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Le Diamant Bleu

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Description

En 1781, Caprice, Charlotte, Aurore de Croy Marquise d’Arvilley quitte la Reine de France, pour effectuer une traversée de l’Océan jusqu’aux Amériques afin de mener à bien la mission secrète confiée par Sa Majesté. La Marquise et ses femmes de chambre embarquent donc sur le vaisseau amiral de la Marine Royale « La Mignonne », qui se rend à Boston, sous la protection du Commandant Alexandre de Montessoy Duc de La Faye. Sur le trajet, le vaisseau royal rencontre un navire pirate « La Revanche » commandé par une femme cruelle, Victoire de Montagut, et secondée par un homme plus modéré, Clarence d’Ayran Comte d’Autrente, ex-Seigneur français.
Contre toute attente, Caprice de Croy se retrouve face à son ancien amant qu’elle croyait mort, le Comte d’Autrente qu’elle aurait trahi par le passé : Clarence pense être devenu un renégat par la faute de Caprice. Il lui propose un odieux marché… condition sine qua non afin d’épargner la vie des officiers de la Marine Royale et la vertu des femmes de chambre de Caprice.

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Informations

Publié par
Date de parution 07 novembre 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9791029007767
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Le Diamant Bleu
Lady Sharon Chase
Le Diamant Bleu
Ou
Si le premier Opus de Sade
m’était conté…
Les Éditions Chapitre.com
123, boulevard de Grenelle 75015 Paris
Du même auteur
La Duchesse Blanche, Éditions Chapitre. com, 2015
Le Bleu et le Blanc, Éditions Chapitre. com, 2017
Droits d’auteur © 2017 Lady Sharon Chase
Tous droits réservés
© Photo de couverture 2017 Sylvie Missonger
© Les Éditions Chapitre.com, 2017
ISBN : 979-10-290-0776-7
Avant-propos
Ceci n’est pas une préface…
Je n’ai nulle intention d’agacer le lecteur, cependant, il m’apparaît nécessaire
d’informer ce dernier que cet ouvrage comporte des passages d’une dureté
éprouvante : âme sensible, s’abstenir !
Contrairement au premier livre érotique de Lady Sharon Chase, « La Duchesse
Blanche, l’apprentissage de la soumission ou les affres de la domination », dans « Le
Diamant Bleu, Ou Si le premier Opus de Sade m’était conté… » l’héroïne subit un
esclavage non consenti, avec ce que cela engendre de situations révoltantes.
Bien que « Le Diamant Bleu » soit une œuvre érotique à connotations
sadomasochistes, c’est aussi un roman d’aventures sur fresque historique comprenant
des scènes relativement plus paisibles, voire attendrissantes.
Ce récit nous transporte sur des flots sensuels, à la fois doux et d’une extrême
violence liée au contexte de l’époque. En effet, les pirates n’étaient pas des enfants de
chœur !
Si bien qu’une intrigue romanesque saisissante, non exempte de rebondissements,
enous permet de découvrir le monde impitoyable des navires, à la fin du XVIII Siècle.
Sylvie Missonger
À mon entourage qui
me soutient chaque jour…
Et à mes Amis…
« Il est préférable d’affronter une fois dans sa vie un danger que l’on craint que de
vivre dans le soin éternel de l’éviter. »

DAF, Marquis de Sade.
PREMIÈRE PARTIE
À l’aventure !
I
Le grand départ
Versailles, au terme de mai 1781, Cabinet de la Méridienne ; il faisait chaud, entre
ces vieux murs séculaires ; les fenêtres étaient entrouvertes. Une légère brise traversait la
pièce, de son souffle gracieux. La forme particulière de ce boudoir, avec ses pans
coupés, permettait au Service de la Reine de passer de la grande chambre vers les autres
cabinets, sans déranger la souveraine, qui à la mi-journée, venait se reposer. Ce jour-là,
la Reine y recevait la Marquise de Croy d’Arvilley, depuis près d’une heure. Elle confiait
ses dernières instructions à son amie :
« Dites-lui comme il est bon de le savoir près de moi malgré la distance qui nous
{1}sépare. Je le sais dévoué à ma personne et je jouis de mon heureuse fortune . Dites-lui
tout le bien que je pense de lui et transmettez-lui le message de sa Reine bien-aimée.
Voici ma bague, elle en attestera l’authenticité. Tout le monde connaît le diamant bleu
que le Roi m’a offert pour notre anniversaire de mariage. Ses innombrables facettes
reflètent l’amour que nous nous portons mutuellement, Louis et moi-même ; en outre, ce
joyau représente aussi le symbole de notre tendre amitié, ma chère Caprice… Ainsi, je
vous le confie, comme s’il s’agissait de la prunelle de mes yeux.
– Mais Majesté, que direz-vous au Roi ?
– Ne vous embarrassez pas de ce détail ; j’y ai pourvu avant de vous remettre mon
diamant. Et, ce n’est pas la première fois que je vous le prête… Rappelez-vous…
– Oui, Votre Majesté. Ce souvenir me calomnie… reconnut-elle en baissant les cils.
– Laissez cela au passé, chère Caprice. Votre amant de l’époque a eu la langue trop
bien pendue. S’il n’est pas mort, il a été chassé du Royaume de France. Par-dessus tout,
gardez bien à l’esprit que je vous aime et que rien ne saurait nous séparer, pas même les
{2}agissements de cet intrigant comte poitevin. Pas une seconde, le Roi n’a donné crédit
à cette rumeur : la Princesse de L** et moi-même, nous adonnant aux jeux de l’amour
saphique, dans le boudoir de la Reine. Le Comte d’Ayran avait juré de me perdre aux
yeux du Roi, mon époux. Celui-ci ne s’en est pas montré dupe. Mais souvenez-vous de
ceci, ma bonne Caprice : rien que la mort peut me faire cesser de vous chérir…
– Comme je vous aime, Madame ; ma douce, ma tendre Reine ! »
Caprice s’inclina devant la main que lui présenta la Reine et la prit, la retourna
habilement paume vers le ciel, pour y déposer un baiser exquis, sur l’intérieur de son
poignet, là où la peau apparaît douce et soyeuse. Irrésistiblement, le trouble envahit les
pupilles d’un bleu profond de la Reine. Le regard de Caprice se fit vorace, sa bouche
avide ; les effluves du parfum de sa souveraine emplirent ses narines gloutonnes.
Parfum authentique, la fragrance, résultat d’un audacieux mélange, combinait des
senteurs de jasmin, d’iris et de roses, de fleur d’oranger avec des touches de bois de
cèdre et de santal, de musc du Tonkin et d’ambre gris. Tendre jasmin innocemment
sensuel, par nature, et représentant l’aube en plein mois d’août ! Ardeur et finesse de la
rose, douceur et ténacité de l’iris, force et fragilité du jasmin ; ces trois arômes
principaux aimaient les contradictions envoûtantes et fraîches, et formaient dans un
accord subtil, le cœur d’un parfum prestigieux : celui de la Reine de France.
Les sens de Caprice s’apaisèrent et Sa Majesté se rendit à l’évidence : elle lui vouaitun amour défendu.
« Venez près de moi, Caprice, enjoignit la Reine, en tapotant la place de sa main
aux ongles finement dessinés. »
Au lieu de lui obéir aveuglément, la Marquise d’Arvilley se jeta aux pieds de sa
royale amie.
« Je vous aime, Madame ; je risquerai ma vie et mon honneur, afin que vos mots
parviennent à destination.
– Je le sais, Caprice, je ne vous ai pas désignée ; le choix s’est imposé à moi,
spontanément. Vous seule pouvez mener à bien cette mission…
– Vous me flattez de votre confiance, Majesté, et j’en ferai bon usage.
– Relevez-vous, chère Caprice, ordonna-t-elle gentiment, lui tendant une main
secourable. »
Caprice s’empressa de saisir cette main et de la baiser, avant de se redresser
fièrement devant sa souveraine.
« Mais dites-moi, comment vous y prendrez-vous, pour traverser l’Océan ? Un
navire en vue ?
– J’ai repéré le vaisseau amiral en partance pour Boston. Il est amarré à Rochefort.
Il me suffira de convaincre le Duc de Montessoy de La Faye de me prendre à son bord.
– Êtes-vous certaine de ne vouloir que j’intercède en votre faveur, auprès du Roi ?
– Oui, Madame. Votre démarche éveillerait les soupçons de Sa Majesté.
– Vous avez raison ; moi, je perds la mienne.
– Un secret doit demeurer secret, Majesté. Trop de gens souhaiteraient vous perdre
aux yeux du Roi et de la France. Voyez cette affaire de bague… Il y a déjà quelque
temps…
– Oui, certes. N’en parlons plus. Faites ce pour quoi vous partez ; je m’en remets à
vous, tout entière.
– Merci. Seule la mort m’empêchera d’accomplir cette mission, pour Votre Majesté.
– Je le sais fort bien, chère Caprice. Mais, revenez-moi vite…
– Adieu, Majesté…
– Que Dieu vous garde, ma tendre amie… »
***
Alors que la belle Marquise de Croy d’Arvilley allait boucler ses malles et prendre
le chemin de Rochefort, elle apprit que le Duc de La Faye séjournait à Versailles. Elle le
fit mander ; par un billet écrit de sa main, elle lui donna rendez-vous dans le bosquet de
La Grotte des Bains d’Apollon.
Il s’agissait du bosquet du Marais qui avait été remanié et renommé, en 1778. Pour
le réaménagement du massif, le paysagiste Hubert Robert conçut une grotte artificielle au
milieu d’un paysage verdoyant parsemé de cascades et petits bassins d’eau, dans le style
Anglo-Chinois, alors à la mode. Dans le groupe central, Apollon était entouré de cinq
nymphes : il s’agissait d’un tout formé de sept statues, premier chef-d’œuvre sculpté enmarbre, et peut-être le plus imposant et le plus important de Versailles. Les deux
ensembles latéraux représentaient les Chevaux du Soleil, réalisés, l’un par Gilles Guérin
et l’autre par les frères Marsy.
Elle attendit presque une heure, avant qu’il ne montrât le bout de ses manchettes en
dentelle, ainsi que son tricorne noir garni d’une ganse d’or et d’un bouton doré. Sous
son couvre-chef, il portait une perruque « à marteaux ». Ses cheveux argentés,
abondamment poudrés, étaient coiffés en rouleau de chaque côté du visage et un
catogan rassemblait le reste de sa chevelure dans son dos. Il était élégant avec sa
redingote de brocart couleur bronze qui contrastait avec sa chemise à jabot de drap
blanc.
« Monseigneur, je vous croyais sur les mers ! mentit-elle.
– Madame la Marquise, je suis bien heureux de vous revoir… »
Le Duc de Montessoy de La Faye baisa la main que la Marquise lui tendit avec
affectation.
« Et moi, donc ! Quel bon vent vous amène à Versailles ?
– Le Roi, Madame, le Roi. Il m’a chargé d’une affaire de la plus haute importance
auprès de Georges Washington. Je me rends à Boston pour prêter main-forte aux
insurgés américains.
– Et, quand partez-vous pour Rochefort ?
– Madame ! s’écria-t-il surpris, comment savez-vous que j’appareille à
Rochefort ? »
Elle venait de se trahir ; elle décida de jouer franc jeu avec lui.
« Parce que je m’intéresse, de très près, à votre voyage pour l’Amérique.
– Que me vaut cet honneur ?
– Car je pars avec vous pour Boston.
– Mais, Madame, vous n’y pensez pas ! Jamais femme n’a été admise sur le navire
amiral du Roi de France !
– Eh, bien ! Toute chose doit commencer par un début !
– Mais, Madame, il s’agit là d’un vaisseau de guerre !
– Je le sais. Je me verrai donc en sécurité… Ne croyez-vous pas ? questionna-t-elle,
après un instant de silence, pendant que le Duc s’essuyait le front avec un petit
mouchoir bordé de dentelle. »
Caprice se dit que rien n’apparaissait plus prudent que de voyager, pendant des
semaines, avec un être aussi raffiné. Elle lui adressa un sourire espiègle.
« Mes hommes vont en perdre la tête.
– Pas vous ? interrogea-t-elle d’un air coquin.
– Si fait.
– Pour ce qui est de vos “hommes”, j’en fais mon affaire. Si vous me le permettez,
bien entendu…
– Mais, je vous concéderai tout, Madame, pourvu que vous deveniez ma maîtresse !
– Voilà bien une condition qui me satisfait.– J’espère vous offrir un amant aux attraits agréables.
– Très séduisants, Monsieur… »
Elle lui attrapa le poignet, lui ouvrit la main, lui caressa la paume et avança ses
doigts à sa bouche impatiente ; elle embrassa la pulpe du bout du majeur qu’elle choisit,
qu’elle mordilla et suça langoureusement, en le fixant droit dans les yeux. Le Duc de La
Faye s’en pinça la lèvre inférieure.
« Je brûle de cet instant suborneur où vous serez mienne…
– Si je vous promets de m’offrir à vous, une fois que le navire aura appareillé, me
ferez-vous monter à bord avec mes femmes de chambre ?
– Quelle femme d’affaires redoutable ! Oui, Madame. Je m’y engage
solennellement. En revanche, je vous recommanderai de bien vouloir observer quelques
règles de sécurité, à mon bord…
– Je vous en donne ma parole de petite fille de croisés, assura-t-elle.
– Alors, il ne me reste plus qu’à rejoindre mon vaisseau, Madame la Marquise.
Nous embarquerons dans cinq jours, le temps pour vous de vous rendre au port, avec
vos gens, armes et bagages. »
Quand il lui baisa la main, il se permit de lui effleurer les doigts avec ses lèvres
chaudes d’un désir ardent et grandissant.
« Monsieur, gronda-t-elle avec coquetterie.
– Toute chose doit bien commencer par un début ! N’est-ce pas ? »
Elle acquiesça en lui destinant un sourire plein de promesses libertines.
***
Le navire venait de quitter Rochefort, tandis que le Duc de La Faye, bien campé sur
ses deux pieds, face aux fenêtres du gaillard d’arrière, observait, à la longue-vue, le
port s’éloigner lentement ; Caprice, assise au bord du lit, prenait ses quartiers.
Elle étendit ses jambes devant elle et jeta un regard réprobateur à son hôte, car il
semblait plus intéressé par leur sortie de la baie que par l’invitée qui était allongée, toute
vêtue, sur sa couche. Capricieuse petite Caprice…
Elle soupira de lassitude ; il se retourna, charmé, le sourcil interrogateur et les yeux
emplis de désir. Caprice exploita la situation :
« Voulez-vous bien retirer mes bottes, Alexandre… ?
– J’accomplirai, avec un immense plaisir, une besogne que m’envieraient bien des
monarques. »
Joignant le geste à la parole, le Duc de La Faye s’inclina respectueusement devant
elle, avant de mettre un genou au sol. Il se courba dignement pour prendre le talon de la
cuissarde que lui présentait Caprice. Il la retira lentement, découvrant la jambe
parfaitement épilée de la marquise. Puis, il fit de même avec la seconde.
Il en profita pour attraper le petit pied de Caprice ; il le massa légèrement avant de
remonter à la cheville qu’il caressa doucement. Il paraissait vouloir cacher son émotion.Cette femme avait le Diable au corps ! Il le ressentait ardemment jusqu’au fond de ses
bourses.
Il la désirait tellement qu’il semblait prêt à tout. Il exaucerait tout ce qu’elle
exigerait ; il devancerait même ses vœux les plus fous, afin de la satisfaire. Il caressa
efficacement et en profondeur le galbe de son mollet ; la dentelle de sa manche de
chemise effleurait délicieusement la jambe de la jeune femme qui entrouvrit ses lèvres
finement ourlées.
La main chaude et habile d’Alexandre s’attarda sur son genou puis glissa vers sa
cuisse. Même sur le tissu moulant de sa culotte d’homme, la caresse devenait osée, mais
Caprice ne semblait pas plus troublée que cela ; et pourtant, elle finit par fermer les yeux
pour ne laisser place qu’à la sensualité et à l’émoi. D’un mouvement léger, elle desserra
les cuisses. Les doigts avertis du Duc de La Faye se hasardèrent sur le triangle qu’elle lui
offrait voluptueusement. Sa main se fit de plus en plus insistante…
« Quelle audace, cher duc !
– Madame, votre seul bonheur m’importe.
– Assurez-m’en.
– Vous me voyez à vos pieds, Caprice. Ordonnez et je m’exécuterai.
– Alors, faites-moi plaisir, Alexandre. Caressez-vous.
– Caprice, je ne sais si…
– N’avez-vous pas promis ?
– Certes. Je vais, de ce pas, vous donner entière satisfaction. »
En un tour de main, le Duc de La Faye se débarrassa de sa rapière d’officier, ôta
{3}son baudrier et sa redingote dont les manches étaient ornées de galons. Il dégagea
son justaucorps, afin de libérer son membre dru par-dessus sa culotte et par-dessous sa
chemise blanche.
Il entoura le haut de son prépuce avec seulement trois doigts, puis il se lança dans
un va-et-vient ravissant. Plus encore, il posa toute sa main sur sa verge et la comprima
légèrement. Il alternait entre vitesse et lenteur, changeait de rythme et de pressions,
fortes ou légères.
Caprice semblait chercher à évaluer son plaisir ; cela, en observant ses yeux.
Ceuxci brillaient d’une douce concupiscence, tandis que les traits de son visage étaient, tour à
tour, tirés et détendus, puis tirés, puis détendus…
Il fixait Caprice de son regard contemplateur, tant et si bien que sa voix le sortit de
son application : il lui sourit en ralentissant la cadence de son poignet gauche et débrida
quelque peu son pénis.
Caprice décida de prendre les choses en main, séance tenante.
« Approchez-vous, Alexandre, ordonna-t-elle d’une voix presque basse et inégale. »
Il obéit docilement et se rapprocha d’elle, les doigts autour de son sexe bien édifié,
certes, mais aussi édifiant.« Lâchez cela, et laissez-moi faire.
– Madame, disposez de moi. »
À peine l’avait-il lâché, que Caprice l’empoigna délicatement et l’amena à son
palais. Elle l’embrassa le long de la verge, de bas en haut, et comme une boule de glace
qu’elle assaillirait de sa jolie bouche avec appétit, elle engloutit le gland entre ses lèvres
humides. Elle enroula sa langue autour du bout dégagé de son enveloppe de peau. La
chair était lisse et douce, délicatement grasse, tandis que le goût était savoureusement
sucré. Tout en glissant goulûment le long du membre tumescent, sa joue effleurait ses
bourses duveteuses et parfumées de musc et de senteurs d’Orient. Elle s’enivrait…
Son parfum était boisé, animal, profondément ancré dans la terre. C’était un effluve
des sens et du corps, une senteur qui appelait à l’amour et qui évoquait les marchés
orientaux où s’étalaient les précieuses épices, les fruits odorants, les encens aux mille
senteurs chaudes comme l’été. C’était une eau dont les effluves réchauffaient le cœur, en
hiver, et qui, en période estivale, embaumait les terrasses ombragées de son arôme
profond. Son odeur sensuelle ne s’avérait ni trop douce, ni complètement fruitée, ni
particulièrement poivrée, mais, sur cet homme raffiné, elle donnait à la force de son
parfum un caractère charnel, attirant et puissant.
Ses senteurs étaient chargées de mystère et d’érotisme.
II
L a M i g n o n n e
« Je savais où vous retrouver, Caprice, sur le pont supérieur, à contempler l’Océan.
– Je prenais un peu l’air frais…
– Je ne puis vous en tenir rigueur.
– J’aime la mer, elle paraît si paisible !
– Elle semble paisible, certes, mais quand elle se déchaîne, branle-bas de combat !
C’est une bataille de chaque instant. Cependant, n’ayez crainte, vous vous trouvez sur le
navire le plus sûr de la flotte française. »
Caprice scrutait le commandant de ce beau vaisseau avec un amusement difficile à
dissimuler.
« Si, comme un homme qui sait vivre, vous me faisiez visiter ce navire qui vous
tient tant à cœur, Alexandre.
– Vous avez raison. Je manque à mes devoirs. Je suis votre hôte, et, par
conséquent, je vais, de ce pas, vous montrer La Mignonne.
– Quel nom, pour un bateau… de guerre !
– Pas n’importe quel bateau, très chère Caprice. La Mignonne est en service depuis
1762. C’est un vaisseau de ligne de premier rang, armé de cent canons à l’origine, portés
au nombre de cent dix, à ce jour, sur trois ponts, comme vous avez dû le constater. Les
États de Bretagne ont offert au Roi, en 1762, le plus grand et le plus beau vaisseau dont
on puisse rêver, en tant que commandant, bien entendu. Il s’affirme comme le fleuron
de la Marine française ! La Mignonne s’est illustrée au cours de la Bataille d’Ouessant,
contre la flotte anglaise, il y a trois ans. Elle participa à ce combat, le 27 juillet 1778,
comme navire amiral de l’escadre française, sortie de Brest afin d’affronter la flotte de
l’Amiral Keppel. Nos navires se canonnèrent pendant quatre heures, après avoir
savamment manœuvré pendant trois jours, les uns à vue des autres. Depuis 1779, La
Mignonne est le vaisseau amiral de la flotte franco-espagnole. Qu’en dites-vous,
Madame ?
– Que je suis assurée du succès de notre entreprise !
– Et, comment donc, ma chère Caprice ! Sa refonte, au trois-quarts, en 1777, suivie
d’un doublage en cuivre, il y a quelques mois, en fait un navire d’une plus grande
maniabilité, d’une puissance de feu extraordinaire, assurant des performances maritimes
et militaires. La Mignonne est percée de quinze ouvertures à la batterie basse, armée de
trente canons de trente-six livres, la deuxième batterie comporte trente-deux modèles de
vingt-quatre livres et la troisième, trente-deux canons de douze livres. Enfin, les
gaillards portent six spécimens de six livres et la dunette a reçu, il y a quatre ans, quatre
canons de quatre livres. De l’étrave à l’étambot, la longueur est de cinquante-neuf
mètres quatre-vingt-huit. Nous ne sommes pas moins de mille hommes, plus une dame
et deux femmes de chambre, sur ce vaisseau. Eh, bien ?
– Je n’entends rien à la guerre, mais vous voilà bien armé et me voici bien instruite.
Faites-moi donc l’honneur de me faire visiter votre précieux bijou, Alexandre.
– Après vous, Madame la Marquise, l’enjoignit-il en la laissant passer devant lui.
Vous vous situez actuellement sur le pont supérieur où se trouvent les gaillards. Legaillard d’arrière, et, au-dessus, la dunette, sont consacrés aux officiers ; cette dernière
offre une vue d’ensemble sur le navire. Aucun matelot n’a le droit d’accéder à cette
section du bâtiment, sans l’ordre d’un gradé, sauf si son service l’amène à s’y trouver.
La partie réservée à l’équipage est le gaillard d’avant que je vous éviterai, pour ne pas
exciter mes hommes. Je déplore déjà qu’ils sachent que trois femmes vivent à bord de
La Mignonne, mais je ne puis vous cantonner dans vos cabines respectives…
– N’avez-vous pas confiance en votre personnel navigant, pour ce qui est de notre
sûreté ?
– Je dispose de vingt officiers qui se battraient pour vous, Madame. En ce qui
concerne l’équipage, je ne puis me porter garant en totalité. Mais, je puis vous assurer
que, sous mon commandement, un manquement à votre égard et ce sera la corde !
– Comme vous y allez, Commandant !
– Je n’ai, hélas, pas le choix ! Si je veux maintenir l’ordre et faire régner le calme
sur ce navire… Je vous disais donc que nous étions sur le pont supérieur, sur le pont de
la troisième batterie, en dessous, nous avons le pont de la deuxième batterie et le
dernier pont est la batterie basse. Tout à fait, en bas, à fond de coque, se situe la soute
que je vous épargnerai aussi pour des raisons de salubrité. L’eau à fond de cale n’est, en
somme, pas des plus saines. »
Et tandis qu’il parlait sanitaire et propreté du navire, deux mousses récuraient le
pont. L’un d’eux, à quatre pattes sur le plancher de bois, un jeune garçon aux cheveux
presque rouges et aux petits yeux bleus coquins, expectora sur le pont en frottant la
brosse à deux bras. Alexandre sourit devant la grimace de Caprice.
« Cela porte bonheur, de cracher sur le pont, pendant le nettoyage. »
Cette fois, elle afficha une mimique dubitative.
« Ils lavent le pont à l’eau de mer ? demanda-t-elle avec curiosité.
– Non, bien sûr. C’est de l’eau potable ! Le navire doit, à tout prix, être entretenu,
avec toute la difficulté que cela comporte, vu l’encombrement du bâtiment. Il est ardu
de le maintenir salubre. Un navire trop souillé s’imprègne des mauvaises odeurs et le sel
de la mer ronge le bois, c’est pourquoi un récurage au savon et à l’eau claire s’avère
indispensable, deux fois par jour.
– Et vos hommes ? Depuis combien de temps n’ont-ils pas pris de bain ?
– Depuis notre départ de Rochefort. Ils se lavent avec un seau d’eau potable.
– Mais ne pourrait-on pas arrêter le bateau, pendant un jour ou deux, afin de leur
permettre de se baigner ?
– Passons le plus gros de la traversée, et, dès que nous toucherons les îles, je ferai
mouiller le navire dans une crique. Ce qui leur permettra de se laver en toute sécurité.
– Et, dans combien de temps devrions-nous voir la côte ?
– Dans une dizaine de jours. En attendant, ils garderont leurs habitudes.
– Oh, c’est répugnant !
– Mais vous, Madame, bénéficiez d’un traitement de faveur, car l’eau est trop
précieuse, en pleine mer, pour la gaspiller de la sorte.
– Et vous, Monsieur ?
– Moi, et mon état-major, sommes tenus de présenter au mieux la Marine royale,
d’autant plus que nous prenons nos repas en compagnie d’une charmante marquise,amie de la Reine.
– Si je comprends bien, ces pauvres gens ne partagent pas le même traitement que
vos officiers ?
– Non, Madame. Hélas ! Nous sommes peu nombreux à jouir de ce privilège. Je
suis surpris que cela vous choque, alors que, sur la terre ferme, vous ne semblez pas
animée du même sentiment concernant les miséreux qui vous entourent.
– Mais, le tout un chacun a de l’eau potable, Alexandre !
– Vos gens, peut-être, chère Caprice, mais pas le pauvre serf qui se tue à la tâche,
afin de tout juste nourrir sa famille.
– Cette pauvreté-là n’existe pas !
– Voyons, Madame, sortez de votre monde édulcoré et vous verrez que tous les
Français ne sont pas logés à la même enseigne ! »
Il rit de sa folle naïveté.
« Vous êtes pareille à notre Reine ! Vous ignorez ce qui vous entoure, non pas par
égoïsme, mais par méconnaissance. D’ailleurs, d’où vous vient ce soudain intérêt pour
les indigents ?
– Je n’en savais rien, Alexandre. Cependant, promettez-moi que vos hommes
seront en mesure de prendre un bain, quand nous toucherons la terre ferme.
– Vous avez trop bon cœur, Caprice. Je vous donne ma parole que vous serez
exaucée, que chacun de mes hommes aura le droit de se baigner et pourra laver son
linge. L’eau sera plus chaude et le soleil permettra de sécher leurs frusques.
– Je vous remercie, Alexandre.
– Je m’incline, devant votre grandeur d’âme, Madame… ironisa-t-il gentiment, la
saluant très bas avec son élégant chapeau. »
Elle lui décocha un sourire amusé.
« Voici le mât d’artimon, le grand mât en second, et, le dernier, à l’avant du
navire, est le mât de misaine, juste avant le beaupré, au-dessus de la figure de proue.
Nous allons passer de la poupe à la proue. Voilà nos seize canons de douze livres de
bâbord et nous disposons de seize canons de même calibre à tribord. Un canon est reçu
par un affût de chêne. Descendons à la deuxième batterie, trop de regards vous
dévorent sur ce pont… »
Alors qu’ils passaient par l’écoutille des officiers, pour rejoindre le second pont, ils
entendirent des ahans de plaisir du côté de la deuxième batterie bâbord.
« Vas-y, baby, vas-y… Viens la chercher, viens la prendre… »
Caprice jeta un regard circonspect au Duc de La Faye : il se demandait à qui pouvait
s’adresser, de cette manière, son commandant en second.
« Viens, baby, viens…
– J’arrive Jamy, j’y arrive… Ahhh ! Oui ! Oui, Jamy ! »
À son tour, la marquise crut reconnaître la voix de Catherine, sa femme de
chambre. Afin d’en avoir le cœur net, elle s’approcha de la bouche à feu concernée. Elle