Le Précepteur de Fréville

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Description

Précepteur au château de Fréville, Vandreuil a la charge de deux adolescents qui ont grandi comme frère et sœur et, quoique d'origines opposées, sont élevés dans les idées d'égalité prônées par les philosophes des Lumières. L'amitié qui unit Augustin et Bérengère a toutefois pris un tour passionnel qui les expose dangereusement.

En cet été 1788 le château, situé au cœur de la Touraine, connaît de grands bouleversements. En dépit de la secrète attirance qui l'attache à Vandreuil, la comtesse de Fréville s'est résignée pour sauver son domaine de la faillite à épouser en secondes noces le duc de Beaufort, un homme autoritaire et sûr de son rang. Là où régnaient harmonie et simplicité succèdent tyrannie et morgue. Entre les murs de Fréville devenus le théâtre des prémices de la Révolution, s'expriment les désirs de liberté qui l'ont portée.

Confession d'un homme sans naissance, ce chassé-croisé amoureux où les cœurs s'opposent aux conventions raconte les usages d'un XVIIIe siècle en mutation dont les rêves d'égalité vont entraîner la chute des privilèges.


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Date de parution 30 juillet 2014
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EAN13 9791025101919
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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couverture

ALAIN LEBLANC
LE PRÉCEPTEUR DE FRÉVILLE
La Révolution en Héritage - T.1
 
French Pulp Éditions
Fiction

1

Lorsque Mme de Fréville épousa le duc de Beaufort en secondes noces, j’étais à son service depuis cinq ans. Elle m’avait appelé auprès d’elle au printemps 1783 pour prendre en main l’éducation de sa fille, et si elle préférait lui attacher les soins d’un précepteur plutôt que d’une gouvernante, c’était que la demoiselle avait un tempérament bien trempé. Par les circonstances d’une enfance négligée, elle avait plus souvent couru dans les champs avec les petits paysans de son âge qu’écouté les sages préceptes d’un père trop vite fauché par la maladie. L’enfant n’avait pas deux mois quand la fièvre, une de celles qui emportent les natures les plus résistantes, le terrassa en vingt-quatre heures. Aucune saignée n’y fit. Et Mme de Fréville épuisa en vain toutes les prières de l’Évangile. Ce que je sais des années qui suivirent, je le tiens des confidences des domestiques. Durant deux jours la jeune comtesse s’enferma avec le corps de son mari et refusa de laisser entrer personne. L’odeur devint bientôt telle qu’il fallut user de force pour l’arracher au symbole pourrissant d’un amour qui n’était plus qu’un cadavre en décomposition et, pour ceux qui furent enfin autorisés à l’approcher, un objet de dégoût. Beaucoup pensaient que l’enfant qu’il lui laissait allait l’aider à surmonter cette épreuve et mériter doublement son affection. Il n’en fut rien. Elle la confia en nourrice à une jeune fermière qui venait d’accoucher d’un garçon et qui donna son lait à l’un et à l’autre en égale proportion. Les deux enfants grandirent comme un frère et une sœur, recevant les mêmes soins et le même enseignement, de sorte que la petite demoiselle n’avait rien des jeunes perruches élevées pour faire sensation dans les salons et que son inséparable compagnon de jeu et d’étude n’avait rien à lui envier pour l’éducation. Ils avaient à peu près tout appris ensemble, ce qui leur prêtait, quand on les voyait dès l’abord, un air de parenté propre à déceler dans leur physique des similitudes qui ne s’y trouvaient pas.

Les premiers rudiments de connaissance leur avaient été donnés par le prêtre de la paroisse auprès duquel Mme de Fréville avait cherché le réconfort que procure face à l’injustice du sort la résignation chère à la doctrine ecclésiastique. Mme de Fréville devint de plus en plus triste, la paroisse de plus en plus riche. Elle y gagna en dons pour les pauvres, lesquels furent payés en sermons qui sont la meilleure des nourritures pour l’âme mais offrent un piètre secours aux ventres affamés. Elle ne s’en fit pas moins une réputation de générosité qui greva peu à peu son bien, car l’argent n’avait aucune valeur à ses yeux et elle n’en mesurait le prix que lorsqu’il venait à manquer. Elle avait alors recours aux hypothèques et, trop mélancolique pour s’inquiéter de ses comptes, s’en remettait à des gens dont c’était le métier et qui n’étaient pas d’une scrupuleuse honnêteté. Ainsi, régulièrement, une partie des impôts levés s’évanouissait dans les poches des trésoriers par un de ces tours de passe-passe que l’inconsolable comtesse, qui préférait oublier ses peines dans la lecture de romans plutôt que d’être confrontée à la sèche réalité des chiffres, ignora longtemps.

Son remariage avec le duc de Beaufort qui guignait ses terres plus encore que sa main, dont elles étaient l’inséparable corollaire, fut le remède douloureux à une gangrène que le rachat de ses dettes arrêta net. La situation où elle avait laissé ses terres et ses affaires n’incitait pas aux états d’âme. Le contrat s’était conclu de lui-même, comme il va de soi dans une association où chacun apporte à l’autre ce qui lui manque. Ce n’était pas de l’amour ni de l’amitié, c’était la lie de la sagesse. Celle dont la comtesse s’abreuvait depuis la mort de son mari et qui convenait à l’indifférence où laisse l’absence de chagrin, quand on n’attend plus ni joie ni peine, rien que la fade promesse des lendemains qui ressemblent à la veille.

Le jour où elle m’annonça la nouvelle correspondit à celui où sa propre fille l’apprit. Mme de Fréville avait retardé le moment par crainte de ses effets sur son jeune esprit. Depuis quelque temps je la voyais silencieuse et tourmentée. Il n’y avait pas grand-chose qu’elle me dissimulât. Je pouvais même me targuer de sa confiance au point qu’elle était avec moi d’une liberté absolue. Elle me livrait ses états comme on le fait avec un ami cher, non un homme que l’on paie et avec lequel on garde ses distances pour pouvoir s’en séparer plus facilement le moment venu. En cinq ans, j’avais tenu auprès d’elle tous les rôles. Elle me confiait à peu près tout de ses affaires et de ses pensées, comme elle me confiait sa maison et son enfant. Je n’avais pas tardé à devenir pour Bérengère le père qu’elle n’avait pas connu et pour Augustin, qui avait perdu sa mère peu après mon arrivée, le protecteur que réclame tout enfant orphelin. J’étais dans l’esprit des habitants de la région l’homme de Fréville. Les gens d’office me consultaient en lieu et place de leur maîtresse, Landry, le jardinier, venait dès la promenade du matin prendre mes consignes pour distribuer le travail aux ouvriers, et bientôt la comtesse m’avait délégué tout ce qui concernait sa vie. Quoique ne possédant ni biens ni richesses et, partant, que peu d’expérience de la façon dont se gère l’argent, c’était moi qui, sur ses instances, avais fini par me plonger dans ses papiers et lui révéler la triste réalité de ses finances, moi encore qui avais entrepris les démarches nécessaires pour recouvrer les sommes qui lui étaient dues auprès des indélicats.

On comprend dans ces conditions l’embarras qu’elle avait à m’annoncer un mariage et la venue d’un homme dans ces lieux qui allaient profondément bouleverser nos habitudes et jusqu’à la nature de notre relation. Elle avait beau me répéter, comme pour s’en convaincre, en arpentant nerveusement le salon où elle m’avait convoqué pour m’apprendre sa décision : cela ne changera rien, tout dans son attitude attestait le contraire et me confirmait qu’à l’encontre de ses propos qui se voulaient rassurants la quiétude qui présidait jusque-là à nos destinées allait voler en éclats. Un autre qu’elle, ici, jugerait, trancherait, déciderait, un autre qui avait racheté les dettes, possédait à présent le domaine, et à la volonté duquel il faudrait se plier. Mon premier souci fut pour Augustin. Je tenais à m’assurer de son sort car, si la fragilité de ma situation m’interdisait de fonder une famille et d’entretenir femme et enfant, mon statut et les efforts fournis depuis cinq ans pour forger son âme et son esprit me rendaient son avenir sensible.

Mme de Fréville me certifia qu’aucun des engagements qu’elle avait pris avant l’arrivée du duc de Beaufort ne serait remis en question. Elle l’avait déclaré d’une voix qui tremblait et avait mis dans son affirmation cet excès d’autorité des femmes qui manquent de sûreté. J’en déduisis que c’était une promesse qu’elle s’était faite à elle-même et qu’il eût été imprudent d’attribuer la même au duc.

Il me tardait d’être éclairé sur la personnalité de son nouvel époux.

— Hélas, il n’a pas votre esprit, dit-elle en faisant la moue. C’est un administrateur et un chasseur qui adore collectionner les pièces de gibier. Il n’y a pas grand-chose d’autre à en dire. Au moins, quand il sera à la chasse, pourrons-nous retrouver quelques moments de notre charmante intimité.

Je trouvai ce portrait succinct et tâchai d’en apprendre davantage. Elle me confia qu’il avait des affaires à Nantes. Il possédait des capitaux dans la marine marchande et importait de Martinique et de Saint-Domingue le sucre, le tabac et le coton. Son père dont il tenait son titre avait connu des revers de fortune. Le duc pensait, en acquérant Fréville, remplacer les terres qu’il avait perdues et comptait partager son temps entre la campagne et Paris. Elle se retourna et me fixa, le mouchoir au coin des yeux, prête à s’épancher sur la grise perspective d’une union convenue qui la contraindrait à restreindre nos tête-à-tête.

— Je tiens à vous dire, Vandreuil, combien ces cinq années passées à vos côtés…

Elle porta la main à sa poitrine et, avec des larmes dans la voix :

— Vous ne pouvez savoir ce que me coûte cette décision.

Je l’imaginais aisément. Je ne possédais rien d’autre que ma liberté, ce bien précieux entre tous, et n’eusse convoité aucun domaine dont les murs dussent se convertir en prison. Or, en sauvant Fréville de la voracité de ses créanciers, le duc de Beaufort faisait de sa propriétaire sa prisonnière et, en lui laissant la jouissance de ses terres, achetait la reconnaissance d’une épouse asservie. Je compris que je devrais pour ma part renoncer à certains privilèges et occuper une place plus discrète.

Mon goût du confort en souffrirait mais mon tempérament s’en accommoderait. Je tâcherais de trouver à ma situation d’autres avantages plutôt que de me désoler. J’habiterais, dans l’une des tours d’angle, une chambre fraîche et lumineuse pourvue d’un petit salon, d’un bureau et d’un cabinet de toilette, qui me laisserait encore assez d’aisance et la plus large vue qui soit sur les jardins, les forêts et la Loire. J’y jouirais d’un bel ensoleillement une grande partie de la journée, et son emplacement retiré me tiendrait à l’abri de l’agitation. Ce que j’étais moins sûr de supporter, c’était ces larmes nouvellement venues qui noyaient le regard de Mme de Fréville. Il me semblait avoir contribué par mon soutien à lui rendre le sourire, et je n’aurais pas été plus dépité si un vent ravageur s’était chargé de ruiner mes prouesses de jardinier en saccageant mes fleurs. Je m’étais efforcé depuis mon arrivée de planter dans cette maison un peu de bien et d’espérance, et je sentais mon travail menacé à la veille de les voir germer. Peut-être mon silence trop éloquent cachait-il un reproche que je m’interdisais de formuler.

— Je n’avais pas le choix, Vandreuil. Vous savez de quel prix me sont vos conseils. Si j’avais pu faire autrement…

Je réalisai que je lui en voulais. Entre vendre Fréville, et accepter de vivre plus modestement, et vendre sa personne, elle avait tranché.

— Il me fallait assurer mon avenir et celui de ma fille.

Je n’étais pas certain qu’on assure durablement son avenir dans la contrainte et les larmes, mais je voulais laisser au duc de Beaufort le crédit de les sécher et de pouvoir susciter chez sa femme des sentiments plus vifs quand ils se connaîtraient mieux, quitte à souffrir de cette préférence. Ce privilège-là tout au fond m’atteignait davantage que de devoir réduire mes prétentions à la surface d’un appartement moitié moins grand. Les hasards de ma carrière m’avaient appris que rien n’est définitif et qu’il faut considérer les faveurs d’un jour avec la même prudence qu’une récolte prometteuse que des pluies abondantes ou une sécheresse inattendue peuvent ruiner en quelques semaines. J’avais été élevé dans l’incertitude du lendemain, cela me faisait considérer avec circonspection tout ce qui est sûr et que l’on engage au nom d’un avenir qu’on ne connaît pas. Fort de ce savoir, j’eusse déconseillé à Mme de Fréville un calcul qui aliénait sa liberté pour longtemps et lui permettait certes de rester dans ses murs, mais comme le pauvre bougre qui s’applaudit de pouvoir continuer à marcher avec un soulier qui le blesse. J’y pressentais des souffrances bien supérieures à celles d’un avenir incertain. De quel poids serait sa volonté face à un mari qui possédait à lui seul tout le bien et serait désormais maître de son sort ?

— Quand arrive-t-il ? demandai-je.

— Dans une semaine. Le mariage est prévu début septembre.

Il faisait chaud en cette fin juillet. Une chaleur lourde d’empois qui mettait vite le corps en eau et laissait présager une saison d’orage. Quelque chose basculait dans le ciel trop blanc. Corsetée dans sa robe de satin gris, celle que je lui préférais car elle flattait mieux qu’aucune autre les grâces de la personne, Mme de Fréville quitta la fenêtre d’où elle contemplait le parc. Son parc, disait-elle aux premiers temps de mon arrivée, et, depuis que j’avais apporté mes talents à l’embellir, notre parc. Je reconnaissais dans cette concession qui m’associait la marque d’un attachement plus grand qu’elle ne le montrait. Elle disait souvent me devoir beaucoup, sans pouvoir exprimer de façon concrète en quoi consistait ce dû.

— Ah Vandreuil, soupira-t-elle. Vous ne savez pas ce que c’est que d’être attaché à un endroit.

— Non, Madame, il est vrai.

Et sans que j’y misse d’intention personnelle mais avec le souci quand même qu’elle le prît pour elle et les enfants dont le sort ici m’était cher :

— Je m’attache aux gens.

Ses joues prirent la couleur rose vif des rubans qui ceignaient ses manches, ses yeux s’allumèrent d’un feu douloureux.

— Vous voulez me désespérer ?

— Non. J’aurais aimé avoir les moyens de vous épargner une sujétion qui m’est une blessure. Je ne connais pas votre mari mais je sais déjà que je serai dans la nécessité d’un grand effort sur moi-même pour me soumettre à son autorité.

— Ce sont des sentiments que je vous prierai à l’avenir de me taire, dit-elle en détournant les yeux.

— Je vous ai toujours parlé avec franchise.

Elle agita son mouchoir d’un geste las et, découragée, se laissa choir sur le canapé.

— Eh bien, mon ami, vous feindrez. Nous nous emploierons ensemble à cultiver cet art-là.

Elle me fit signe d’approcher et saisit mes mains dans les siennes.

— J’ai besoin de vous, Vandreuil. Je vous en prie. Ne me manquez pas. Et quittez cet air fermé qui nous tient éloignés.

Il n’y avait pas grand-chose que je puisse lui refuser et, à part solliciter mon congé – ce que j’excluais –, je ne pouvais que m’incliner. Elle avait ce pouvoir sur moi depuis le premier jour qui tenait à sa façon de m’appeler au secours. Je lui étais dévoué comme ces serviteurs qui ont cessé de revendiquer toute faveur pour eux-mêmes. Il suffisait qu’elle eût besoin de moi. Je baisai sa main et l’assurai de ma fidélité. Quoi qu’il advînt, je ne la laisserais pas. Puis, devant son désarroi, j’allai de ce pas, comme elle m’en priait, préparer mes deux protégés à ces importants changements.

2

À leur habitude, je les trouvai ensemble, en train de répéter à l’ombre des cèdres une pièce de Marivaux dont la représentation en plein air devait honorer les trente-cinq années de la comtesse. Ce divertissement donné l’après-midi dans le petit théâtre de verdure réunirait les familles des environs et précéderait un souper que suivrait un bal. Je me gardai de les interrompre trop vite, les laissant goûter les plaisirs du jeu où ils excellaient et où la chaleur de leurs deux tempéraments s’exprimait pleinement. Depuis le premier jour, je les avais toujours vus partager les mêmes tâches mais aussi les mêmes amusements. Je ne leur connaissais pas d’autre contentement que celui-là : être, penser, agir ensemble. Un frère et une sœur n’auraient pas été plus liés, au point qu’il m’arrivait parfois d’oublier qu’ils étaient deux. Rarement leurs désirs divergeaient. Ils étaient prêts à improviser, s’enthousiasmer, changer d’avis dès que l’un d’eux affirmait une envie. Exaucer, deviner, favoriser le désir de l’autre leur était si naturel, cette joie si réciproque, qu’on pouvait se demander s’ils devaient cette aptitude à l’état de naissance ou aux circonstances qui, les faisant croître sur le même pied, nourris au suc des mêmes racines, les avaient indissolublement liés, pareils aux deux branches maîtresses d’une glycine que leur entrelacs voue à une indéfectible fidélité. Ils avaient bu le lait à la même mamelle, avaient appris à marcher sur les mêmes chemins, à se baigner dans les mêmes étangs, à terminer d’instinct la phrase que l’autre avait commencée, à prolonger la réflexion par l’autre amorcée. Leurs idées galopaient, se devançaient, s’accordaient, à l’image de leurs chevaux dont ils poussaient le train avec jubilation, lorsqu’ils progressaient dans la voie de la connaissance et défiaient leurs limites dans un mutuel élan. Les avoir pour élèves était d’un grand repos car je n’avais pas, comme pour d’autres, à doser subtilement critiques et compliments dans la crainte que l’un des deux en prenne ombrage ou se décourage. L’émulation chez eux excluait la compétition. Je n’avais pas devant moi deux adversaires soucieux de dominer l’autre et de l’intimider par ses exploits. Mais deux compagnons qui préféraient unir leurs talents pour gagner de la vitesse ensemble avec la vigueur des amateurs d’aviron, plutôt que de batailler et en perdre chacun de leur côté pour vouloir l’emporter séparément.

Assis sur le banc de pierre, j’attendis la fin de la scène quand, se jetant à genoux, Dorante déclarait à Silvia : « Désespère une passion dangereuse, sauve-moi des effets que j’en crains ;tu ne me hais, ni ne m’aimes, ni ne m’aimeras ;accable mon cœur de cette certitude-là. J’agis de bonne foi, donne-moi du secours contre moi-même ;il m’est nécessaire. » Je l’avoue, je n’avais vu ce jour-là dans ces élans adolescents qu’une ferveur studieuse, quand tout le corps de mon cher Augustin tremblait d’une fièvre inconnue et qu’il cherchait en vain à rassembler ses moyens. La chemise ouverte sur la poitrine encore imberbe et musclée, le cadogan défait et le visage en feu, il montrait pourtant, avec le recul, tous les signes de la plus vive agitation qui fait basculer les cerveaux innocents dans l’état d’homme.

Je ne ménageai pas mes applaudissements et les appelai à moi. J’avais choisi de leur parler à tous deux car rien de ce qui concernait l’un ne laissait l’autre indifférent et leurs destins étaient intimement liés. Le remariage de Mme de Fréville les atteindrait tout autant et l’éducation que je leur avais donnée, sans nier leur différence, leur avait été dispensée dans un souci d’égalité et de respect mutuel. Lorsqu’ils m’eurent rejoint et furent assis à mes côtés sur le banc de pierre, je pris leurs mains dans les miennes, disant que j’avais une nouvelle à leur apprendre qui allait apporter quelque modification dans l’avenir. Je tâchai d’ôter à ma voix toute trace d’inquiétude et, du ton le plus neutre que je pouvais :

— Votre mère va se remarier, dis-je à Bérengère.

— Ah, monsieur ! s’écria-t-elle en se méprenant sur le sens de ma démarche. Aucune nouvelle ne pouvait me faire plus de plaisir.

Avant que j’aie eu le temps de l’éclaircir sur le choix de la personne, elle serra ma main avec chaleur et la porta à ses lèvres.

— Je ne pouvais souhaiter d’autre beau-père que vous.

Plus encore que les qualités nombreuses qui me charmaient dans cette âme délicate où je m’étais attaché à cultiver la bonne volonté, j’aimais sa nature spontanée, cette aptitude à se porter vers les autres sans rien réserver de ses sentiments. Ce trait tenait aux conditions dans lesquelles elle avait grandi. Élevée par la mère d’Augustin dans les premières années, elle avait été habituée à marcher pieds nus, à grimper aux arbres, à franchir les murs, à se vautrer dans les foins et, de manière générale, à vivre sans déguisement. Son tempérament était rebelle aux contraintes, et d’ailleurs Adèle ne lui en avait imposé aucune. Elle n’était pas de ces nourrices qui suivent aveuglément les principes d’éducation en vigueur. Elle cherchait en chaque chose les solutions les plus naturelles. Elle ne l’avait jamais emmaillotée dans des langes, disait Mme de Fréville, comme font la plupart pour se débarrasser et vaquer plus tranquillement à leurs tâches. Elle ne l’avait pas davantage attachée lorsqu’elle avait commencé à gambader. Elle l’avait soignée comme son fils Augustin en n’obéissant qu’à son instinct, préférant qu’elle se fît les dents sur un quignon de pain plutôt que sur un hochet en dent de loup, lui offrant pour jouer des têtes de pavot, des bâtons de réglisse, l’initiant à des jeux simples et peu coûteux, l’endurcissant au froid et au chaud, au soleil comme à la pluie, à se fatiguer sur les chemins, à dominer la douleur et à ne rien obtenir par les pleurs. Exhiber des mains écorchées ou des ongles cassés à force de curer les pieds des chevaux et de les étriller avec une énergie de palefrenier étaient des plaisirs sains qu’elle avait goûtés dès qu’elle avait été en âge de monter à cheval et dont je m’étais gardé ensuite de la priver. Outre que ces gestes apprennent les vertus de l’effort et le soin qu’on doit à l’animal qui vous est cher, ils habituent ceux qui les pratiquent à ne dépendre que d’eux-mêmes et à recourir le moins possible à l’aide des domestiques. Point d’importun laquais, comme aurait dit M. Rousseau. Nous serions nos valets pour être nos maîtres.

Cette enfance passée à la ferme avec sa nourrice et Augustin avait porté Bérengère à fréquenter la nature plus que la société et à y trouver l’essentiel de ses joies. Pendant que les enfants de sa condition restaient enfermés, jouaient aux cartes ou aux dés et s’étiolaient sans prendre d’exercice, elle n’hésitait pas à tenir le râteau des faneuses, à porter le panier des vendangeurs et à s’associer aux jeux champêtres. Pour cette raison, je les emmenais souvent tous deux à cheval, en forêt ou sur les bords de Loire. Assis sur une selle, on jouit d’un excellent point de vue. On embrasse le paysage avec hauteur sans jamais oublier la distance qui nous sépare du ciel. Je constatais qu’une leçon donnée en plein air, une fable d’Esope apprise à l’ombre des touffes d’aulnes et de coudriers, une scène de M. Molière jouée sous un berceau de chèvrefeuille, un cours de sciences naturelles qui privilégiait l’examen d’une feuille de hêtre ou d’une fleur de pommier, la cueillette de cerfeuil et de bourrache aux fins de composer un herbier, une visite au maréchal-ferrant, une halte au moulin ou au pressoir, le spectacle d’une loutre fendant les eaux du fleuve, d’un écureuil écalant une noix ou d’un vol de héron par-dessus les frondaisons rendaient plus d’effet qu’un enseignement qui les tenait enfermés et incitait leur pensée à s’évader. En même temps que leurs poumons s’emplissaient d’air, leurs cerveaux laissaient circuler librement les idées, au point que les pages les plus complexes d’Horace, de Virgile, de Montaigne ou de Bossuet s’imprimaient en eux comme une pluie bienfaisante dans un sol meuble. Il nous arrivait souvent d’en oublier l’heure du dîner et de nous contenter en chemin d’une rustique collation faite d’un morceau de pain bis et d’une jattée de lait fraîchement trait, dans une ferme des environs. Et la simplicité que Mlle de Fréville montrait avec ses habitants, ses dispositions aimables et sa grâce sans affectation honoraient mon éducation.

Je m’aperçus toutefois qu’en voulant faire d’elle un être juste, qui saurait avec mesure distinguer la valeur d’un individu de celle de sa position et de ses biens, j’avais négligé un point important auquel se heurte un jour ou l’autre la réalité de toute condition. La valeur d’Augustin, pour Bérengère, avait toujours tenu dans ce que sa personne lui était précieuse. Petite, elle avait tout partagé avec lui, ses jeux, son lit, ses repas et ses courses dans les bois. C’était lui qui la portait à hauteur de la table pour qu’elle pût boire à son aise le chocolat du goûter, qui poussait la balançoire sur laquelle elle se tenait, qui l’aidait à grimper sur son poney et la prenait sur son dos pour traverser la partie asséchée du fleuve et rejoindre les îles sans qu’elle mouille son cotillon. Elle ne voyait pas dans sa naissance une supériorité, et j’avais veillé à préserver l’harmonie de leurs rapports en évitant de la détourner d’aussi bonnes dispositions. Par l’intelligence de sa mère qui, loin de la cantonner à l’étude de l’Évangile et aux travaux d’aiguille, avait tenu à l’élever avec les atouts dévolus aux garçons, elle avait acquis assez d’esprit pour placer ce mérite-là au-dessus de tout autre et considérer Augustin comme son égal. Mme de Fréville ne pouvait qu’y être sensible et, faute d’avoir refait sa vie et d’avoir d’autre enfant, elle avait laissé s’installer entre eux ce lien fraternel dont elle saluait les heureux effets avec bienveillance. Augustin était son protégé et je n’avais pas le souvenir en ces cinq années d’un moment où on l’eût humilié en lui rappelant devant Bérengère qu’il n’était pas aussi bien né.

Je réalisai qu’il était temps de pallier cette carence et, après l’avoir laissée s’épanouir librement, de l’instruire des obstacles et des contraintes que la société s’entend à dresser entre les êtres.

— Épouser Mme de Fréville est un privilège auquel votre précepteur ne saurait prétendre, Mademoiselle. Il y a des alliances que l’intérêt réprouve. Et mon bien serait trop misérable pour apporter à votre mère le secours qu’elle attend. Le duc de Beaufort n’aura pas le mérite de remplacer dans son esprit votre père mais il aura celui d’assurer votre sécurité.

Après l’enthousiasme qui avait égayé sa prunelle, je vis l’anxiété et la déception en ternir l’éclat. En quelques mots, je venais de rattraper un retard de cinq années et lui infliger la première des leçons que j’avais répugné jusque-là à lui donner. Celle-là, comme toutes celles qui concernent la société, ne s’inscrivait pas sous le signe de la gaieté, et je sentais à sa tristesse nouvelle toute la déroute que cette révélation lui causait. Alors donc les qualités qu’elle me reconnaissait ne comptaient pour rien, elles n’étaient d’aucun poids pour sauver sa mère d’une union qui obéissait au seul intérêt. Alors donc ils allaient perdre, pour assurer leur sécurité et préserver leur avenir, ce bien inestimable que je tenais pour le plus cher, dont je leur vantais chaque jour l’incomparable mérite. Ils allaient perdre leur liberté. Un étranger serait désormais ici le maître et serait autorisé à décider de leur sort. Je sentais tout son jeune être se rebeller à cette idée. Elle n’y avait pas été davantage habituée depuis l’enfance que le cheval élevé crinière au vent qui ignore le poids de la selle, et je la connaissais trop pour ne pas flairer déjà le frémissement nerveux des muscles et des membres tendus, prompts à la ruade. Jamais je n’avais tenté d’obtenir d’elle quoi que ce fût par l’autorité et elle m’en avait toujours su gré. Quelques propos raisonnés valaient mieux que tous les ordres.

— Et cet homme, fit-elle d’un air méfiant. Qui est-il, le connaissez-vous ?

Je lui dis que la chose s’était décidée trop promptement pour que je le connaisse encore, qu’il serait à Fréville dans une semaine et qu’alors nous serions fixés. D’ores et déjà Mme de Fréville m’avait assuré que rien de notre vie présente ne serait changé. Cette certitude parut la rassurer un peu. Augustin de son côté avait écouté en silence. Sans que j’aie à les exprimer, il avait deviné mes craintes. Comme tous ceux qui sont soumis à la volonté d’autrui et doivent la faveur de leur statut aux circonstances, il savait qu’il suffit à celles-là de changer pour qu’ils perdent leur acquis. Le duc de Beaufort avait accepté les conditions de leur vie présente, il pouvait choisir de les modifier sur une humeur ou ne plus les tolérer. Qu’adviendrait-il de lui, quel sort lui serait fait ? Il ne devait sa situation qu’à la générosité de Mme de Fréville et à la parole donnée à un mari mourant que torturait la conscience d’un tort qu’il voulait réparer.

L’existence d’Augustin avait des résonances douloureuses dans l’histoire de la famille de Fréville. Je devais ces révélations au prêtre qui les avait éduqués enfants. Il me les avait livrées sous le sceau du secret car eux-mêmes l’ignoraient. À cette époque le comte de Fréville était encore sous l’autorité de son père. Un homme connu pour sa dureté et qui ne tolérait aucune contestation sur ses terres. Or il se trouva dans ces années qu’au nom de la liberté le commerce des grains ne fut plus entravé. L’hiver difficile de 1774 succédant à une mauvaise récolte plongea de nombreux villages dans le désarroi, acculant les habitants à la faillite. La soudure ne se fit pas. Le prix du pain s’envola et l’amertume jeta les plus désespérés sur les routes pour clamer leur colère. Les violences se multiplièrent en campagne. À Paris, la troupe dut rétablir l’ordre sur la demande de Turgot. Je fus moi-même, jeune homme, le témoin de ces événements qui restèrent dans les esprits du temps incompréhensibles et ne se justifièrent que par la maladresse d’un réformateur dont les conceptions abstraites méprisaient les réalités. Quoique de courte durée, cette guerre des farines, dans un moment où le pays ne connaissait plus de troubles graves depuis un siècle, exprima avec dureté la révolte des pauvres. Elle déconcerta et provoqua une réaction brutale. Le père d’Augustin faisait partie des meneurs. Il le paya de sa vie. Augustin alors n’était pas encore né. L’exécution de son père toucha d’autant plus le jeune comte Armand de Fréville que sa propre épouse était enceinte et qu’il avait intercédé en vain pour qu’il fût épargné. Barnabé laissait derrière lui une femme âgée de vingt ans qui accoucha d’un fils dans le temps que la comtesse de Fréville donnait naissance à une fille.

Lorsqu’il hérita du domaine cette même année, après la chute de cheval qui emporta son père, Armand de Fréville endossa la responsabilité de la cruauté paternelle dont il avait eu à souffrir. Cette expérience l’avait formé à la compassion et doté d’une âme assez forte pour élever la douleur des individus au-dessus de l’esprit de caste. Il ne voyait dans celui qui souffrait de l’injustice des hommes que le frère d’infortune dont il avait appelé le secours en secret quand les colères de son père et les punitions qui en découlaient s’abattaient sur ses reins en accès de violence immaîtrisés, lui arrachant les larmes amères des enfants mal-aimés. Convenir qu’il était brutal n’eût pas suffi à dire qui il était. Il y avait dans les excès auxquels il lui arrivait de céder une part d’inexplicable fureur que seule pouvait justifier la folie. Car alors il n’écoutait personne et se vautrait dans ses propres débordements jusqu’à donner du poing aveuglément et blesser son cœur dans des proportions bien supérieures à la peine qu’il infligeait et qui, l’instant de douleur passé, s’oubliait plus vite que la marque qu’imprimait en lui le dégoût de sa personne. Dans ces moments il ne se contrôlait plus, ne s’appartenait plus. C’est dans un de ces brusques égarements qu’il avait arrêté le sort du père d’Augustin. Il l’avait fait sous le coup de la colère et avant d’avoir laissé à ses pensées le temps de s’éclaircir. L’exécution avait eu lieu le lendemain. Et il n’était pas impossible que ce qui avait revêtu la forme d’un accident imputable à un tempérament impulsif en le jetant au bas de son cheval, un mois jour pour jour après ce triste épisode, ne fût que la conséquence d’un geste désespéré dû au remords. Selon son confesseur de l’époque qui avait été le témoin de ses largesses envers ses paysans en d’autres circonstances, il n’était pas si mauvais seigneur et, quoique sa brutalité pût se révéler sans limites, il était également capable de se montrer le plus fiable et droit des hommes, de même qu’à ses élans incontrôlés succédaient les témoignages de repentir les plus généreux que peut inspirer à une nature honnête le poids des regrets.

Fidèle à la mémoire de son mari, Mme de Fréville avait fait pour Augustin ce que lui-même s’était promis. Elle l’avait installé à Fréville avec sa mère à qui elle avait confié Bérengère en nourrice. Puis lorsque, le chagrin apaisé, elle avait été en mesure de s’occuper de son enfant, elle n’avait pas cru bon de devoir les séparer et avait fait le choix de les laisser grandir ensemble à la ferme du château. Depuis, son soutien n’avait jamais faibli. La mort d’Adèle et les liens qu’avaient tissés les deux jeunes mères trop tôt privées du soutien d’un époux avaient renforcé le statut d’Augustin dans la maison. Manon de Fréville s’était sentie doublement responsable, au point de le considérer comme son pupille. Il bénéficiait du même enseignement que Bérengère, jouissait des mêmes avantages, montait leurs chevaux, apprenait la musique, maniait les langues étrangères, étudiait les poètes et agissait en tout en enfant sûr de ses acquis. La comtesse avait à cela ses raisons, et la fidélité de sentiments qui l’animait l’honorait. On pouvait toutefois s’étonner d’une aussi belle constance et, sans en soupçonner la nature cachée, Augustin était aujourd’hui en droit de se demander si ces faveurs inexpliquées ne risquaient pas d’irriter et si son nouveau maître serait enclin à lui manifester autant d’égards.

3

Nous rentrâmes au château comme les premiers grondements de tonnerre se faisaient entendre, en courant tous trois sous la pluie. Au-dessus de nos têtes, le ciel obscurci déversait ses foudres, les nuages lourds et gorgés nous talonnaient, poussés par un vent hostile et traversés d’éclairs. Je me rappelle que ce premier orage, qui mettait un terme aux belles journées de juillet et aux soirées limpides passées sur la terrasse à contempler la nuit en devisant d’un cœur léger, m’en avait fait craindre d’autres et avec eux la fin d’une période clémente qui me laissait déjà un parfum de regrets. Non comme les autres années, avec la promesse de les retrouver lorsque reviendrait l’été. Mais avec le sentiment poignant des chères habitudes qui ne seront plus et dont la rupture marque le temps écoulé. La vie que nous avions connue jusqu’ici à Fréville appartenait désormais au passé. Une autre se profilait que je pressentais faite de contraintes et que j’avais, avant même que d’y être soumis, toutes les raisons de ne pas aimer.

Le duc arriva une semaine plus tard, après plusieurs journées de pluies incessantes qui nous avaient retenus enfermés. Les intempéries avaient accompagné son voyage et renversé son attelage sur les chemins boueux, altérant son humeur, de sorte qu’il n’offrit pas le meilleur aspect de sa personne. Il m’apparut comme un homme promptement excédé et naturellement hautain qui ne souffrait pas la contradiction. Au reste, ses gens filaient doux et portaient sur le visage cette expression apeurée des serviteurs malmenés. À notre surprise, il n’était pas seul et débarquait avec bagages et famille. Nous regardâmes derrière les vitres du salon tout ce beau monde s’interpeller sous la pluie battante, un peu refroidis par cette entrée en force. Tant d’agitation rompait avec nos manières discrètes et notre goût d’une sérénité que les gens des villes, habitués au bruit, peuvent juger monastique et qui n’est en vérité que la tranquillité jalouse de l’homme d’esprit réfugié dans le silence et la méditation. Nous vivions ici retirés et contents de l’être, recherchant peu le contact du monde et ces relations de surface dont la particularité est de générer l’ennui qu’on veut fuir. Mme de Fréville avait adopté ces mœurs solitaires après la mort de son mari et, s’il est vrai qu’elle avait trouvé dans cet état une jouissance morbide les premiers temps de son veuvage, elle s’y était ensuite complue avec un réel bonheur. Elle ne tirait des plaisirs de la société qu’un vain commerce qui contrariait sa soif de sincérité et lui faisait préférer les douceurs rares d’une amitié où l’on pouvait se confier sans déguisement ni crainte d’être jugé. Cet esprit d’indépendance l’avait conduite à se satisfaire d’amants de passage plutôt que de s’encombrer d’un mari qu’elle n’aimerait pas et auquel elle eût dû adapter un caractère qui s’était accoutumé à se gouverner sans composer. J’avais la vanité de penser, depuis que j’instruisais les enfants, que la qualité de nos échanges y était pour quelque chose et qu’elle ne souhaitait pas en modifier les règles. L’arrivée du duc ne pouvait de ce point de vue que lui inspirer des sentiments très proches de ceux que je m’efforçais de taire et qui nous agitaient pareillement.

— Seigneur, qu’est-ce donc cela ? murmura-t-elle en me prenant le bras.

— Il semblerait que le duc de Beaufort...