étais totalement Impuissante, face au déluge qui nous tombait dessus. Alors, pour oublier un peu, soulager mon esprit qui me faisait si mal, je m’en allais parler avec les autres. Ceux à qui il n’arrivait jamais rien, où que très peu de choses.

Avec Léon, le râleur du village voisin qui s’imaginait encore jeune loup, avec son ceinturon à boucle dorée. On disait qu’il avait claqué son patrimoine avec des filles de petites vertus ; qu’il ne lui restait que ses moutons.

Moi je n’étais pas regardante et acceptais de lui parler. Il y avait tant de choses à dire sur, Pierre, Paul, Jacques, ceux qui coupaient la parole et applaudissaient pour rien lorsque l’un d’eux bougeait un sourcil où toussotait. Je ne bronchais pas, quand pour mieux les comprendre, c’était de ne rien dire. D’ailleurs, il ne me restait plus que ça, pour faire face à l’avenir qui m’attendait.

Mes binocles sur le nez, je pesais le pour et le contre, sachant que rien ne ferait revenir le bien-être que la maladie m’avait pris.

Un matin, j’appris que l’un de mes neveux avait eu un petit garçon. Que de joie au moment où tout allait si mal. Je marchais dans la semi-obscurité de l’aurore et tâtonnais le sol afin de ne point chuter, lorsque qu’une vieille vint à moi en courant. Son bâton piqué dans le sol terreux et avançant d’un pas saccadé, la vieille criait à son rompre le gosier : « Suzette est décédée ! ». La vieille, c’était Gisèle, la femme d’un berger. L’absence de Suzette fit souffrir beaucoup de monde, tant elle, aimait se pavaner au-delà des terres afin de raconter les potins du jour.

Chère vallée ! Priais-je, suis faite pour vivre seule ! Me laisseras-tu toi aussi ? Décideras-tu de ne plus verdir afin que je sois triste à mourir ? Un ange est mort, ma chère vallée ! Dans ta robe verdoyante fleurissent à présent les jolies fleurs que je cueille afin de garnir sa tombe. Je me suis mise à écrire une histoire, ma chère vallée ! Celle de kiki la petite souris. Ça me fait tant de bien. Parfois j’imagine que c’est moi la petite souris, surtout lorsque je parcoure la vie en sautant telle sur une grille rougie par le feu ! ».

Il fallait pourtant que je me fasse à cette situation pour prouver à la vie que Damas-Fleur ne pourrirait pas sous la semelle de la malchance. Je fonçais depuis à corps perdu à la recherche d’un peu de courage sans plus me poser de questions.

Cependant que les fêtes approchaient, Cindy me disait que rien ne valait d’être en famille. Moi je lui répondais, que rien ne pourrait changer ça, bien qu’à force d’aller et venir dans les hôpitaux, j’en devins presqu’employée. Ça me fendait le cœur, quand je voyais d’autres pauvres gens aspirés par la maladie.

Ce jour-là, une jeune femme attendait assise dans le couloir, lorsqu’un drame épouvantable vint la secouer.

Son époux arriva en courant avec son frère dans les bras. Celui-ci saignait très fort après avoir été blessé lors d’un accident. La jeune maman eut si peur en voyant son époux arriver les vêtements pleins de sang, qu’elle pensa perdre son bébé. La malchance la poursuit, car un mois plus tard, son mari fut amputé d’une jambe. Voyant tant de malheurs autour de moi, je fis passagèrement le deuil de ma propre misère. De retour chez-moi, mon fils Nolan m’attendait un joli bouquet de fleurs à la main. Il avait ajouté une carte sur laquelle était écrit : « maman je t’aime ! ».

Je me sentais si bien auprès de mes enfants, que pour fêter ça j’avais acheté un beau gâteau garnis de framboises. Après l’avoir mis au frais, je m’esclaffais :

« Aurais-tu la force de me chanter ta chanson, mon fils ? »

– Je vais te la chanter de suite, maman chérie !… Je l’avais écrite pour toi cette chanson !…, Tu ne te souviens pas ? »

« Mais oui, que je m’en souviens ! Ce sera mon plus beau cadeau mon fils ! » Lui répondis-je, affaiblie par l’hypoglycémie.

Je revenais de l’hôpital avec du mal à respirer, après qu’on m’ait diagnostiqué des kystes un peu partout, ainsi que du diabète. Tout allait très vite, depuis ma visite chez le docteur, celui-ci m’avait mise au régime, et je me sentais très mal.

Nolan attendait devant la porte de ma chambre avec un autre bouquet de fleurs à la main. Son sourire, lorsqu’il me les offrit, fut le meilleur des remèdes contre la peur et la douleur. Encouragée, je nous fis des tas de pâtisseries. J’avais tellement mangé de tartes… que j’en devins toute gonflée.

Vacherie de vie ! La maladie ne m’aura pas même si je bouffe à en crever ! » Criais-je, toute désappointée de ne pas avoir su résister à la tentation.

Pierre, Jenny, et leurs enfants, vinrent me voir pour me dire que nous devions aller à...