Le Destin des cœurs perdus, tome 2 : La Rebelle de Castel Dark
183 pages
Français

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Description

Angleterre, 1396.


Aelis de Percival fuit son pays natal afin de rejoindre sa sœur Jane. À bord du Goéland, elle fait la connaissance du capitaine Sadler. Néanmoins, la jeune femme poursuit un seul but : attirer Arthur de Templeton en France.


Entre l’amour et la vengeance, Aelis trouvera-t-elle le courage d’affronter ses démons ?

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Publié par
Nombre de lectures 37
EAN13 9782378161675
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Destin des cœurs perdus, tome 2 :
La Rebelle de Castel Dark
 
 
[Jc Staignier]
 
 
© 2019, Jc Staignier. © 2019, Something Else Editions 
Tous droits réservés.
 
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
  
Crédit photo : © Adobestock.com
Illustration : © Martine Provost
ISBN papier : 978-2-37816-166-8
ISBN numérique : 978-2-37816-167-5
 
Something Else Éditions, 8 square Surcouf, 91350 Grigny
E-mail : something.else.editions@gmail.com 
Site Internet : www.somethingelseeditions.com
 
Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait totalement fortuite.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Biographie de l’auteur
 
 
Originaire du pays noir en Belgique, je trouve dans l’écriture la force de revenir dans la lumière.
L’extrémité du tunnel semble parfois loin, et pourtant, l’espoir pointe le bout de son nez, la malchance devient chance et les larmes se transforment en rire. Le droit au bonheur existe.
Prenez l’ascenseur et laissez-moi vous emmener au pays des rêves.
 
Jc Staignier
 
 
 
 
 
Je balance mon cœur,
Au rythme de ses battements.
Rien ne me fait autant espérer que son amour,
Et il n’y a rien que je puisse faire pour me détacher de lui.
Des milliers d’épines se plantent dans mon corps,
Chaque fois que je ne suis pas à lui.
Une grande bouffée d’air,
Tentant de me rassurer,
Que rien ne me retirera de ses pensées !
Quand le soir tombe,
Je tombe aussi,
Car il est bien trop loin pour sécher,
Les perles qui roulent le long de mes joues.
Il est le seul à savoir,
Quand et comment,
Guérir mes brûlures.
Il n’y a rien de plus doux,
Que la mélodie de sa voix.
Je ne sais qui est tombé en premier,
Mon âme ou mes armes.
Je fais danser chaque lettre de son nom,
Sur ma langue,
Je damnerai ma douceur,
Juste pour une seconde dans ses bras.
Je ferai saigner mes mains,
Pour l’apercevoir au coin de la rue.
J’apporterai à ses pieds des trésors,
Que lui seul mérite !
Aucune tombe ne pourra réduire en silence,
Ce désir, qui brûle mes sens.
Il n’y a rien de plus envoûtant que son corps.
S’il me laisse,
Je donnerai ma vie,
Sans rien en retour.
 
@Miscrety Low
Note de l’auteur
 
 
Le monde change, la littérature change. Tout en respectant le contexte du Moyen Âge, cette saga est destinée à plaire à un lectorat qui n’apprécie pas, a priori, les romans historiques. Une écriture contemporaine qui se veut à la portée de tous.
Comme pour le premier tome, ce roman a bénéficié de la bêta-lecture de Rose Morvan, une autrice pointilleuse. Nos avis ont divergé bien souvent sur la construction de l’intrigue, parfois jugée trop moderne pour une dame qui honore les codes de l’historique autant dans le langage que dans le comportement de ses personnages. Trois de ces romans sont d’ailleurs déjà publiés chez Something Else Édition, si vous ne les connaissez pas, je vous invite à les lire.
Aelis, l’héroïne principale de ce deuxième tome, m’a dicté ses choix. À la différence de ses sœurs, elle tente d’imposer ses idées dans une période où les femmes ne servaient qu’à mettre leurs époux en valeur. Le récit se veut plus érotique, car notre rebelle n’a pas froid aux yeux. À notre époque, il est facile de dire que les dames du Moyen Âge si pieuses en société n’appréciaient pas les rapports charnels. Je reste persuadée qu’une fois la porte de la chambre fermée ni Dieu ni nous ne pouvions savoir ce qui s’y passait derrière. Faut-il vous rappeler cette fameuse publicité : « c’est ceux qui en parlent le moins qui en mangent le plus. »
Encore une fois, mes chers lecteurs, je prends le risque de plaire ou de déplaire. Votre fidélité me prouvera si j’ai eu raison de m’accrocher à mes convictions.
Bonne lecture.
Jc
Chapitre 1
 
 
Eastbourne, 5 janvier 1396
 
Les cavaliers galopaient à bride abattue en direction de Castel Dark. Les sabots de leurs montures foulaient la neige et laissaient des traînées noirâtres lors de leur passage. Le souffle des chevaux exténués diffusait une légère brume dans l’air glacial.
Le capitaine de la garde, Gossuin Morris, se tenait à la tête du convoi. À l’approche du château, le pont-levis se dressa comme un mur hautain et infranchissable, à l’instar d’un ricanement face à l’angoisse de ces hommes.
Dès son arrivée, Ethan Benett posa l’extrémité de sa botte sur la surface gelée des douves. Aussitôt, la couche de verglas se craquela et l’eau la recouvrit. Des soldats comblèrent les fossés avec des broussailles, d’autres descendirent au village afin de rassembler des échelles. Un mouvement furtif attira l’attention d’Ethan. Au deuxième étage de la demeure, une forme blanche tournoyait devant la fenêtre.
Désormais, Castel Dark enveloppe de son linceul leurs cœurs perdus, chuchota une voix féminine dans son esprit . Seule Aelis de Percival les aidera à retrouver la sérénité. Ethan Benett, vous devez me le jurer, vous ne tenterez pas de découvrir la vérité !
Du bout des doigts, il massa ses tempes douloureuses. Un gémissement plus qu’une réponse s’échappa de ses lèvres.
— Je vous le promets.
Admire l’œuvre du diable !  gronda la voix.
Le bruit sinistre des chaînes grinça lorsque le pont-levis amorça sa lente descente.
— Prêts à décocher ! ordonna Ethan aux archers.
Les cavaliers amenèrent leurs montures avec prudence dans la cour. Une épouvantable odeur de brûlé se répandait dans l’air. Avec un mélange de fascination et de dégoût, ils contemplèrent les cadavres sur le sol. La fumée émanait des corps en combustion, assombrissait l’atmosphère de ses volutes lugubres. L’un des morts tendait une main rigide et noircie vers le ciel.
— Sainte Mère de Dieu ! s’exclama Gossuin. Cet homme a été brûlé vif !
Ethan déploya ses soldats afin de s’assurer de la fuite de l’ennemi. La mine effarée, deux d’entre eux accoururent à sa rencontre.
— Les dépouilles de sir Talbot, de son fils aîné et des veilleurs gisent derrière la chapelle.
— Aucun survivant parmi les palefreniers.
— Qui sont ces gens ? demanda Gossuin en désignant les cadavres carbonisés.
— Celui qui a mené cette expédition désirait ne laisser aucune trace, expliqua Ethan après un court moment de réflexion.
À l’intérieur du château, ils découvrirent le hideux spectacle de la désolation et de la mort. Ils tombèrent à genoux et se signèrent face à leurs maîtres. La vision des doigts entrelacés d’Emmet et d’Ilyana souleva l’estomac d’Ethan. Les soldats se dispersèrent dans la demeure et il resta seul avec ses amis. Un vent violent s’engouffra dans la pièce tandis que la porte d’entrée se refermait avec fracas. Eryne ! Les larmes coulaient sur ses joues pâles, témoignaient de sa souffrance.
— Il mourra ! vociféra-t-elle avant de s’évaporer dans les airs.
— Eryne ! Qui a commis ces meurtres ?
Le silence ne donna aucune réponse à sa question.
Au rez-de-chaussée, les gardes avaient rassemblé les cinquante-huit cadavres des domestiques.
— Sir Ethan, nous avons retrouvé un survivant !
Gossuin tenait par les épaules un garçon grassouillet et tremblotant.
— Que peux-tu me dire sur ce massacre ? s’enquit le baron.
— J’étais au sous-sol de la cuisine… j’ai entendu du bruit, des voix et puis des hurlements… j’ai voulu remonter, mais la trappe s’est brutalement refermée.
— As-tu identifié le langage usité par des paysans ou des brigands ?
— Je ne sais pas… je ne sais plus… les cris de ma mère… elle implorait leur pitié… je n’ai écouté qu’elle…
— Va ! soupira Ethan.
— Je n’ai pas un seul endroit où me réfugier…
Touché par la détresse du garçon, le baron posa une main réconfortante sur son épaule.
— Je te prends à mon service.
— Que Dieu vous bénisse ! s’exclama George en s’agenouillant.
— Rends-toi utile. Va aider mes hommes dans la cour.
Le domestique se dirigea vers la porte. Soudain, il revint sur ses pas.
— Sir…
— Que veux-tu encore ?
— Cette dame demande à vous parler.
D’une démarche incertaine, une villageoise s’avança vers les corps mutilés. L’effroi agrandit ses yeux et une nausée la submergea. Les affres du désespoir exhortaient-elles Ethan à s’émerveiller du moindre signe de beauté ? Le regard limpide de l’inconnue le bouleversa. Afin de masquer son trouble, il l’interrogea d’une voix brutale.
— Qui es-tu ?
— Hélène Roberts, sir. Je suis la grand-mère de Colin. Lady Aelis m’envoie…
— As-tu vu mon petit-fils ? Est-il hors de danger ?
— Tous les enfants vont bien.
Soulagé, Ethan se mordit la lèvre inférieure. De manière polie, cette femme venait de lui faire comprendre son égoïsme en insistant sur le mot « tous ».
— Où sont-ils ?
— Lady Aelis les emmène en France. Elle vous prie d’expédier des oiseaux à Paris afin de prévenir lady Jane de leur arrivée et du malheur…
— Pour quelles raisons fuir l’Angleterre ? Elle pouvait se réfugier chez moi ou se cacher au village. T’a-t-elle raconté ce qui s’était passé ?
— Oui. Une attaque de brigands.
Ethan serra le bras d’Hélène comme dans un étau et lui arracha un cri de douleur.
— Regarde autour de toi ! Que vois-tu ?
— Des morts, du sang, balbutia-t-elle.
— Regarde bien. Que vois-tu ?
— Sir…
Les yeux emplis de colère, Ethan pointa le doigt sur le cou d’Ilyana.
— Remarques-tu la précision de la blessure ? Ce crime n’a pas été commis par des hommes du peuple !
— Je vois seulement la trace d’un acte barbare, répondit Hélène effrayée par sa réaction.
Contrit, il relâcha son étreinte. Perdait-il l’esprit pour malmener une femme de telle façon ?
— Je ne désirais pas me montrer aussi brutal envers toi. Mon petit-fils vogue vers la France et son départ me rend fou.
— Je vous comprends. Colin me manque depuis si longtemps.
Ethan caressa les lèvres d’Hélène. Bouleversée par cette proximité si incongrue, elle retint son souffle.
— Reste avec moi. Nous allons nettoyer ce sang qui souille nos seigneurs.
— Bien sir. Je vais apporter de l’eau et des linges.
— Hélène ! Une dernière question. Pour quelles raisons n’avez-vous pas fait sonner le tocsin ?
— Lady Aelis nous l’a interdit.
Soudain, tout devint clair pour Ethan.
— Aelis connaît le nom des meurtriers !
N’oublie pas ta promesse, Ethan Benett. Tu ne dois pas chercher la vérité ! l’admonesta Eryne .
Il s’agenouilla auprès de ses amis, ferma leurs paupières.
— Gossuin, rends-toi au village et réquisitionne quatre chariots afin de ramener les corps des domestiques à leur famille.
Ethan tenta de dénouer les doigts d’Ilyana et d’Emmet. Pour la première fois depuis la mort de Caroline, les larmes roulèrent sur ses joues. La semaine dernière encore, la vie et le rire égayaient cette demeure. Hélène posa la main sur son épaule afin de lui apporter tout le réconfort nécessaire.
Ils nettoyèrent les corps, dissimulèrent les horribles blessures sous des châles et des pourpoints à haut col avant que les soldats ne les déposent sur leur lit.
Vers complies 1 , toutes les traces du carnage avaient laissé place à la sérénité habituelle de Castel Dark. Soudain, les sanglots d’Eryne traversèrent les murs et rappelèrent aux vivants la souffrance de son âme. La porte du château se referma sur son chagrin.
Dans la cour, la tenace odeur de brûlé agressa les narines d’Ethan. Il se remémora la main calcinée du cadavre tendue vers le ciel, comme pour implorer la grâce du Seigneur. Affronter seul les jours à venir lui sembla terrifiant et insurmontable.
— Cette nuit, j’aimerais que tu restes avec moi, avoua-t-il à Hélène.
— À vos ordres, sir.
Doucement, le baron détacha sa coiffe, contempla la longue chevelure blonde striée de gris.
— Ce n’est pas un ordre, seulement un souhait. Si tu n’en as pas envie, je ne t’y oblige pas.
— Demain, ne regretterez-vous pas votre décision ? murmura Hélène, consciente de la singularité de cette situation.
Ethan plongea les yeux dans ceux de la villageoise. Pour la première fois depuis la mort de son épouse, il partagerait son lit avec une autre femme. Il éprouvait la nécessité vitale de tenir ce corps frêle contre lui. Peut-être Hélène lui donnerait-elle la force de continuer à vivre ?
— J’ai besoin de toi !
Il l’aida à grimper sur sa monture avant de quitter Castel Dark au grand galop. Le pont-levis se referma et scella le secret de cette tragique journée.
Chapitre 2
 
 
La Manche, 6 janvier 1396
 
Du sang, tout ce sang ! Je voulais fuir, mais je glissais sans cesse sur le pavement humide et poisseux. Mes hurlements lugubres et effrayants se mêlaient à ceux d’Eryne. Les battements désordonnés de mon cœur m’empêchaient de respirer.
Pourquoi Emmet ne venait-il pas nous sauver ?
Un vent froid s’engouffra dans la pièce. Eryne descendit l’escalier, ses pieds ne touchaient pas le sol. Tel un halo blanc et lumineux, sa robe de mariée se drapait sur son corps et ses cheveux de feu flottaient autour de son visage pâle. Ses yeux brillaient à la fois d’amour et de haine. Sa voix résonna, identique au tintement funèbre du glas.
— Tout a commencé à cet endroit, tout se terminera ici. Tu dois amener Arthur à Castel Dark.
Ma grand-mère m’aida à me redresser et la chaleur dégagée par ma main se propagea dans ses veines. La peau d’Eryne reprit ses couleurs et la vie ses droits.
Le bruit d’une porte grinça sur ses gonds, annonça l’arrivée d’un démon d’apparence humaine. Le masque de la souffrance assombrit le regard de mon aïeule avant qu’elle ne disparaisse dans un tourbillon violent. Seule, j’affrontai cet inconnu. Sur sa figure, blanche et lisse, ses lèvres esquissèrent un sourire cruel. Comment échapper au mal lorsqu’il s’efforce de vous rattraper ? Fermer les yeux me semblait la solution la plus rassurante, mais fuir ne contribuerait pas à me soustraire à la réalité. Mes paupières lourdes de fatigue et de peur se soulevèrent. L’homme hissa la tête d’Emmet. Le froid engourdit mes membres, l’obscurité m’enveloppa.
— Veux-tu l’embrasser, Aelis ? ricana le diable.
— Non, Emmet ! Non ! hurlai-je.
 
— Tout doux, ma belle. Ce n’est qu’un cauchemar.
Bercée par cette voix masculine et réconfortante, Aelis ouvrit les yeux. Les larmes coulèrent sur ses joues, pluie fine de ses jours sombres. L’inconnu l’attira contre son torse, mais elle se débattit tandis qu’un cri déchirant s’échappait de sa gorge.
— Calme-toi.
Lorsqu’elle croisa le doux regard gris, l’obscurité laissa place à la lumière
— Capitaine Sadler !
— Tu peux m’appeler Brett, proposa-t-il avec une ironie non dissimulée. Nous venons tout de même de passer la nuit ensemble.
Les idées brumeuses, Aelis tenta de se souvenir de leur soirée.
— Pouvez-vous m’expliquer votre présence dans ma couche ? s’informa-t-elle d’un ton abrupt.
Les mains croisées derrière la nuque, Brett s’adossa contre l’oreiller. Son sourire dévoila des dents blanches et nacrées.
— Ma belle, en l’occurrence, c’est toi qui te trouves dans mon lit.
Les bribes de la veille se frayèrent un chemin dans la mémoire d’Aelis. Elle avait bu du vin, beaucoup trop. La tête lourde, elle avait vacillé de son tabouret. Brett l’avait soutenue et elle s’était jetée à son cou.
 
Ses lèvres cherchaient les siennes, ses yeux le suppliaient de l’aider. Brett avait hésité avant de la serrer contre lui et de répondre à son baiser. Le sentiment de terreur laissait place à la douceur. Elle s’accrochait à lui, goûtait sa bouche encore et encore, éloignait le spectre de la peur et de la douleur. Ses mains se faufilaient sous la chemise de Brett et caressaient son dos. Elle voulait se perdre entre ses bras, tout oublier et vivre l’instant présent. Brett l’avait soulevée et déposée sur sa couche…
 
Ensuite, le trou noir.
— Cette nuit… que s’est-il passé ?
— Tu ne t’en souviens pas ?
— Nous… nous avons… ? balbutia Aelis.
Brett leva les yeux au plafond et laissa le doute s’installer. Elle ressentit une folle envie de le gifler.
— Non. Tu t’es endormie comme une souche.
— Nous sommes nus ! constata-t-elle d’un ton morose.
— L’abus de vin t’a été fatal. Nos vêtements en ont fait les frais…
— Je vois, bougonna Aelis dont les joues se couvrirent de honte.
Elle contempla le triangle sombre sur le ventre de Brett, juste au-dessus de ses attributs virils. Dans un sursaut de pudeur, si tant est qu’il lui en restât, elle ferma les paupières. Conscient de sa détresse, Brett déposa un baiser sur son front avant de se faufiler hors de la couchette pour se vêtir.
— Où allez-vous ?
— Mes hommes m’attendent sur le pont.
— Reste avec moi !
En se redressant, les draps glissèrent sur son corps, dévoilèrent ses seins galbés et sa toison bouclée, seule tache foncée sur sa peau claire. L’hésitation passa dans le regard de Brett, mais il résista à la tentation de la rejoindre.
— Essaie de dormir. Ce soir, je te promets de te consacrer tout mon temps.
— Je ne sais pas. Peut-être que je n’aurai plus envie de te voir, rétorqua-t-elle, une moue boudeuse affichée sur le visage.
Peu habitué à subir les caprices de la gent féminine, Brett s’empressa de quitter la cabine. La solitude effraya Aelis, la vision sanglante des corps égorgés traversa son esprit. Épuisée par tant de larmes versées, elle finit par s’assoupir.
— Bonjour, vous avez bien dormi ?
Tirée du sommeil par cette voix chaleureuse, Aelis s’étira.
— Vous ne parlez pas français ? interrogea l’inconnue en s’exprimant cette fois en anglais.
— Non.
— Je m’appelle Béatrice Descartes. Je suis la belle-mère du capitaine Sadler.
Elle déposa sur la table les vêtements d’Aelis, un pain de savon et une bassine d’eau. Après sa toilette, la jeune fille s’enveloppa dans son mantel. D’un pas assuré, elle gagna le pont en remarquant à peine le roulis du voilier. Enfant, elle avait souvent accompagné son père et les pêcheurs du hameau de Sea Houses en mer. Elle pouvait se vanter de posséder le pied marin.
Dès son arrivée dans la cabine des gouvernantes, Colin se précipita vers elle.
— Ils sont où tante Ilyana et oncle Emmet ?
Comment trouver les mots pour expliquer à un enfant des événements aussi tragiques ?
— Mon ange, ils sont partis au Ciel.
— Pourquoi ? Ils n’étaient pas bien ici ?
— Parfois, cela ne dépend pas de notre volonté. Ils désiraient rester avec nous, mais Dieu en a décidé autrement.
— C’est un petit garçon, Dieu ? Il avait besoin de grandes personnes pour s’occuper de lui ?
Les innocentes questions de Colin épuisèrent les dernières forces d’Aelis.
— Et moi ? Je peux aller au Ciel les rejoindre.
— Non, car Dieu ne t’a pas appelé.
— Je ne l’aime pas trop ce Dieu.
— Sir Colin, vous blasphémez ! s’indigna dame Marguerite. Cela ne m’étonne point, vous avez de qui tenir.
Contrariée de la pertinente remarque de la gouvernante, Aelis haussa les épaules. Elle s’agenouilla devant l’enfant pour le réconforter.
— Tu vas rencontrer ta tante Jane à Paris.
— Je veux tante Ilyana !
Clayton réclama ses parents à grands cris. Face à son chagrin, Aelis se sentit impuissante à le consoler.
Qui parle d’un Dieu miséricordieux ? Pourquoi n’en a-t-il pas profité pour me punir de tous mes péchés ? J’aurais dû mourir à la place d’Ilyana !
À reculons, Aelis gagna la sortie. La peur au ventre, elle inspira profondément. Enfant, elle se cachait sous les couvertures, car elle redoutait de voir apparaître les monstres dont s’effrayaient les villageois, ces créatures à tête de bouc et queue fourchue. Dès le lever du soleil, ses craintes se dissipaient. Aujourd’hui, même la lumière du jour ne parvenait plus à chasser ses angoisses. Appuyée contre une paroi du voilier, elle s’efforça de calmer les pulsations de son cœur avant de rejoindre Ruppert.
À son entrée, il tenta de se lever, mais d’un geste de la main, elle l’en dissuada. Abattu à cause du mal de mer, le domestique n’avait pas quitté sa couche depuis le départ. Aelis frictionna ses mains entre les siennes afin de les réchauffer.
— Mon bon Ruppert, ton teint est aussi pâle que celui d’une damoiselle le jour de son mariage.
Ruppert aimait sa jeune maîtresse autant que sa petite-fille. Il ne comptait plus les jours passés ensemble à s’occuper des chevaux, leurs nombreux repas partagés dans l’écurie, leurs moments de tendresse. Il pouvait se vanter de la connaître et de deviner ses mensonges.
— Lady Aelis, quel terrible secret me cachez-vous ?
Aelis ne pouvait dissimuler la vérité à celui qu’elle considérait comme son plus fidèle ami.
— Arthur de Templeton et son ost 2 nous ont attaqués. Ce traître a égorgé ma famille. Emmet se préparait à les affronter… je… je pense qu’il est mort...
— La folie d’un seul homme a déclenché un tel massacre !
— Je le jure devant Dieu, il paiera son infamie !
— Cet homme est dangereux et vous risquez de perdre bien plus que votre âme.
— Que m’importe ! Les enfants sont l’unique espoir qui me rattache à la vie.
— Quelle que soit votre décision, vous pouvez compter sur mon aide.
Aelis brava le vent pour prendre l’air sur le pont. Elle rencontra quelques matelots vêtus de braies et d’une chemise en toile grossière. Malgré le froid, ils se déplaçaient pieds nus. Frissonnante, elle remonta le col de son mantel en fourrure pour protéger son cou.
Le capitaine Sadler se tenait à la barre du gouvernail. Dès qu’elle croisa son regard, le pouls d’Aelis s’accéléra.
— Combien de temps avant de toucher terre en France ? interrogea-t-elle d’un ton détaché.
Brett leva la main vers le ciel gris.
— Le vent se comporte un peu comme une femme, tout dépend de ses caprices.
À cette boutade, Aelis éclata de rire. Curieuse, elle tenta de déchiffrer les symboles d’un carnet annoté à chaque page, mais n’en comprit pas la signification.
— Qu’est-ce que ceci ?
— Un périple. Il contient des descriptions détaillées des côtes et les distances estimées du point de départ à celui de l’arrivée.
— Tu sais lire, s’étonna-t-elle.
— Je t’impressionne, ma belle ?
— Non. N’as-tu pas d’autres qualités plus brillantes ?
— Si…
Brett s’empara de ses lèvres. Appuyée contre sa poitrine, Aelis entendit son cœur battre de manière désordonnée.
— Hum ! Je te dérange, capitaine de mon cœur, les interrompit une voix moqueuse.
D’un geste possessif, Brett passa le bras autour de la taille d’Aelis.
— Je te présente Thomas Langlois, mon ami d’enfance, associé et maître de manœuvre.
— Quel plaisir de rencontrer une aussi exquise damoiselle !
Le jeune homme saisit la main d’Aelis entre la sienne, un peu trop au goût de Brett.
— Tu voulais me voir ?
— L’une des voiles faseye 3 . Je vais effectuer le réglage.
— Très bien. Préviens-moi si je dois changer de cap.
Thomas lui envoya un clin d’œil malicieux.
— J’ai bien l’impression que ta ligne d’horizon est un peu perturbée ce matin.
Dépitée de ne pas comprendre la langue française, Aelis fronça les sourcils.
— Qu’a-t-il dit ?
— Des bêtises, s’amusa Brett. Je dois reprendre la barre. Cette légère brise de terre nous joue des tours et j’ai besoin de toute mon attention.
— Je te déconcentre ?
— Beaucoup trop ! Tu me rejoindras ce soir ?
Un sourire mystérieux flotta sur les lèvres de la jeune fille.
— Nous verrons où le vent et mes caprices me porteront.
Chapitre 3
 
 
Brett aida Aelis à s’installer sur le tabouret. Contrariée par la présence de Béatrice, elle contempla d’un œil morne le repas composé d’une soupe, d’une miche de pain et d’un rôti de bœuf.
— Nous sommes mieux lotis que les matelots ! constata-t-elle d’une voix sèche. Leurs écuelles ne contenaient qu’un morceau de porc racorni et des fèves.
— Leur nourriture est saine ! se défendit Brett, surpris par son agressivité.
— Tu es bien vêtu pour affronter le froid. Eux marchent pieds nus et portent des chemises légères.
— As-tu d’autres reproches à me formuler ? Je suis tout ouïe.
Choquée par ces critiques infondées, Béatrice se permit d’intervenir dans la conversation.
— À la mort de son père, Brett avait à peine quinze ans. Il a dû assumer le commandement de marins ivres et parfois violents. Pourtant, chaque homme respecte son courage et sa charité.
— Nous n’avons pas la même notion du mot charité, ironisa Aelis.
— Vous n’avez pas dû naviguer souvent. Les matelots se battent pour être engagés sur le Goéland .
Béatrice quitta la cabine, non sans avoir jeté un regard meurtrier vers Aelis.
— Je t’ai peut-être mal jugé, admit-elle à l’attention de Brett.
— Est-ce une manière de présenter tes excuses ?
— Comprends mon étonnement. Ton train de vie me semble assez opulent pour un marin.
— Ma mère tient la plus célèbre boulangerie du cœur de Paris. Elle a le privilège de servir le roi de France et sa fortune est considérable.
— Si ta famille est riche, pourquoi as-tu choisi de naviguer ?
— Je n’ai pas osé contrarier mon père.
— Et tu as déçu ta mère.
— Oui. Terriblement.
— Parle-moi d’eux.
— Ils se sont rencontrés sur le port de Calais. Pour lui, elle n’était qu’une fille de passage. Quatre mois plus tard, il a découvert qu’elle attendait un enfant. Il a assumé ses obligations et ils se sont mariés. Ma mère est une femme adorable, mais exigeante. Elle lui a arraché la promesse de travailler avec elle dans son atelier de boulangerie. Elle n’a pas compris qu’un véritable marin ne se sent pas heureux sur terre ferme. Un jour, il est reparti en mer. Lors de ses rares visites, mes parents se déchiraient. Ma mère m’avait inscrit à l’université, mais mon père lui reprochait sa prétention et ses ambitions.
La mâchoire du jeune homme se crispa et Aelis devina qu’elle réveillait de douloureux souvenirs. Brett continua l’histoire de sa vie. Subjuguée par le son de sa voix, elle contemplait le mouvement de ses lèvres. Malgré sa haute stature, le capitaine Sadler dégageait une force tranquille et bienveillante.
 
Lors de l’une de leurs innombrables disputes, Adeline avait jeté Louis à la porte et lui avait défendu de tenter de les revoir. Deux ans plus tard, malgré les supplications de son épouse, Louis avait emmené l’enfant avec lui.
Le garçon avait fait la connaissance de Béatrice, la maîtresse de son père, une femme simple et généreuse. Par amour, elle avait abandonné son travail de couturière pour suivre Joseph et s’occuper de Brett comme de son propre fils, celui qu’elle n’avait jamais eu. Malgré le sentiment de trahir sa mère, il n’avait pu s’empêcher de lui rendre cette tendresse. Jamais il n’avait éprouvé telle sérénité aux côtés de ses parents.
Afin d’importer en France des épices précieuses, ils avaient navigué jusqu’en Perse. Brett y avait découvert un monde magique, peuplé de légendes et de traditions.
Hélas ! au retour, une épidémie de peste de mer 4 avait foudroyé douze membres d’équipage, dont le capitaine. Terrassée par le chagrin, Béatrice avait pourtant dû se résoudre à coudre les sacs pour envelopper les corps et les pierres. Dès la fin de la cérémonie religieuse, Joseph avait rejoint la mer pour l’éternité.
À coups de poings et d’insultes, les seconds s’étaient disputé le commandement. Brett avait profité du désordre pour se rendre à la barre du gouvernail. Poussé par le vent, le voilier avait fendu les vagues déchaînées. L’admiration avait marqué les visages burinés des marins et chacun avait repris sa tâche. Amener sans encombre le navire à Calais avait aidé le jeune capitaine à gagner le respect de son équipage.
Brett caressait le rêve d’ouvrir un chantier naval et d’y construire les plus beaux voiliers de toute la France. Il avait réussi à convaincre Thomas de devenir son associé. Afin d’améliorer leurs revenus, ils avaient aménagé des cabines pour les passagers. Cet argent leur avait permis d’acheter un bâtiment à Calais et une petite maison, juste en face du port. Adeline avait obtenu pour son fils la lettre patente de Charles VI et l’approbation du Parlement.
— Nos trois premières commandes appartiendront à la flotte anglaise et les trois suivantes au royaume de France, conclut Brett avec fierté.
— Je comprends. Tu courbes l’échine devant chaque souverain.
— Je ne m’intéresse pas à la politique, je fais du commerce !
La colère assombrit son visage d’habitude si jovial.
— Je n’ai jamais rencontré une fille aussi belliqueuse que toi !
— Ah ! Et tu préfères séduire les donzelles sans cervelle ?
— Es-tu jalouse ?
Les bras de Brett se refermèrent autour de sa taille, ses lèvres tracèrent un sillon brûlant au creux de son cou.
— Je vais te prouver que tu es la seule qui me plaise !
Il dénuda l’épaule d’Aelis, laissa glisser sa chemise sur le sol. Sa langue s’attarda sur la pointe de son sein. Elle ferma les yeux, s’accrocha à sa nuque. La peur de l’inconnu se mêla à la tentation de découvrir les jeux de l’amour. Son esprit voyagea loin, très loin, et le passé d’une autre se mélangea à son présent.
 
— Eryne, regardez-moi !
Il marchait vers elle. Terrifiée, Eryne se blottit au fond du lit. Sa crainte excéda William. Elle avait détourné les yeux à l’église et l’avait humilié publiquement. Il avait combattu, il avait risqué sa vie pour le roi, il avait gagné Eryne ! Elle ne pouvait ignorer qu’elle représentait sa récompense. De manière maladroite et empressée, il caressa son corps.
Les yeux de son mari semblaient si bleus, si beaux, si purs. Pourtant, Eryne ne voyait que la laideur de sa cicatrice : rouge, boursouflée, hideuse ! Les larmes coulèrent sur ses joues.
— Non !
— Une épouse n’a pas le droit de dire non.
William resserra son étreinte et empêcha Eryne de se débattre. Sans aucune douceur, ses genoux écartèrent ses jambes.
 
— Aelis, regarde-moi ! supplia Brett.
Allongée sur la couche, elle s’efforça de rejoindre le monde des vivants. Ses ongles s’enfoncèrent dans le dos de Brett. Entraînée dans le spectre de la violence, elle le combattait par ses propres armes. L’intense douleur physique ne représentait rien en comparaison de celle de son cœur. Pouvait-elle encore différencier le bien et le mal, la souffrance ou la jouissance ? Elle perçut le mouvement de recul de Brett. Bouleversée, Aelis s’accrocha à ses épaules.
Le sang, la mort ! Aide-moi à ne pas sombrer dans les abîmes de la terreur ! Ne m’abandonne pas, pas maintenant !
Brett fixait la trace écarlate sur les draps. D’un geste nerveux, il passa la main dans sa chevelure en bataille.
— Une pucelle ! Tu aurais dû me le dire !
— Tu ne m’as pas posé la question !
— Je ne me suis pas imaginé que… Mordieu, Aelis !
— Cela aurait changé quelque chose ? Tu te serais précipité à la recherche du prêtre et tu lui aurais demandé de bénir notre union ?
Stupéfait, Brett plongea le regard dans le sien. À la vue des larmes d’Aelis, il culpabilisa.
— Je suis désolé.
— Je ne te reproche rien.
— Néanmoins, tu ne t’es pas comportée comme une pucelle.
Bel exemple de vanité masculine ! pensa Aelis avec colère.
— Tu sembles t’y connaître. Explique-moi donc comment elle réagit.
— Elle est timide et apeurée.
— Oh ! je vois. Tu t’attendais à ce que je m’évanouisse !
— J’ai eu l’impression que ça te plaisait de souffrir.
— Tu ne connais rien de moi ! Rien !
Brett souleva le menton d’Aelis, sembla chercher dans son regard des réponses.
— Qui es-tu ?
— Une domestique. J’accompagne les enfants de mes maîtres à Paris.
— Tu n’es pas une domestique ! Une fille du peuple ne possède ni tes manières ni ton langage.
— Ma mère pourrait t’entendre, voilà qui la comblerait.
Soudain, son expression s’assombrit. L’image de sa famille égorgée sur le sol la rattrapa ! Quand le sang s’arrêterait-il de couler ?
— Ne me pose plus de questions ! implora-t-elle dans un sanglot.
Aelis tenta de sortir du lit, mais Brett l’en empêcha. Son souffle chaud et apaisant traîna sur son cou, ses lèvres s’attardèrent sur sa gorge.
— Je t’en prie, ne me fuis pas !
Les larges mains caressèrent ses seins, écartèrent ses cuisses. Elle referma les jambes autour des hanches de Brett et s’abandonna à son invitation. Leur regard dévoilait leurs émotions comme un livre ouvert que l’autre pouvait déchiffrer.
— Dis-moi au moins ton âge, insista-t-il.
— Je ne compte plus les jours. Je suis trop vieille, déjà morte… sauf entre tes bras. Embrasse-moi !
Chapitre 4
 
 
Comme chaque matin, la messe se déroulait sur le pont. Le capitaine se tenait derrière le prêtre, car un bref instant Dieu prenait le commandement du voilier. Dès la fin de l’office, Aelis gagna la cabine des enfants et joua avec eux afin de les distraire. Elle n’oubliait pas les terribles événements, mais tentait de les occulter, ne fût-ce qu’un court moment. À la nuit tombée, elle pressa le pas pour rejoindre Brett. Elle s’adossa contre la cloison afin d’apaiser les pulsations de son cœur.
Tudieu, Aelis ! Ressaisis-toi !
Pour s’annoncer, elle effleura à peine la porte, comme si la puissance d’un coup trop insistant pouvait trahir son impatience. Néanmoins, la déception assombrit son visage autant que les nuages obscurcissaient un ciel bleu. Béatrice l’accueillit avec le même déplaisir.
— Une tempête se lève. Brett ne quittera pas le pont tant que tout danger ne sera pas écarté.
Avec l’égoïsme de sa jeunesse, Aelis ne comprenait pas comment le père de Brett avait pu tomber amoureux d’une femme aussi négligée et dénuée de beauté. Sa maigreur accentuait la sévérité de ses traits. Ses cheveux gris noués sur la nuque dégageaient un front haut et trop bombé. Sa robe d’un ton terne soulignait son côté austère.
— Ne vous avisez pas de briser le cœur de Brett ou vous aurez affaire à moi !
Les yeux d’Aelis s’arrondirent de stupéfaction. Cette attaque délibérée la choqua et elle s’arma de sa meilleure défense, l’agressivité.
— De quel droit vous mêlez-vous de sa vie ? Je vous rappelle que vous n’étiez que la maîtresse de son père !
Béatrice constata à quel point cette jeune fille pouvait se montrer blessante.
— Brett vous admire, car vous possédez l’audace de sa mère. Il a raison, vous ressemblez à Adeline. Comme vous, elle était belle, hautaine et égoïste. Elle a choisi de diriger son atelier plutôt que de s’occuper de son mari. Elle voulait enchaîner Louis, lui enlever ses racines. Vous ne valez pas mieux qu’elle !
— Je ne veux pas enchaîner Brett !
— Vous l’avez déjà asservi, Aelis. Vous préférez peut-être que je vous appelle madame la comtesse ?
— Dois-je en déduire que vous écoutez aux portes ?
— Vos servantes parlent de vous. Je sais qu’un grand malheur vous est arrivé et que vous fuyez. Je peux encore comprendre votre désarroi. Néanmoins, vous abusez de la crédulité de Brett !
Aelis ne pouvait nier la vérité. Certes, elle avait accordé quelques baisers à des garçons du village, mais sous la protection de ses parents, jamais elle n’aurait donné sa virginité à un marin. Dès son arrivée en France, elle l’oublierait, regretterait même son impulsivité dictée par l’angoisse et la crainte de la solitude.
— Brett est un homme de valeur, reprit Béatrice. Quant à vous, votre suffisance n’a d’égal que votre lâcheté.
Comme frappée par un coup de poing invisible, Aelis blêmit.
J’ai fui, j’ai abandonné Emmet aux mains d’Arthur de Templeton. Cette femme a raison, je suis une lâche !
Brisée par le ressentiment, elle lança son écuelle en bois contre la porte. Elle rebondit au pied de Béatrice qui se pencha pour la ramasser. Avant de sortir, elle adressa à Aelis un dernier regard dédaigneux.
Le souffle du vent augmentait d’heure en heure. Par leurs chants, les matelots provoquaient dame nature et lui prouvaient que la tempête ne leur faisait pas peur. Leurs voix graves se mêlaient au bruit des objets qui roulaient sur le plancher. Le tangage violent du voilier projetait les tabourets contre les cloisons de la cabine.
Incapable de dormir, Aelis affronta la pluie diluvienne pour rejoindre le pont. L’eau frappa son visage de plein fouet et elle s’accrocha aux câbles suspendus aux parois. La foudre tomba à quelques brasses du navire, le tonnerre résonna d’un craquement terrifiant. Grâce à la luminosité des éclairs de plus en plus rapprochés, elle put retrouver Brett. À sa vue, il arbora une expression inquiète.
— Rentre ! C’est trop dangereux ! cria-t-il pour se faire entendre à travers le déferlement du vent.
— Non ! Je veux rester auprès de toi !
Il renonça à discuter. À l’aide d’une corde, il attacha l’une de ses mains au gouvernail. Malgré la tornade, son torse...

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