Léna

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82 pages
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Description

Serge découvre un jour un secret de famille soigneusement gardé depuis plus d'un demi-siècle.
Il nous fait traverser toute l'Europe, de Varsovie aux tranchées de la Première Guerre Mondiale, de Trêves sous l'Allemagne nazie à la baie de Somme, d'Amiens à Galway, du Gard aux montagnes ardéchoises du Haut Vivarais...



Il nous emmènera même jusqu'en Namibie. Un voyage plein de surprises dans le temps et dans l'espace à la recherche de la vérité...

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Nombre de lectures 9
EAN13 9782368323441
Langue Français

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LÉNA
La SAS 2C4L – NOMBRE 7, ainsi que tous les prestataires de production participant à la réalisation de cet ouvrage ne sauraient être tenus pour responsable de quelque manière que ce soit, du contenu en général, de la portée du contenu du texte, ni de la teneur de certains propos en particulier, contenus dans cet ouvrage ni dans quelque ouvrage qu'ils produisent à la demande et pour le compte d'un auteur ou d'un éditeur tiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité.
Didier Myro LÉNA Roman historique
Remerciements Tous mes remerciements vont à Martine Simon, l'artiste peintre qui a réalisé l'illustration de première de couverture. Je remercie également Claude, Xavier, Franck et Janine pour leurs conseils.
Ce livre est dédié à mes enfants, Myrtille et Robin , ainsi qu'à mes petits-enfants, Manon et Matisse, car c'est un peu aussi leur histoire.
Oh putain ! Serge resta un long moment pétrifié, fasciné par l'horreur du spectacle. L'endroit était sinistre, battu par les bourrasques d'un vent glacial qui emportait des brassées de feuilles mortes, les déposant quelques instants sur les tombes avant de les emporter à nouveau dans un tourbillon infernal. Il ressentit un violent frisson lui parcourir bruta lement l'échine et se tourna, hagard, vers le fossoyeur qui ne semblait pas particulièrement surpris. Oh vous savez, ça arrive souvent, il aurait fallu refaire les joints de la dalle, avec la flotte qu'on a eue le mois dernier, l'eau a dû s'infiltrer dans le caveau, et peut-être bien que ça fait un moment que c'est comme ça. Serge était complètement désemparé. Il avait fait ouvrir le caveau de famille afin de s'assurer que tout était en ordre pour l'enterrement, le lendemain, de son oncle Octave, décédé deux jours plus tôt d'un cancer du pancréas. Il ne parvenait pas à détacher son regard de ces os qui flottaient dans un mélange nauséabond d'eau et de boue. Il y avait là ce qui restait de la tante Hortense. Ah la tante Hortense ! Un personnage hors du temps... Institutrice dans une école publique, elle allait pourtant en dehors de son sacerdoce, passer sa vie de grenouille de bénitier en génuflexions et gigot du dimanche, préparé avec amour pour le curé de sa paroisse, lequel ne manquait pas ce rendez-vous dominical arrosé de Riesling et d'Aloxe Corton, sans oublier la petite poire pour faire passer. Elle se disait pourtant institutrice laïque mais qu and même pas bouffeuse de curé, les curés, elle, elle les nourrissait, allez comprendre... Serge se souvenait bien de cette maison triste sombre et froide où l'on ne vivait que dans la cuisine. Il y avait pourtant un magnifique séjour transformé en musée familial où l'on entrait qu'avec les patins entre les fauteuils soigneusement recouv erts de housses blanches. Non, en fait tante Hortense était la seule à y pénétrer parfois pour y faire les poussières. Un jour que Serge était passé la voir, Hortense lui avait annoncé, toute excitée, qu'elle venait d'y faire remplacer les papiers peints, elle voulait lui montrer le résultat. Serge n'en revenait pas, il allait enfin pouvoir entrer dans le sanctuaire. Hortense avait ouvert la porte avec cérémonie et l'avait refermée très vite. Il n'avait eu que le temps d'y jeter un rapide cou p d’œil. La gardienne des lieux était déjà partie en trottinant, s'affairer dans la cuisine. Serge l'observait, un peu ému. Ici le temps s'était arrêté. Il ne l'avait jamais vue autrement que vêtue d'un t ablier à carreaux serré à la taille qu'elle avait gardée fine et d'horribles bas d'un vilain beige. E lle portait aussi, depuis toujours, un éternel chignon bien tiré à l'arrière qui dégageait un visage austère mais empli de bonté et de gentillesse. Elle piqu ait un peu quand on l'embrassait, ça horrifiait Serge quand il était petit, maintenant ça le faisait sourire. Elle est restée célibataire, personne n'a jamais su si elle avait connu les extases et les grands tourments de l'amour. Elle a simplement vieilli dou cement dans la maison de famille qui, comble de l'ironie se trouvait à une portée de francisque de la maison natale de Pétain. Serge avait pourtant appris beaucoup plus tard un secret bien gardé. Hortense avait failli se marier. Ça s'était vraiment joué à peu de choses puisque l' heureux élu ne se serait pas présenté le jour du
mariage ! Serge imaginait la scène, la pauvre Hortense, en robe de mariée, attendant désespérément son promis sur le parvis de l'église entourée d'invités goguenards, pressentant qu'ils allaient être privés de vin d'honneur. En tout cas elle, elle allait être privée des grands vertiges de l'amour puisqu'à l'époque et dans la bigoterie ambiante, il était exclu de jouer à ces jeux-là en dehors des liens sacrés du mariage. * Serge, reprenant ses esprits, se plongea à nouveau dans la contemplation du trou béant et nauséabond. Il y avait là aussi, une partie de ses aïeux, ses arrières grands-parents qu'il avait peu connus, sa grand-mère, ombre discrète toujours vêtue de gris et de noir avec laquelle il ne se souvenait pas avoir échangé plus de quatre ou cinq mots, son grand-père, sévère normalien, héritier des hussards de la république et qui ne s'aperçut de son existence que lorsqu'il fut lui-même reçu au concours d'entrée à l'Ecole Normale. Il se souvenait encore aujourd'hui du long entretie n qu'il avait eu avec lui, ou plutôt du monologue, il n'avait alors que quinze ans et on n'interrompait pas le pépé quand il parlait. Il se rappelait vaguement trente ans après, de divine mission, de plus beau métier du monde que celui d'enseigner, de laïcité, dont il ignorait le sens à l'époque, et d'élite de la nation dont il était censé désormais faire partie. Il lui avait aussi longuement parlé d'honnêteté de courage de persévérance de probité et d'abnégation des instituteurs qui ont fait la grandeur de la France. Il en avait d'abord été très impressionné, ayant eu la sensation d'entrer par la grande porte dans une caste qui faisait soudainement de lui un être d'exc eption, investi d'une mission dont il devait se montrer digne. Son entrée dans le saint sanctuaire lui fit rapidement retrouver la raison. Les Ecoles Normales qui furent longtemps, et beauco up peuvent le regretter, un extraordinaire ascenseur social qui permit à des milliers d'enfants issus des classes populaires d'accéder à un statu t auquel ils n'auraient jamais pu prétendre, se révéla être pour Serge et ses congénères un lieu hors du temps. Pendant que leurs anciens camarades de collège s'étiolaient dans de sinistres lycées sans vie, il découvrait un monde qu'il ne soupçonnait pas. D'abo rd une liberté qu'il n'avait jamais connue, des enseignants ouverts et engagés, la politique, le syndicalisme sans parler des joyeuses fêtes et des expéditions jusqu'à l'École Normale de Filles où certains, comme lui, y trouvèrent leur compagne. Beaucoup, contre toute attente, se révélèrent d'excellents enseignants conformes à l'idée que s'en faisait le Pépé. Rien d'étonnant, pensait Serge, à ce que Pétain investi en juillet 1940 ait, dès septembre 1940, fermé tous ces foyers de contestation considérés co mme les séminaires malfaisants de la démocratie et qui produiraient des instituteurs francs-maçons, anticléricaux, Dreyfusards imbus de science, de laïcité et de socialisme. Serge savait que les autorités de l'époque poussera ient même le bouchon en décembre 1940, jusqu'à exiger que l'école publique enseigne les devoirs envers Dieu et à publier en 1941 une liste des ouvrages littéraires interdits dans les bibliothèques scolaires tels ceux de Barbusse, Blum, Colette o u Zola, limogeant dans la foulée 1328 instituteurs appartenant à la franc-maçonnerie.
Jusqu'au début des années 70, les Ecoles Normales r ecrutaient sur concours, les futurs institutrices et instituteurs à l'issue du collège. Les lauréats y préparaient le baccalauréat, généralement en internat et suivaient ensuite une formation professionnelle au cours de laquelle ils percevaient déjà leurs premiers salaires. En contrepartie de tous ces avantages, ils devaient signer u n engagement de servir l'état pendant dix ans. Ce système fonctionna ainsi pendant plusieurs dizaines d'années à la satisfaction générale. Cette sélection des meilleurs élèves des collèges permett ait même aux Ecoles Normales d'afficher d’excellents résultats de réussite au bac dans la plupart des départements. * Serge, un peu impressionné, y fit donc son entrée avec Gégé, un de ses amis d'enfance, avec lequel il allait partager sa chambre pendant trois ans. La bâtisse était impressionnante et imposait le respect. On y pénétrait par une petite cour d'honneur puis par un escalier, lui aussi d’honneur donnant sur un hall d'entrée, lui-même débouchant sur un jardin intérieur cerné d'arcades en pierres de taille, le tout évoquant davantage un cloître d'abbaye qu'une école qui formait, depuis près d'un siècle, les instituteurs de la république. Le bâtiment se voulait intimidant, ses aînés y étaient entrés avant lui, la tête basse, dès 1885, date de sa construction dans la foulée des lois Jules Ferry. Ils étaient grimpés en silence à l'étage pour prendre possession de leurs chambres. En réalité, on ne pouvait pas vraiment parler de chambres mais plutôt de box. Il s'agissait en fait, d'un immense dortoir sous au moins quatre mètres de plafond avec des espaces en partie cloisonnés et séparés d'un couloir central par des rideaux fatigu és. Deux lits métalliques, de vieilles couvertures marron comme celles qu'on trouve dans toutes les casernes, une armoire métallique, elle aussi, une petite table et deux chaises. Pas d'éclairage dans les box mais de grands néons pour tout le dortoir avec au fond une rangée de lavabos préhistoriques qui servaient le plus souvent d'urinoirs, et puis à l'étage du dessous, la salle de douches, collectives, bien sûr, qui n'était accessible que deux fois par semaine. Serge trouva l'ensemble plutôt spartiate, voire monacal mais après tout, n'étaient-ils pas tous destinés à devenir des curés laïques ? C'est pourtant là qu'il allait passer parmi les meilleures années de sa vie. Ils s'étaient installés dans leur nouvelle chambrée, avaient soigneusement rangé leur linge bien repassé dans l'unique armoire et avaient commencé à faire connaissance avec ceux qui allaient désormais partager leur vie pendant plusieurs années. Avec Gégé, ils ne s'étaient pas quittés depuis le cours préparatoire. Serge s'était un jour aperçu que lorsque Gégé passait chez lui, ce petit sournois venait en réalité voir sa sœur. Comme Serge n'était pas corse, il a f ait semblant de ne rien voir et le Gégé l'avait finalement épousée quelques années plus tard. Le lendemain matin, Serge était descendu pour son premier cours avec son cartable, sa blouse neuve et ses petites lunettes aux montures de plastique noires. Il a très vite compris que les choses avaient bien changé depuis l'époque du Pépé. Il avait rapidement abandonné son déguisement pour un vieux jean à pattes d'éléphant et un shetland à même la peau. Il s'est même laissé pousser les cheveux, à l'époque pour emballer, c'était indispensable.
On sortait des événements de mai 68 et dans son petit village perdu non loin de la baie de Somme, il n'avait rien vu venir. Il sentait que sa vie allait changer, qu'il se passait quelque chose et il n'était pas décidé à rester sur le quai. Bien sûr, les anciens les ont largement aidés à se déniaiser, leur expliquant, dès les premiers jours, par où passer pourfaire le mur. Ils leur avaient aussi recommandé un vieux bordel décrépi à la sortie de la ville où ils eurent vite leurs habitudes mais surtout leur annexe qui n'était autre que le petit bistrot situé juste en face de l'Ecole Normale. Grand-mère, c'est comme ça que tout le monde l'appelait était une vieille dame adorable qui avait vu, depuis plusieurs dizaines d'années, défiler dans son vieux café poussiéreux, des générations d'instituteurs qu'elle connaissait tous. Elle avait une mémoire incroyable, elle savait où ils enseignaient, s'ils s'étaient mariés, s'ils avaient des enfants et combien. Nombreux étaient ceux qui, des années après, avec un brin de nostalgie, passaient y prendre un verre. Serge l'avait souvent fait jusqu'au jour où il fut consterné de voir que leur vieux bistrot à tous avait été remplacé par un immonde fast-food bariolé de couleurs criardes et vulgaires où des ados boutonneux mais connectés s'empiffraient d'abominables et dégoulinantes éponges à la viande et de coca. C'est vrai qu'à l'époque, l'École Normale de Garçon s, l'ENG comme on l'appelait, avait été transférée à l'École Normale de Filles. C'était devenu un lycée avec désormais cet ignoble appendice clinquant chez leur grand-mère qui avait dû prendre une retraite bien méritée. Serge était resté un moment dans sa voiture repensant à tous ces moments passés à y refaire le monde en suçant des petites eaux de vie de noyaux. Il l'aimait bien grand-mère, elle était même venue au vin d'honneur de son mariage. Il s'était demandé où elle pouvait bien se trouver maintenant Il ne l'a jamais revue. Mais qu'est-ce qu'il croyait le Serge ? Que le temps s'était arrêté quand il était parti rejoindre son premier poste ? Qu'il allait un jour lui présenter ses petits enfants et l'inviter à son pot de retraite ? Il avait eu l'occasion, un jour, de pénétrer, vingt -cinq ans après son départ, dans ce qui était maintenant un lycée. Beaucoup de choses, là aussi avaient changé. La façade était restée la même mais l'intérieur avait été modernisé. Il avait eu une drôle d'impression, il était mal à l'aise, il s'y était senti étranger. Il lui sembla voir passer l’ombre de Gégéne, l’homme à tout faire qui avait passé ici des décennies à donner l’illusion d’une activité intense tout en maintenant consciencieusement un taux d’alcoolémie constant. Lui aussi tout le monde l’aimait bien. Comme grand-mère, probablement que personne ne l’avait oublié. Des années plus tard, Serge l’avait aperçu en ville naviguant sur son vieux vélo déglingué, ça l’avait fait sourire, Gégéne avait vieilli mais il n’avait pas changé. * Serge est ressorti avec un pincement au cœur en se disant qu'on ne devrait jamais retourner sur les lieux de son enfance ou de sa jeunesse. Il avait pe nsé à la magnifique chanson de Barbara, Mon enfance : « J'ai eu tort, je suis revenu dans cette ville au loin perdue où j'avais passé mon enfance... Que