Léonie

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Français
28 pages
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Fuyant Paris et l'Occupant, Léonie se réfugie à la campagne pour cacher sa véritable identité. Mais lorsque les Allemands s'installent dans la région, sa sécurité est plus que jamais menacée.

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EAN13 9782364754225
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Anouchka Labonne LÉONIE
RÉSUMÉ Fuyant Paris et l'Occupant, Léonie se réfugie à la campagne pour cacher sa véritable identité. Mais lorsque les Allemands s'in stallent dans la région, sa sécurité est plus que jamais menacée. © Éditions Voy’el 2018 Nous nous engageons à vous proposer des livres sans DRM, en échange, merci de ne pas diffuser cet epub sans autorisation de l’auteur ou de l’éditeur. Le piratage est un fléau pour les éditeurs, surtout les petits, car le numérique permet bien souvent des rentrées d’argent dont nous ne pouvons nous passer. En vous engageant à acheter nos livres légalement, vous nous aidez à vous faire découvrir de nouveaux talents, de nouveaux univers.
CRÉDITPHOTO:Gloeden, Wilhelm von (1856-1931) Ragazzo travestito da ragazza (Giacomo Lanfranchi). Data di stampa di questa copia, sul retro: "31-12-1919". Già nella collezione Texbraun, cortesia della Galerie David Guiraud, Paris. (Image tombée dans le domaine public)
Merci… …à Sophie Labonne pour avoir prêté sa langue à Felix. … à Chloé, Gaëlle et Matti pour leur soutien et leurs conseils avisés. … à l’inspecteur des Moulins, pour sa germanophilie démesurée.
Léonie Dubois était arrivée à la ferme le 4 juillet 1942. Serviable, discrète, et robuste travailleuse, elle avait bien vite fait tai re les habitants du village tout proche qui pensaient qu’une parisienne serait dépas sée par la vie paysanne. On l’avait acceptée, parce que dans ce village de la z one libre on se faisait un devoir de venir en aide aux compatriotes qui fuyaient la z one occupée. Et puis la main d’œuvre supplémentaire ne faisait pas de mal avec l es hommes partis ou blessés. Elle disait ne pas avoir de famille, et fui Paris toute seule, munie de papiers dont personne n’osait questionner l’authenticité. Peu importe son vrai nom, elle faisait désormais partie des ouvriers permanents : traire les vaches, déplacer les troupeaux, porter le fourrage, rien ne semblait rés ister à cette solide jeune femme aux épaules carrées et à la stature athlétique. Quand monsieur Alphonse, le propriétaire de la ferm e, avait préparé la venue d'une parisienne, il s'était attendu à accueillir u ne petite fleur délicate, pâle et maigre, qui ferait sans doute tourner ses hommes en bourrique, mais il n'aurait pas pu être plus loin de la vérité. Léonie n'était pas la première à venir trouver refuge chez monsieur Alphonse. La ferme du Perret en accueillait d'autres, des Fra nçais de l'autre côté de la ligne de démarcation. Tout ce petit monde semblait s'ente ndre, tous semblaient éviter de mentionner le secret qui n'en était un pour pers onne. Juifs, sans aucun doute. Et si au village on avait un peu grincé des dents a u début, on avait bien fini par admettre que ça ne changeait pas grand-chose, que la guerre c'était la guerre, et qu'il fallait se serrer les coudes. Et puis étaient venus les Allemands. Ils avaient été assez peu présents dans la région j usqu'alors, mais en juin 1943, un petit camp s'était établi à quelques kilom ètres de la ferme du Perret. Il s'agissait plus d'un lieu de stationnement pour les soldats revenant d'opérations militaires que d'un véritable poste stratégique, mais la présence de l'ennemi dans le quotidien rappelait que même en zone libre, c'était la guerre. Bientôt, les soldats firent partie du paysage quotidien de la ferme : ils venaient par groupes de quatre ou cinq pour réquisitionner d e l'eau, du lait, des œufs, et parfois même des ouvrières pour laver leur linge ou récurer leurs latrines. Elles avaient obtenu de se faire accompagner par un des garçons de ferme à chaque fois qu'elles se rendaient sur le camp. La p lupart du temps, c'était Jean-Baptiste, un grand gaillard de dix-sept ans, qui se portait volontaire : d'une nature aimable, il ne rechignait jamais pour nettoyer sa p art de latrines ou battre le linge avec ses compagnes d'infortune. Celles-ci se sentaient en sécurité auprès de cet enfant au corps d'adulte, trop innocent pour oser les importuner comme le font les hommes, mais bien assez imposant pour dissuader les Allemands d'essayer. Léonie semblait particulièrement apprécier de parta ger cette corvée avec lui. Cela amusait les ouvriers de les voir se promener e nsemble comme deux camarades mal assortis : Léonie avec son grand corp s plat, et Jean-Baptiste tout en muscles et en rondeurs enfantines.
Les inquiétudes de monsieur Alphonse (et surtout de sa femme, en vérité) sur les mœurs de la Parisienne s'étaient bien vite révé lées sans fondement : Léonie semblait fuir les hommes, et eux ne semblaient pas particulièrement intéressés par celle-ci. Elle constituait pour eux une curiosi té, tout au plus, et ils étaient souvent déçus de réaliser qu'elle n'avait pas grand chose à leur raconter de Paris ou d'elle-même. Mais avec l'arrivée des Allemands, et les corvées q ue ceux-ci imposaient aux ouvrières, les hommes de la ferme se prirent à veil ler particulièrement sur ces demoiselles. Même, portés par un sentiment de propr iété, ils se prirent d'intérêt pour celles qui jusqu'alors n'avaient pas semblé mériter leur attention. C'est ainsi que Léonie se mit à faire l'objet d'une cour plus ou moins discrète de la part de Georges, un ouvrier agricole vivant a u village. Tous les matins, il saluait la jeune femme d'une courbette maladroite, et le soir il semblait ne pas vouloir quitter la ferme tant qu'il ne lui avait pas adressé un au-revoir. Il avait vécu à Paris pendant quelques mois au début de l’occupation — son cousin lui avait trouvé un petit boulot dont il se gardait bien de d onner les détails à Léonie puisqu’il y avait été balayeur — et il essayait tou jours de se servir des quelques connaissances qu’il avait glané sur la capitale pou r se rendre intéressant aux yeux de la jeune femme. Mais celle-ci se contentait de lui servir une ou deux réponses sans chaleur, et Georges ne parvenait pas à déceler dans la voix profonde de Léonie, l'ennui et le désintérêt qu'ell e semblait pourtant éprouver pour lui. Loin d'être un mauvais bougre, il ne se faisait jamais plus pressant que cela, mais il apparut assez vite aux autres travail leurs de la ferme que ses attentions mettaient mal à l'aise la jeune femme, qui était trop polie pour dire quoi que ce soit. ***  Un soir, alors que tout le monde s’apprêtait à pre ndre le souper dans la grande salle commune, Jean-Baptiste remarqua que Lé onie, d’habitude ponctuelle, n’était pas revenue de ses travaux. — Bernadette, demanda-t-il à l’une de ses camarades , mademoiselle Léonie n’est pas descendue avec vous ? — Elle a glissé dans une grosse flaque de boue la p auvre, elle est dans sa chambre en train de se décrotter. Et puis as-tu bes oin de lui donner du « mademoiselle », quand nous autres ne sommes bonnes qu’à être appelées par nos prénoms ? ajouta Bernadette d’un ton gentiment moqueur. — Ha, ça il peut lui en donner, intervint madame Al phonse, étant donné que Mademoiselle a demandé sa propre chambre ! Et puis elle ne se lave jamais avec les autres femmes, toujours seule dans sa cham bre, comme une comtesse ou que sais-je. On n’a pas idée d’avoir de telles exigences : elle n’est plus à Paris ! — Bah, rétorqua Bernadette qui s’était prise d’affe ction pour la jeune parisienne, sa chambre est si petite que vous pourr iez difficilement y loger qui que ce soit d’autre. Et pour sa toilette, elle pren d toujours soin de partager l’eau,
elle porte toute seule son baquet à l’étage, et elle nous laisse toujours nous en servir en premier. Au fond, ça ne dérange pas grand monde. — Oui, oui, bon, répondit madame Alphonse un peu agacée, Jean-Baptiste, ne reste donc pas là à bailler aux corneilles ! Elle a sûrement fini de se préparer, va la chercher qu’on puisse servir le souper : on ne v a pas lui porter dans sa chambre en plus ! Le jeune garçon quitta la salle et traversa la cour à grandes enjambées pour rejoindre le bâtiment où logeaient les ouvrières. Arrivé en bas de l’escalier, il réalisa qu’il entra it là dans l’espace d’intimité des femmes : c’était ici qu’elles parlaient entre elles de ce qu’elles n’osaient pas dire devant les hommes, qu’elles dormaient et se lavaien t, ici surtout qu’elles se déshabillaient. Saisi d’une soudaine timidité, il m onta l’escalier à pas de loup, comme pour ne pas déranger ce sanctuaire de la fémi nité où il n’avait pas sa place. En haut des marches, devant la porte de la chambre, il songea que Léonie avait dû se tenir dévêtue quelques instants auparav ant juste de l’autre côté, et ses joues se tintèrent de rouge à l’idée qu’une maigre cloison de bois seulement les séparait. Prenant une inspiration, il frappa doucement à la porte et appela : — Mademoiselle Léonie ? Il n’y eut pas de réponse. Tendant l’oreille, Jean-Baptiste hésita un instant puis poussa lentement le panneau de bois. La jeune femme se tenait debout, de dos à la porte et, penchée au dessus d’une trousse remplie de produits de maquillage, ne sembla...