Le Bonheur des Autres

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78 pages
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Description

Rien ne peut atteindre Esperanza Graziani... élevée dans la dure loi du « Milieu », elle affronte chaque épreuve avec le sourire, cherchant la lumière quand tout n’est qu’ombre.


Ni la violence des uns, ni l’abandon des autres... rien ne peut la faire vaciller...


Rien ? Vous en êtes sûrs ?

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EAN13 9782374473543
Langue Français

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LE BONHEUR DES AUTRES... Saga Marseille -3 Romance
Chiaraa VALENTIN
LE BONHEUR DES AUTRES... Saga Marseille -3 Romance
ISBN version papier978-2-37447-355-0
ISBN version Numérique 978-2-37447-354-3
Juin 2018© Erato–Editions
Imprimé en France - Tous droits réservés
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— Tu tiens à la vie mon ange ? — Oui — Très bien. C’est très bien parce que, tu sais, je ne ressens aucun plaisir de tuer quelqu’un... sauf si cette personne tient vraiment à la vie Léon - Luc Besson
La vie est pleine de surprise, certaines bonnes, d’autres moins bonnes Pablo Escobar
La vue d’une belle mer est consolante De l’amour - Stendhal
Esperanza
Acte 1
« Le bruit des vagues et la rumeur des flots, empêchant les petits poissons de dormir… »
Souriant au souvenir des premiers mots de l’histoire que mon père me racontait lorsque j’étais une petite fille, je m’appuie sur la rambarde de mon coin préféré.
Mon regard se perd au large, j’observe l’écume se former sur la mer houleuse, sa progression avant de devenir vague et se fracasser sur les rochers à mes pieds.
Mes réflexions à ce moment ne sont nullement philosophiques, ni même très profondes, je me fais juste la remarque que s’il fallait définir Marseill e, il n’y aurait que quatre termes qui pourraient correspondre : mer, soleil, calanques et évidemment la Bonne Mère.
En même temps, il faut avouer que les couleurs de ma ville sont différentes de celles des autres endroits de cette planète, même le bleu du ciel n’est pas identique.
D’apparence, elle semble calme, un havre de paix bordé par la Méditerranée. Mais, si on s’approche suffisamment, on peut entendre le feu gronder, l’accent fort et le verbe haut des habitants du Sud.
J’inspire très fortement et laisse l’air marin enva hir mes poumons. Je sais que ce n’est que temporaire, que ma vie va finir par reprendre un chemin plus intéressant.
Tout a débuté avec cet abruti de Jeff Logan qui se fait estramasser, mais à qui la leçon ne sert pas. Il est tellement angoissé à l’idée que je cède ses vidéos au plus offrant qu’il me harcèle tant et plus. Il a commencé par m’annoncer qu’il allait détruire ma carrière, enfin celle de Erin Masson, mon nom de scène. Qu’il ne se gêne pas, celle-ci n’est plus qu ’un beau moment dans ma mémoire. Je ne retournerai pas dans la cité des Anges, je suis rentrée chez moi, j’ai des projets, même si je vais devoir patienter un peu pour les mener à bien.
Il a enchaîné par des chantages et des menaces de vengeances physiques. J’avoue qu’il serait mal venu de sa part de débarquer sur Marseille. Surtout après sa stupide tentative quelques mois plus tôt et qui a fait fayo.
Au-delà de Jeff, dans ma réalité, dans ma vraie vie, celle d’Esperanza, il y a ma grossesse.
Même si totalement surprise, je porte le cadeau d’u ne merveilleuse nuit de décembre. Elle est surveillée de près. Pas par les médecins, non, maman dit que ce sont des chapacans et qu’ils n’y connaissent rien. Mais elle et sa copine Malou obse rvent chacun de mes faits et gestes très attentivement. Je me souviens encore du jour où je lui ai annoncé, nous attendions les résultats des examens qu’elle avait dus faire peu de temps avant, suite à un dépistage à l’occasion d’octobre rose.
Elles sont marrantes, toutes les deux. Elles sont les épouses de deux « parrains » dont les familles s’opposent depuis des générations, mais elles s’en foutent, elles font leurs petites vies de leur côté malgré les menaces et les grognements de leurs conjoints. Elles vont balader, manger des glaces et répètent à tout bout de champ : « On est copines depuis l’an pèbre ! Ils ne vont pas faire les marioles les deux caramantrans ! Z’ont intérêt à se rambler s’ils ne veulent pas qu’on les escagasse. »
Ah oui, juste une petite précision, je ne vous ai pas dit, Malou Lorenzi n’est autre que la maman du futur papa.
D’ailleurs, je n’ai plus de nouvelles de Lissandro, son fils.Je n’oublierai jamais la tête qu’il a faite au moment où je lui ai annoncé que j’étais embarrassée, après un « Oh putain » de surprise, il a tourné les talons et ne m’a plus donné signe de vie.
Je suis rentrée à la maison et après m’être fait câliner un moment, j’ai raconté ça à ma mère qui s’est empressée d’appeler sa collègue pour l’inform er de la bonne nouvelle, et depuis, elles me pèguent, ne me laissant m’absenter que sous très haute surveillance.
Cet après-midi, toutefois, j’ai réussi à faire le mur. Je suis revenue à l’endroit où je me sens bien, là où le temps s’arrête, le lieu qui malgré ce froid de février va me donner la force d’avancer.
Je suis très bien entourée. Mais malgré leur amour et leur attention, je suis quand même une future maman, totalement célibataire, sans vraiment d’avenir pour l’instant. Juste un passé et beaucoup de souvenirs.
Une nuit. Nous n’avons eu qu’une nuit, pourtant chaque mot, chaque murmure, chaque soupir, chaque cri de plaisir sont restés gravés dans ma mémoire. Ouh là ! Faut que j’arrête, je me fais du mal pour rien.
Je m’assois sur mon rocher favori, face à cette imm ensité, et laisse le temps s’écouler. Les promeneurs de cette journée ensoleillée passent sans que je ne les remarque. Je suis bien ici, entre la garrigue et la mer… J’essaye de faire le point, de recharger les batteries, de réguler enfin les battements de mon cœur qui n’en fait qu’à sa tête depuis ce fameux jour.
Je sais Lissandro inaccessible, cependant mes songes ne sont remplis que de lui. Je rêve de son visage, me remémore son corps, me souviens de chaque tatouage que j’ai si bien redessiné, chaque parcelle de peau si savamment dégustée. Je me souviens de cet homme comprenant mes secrets en un regard, en un mot. Cette nuit-là, il s’était appliqué à m’en libérer. J’ai aimé. Ses bras m’ont donné l’impression de rentrer à la maison, de trouver ma place.
Je suis probablement pathétique de m’accrocher à ce souvenir, ça n’a duré que l’espace de quelques heures, mais elles ont marqué ma mémoire, changé ma vie. Je ne suis pas près de les oublier.
Je soupire en regardant des nuages épars faire leur apparition et je pense à l’avenir.
Après tout, comme l’a si bien dit mon père, pourquo i devrais-je m’en faire ? Je suis Esperanza Graziani, fille d’Ange Graziani, parrain d’un des trois territoires de Marseille.
Depuis toute pitchoune, je baigne dans ce milieu, j’en connais les enjeux. Je n’ai jamais eu peur de cette vie, de ce monde, la planète « Mars » n’a aucun secret pour moi. Je connais les armes à feu, les armes de poing, les codes et autres coutumes. Il en faut beaucoup pour me faire mettre un genou à terre et encore plus pour me faire douter de mon avenir et de celui de mon bébé à naître.
Un « Jeff Logan » ne m’affole pas. Je pouvais m’effondrerà la découverte de sa trahison et de ses fichiers. Pourtant, calmement, j’ai récupéré les do nnées dans son ordi. Être « la fille de » m’a également permis de reprendre pied sans trop tarder, n’attendant que la guérison de mes blessures après qu’il m’ait mastéguée.
Pourtant, mon père peut dire ce qu’il veut, cela ne m’en rend pas moins fragile et sensible, mais je sais faire fi des situations, je sais faire semblant, Erin Masson n’est pas née par hasard.
Je vois les nuages s’amonceler, prendre la teinte rosée du vent à venir et la nuit commencer à tomber. Je me décide à rentrer. Et en prenant le chemin chaotique du retour, je me dis que demain viendra bien assez tôt pour recommencer à me prendre la tête avec tout ça. Je veux juste m’allonger et réfléchir à mes projets.
Arrivée à ma voiture, je regarde partout, cette sensation d’être observée ne me quitte pas. Je suis certaine d’être suivie. Est-ce un coup de mon père ou du clan Lorenzi ? Me faire surveiller pour protéger leur future progéniture, c’est typique. Je ne peux même pas poser la question à mon père. Si c’est lui, il niera, si ce sont les Lorenzi, il va entrer dans une fureur noire.
Rapport Quotidien :
11 h 30 E. est sortie de la maison exceptionnellement seule. 11 h 45 Elle est passée à la pharmacie pour en sortir à 12h15. 12 h30 À déjeuné dans un kiosque à sandwich : steak haché frites boisson : soda – pas de dessert.
14 h00 E. a fait des courses dans un supermarché en périphérie de la ville.
16 h 00 A pris son véhicule pour se rendre durant plus de trois heures dans les calanques de Callelongue.
20 h 00 Retour chez ses parents à la nuit.
21 h30 Lumière de sa chambre éclairée.
Fin de rapport
Lissandro
Acte2
— Maman ! Arrête de me prendre le teston avec ça.
— Mais Lissou ! La pitchounette…
— Eh, mon vier ! Arrête de m’appeler Lissou ! ‘Man.
— Oh, Bonne Mère ! Comment tu parles à ta mère ! s’offusque-t-elle en portant les deux mains à sa poitrine.
— Zize, intervient mon père, laisse le petit tranqu ille, ce n’est pas de sa faute à lui si la fille Graziani lui a fait un gosse dans le dos. Elle est fourbe comme son pébron de père !
Fatche de… ils vont recommencer, et non, et oui et patati. Au bout de cinq minutes à les écouter déblatérer sur les membres de la famille Graziani, mon esprit retourne à cette délicieuse nuit. Des femmes, j’en ai eu dans mon lit, mais des femmes qui aiment autant le plaisir qu’elle, jamais.
Hey ! Ne vous trompez pas, ça n’a rien de péjoratif, rien à voir avec celles qui offrent leur corps contre finance. Esperanza aime la vie, aime l’amour, elle est la lumière au bout du chemin.
Pouah, c’est beau ce que je dis.
Quand je l’ai vue entrer dans le restaurant la prem ière fois, fière, hautaine, je savais qu’elle viendrait faire des cascades sans doublure dans mon pieu. Elle s’est assise seule à sa table et nos regards se sont croisés. Même si elle est retournée immédiatement dans son monde, ce que j’ai lu dans ses yeux m’a donné envie d’en découvrir plus et je me suis approché. Lorsqu’elle a levé son bras pour se protéger d’un coup, j’ai vu rouge. Qui a osé faire du mal à cette mignonne ? Elle s’est très vite ressaisie et quand elle m’a invité à la suivre, j’aurais dû deviner que finalement, cette fille n’avait peut-être pas peur de grand-chose. Cette force et cette flamme m’ont impressionné et pourtant, il en faut beaucoup. Finalement, la découverte de son identité n’aurait pas dû me surprendre plus que ça.
J’étais prêt à la revoir, la nuit avait été trop belle, seulement quand j’ai su que c’était la fille d’Ange Graziani, je me suis sauvé, espérant secrètement qu’elle me rappelle.
Nous nous sommes retrouvés, on va dire, hum, trente secondes et demie, et là, l’annonce. J’ai à nouveau déguerpi comme un lâche. Putain, je ne tremble pas devant une arme à feu et je m’enfuis devant une jolie poupée.
Ma mère l’a appris par sa copine, depuis elle me mange le teston. Ce n’est pas que j’ai peur ou que je… ouais non, je suis pété de trouille. Je l’ai vue qu’une seule fois dans ma vie, cette gadji, les seuls mots que nous avons vraiment échangés sont « oui, e ncore, plus fort » et quelques autres interjections de plaisirs et ma mère veut que je fasse d’Esperanza une honnête femme. Interdit ! Elle a vu la vierge, elle. Jobastre.
Je reconnecte avec la réalité et mes parents ont laissé tomber le sujet. Je m’empresse de finir mon café, pour rentrer à mon appart.
J’arrive chez moi et mes réflexions me ramènent à nouveau à Esperanza. J’ai envie de la revoir, envie de savoir comment elle va.