Le Malheur des Uns - Le Bonheur des Autres

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86 pages
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Après avoir été l’étoile montante du cinéma américain, Esperanza Graziani revient à Marseille pour soigner ses blessures.


Elle pense laisser derrière elle sa carrière d’actrice, les paillettes et les feux des projecteurs, et reconstruire un avenir parmi les siens, surtout auprès du beau Lissandro, fils de l’ennemi juré du clan Graziani.


Cependant le destin finit toujours par nous rattraper, et même si Jeff Logan, superstar d’Hollywood, pense tout contrôler, il a oublié un détail. On ne touche pas à la famille. Jamais.


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EAN13 9782374471013
Langue Français

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Le Malheur Des Uns, Le Bonheur Des Autres. Saga Marseille Episodes2et3 Roman
Chiaraa VALENTIN
Le Malheur Des Uns, Le Bonheur Des Autres. Saga Marseille Episodes2et3 Roman
ISBN version papier978-2-37447-101-3 ISBN version Numérique 978-2-37447-012-2 Octobre 2018© Erato–Editions Imprimé en France - Tous droits réservés Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Le Malheur des Uns Saga Marseille - épisode 2
Je viensdu Sud, et par tousleschemins, jyreviens. Michel Sardou
Acte 1
1 Assise depuis des heures au bord du plus haut rocher de la calanque de Callelongue , j’observe les éléments se déchaîner. La vaste étendue bleue devant moi vient fracasser ses vagues sur la pierre, juste sous mes pieds. Le ciel et la mer se confondent, il n’y a plus de distinction entre eux et j’en admire les couleurs, m’enivre de l’odeur de la mer et de la pluie qui s’annonce. Malgré l’orage qui se forme au large, je ne bouge pas, reste là, je suis bien… en%n apaisée. Je fredonne à nouveau la même chanson qui me suit depuis mon retour dans ma ville : 2 « Bien souvent j’oublie la distance… qui m’a fait quitter les rues de l’enfance… » Ce titre exprime vraiment mon ressentietje ne peux m’empêcher de lesrépéter encore et encore. Mes jambes balancent dans le vide, je regarde au loin, essaie de discerner la ville qui doit s’élever sur ma droite, mais la météo ne me rend pas la tâche facile. Pourtant, je sais qu’Elle n’est pas loin, la Bonne Mère m’a en%n reprise dans ses bras, me protègeà nouveau. Alors, sans crainte, je reste face à cette mer démontée, j’oublie le présent et le futur… mais surtout mon passé. Dans quelques minutes, je vais retourner vers le monde réel, débuter une nouvelle vie. A nouveau, je veux respirer librement, pro%ter, croire en moi et en mes rêves, ne plus être prisonnière de ce carcan qui m’oppresse. C’est le défi que je me suis lancé pour mon retour dans ma ville natale. Soudain, le bleu vire et s’estompe, la lumière si c laire devient laiteuse, toute jaunie, l’air se fait électrique, le vent se lève. Ce n’est pas le mistral, ce vent typiquement marseillais, mais plutôt celui qui annonce l’orage imminent. Unéclair déchirele ciel, le tonnerre le suit de près. Les premières gouttes de pluie me sortent de ma torpeur. Il est temps de rentrer, de quitter « mon refuge ». Je me lève et une bourrasque me fait vaciller une s econde, ayant raison de ma stabilité et de ma progression. Je glisse, dérape, mais avance tout de même d’un bon pas. Mon corps retrouve ses vieux ré6exes, il reconnaît sa maison. Un dernier coup d’oeil derrière moi, une dernière fois ; ce petit bout de terre, ce coin de rocher face à la mer, c’est mon seul vrai chez-moi. Je reviendrai, c’est certain. Le temps change radicalement, alors que je regagne le port. Les éléments se sont déchaînés, si je devais faire une description de l’apocalypse, pour moi, ça ressemblerait à ça. L’orage gronde, les éclairs déchirent le ciel, le tonnerre explose partout autour de moi, la foudre ne frappe pas loin et dans l’enclave de ce petit port de pêcheurs, le bruit est ampli%é, magni%é. La pluie tombe dru, l’eau est montée rapidement, ne permettant pas à certains endroits de distinguer la mer de la route. Je tourne sur moi-même, les bras écartés pour pro%ter de la pluie, mais une fois ce moment passé, je cours me mettre à l’abri dans ma voiture. Je traverse la rueà toute allure, la pluie diluvienne ralentit ma progression. Le vent fait battre les volets des maisons de ville. Un bruit sourd me surprend et me fait sursauter. Ce n’est rien qu’un pot de terre qui a explosé en chutant. J’accélère encore, mais cela ne sert plus à rien, je suis trempée comme une soupe, mais au moins la pluie ne me dégouline plus dans le cou et je peux brancher mon chauage à fond pour tenter de me sécher. Malgré mes vêtements trempés et l’eau trempant mes sièges, je me sens merveilleusement bien. Je respire un grand coup et mets le contact pour partir de cet endroit avant de me faire coincer par la montée des eaux.
1 Callelongue : première calanque du massif, après le village des Goudes. Pour les Marseillais, c’est le « bout du monde ». Un petit port de pêche, quelques cabanons. 2Marseille— Patrick Fiori
Acte2
Ma voiture de location, pourtant puissante, a du malà progresserface à la nature qui s’emballe. La tempête qui fait rage me ralentit alors que je longe la mer. Je traverse le quartier d’Endoume et regarde les vagues s’exploser sur le sable de la plage des Catalans avant d’arriver à mon hôtel. Il se situe à l’entrée du Vieux port. J’ai sélectionné cet établissement de luxe expressément et j’ai choisi attentivement ma chambre. Pour mon retour dans ma ville natale, je voulais une vue sur le palais du Pharo et le fort Saint-Nicolas, juste pour me perdre dans ce décor et oublier. Je me gare en double le devant l’entrée et le voiturier se précipite pour prendre le volant, me faisant maintes courbettes et sourires au passage. Le groom m’ouvre la porte, il me regarde attentivement, se demande qui je peux être et comment le réceptionniste guindé va réagir face à mes fringues dégoulinantes et salissant tout le hall. Je m’arrête devant ce dernier et lui lance un souriant« hello ». Ses yeux me détaillent, une barre très expressive de contrariété se forme sur son front. — Des messages pour moi, mon Chou ? Chambre٧١٢. Devant son visage surpris par mon audace et sa contrariété grandissante, je continue pour ne pas lui laisser le temps de répondre : — Vous pouvez noter une table au restaurant pour 20 heures et me faire monter des sels de bain, s’il vous plaît ?Merci ! Je m’éloigne en lui faisant un geste de la main et me dirige droit vers l’ascenseur. Le liftier me sourit et me demande à quel étage je me rends. Il est mignon tout plein dans son ensemble rouge, il ressemble à Spirou. Pour le taquiner un peu, je lui propose de m’emmener au septième ciel… ou vers la porte des enfers, à sa guise. Il éclate de rire et me conrme d’une voix grave, qui tranche complètement avec sa tenue : — Au dernier ? — C’est bien ça… Une foisàdestination, je le remercie d’un généreux pourboire et arrive enn dans ma suite.Àtoute allure, je retire mes ballerines, mon jean trempé et mon tee-shirt qui me colle. Ma peau est moite, mais je garde mes dessous et enle un peignoir en attendant qu’on me livre ma requête. Je branche mon iPhone sur le système audio de la pièce, mets le bouchon et regarde l’eau remplir la baignoire lorsqu’on frappe à la porte. Une fois ma commande récupérée, je verse les sels, les observe se dissoudre, finis de me déshabiller et plonge enfin dans un bain bien chaud. Je me laisse envoûter par le rythme de la musique. La sourdine de la trompette et le son du saxophone qui se mélangent dans une bossa-nova langoureuse me transportent loin dans mes souvenirs. Je me rappelle « lui », notre dernière rencontre, notre dernier rendez-vous. J’espérais un« je t’aime » tout simplement, trois mots tellement banals mais qui font tant de bien à entendre, voir un « excuse-moi ». Je n’ai rien eu de tout ça età la place d’un délicieux moment, j’ai vuMister Hyde débarquer dans mon appart. Au lieu d’une phrase remplie de promess es, je me suis retrouvée avec une luxation de la mâchoire et un œil qui vient tout juste de retrouver une taille, une couleur et une forme normale. Je l’ai quitté à ce moment-là, ce jour-là, ce jour où il a dépassé la limite, j’ai tout quitté sans regret. Quand on aime une personne, on la protège de la douleur, on n’en devient pas la cause. Et désormais, non seulement je souÇrais de nos derniers instants, mais en plus j’avais peur de lui, peur de tout le monde. J’ai pris mes distances, suis rentrée chez m oi, là où je ne suis « que » moi, Esperanza Graziani, jeune femme cynique et blessée et non plus Erin Masson, star montante du septième art. Cependant… j’ai gardé de lui un petit souvenir qui pourrait provoquer de gros dégât, si je venais à le révéler. Je ne veux plus entendre parler de show-business, de cinéma, de fêtes, de stars, desÉtats-Unis. Je veux
juste me retaper avant d’aller retrouver mes parents. Si mon père me voit blessée, les jours de « lui » sont comptés. Et je ne peux pas me résoudre à lui faire ça. Même si je le hais désormais, je l’ai aimé, j’ai cru en nous et en notre histoire. Doucement, doucement, mes yeux se ferment et mes pe nsées se raréent. Une douce langueur m’envahit et je me laisse aller dans les bras de Mo rphée. Tout d’abord très sensuels, mes songes se transforment vite en cauchemars. Des bras qui me serrent, des mains qui me touchent, des corps qui se mélangent et se disloquent devant mes yeux. Je me réveille en hurlant, peu de temps après, avec la sensation de me noyer, ce qui n’est pas tout à fait faux, vu que je suis plongée dans l’eau,désormais glacée, de mon bain. J’en ressors rapidement, frissonnante, m’enroule dans une large serviette moelleuse et me jette sur le grand lit, m’enveloppant dans les draps. Malgré mes cauchemars, je suis encore un peu dans les vapes. Je reste allongée, les yeux ouverts à xer le plafond et sors complètement de ma léthargie quand j’entends mon ventre gargouiller, signalant qu’il est temps que je me lève. Je récupère mon téléphone sur la console audio, jette un œil à l’heure qu’il est : 19 h 45. Oui, je peux me préparer pour dîner. Ma balade dans les calanques m’a vraiment ouvert l’appétit et ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Plantée devant la penderie, je regarde attentivement chaque vêtement qui la compose. Toujours paraître pour cacher son mal-être, toujours en faire plus po ur ne pas que l’on soupçonne mes peurs et mes angoisses. Je jette mon dévolu sur une robe portefeuille noire, assez courte et au décolleté en V profond. Elle est ceinte à la taille par une ceinture dorée, j’y ajoute des talons aiguilles noirs. Je me maquille avec beaucoup d’application, raidis mes cheveux pour retrouver mon carré profond, et je suis prête pour le show… Euh… pour aller prendre mon repas au restaurant.
Acte3
Devant l’ascenseur, j’appuie sur le bouton d’appel et la porte de la cabine s’ouvre rapidement sur un autre liftier, qui ne se gêne pas pour me détailler. Sa tenue est similaire à celui de tout à l’heure mais son attitude n’est pas identique, je me sens mal, comme à l’étroit. Je lui demande sèchement de rejoindre le restaurant et nous entamons la descente dans un silence embarrassant. Mon regard se pose partout dans cet espace restreint, et je me focalise sur cette moquette violette qui recouvre les parois, c’est d’un kitch… Mon corps est en alerte et quand il fait un pas vers moi, je recule d’instinct entamant un mouvement du bras. Mais j’arrive à me raisonner et à gérer mon angoisse grandissante quand il retourne à sa placeinitiale. Lorsqu’en'n j’arrive à destination, je me dirige d’un pas rapide vers l’accueil, j’annonce mon nom, mon numéro de chambre et le serveur m’accompagne à ma table. Je lui emboîte le pas en marchant la tête haute, comme si je dé'lais. Certaines têtes se tournentà mon passagepour me suivre des yeux. Ma démarche est encore plus assurée, j’aime les regards qui me font sentir femme, j’en abuse probablement un peu en surjouant. Je m’installe à ma table, placée dans un coin tranquille, loin du bruit et de la foule. Depuis quelques jours, je viens dîner ici et le serveur connaît mes besoins d’isolement, d’autant plus que la première fois, quand j’ai retiré mes lunettes de soleil, il a remarqué mon œil amoché et a changé ses plans de tables pour moi. Une fois installée, j’ose en'n regarder la salle qu i s’étale devant moi. Chacun est retourné à sa conversation, je n’ai été une illusion que de quelques secondes. Mon gentil serveur en costume me demande si, comme à mon habitude, je ne veux que de la soupe et je le surprends en lui demandant la carte. Il m’adresse un énorme sourire qui rajeunit son visage marqué par le soleil et les années. Il s’absente un instant et revient quelques secondes plus tard avec le menu, me recommandant le poisson du jour, accompagné d’une sauce aux fruits de mer et d’une polenta crémeuse à l’huile d’olive. Rien que de l’entendre prononcer ces quelques mots, je salive d’avance et lui donne mon accord, je lui demande aussi une eau pétillante qu’il me sert tout de suite après avoir laissé ma commande en cuisine. Mes pensées me ramènent à mon après-midi et je me penche légèrement pour voir si la pluie s’est en'n arrêtée. J’irais volontiers faire un tour sur le Vieux Port, pourquoi pas y déguster une glace ? Alors que je regarde par la grande baie vitrée si la nuit a chassé les nuages, je croise deux yeux noirs qui me scrutent attentivement.