Léna

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282 pages
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À quinze ans, quand elle rencontre Vince sur les bancs du lycée, la vie de Léna a sombré dans le chaos. Son père est parti avec une femme plus jeune, sa mère s’est suicidée et elle vient d’emménager chez ses grands-parents avec sa sœur cadette. Grâce à lui et à son nouveau groupe d’amis, elle retrouve un certain équilibre, mais, ils ont beau s’aimer, tous deux ont des aspirations différentes. Lui est épris de musique et de liberté, elle, écrasée par son lourd passé familial, est tétanisée par la peur de souffrir.


Au fil des années, leurs chemins n’auront de cesse de se croiser...


***



Extrait :


Vince se tenait négligemment appuyé contre le chambranle de la porte, les bras croisés, le visage fermé. Il avait l'air pour le moins menaçant, tout de noir vêtu, portant son éternel jeans, ses longs cheveux noirs retombant dans son dos et, pourtant, en voyant les bracelets de force qu'il portait aux poignets, je sentis mes jambes se dérober sous moi.

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EAN13 9791034804146
Langue Français

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Anne Saulot Léna Couverture :Néro Publié dans laCollection Vénus Rose, Dirigée parElsa C.
©Evidence Editions2017
Première partie 1993 — 1999
Despite all my rage, I’m still just a rat in a cage The Smashing PumpkinsBullet With Butterfly Wings
Chapitre 1 S’il y avait une chose que mon père aimait par-dess us tout, c’était sa tranquillité. Il aurait certainement continué à vivre heureux entre sa femme et sa maîtresse si, un soir pluvieux d’octobre, je n’étais allée faire un devoi r de maths chez une copine. En rentrant, alors que je marchais d’un pas vif, press ée de retrouver la chaleur de mon foyer, j’étais passée devant cet hôtel miteux où un e silhouette familière avait retenu mon attention. Je m’étais arrêtée, curieuse et trou blée à la fois, puis un sentiment d’incrédulité m’avait submergée lorsque j’avais rec onnu mon père, enlaçant une femme qui n’était pas, à l’évidence, ma mère. Clouée au s ol, je les avais regardés entrer dans le hall, s’embrassant à pleine bouche. Il avait fal lu un moment avant que je ne réalise ce que j’avais vu. Mais ce qui m’avait entièrement échappé, c’étaient les conséquences qui risquaient d’en découler. Après plusieurs nuits blanches, je m’étais résolue à lui parler et, une fois ma décision prise, luffi de lui demander de meoccasion s’était présentée rapidement. Il m’avait s conduire au collège un matin, car je risquais d’êtr e en retard.Il avait accepté d’autant plus facilement que je ne lui avais plus adressé la parole, ou si peu, depuis un bon moment et, s’il y avait une chose que mon père déte stait, c’était la discorde. — Je t’ai vu avec cette femme. Une fois la voiture sortie du garage, j’étais passé e à l’attaque et je n’y étais pas allée par quatre chemins. Il avait continué à conduire, l es yeux rivés au bitume détrempé. Seule la teinte blafarde qu’avait prise son visage m’indiquait qu’il avait entendu mes paroles. — Qu’est-ce que tu racontese? avait-il répondu, d’un ton agressif, sans me fair l’aumône d’un regard. — Je t’ai vu devant cet hôtel, avais-je insisté, av ec plus de calme que je n’en ressentais. Il était resté silencieux un long moment, si longte mps que j’avais cru que je n’obtiendrais aucune réponse. Ce ne fut que lorsqu’ il avait garé la voiture devant le collège qu’il avait desserré les dents. — Hélène… J’avais sourcillé, consciente que, s’il m’appelait Hélène et non Léna, surnom qu’il m’avait donné petite et qui à présent me collait à la peau, c’était que l’heure était grave. —… Tout n’est pas si simple. — Alors, c’est vrai! m’étais-je écriée, incrédule. Tu couches avec cette femme! Il avait sursauté en entendant sa petite fille empl oyer des termes aussi peu châtiés. — Je n’y crois pas! Comment tu as pu faire ça à maman? Sous mon regard atterré, il avait chancelé, puis s’ était effondré dans un grand fracas
au sol, quittant le piédestal sur lequel je l’avais placé. Ainsi, mon père était cet homme faible et abject. J’avais cru mourir, étouffer à ce t instant. — Pourquoi tu nous as fait ça? Bien entendu, il n’avait pas de réponse. — Je n’ai jamais voulu vous faire de mal à ta sœur et à toi ni à ta mère d’ailleurs, avait-il tenté, mais je ne l’avais pas laissé conti nuer. — Alors, il ne fallait pas coucher avec cette pute! — Je t’interdis de me parler comme ça! Je l’avais regardé bien droit dans les yeux, le reg ard brûlant de haine, et lui avait lancé cette phrase chargée de poison : — Tu n’as plus rien à m’interdire. Il m’avait saisie par le bras avant que je puisse s ortir de la voiture et m’avait suppliée de ne rien dire à ma mère. J’avais finalement promi s, non pour lui plaire, mais pour épargner à ma mère le chagrin que ne manquerait pas de lui procurer une telle trahison. Promesse qui s’était avérée vaine puisque lui-même nous avait quittées en décembre, deux semaines avant Noël, avec une élégan ce qui m’avait laissée sans voix. Nous étions toutes trois allées passer le wee k-end chez ma grand-mère au bord de la mer et, en rentrant, il s’était volatilisé. D ans la lettre pleurnicharde qu’il avait laissée derrière lui, mon père confessait sa relati on «passionnelle» avec une jeune femme de quelque quinze ans sa cadette, qui portait à présent le fruit de leur amour défendu, selon ses propres termes. Une telle colère m’avait envahie à ce moment que j’aurais pu le tuer de mes propres mains. J’avais p eine à croire que mon père pouvait faire partie de ces lâches qui plaquaient leur femm e avec des adolescentes bouillonnantes d’hormones. Et tout ça pour une donz elle qui aurait presque pu être l’une d’elles! Pire encore, il n’avait rien trouvé de mieux à fa ire pour se prouver que sa virilité n’était pas sur le déclin que de l’engross er. Mon père avait été mon premier «chagrin d’amourentières, à prier —». C’est lui qui m’avait appris à pleurer des nuits Dieu, Satan, le cosmos — pour qu’il revienne. C’est lui qui m’avait appris qu’un homme pouvait un jour balayer, d’un claquement de porte, toutes les promesses qu’il avait pu faire —là pour toi, ma chérie, dis àpour le meilleur et pour le pire, je serai toujours papa ce qui ne va pas —i avait simplement parce qu’une jeune et jolie rouquine lu montré de l’intérêt. En partant, sans s’en rendre compte, mon père avait ouvert une boîte de Pandore. Vince fut le mec des premières fois, car, même si j e me proclamais adepte du «Sex, Drug and Rock n’roll», à quinze ans, je n’avais jamais «connu» de garçons, je n’avais jamais touché ne serait-ce qu’à un pétard et je sav ais jouer, péniblement, les premières mesures deDoll partsdifférents du groupe Hole à la guitare. Vince m’initia à ces plaisirs, en commençant, à mon grand regret, par le rock. Avec mon cousin et sa joyeuse bande de dégénérés, ils avaient monté un gr oupe, dont Vincent, dit Vince, grand brun ténébreux devant l’éternel, était le cha nteur et guitariste, Christophe, Chris
aà la gueule d’ange, était lavec un K pour les intimes, un grand blond efflanqué seconde guitare, Nicolas, mon adorable cousin, le b atteur, et Manu, le seul véritable «gentilr statut de «» de la bande, le bassiste. Inutile de dire que leu musiciens» ne faisait que rehausser leur charme auprès de ces dem oiselles et leur assurait bon nombre de conquêtes faciles. Il faut dire qu’à cette époque déjà, en dépit de leur jeu qui était largement perfectible, ils avaient acquis une certaine popularité et réussissaient même à jouer, gracieusement, dans le pub où nous al lions régulièrement. Les soirs où ils se produisaient, le «Bronx» faisait salle comble et la bière coulait à flots. À dire vrai, je n’aimais pas vraiment leur son, qui manquait de finesse et de sobriété, et j’allais à leurs concerts comme un mouton irait à l’abattoir, pour suivre mes amis. Pourtant, dès l’instant où résonnaient les premiers accords, je n e pouvais plus détourner le regard de Vince. Son charisme, sa capacité à se donner, corps et âme, à ce qu’il faisait me laissait fiévreuse, la gorge sèche. J’adorais regarder ses doigts courir sur les cordes de la guitare, fins et agiles, les imaginant sur ma pe au nue. Il me fallait ce mec, je le voulais plus que tout. Il hantait mes rêves, il n’é tait pas rare, en pleine nuit, que je me réveille d’un rêve érotique où il jouait un rôle no n négligeable tandis que, dans la vraie vie, je jouais le rôle de la fille qui le méprisait , hérissée par son indifférence qui, tour à tour, me mettait en rage ou me laissait sans force. Les longs moments que je passais avec eux, à les écouter jouer, à discuter de leurs interprétations ne nous avaient pas rapprochés, mais, au moins, je savais maintenant de quoi il était capable. C’était un excellent guitariste, obstiné et travailleur, qui n e se laissait jamais démonter par une difficulté et faisait preuve d’imagination et d’inv entivité, même si son image de dilettante semblait lui importer plus que tout et qu’il aurait tué quiconque eut osé mentionner ses heures de travail acharné. La musique était certain ement la seule chose qu’il prenait au sérieux, le reste n’était que trivialité et amuseme nt. À mes heures les plus sombres, à cette période délicate de ma vie, je me réfugiais d ans le sous-sol des parents de Vince où ils répétaient et je laissais sa voix, chaude et rocailleuse, me porter, m’envelopper dans un cocon et me caresser. C’était mon cousin qui nous avait présentés, quelqu es semaines après notre arrivée précipitée, à ma sœur et à moi, chez nos grands-par ents maternels. Nicolas et moi, qui avions le même âge, faisions notre entrée au lycée, et Nonna, comme nous appelions notre grand-mère, m’avait confiée à ses bons soins. Ma mère venait de mourir et mon père avait accepté, avec un soulagement perceptible , que nous vivions chez eux. Dès ma rencontre avec Vince, j’avais immédiatement eu p our lui des sentiments mitigés : son côté irrévérencieux et sa propension à n’en fai re qu’à sa tête m’attiraient irrésistiblement, tout autant que sa misogynie et s on manque de respect pour autrui me dégoûtaient. De folles rumeurs couraient à son suje t, que même des filles aussi sérieuses que mes nouvelles amies colportaient : — Il fume de la drogue! m’avait prévenue Marie, sur le ton de la confiden ce, dès qu’elle avait su que Nicolas était mon cousin et qu e je serais amenée, par la force des choses, à fréquenter l’Infréquentable. — Marie, fumer un joint ne fait pas de toi un drogu é! s’était énervée Carole en levant
les yeux au ciel. — Non, mais ça peut t’entraîner à prendre des trucs encore plus forts. — Il faut toujours que tu dramatises! À ce moment-là, je les connaissais encore très peu, depuis quelques semaines à peine, mais j’avais pu constater que ce genre de co nversation pouvait s’éterniser. Leur amitié me paraissait extraordinaire tant elles étai ent différentes, physiquement comme dans leurs caractères. Carole, longue tige dégingan dée, avait le tempérament brûlant qui allait de pair avec sa chevelure flamboyante, t andis que Marie, petite blonde bien propre sur elle, se montrait toujours calme et pond érée. Cependant, un point les mettait d’accord : le manque de considération de Vince pour les filles. Une histoire peu glorieuse avait particulièrement retenu leur attention. — Tu vois qui c’est, Karine Prévôt ? s’était lancée Carole, la voix vibrante d’excitation. Tu sais, elle est dans notre classe. La brune qui a toujours un chignon? — La pauvre, avait été le seul commentaire de Marie . En effet, je voyais. Une belle pimbêche dont l’acti vité favorite était de critiquer les autres. — Elle est sortie avec lui. — Quoi? Il est sorti avec elle? Elle? — Oui, l’année dernière, à la soirée de Nat. — Ils sont restés longtemps ensemble? — Quelques semaines, c’est tout. Carole avait alors regardé autour d’elle et, s’assu rant que tout le monde pouvait l’entendre, elle avait continué : — Mais un soir, elle est allée chez lui et ils l’on t fait. Marie avait fermé les yeux, accablée. — Et tu sais ce qu’il a fait? Elle avait attendu quelques instants, laissant le s uspense monter jusqu’à devenir insupportable. — Qu’est-ce qu’il a fait? avais-je demandé, à bout de patience, enroulant nerveusement une longue mèche de cheveux noirs auto ur de mon index. — Il lui a demandé de rentrer chez elle. Il lui a m ême dit — elle ouvrit des guillemets fictifs avec ses longs doigts fins — de se casser d e son lit, de sa chambre, de sa maison et surtout de sa vie. — Non?! criai-je, écarquillant mes yeux bleus. — Si. Et elle a dû rentrer chez elle à pied, à trois heures du mat! — Quel salaud! m’étais-je écriée, enchantée, de manière bien peu charitable, qu’une telle histoire soit arrivée à ma chère camarade de classe. — En plus, il a complètement arrêté de lui parler. Il a dit à Sophie que, quand on se prétendait le meilleur coup du lycée, on devait au moins se montrer à la hauteur des espérances créées chez autrui! — Ah, le salaud! avais-je répété, me délectant de chaque syllabe. Cette histoire, qui avait fait le tour du lycée à p lusieurs reprises et avait gagné en piquant à chaque passage, m’avait donné une image d e Vince sulfureuse et fort peu
sympathique. Lorsque je l’avais entendu murmurer à l’oreille de Kris, le fieffé séducteur du groupe, qu’il ne comprenait pas pourquoi tout le monde faisait un plat de la nouvelle — moi — qui, à son humble avis, était à peine baisa ble, mon cœur ne s’était pas vraiment réchauffé à son égard. Je ne doutais pas u n seul instant qu’il eut parlé suffisamment fort pour que je l’entende. Immédiatem ent, il avait été clair que ce mec ne faisait rien par hasard. Ensuite, il n’avait eu de cesse, avec une hostilité non déguisée, de me faire savoir combien il me trouvait insignifi ante et dépourvue d’intérêt, et, après avoir passé au moins deux semaines à m’appeler «la nouvelle», il m’avait rebaptisé «Carolinen cousin se contentait de», sans que je trouve le courage de le corriger. Mo sourire, sans chercher à prendre ma défense. D’aprè s mon petit groupe d’amis, son attitude était tellement détestable envers moi qu’e lle en devenait suspecte et ils m’assuraient qu’il y avait anguille sous roche. Les trois autres membres des «Quatre fantastiques», comme nous aimions à nous nommer, la douce Marie , Carole la rebelle et Alexandre le déjanté, le soupçonnaient de nourri r des pensées perverses à mon égard. — Il te veut, répétait à l’envi Alex, chaque fois q u’il le croisait dans le couloir, ce qui ne manquait pas de me faire rire et de provoquer la même réponse, invariablement. — Alex, il faudrait peut-être le lui dire parce qu’il n’a pas du tout l’air au courant! Les rares fois où nos regards se croisaient, mes tr ois compères se perdaient en conjectures, imaginant des scénarios chaque fois pl us improbables, où il m’enlevait, torturé par l’amour sans espoir qu’il me vouait, m’ emportant sur son cheval noir — un cheval blanc aurait été inapproprié pour un type de son acabit. Quelle que fût l’histoire inventée, leurs élucubrations se terminaient toujou rs sur une image de moi attachée à son lit, subissant ses assauts avec enthousiasme. Après plusieurs mois d’indifférence et de mépris, n otre relation prit une nouvelle direction, pas forcément celle que j’aurais souhait ée, mais au moins, il finit par reconnaître mon existence. Je m’étais faite à l’idé e que je n’étais même pas digne de cirer les bottes de Monsieur Vincent Swinton et qu’ oser même entretenir des pensées impures à son égard portait atteinte à sa dignité. J’avais abandonné l’espoir qu’il puisse être le premier dans mon lit et m’étais rabattue su r Laurent, un mec de terminale plutôt appétissant, au grand désespoir de mon cousin, qui me demandait plusieurs fois par jour de le plaquer et de trouver «quelqu’un de mon âge». Quand je lui déclarai, à la cantine, devant ses amis hilares, que je ne comptai s pas faire ma vie avec lui, mais simplement profiter de sa belle expérience, il fail lit tomber en syncope. Au cours d’une manœuvre indubitablement destinée à me détourner de mes projets de débauche, il me proposa de venir à une soirée organisée chez Vince ce week-end-là et, avant que celui-ci ne puisse retirer son invitation, je m’empressai d’accepter au nom de mon petit groupe d’amis, plus que ravie de cette occasion de le contrarier. Au cours de cette soirée, où j’arrivai vêtue d’une robe noire minimal iste, escortée de mes trois compères, le comportement de Vince changea radicalement à mon égard. Il m’accueillit presque cordialement et essaya de me faire la conversation, me laissant aussi effarée qu’une biche prise dans les phares d’une voiture sur une r oute du fin fond de la Creuse. Mes
amis, ces traîtres aux sourires mielleux, m’abandonn èrent à mon sort, s’échangeant des sourires entendus, s’amusant de ma détresse et de ma stupidité. Après plusieurs tentatives infructueuses pour engager la conversati on, Vince, probablement vaincu par l’ennui, me laissa partir et, désemparée par ma bêt ise et ma couardise, je rejoignis mes amis, glapissant de dépit, imaginant les répliques pleines d’esprit avec lesquelles j’aurais pu l’éblouir. Déterminé à me faire penser à autre chose, Alex m’entraîna dans une visite inopinée de la maison, qu’il n’avait jam ais vue. De la cave aux chambres, il imagina l’histoire de chaque pièce, prêtant à chacu ne des liaisons torrides, me faisant rire aux éclats. Arrivés devant la porte qui scella it l’antre de Vince, nous nous arrêtâmes, intimidés. — On entre? me proposa Alex. — Tu sais, s’il nous trouve ici, il va nous tuer. — Allez, au moins, tu mourras heureuse, il t’aura touchée! Ricanant, je poussai la porte du bout du pied, n’os ant y poser mes doigts, regardant autour de moi, m’attendant à le voir surgir à tout instant. Voyant que rien ne se passait, je pris de l’assurance et pénétrai dans la chambre du dangereux séducteur. Je fus surprise de l’ordre relatif qui régnait dans la piè ce, je m’étais attendu à un tel chaos que j’en fus presque déçue. Alex, consumé par la curios ité, bondit à ma suite, examinant chaque poster, chaque livre, chaque objet posé sur les étagères, commentant, avec un plaisir non dissimulé, ce que tous ces témoins de l a vie quotidienne révélaient de la personnalité de notre cher rebelle. —Il sait lire! s’écria Alex dans un éclat de rire, agitant leBanquetde Platon sous mon nez. Alors qu’Alex fouinait sans vergogne dans les affai res de Vince, je m’approchai, le plus silencieusement possible, de l’immense lit qui trônait au milieu de la pièce, caressant les draps du bout des doigts, comme pour les apprivoiser. J’étais tellement perdue dans mes pensées, à imaginer ce qui avait pu se passer dans ce lit, que je ne vis pas Alex me sauter dessus, m’entraînant sur la couette moelleuse. Nous nous écroulâmes tous les deux, gloussant. Après avoir ba taillé quelques minutes, nos spéculations scabreuses nous portèrent sur le nombr e de visiteuses qu’avait connu cette couche et sur les outrages que leur avait fai t subir le maître de ces lieux. Ce fut dans cette position, allongés l’un contre l’autre, que Vince nous trouva. Sa réaction fut sans appel : — Qu’est-ce que vous foutez là? Interdits,nous restâmes immobiles pendant quelques secondes, comme si cette technique pouvait nous escamoter à son regard furie ux, puis Alex me surprit en se redressant d’un bond. Jamais je ne l’aurais cru aus si rapide. À mon tour, je me levai, avec bien moins de panache que mon compagnon d’info rtune. Gesticulant sous le nez de Vince, Alex tenta de lui présenter ses excuses, visiblement décidé à abréger sa misérable vie : — Vincent, ce n’est pas ce que tu crois. Vince se tenait négligemment appuyé contre le chamb ranle de la porte, les bras croisés, le visage fermé. Il avait l’air pour le mo ins menaçant, tout de noir vêtu, portant