Les clans obscurs, tome 3 : Ariane

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150 pages
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Description

Suite à un problème familial d'un de ses collègues, Ariane est obligée de se rendre en Roumanie pour répertorier les recueils d’une bibliothèque dans un château.


Passionnée par son travail de bibliothécaire, elle découvre avec surprise des livres aux contenus singuliers, et d’autres choses qui lui paraissent étranges. En outre, le maître des lieux, le Comte Dragan Davidov, lui semble également mystérieux, allusif face à ses questions, tout comme les autres habitants.


Dans cette contrée fascinante, aux coutumes particulières, où le danger rôde, lorsque la réalité va lui être révélée, elle va devoir choisir...

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Nombre de lectures 4
EAN13 9782378161569
Langue Français

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Les clans obscurs, tome 3 : Ariane [Christelle Dumarchat]
www.somethingelseeditions.com Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le co nsentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contref açon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les pe rsonnages, les lieux et les événements sont le fruit de l’imagination de l’aute ur ou utilisés fictivement, et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes o u mortes, des établissements d’affaires, des événements ou des lieux ne serait q ue pure coïncidence. © 2019, Something Else Editions. Collection Something Dark © 2019, Christelle Dumarchat. Tous droits réservés. ISBN papier : 978-2-37816-155-2 ISBN numérique : 978-2-37816-156-9 Corrections : Anaïs Guilmet Conception graphique de couverture : Eloïse Dexet
Partie I
Chapitre 1 : Arrivée Que cette porte était immense! Je me retrouvai dans les hauteurs montagneuses d’un e petite bourgade du centre de l’Europe, qui me semblait dorénavant très lointaine , aux confins d’une région aux célèbres histoires fantasmagoriques, et ce quasimen t en pleine nuit! J’étais seule, devant le haut battant aux ferrures anciennes d’un vieux château moyenâgeux qui ne s’ouvrait pasonne! Il ne manquait plus que je croise Dracula en pers ! J’ajustai mon écharpe autour de mon cou et refis to mber le heurtoir en bronze poli par le temps, avec un soupir assez évocateur de ma lassitude. J’avais été obligée de me débrouiller pour trouver un taxi afin de me rendre ici par mes propres moyens, bien que Pierre m’ait dit que l ’on viendrait me chercher. Déjà que le remplacer au pied levé avait tenu de la gageure! Mais malheureusement un problème familial survenait toujours au mauvais mom ent. Mon collègue avait alors pensé à moi, célibataire et sans attache, pour cont inuer son travail. J’avais également dû tirer ma valise sur près de cinq cents mètres ap rès avoir suivi une sente montante caillouteuse et couverte de neige, histoire d’ajout er du piment à l’aventure. Par chance, le pont-levis en bois était baissé. Je l’avais donc emprunté et avais pu frapper à cette porte. Le son avait d’ailleurs lugubrement résonné aux alentours. J’avais froid. Vraiment froid. Ma veste de laine ép aisse n’était pas suffisante ici. Décidément, tout était réuni pour me faire passer u ne belle fin de journée! La nuit approchait à grands pas. Le soleil avait co mmencé à disparaître à l’horizon, pendant que je progressais sur le chemin, et j’avai s hâté l’allure, haletante, alors qu’il se noyait derrière la montagne qui me cernait, tant je redoutais de devoir évoluer en pleine obscurité dans ce coin reculé. Pourquoi avais-je accepté ce remplacement? Je tapai mes pieds sur le sol pour tenter de me réc hauffer, et aussi afin de faire du bruit. Cela se répercuta sinistrement dans la pénom bre ambiante et me fit frissonner. Je repris le lourd heurtoir ouvragé, qui ressemblai t à une patte d’aigle griffue, pour le faire tomber avec plus de force que précédemment. Ils ne pouvaient pas avoir une sonnette comme tout le monde! J’en étais là dans mes réflexions lorsque j’entendi s un bruit de pas. Et Ô miracle! La porte s’ouvrit! Un homme brun apparut, cerné par l’ombre, qui me po sa une question dans une langue gutturale, rauque que je ne connaissais pas, levant une lampe tempête face à mon visage. Large d’épaules, il était impressionnan t, mais après tout, je ne souhaitais pas rentrer à pied jusqu’au village! Par conséquent je lui dis en anglais, tâchant de ne pas montrer mon appréhension : — Bonsoir, je suis Ariane Bontemps. Je viens pour remplacer M. Delacroix. Un léger sourire naquit alors sur les lèvres de l’h omme qui s’effaça pour me laisser passer, après m’avoir salué de la tête, demeurant t oujours silencieux. J’allais prendre ma valise, cependant il me devança et s’en saisit. Puis il ferma l’huis avec une grosse clé et la barra avec promptitude grâce à un énorme morceau de bois qui me parut très lourd. Levant haut la lampe devant nous, il me précéda. No us passâmes sous une arche de pierre voûtée, percée dans l’épaisseur de la mur aille et plongée dans une semi-obscurité, la luminosité étant parcimonieuse, pour arriver à une autre porte de bois aux deux pans grands ouverts. Il me sembla que nous par venions dans une vaste cour pavée de pierres rectangulaires, mais je ne pouvais en distinguer davantage, car nous étions dans la pénombre, et à part les fenêtres ill uminées et des torches sur les murs de chaque côté de la porte, il n’y avait rien d’autre comme système d’éclairage. Où étais-je? J’avais l’impression d’être revenue au moins cinq siècles en arrière.
L’homme conserva son attitude mutique tout en me co nduisant à un escalier à double révolution, puis à une porte, certes moins é paisse que celle d’entrée, mais tout autant ancienne. Il me sembla discerner au-dessus d es armoiries. Il la poussa, posa mon sac sur le sol aux grandes d alles carrées ocre et appela avec beaucoup de force : — Martha! Sa voix résonna dans le hall éclairé lui aussi par des bougies sur des reposoirs ouvragés. Une porte s’ouvrit sur un côté et une fem me aux cheveux blancs, vêtue de noir nous rejoignit. À sa ceinture cliquetaient des clefs. C’était cela : j’avais dû remonter le temps! En roumain, il dut lui expliquer qui j’étais, car e lle me sourit à son tour et me dit dans un français correct teinté par une pointe d’accent, ses yeux verts pétillaient de gentillesse : — Bienvenue, Mademoiselles! Cependant nous ne vous attendions pas si tôt. Vou deviez arriver dans une semaine, d’après M. Delacro ix. — Comment? Mais il m’a dit que c’était pour aujourd’hui! D’autre part toutes les réservations ont été faites pour ce jour. — Il y a dû avoir un malentendu. Ce n’est pas grave . L’essentiel, c’est que vous soyez bien arrivéeue ici! Et d’ailleurs, de quelle manière êtes-vous parven ? — Un vieux taxi m’a prise à la sortie de la gare… — Ah, Pietro Durvan, sans doute. Quand il ne travai lle pas dans ses champs, il rend des services aux touristes, affirma l’homme resté s ilencieux jusqu’à maintenant, d’une voix grave, posée, dépourvue d’accent. Je secouai la tête, ne sachant pas le nom de ce vie il homme qui m’avait conduite jusqu’au bas du chemin à la demande du chef de gare . — Peut-être! te, déclara l’homme, qui aprèsBon, je vous confie aux bons soins de la gouvernan une inclinaison de la tête nous quitta pour dispara ître par une issue latérale, ne laissant plus de son passage que le bruit de ses bottes. — Vous avez eu de la chance que Dimitri vous entend e frapper! Il a une meilleure ouïe que la mienne, ajouta-t-elle dans un souffle. — C’est la personne qui m’a ouvert? m’enquis-je. — Tout à fait, et c’est aussi l’homme de confiance du comte. Bien, venez, vous devez être frigorifiée. Je vais vous conduire au sa lon, car une bonne flambée s’y trouve. Pendant ce temps, Nina apportera votre baga ge dans votre chambre et y allumera un feu. Ainsi vous aurez moins froid cette nuit. — Merci. — Venez. Une jeune femme blonde, entrée après la gouvernante , prit ma valise, puis je la vis monter l’immense escalier de bois qui se situait au centre du vestibule. Ensuite Martha me saisit doucement sous le bras pour m’aiguiller v ers une grande pièce. En effet, un feu brûlait dans la vaste cheminée de pierre où j’é tais sûre que l’on pouvait faire cuire un bœuf entier. Je m’en approchai aussitôt, les mai ns tendues. — Je vais vous faire apporter un repas ici. La peti te salle à manger n’est pas chauffée aujourd’hui, le maître étant absent, dit l a gouvernante. — Le maître? Elle pencha la tête sur le côté : — Monsieur le comte Dragan Davidov. — Ah! Je repensais à ce que m’avait dit Pierre. En quinze jours, il n’avait pas vu cet homme qui se trouvait dans la capitale, il n’avait eu affaire qu’à la gouvernante ou à l’homme de confiance. Donc pour lui comme pour moi, cet employ eur demeurait mystérieux. — En attendant, voulez-vous que je vous montre où s e situe la bibliothèque?
interrogea-t-elle. — Avec plaisir! Après tout, j’étais venue pour ça! Nous sortîmes pour nous diriger vers un grand coulo ir toujours éclairé par des bougies, que nous parcourûmes sur toute sa longueur , et elle me mena jusqu’à une porte de bois sombre, qu’elle ouvrit en actionnant une serrure de cuivre polie par le temps. Une fois dans cette pièce, qui se révéla de belles dimensions, je restais coite. Des bibliothèques anciennes dans ma jeune carrière j’en avais vu, mais là! Haute de plafond, avec un sol de tomettes multicolo res très surprenant et des rayonnages de bois qui recouvraient une partie des murs, elle était impressionnante et attirante, d’apparence aussi moyenâgeuse que le châ teau. J’avais l’impression de revivre une scène duNom de la rosetant l’atmosphère s’y apparentait, le confort feut des fauteuils de velours marron en moins. Il y fais ait froid, mais peu m’importait. J’aperçus de suite la table où Pierre devait effect uer son travail de restauration de livres, mais je ne me dirigeai pas vers elle. J’observai tout autour de moi, humant l’atmosphère. Des livres. Des livres partout. Un foisonnement. Je pouvais dis tinguer des reliures de cuir, avec pour certains volumes des ferronneries anciennes. E t aussi sur un côté des recueils aux couvertures beaucoup plus récentes. Un vrai trésor. Et cette odeur de vieux papier, entêtante… de cuir, de poussière… Elle flottait, très prégnante. Je comprenais l’enthousiasme et surtout le regret d e mon collègue de ne pas pouvoir continuer son travail. Pour lui, c’était un lieu ma gique, et il n’avait pas eu tort! — Nous allumerons le feu dans la cheminée demain ma tin pour que vous n’ayez pas froid, dit la gouvernante, interrompant ma rêverie. — Merci, murmurai-je, toute au spectacle de ce qui m’entourait. — Je vous reconduis au salon, il y fait meilleur. Sur le trajet, j’étais encore stupéfaite par cette collection. Et déjà, je n’avais qu’une envie : me mettre au travail. Ce vieux comte ne sav ait peut-être pas la chance qu’il avait de posséder une telle bibliothèque! J’étais certaine d’y faire de belles découvertes! Au salon, je trouvais sur une petite table un plate au avec un bol fumant et une assiette bien garnie qui m’attendaient. Sur l’invit ation de Martha, je m’assis sur une chaise ancienne, au bois décoré de fleurs. Face à la texture de la soupe, je m’enquis : De quoi s’agit-il? C’est unesupã de pastei. Pardon? Elle sourit et expliqua sur-le-champ. haricots plats saupoudrés de Il s’agit d’une spécialité locale : un velouté de paprika. C’est très bon, et avec un tel temps cela réchauffe le corps. La description du mets me mit l’eau à la bouche, et je m’exclamai : Ah d’accord! — Voulez-vous du vin pour accompagner votre repas? questionna-t-elle. — Oh non, de l’eau suffira. — Bien, je vais aussi demander à ce que l’on vous a pporte une boisson chaude. Du thé, cela vous conviendra? — Oui, merci! — Je vous laisse vous restaurer. Puis Nina vous con duira à votre chambre, qui j’espère vous plaira. Le maître a pensé que vous pr éféreriez sans doute bénéficier
d’une salle de bains privée. Il y a une douche et u n lavabo. La plomberie a été rénovée dernièrement. Vu l’heure, peut-être souhaiterez-vou s y rester? — Ce sera parfait! J’ai envie de me reposer après ce long voyage. Je n’osai pas ajouter d’allusion à mes pérégrinatio ns presque nocturnes dans la neige sur un sentier escarpé… l’électricité sera sans doute rétablie. Nou  Demain s avons eu un problème de surtension, et notre installation n’est pas encore trop modernisée, commenta-t-elle. Je ne pus retenir un soupir de soulagement, et elle haussa un sourcil, en disant d’un ton amusé : Vous pensiez que nous n’avions pas l’électricité? Je me sentis prise au piège par cette question, et je répondis d’une voix un tantinet honteuse : J’avoue que l’idée m’a effleuré l’esprit… Elle éclata de rire, puis quitta la pièce. Cette fe mme était beaucoup moins froide qu’elle n’en donnait l’impression. Sans attendre, je dégustai tranquillement cette sou pe chaude de légumes, ainsi que la charcuterie accompagnée d’une salade d’endives. La crème dessert était juste assez parfumée à la vanille pour ne pas être écœurante. L a tasse de thé me fit du bien. C’était à la fois doux et épicé. Après cette marche forcée, je savourais le fait de me retrouver assise, face à une belle flambée. Puis Nina vint me chercher pour me conduire à ma ch ambre en me disant que celle-ci était réchauffée. Nous montâmes l’immense escali er de bois ciré. Le couloir qui suivit était tout autant moyenâgeux que le reste de la bât isse, des bougies l’éclairaient, mais manifestement l’électricité y était présente, car i l m’était possible de voir des commutateurs, même si elle ne fonctionnait pas. Honnêtement, je n’avais pas envie de devoir m’y pro mener en pleine nuit, tant il y avait de recoins sombres. Et les ombres projetées p ar les lueurs tremblotantes sur les murs n’arrangeaient pas les choses. La jeune femme me guida jusqu’à une porte en bois u ni, et lorsqu’elle l’ouvrit, je perçus sur-le-champ la chaleur qui en émanait. Le f eu brûlait dans l’immense cheminée, et quand je posai un pied à l’intérieur, je m’y sentis bien. Mademoiselle, cela vous convient-il? s’enquit Nina d’une voix très douce, avec ce français teinté d’accent qui me surprenait. Oui, cette chambre est magnifique! Elle a été rénovée il y a peu. Le maître a fait de s travaux dans une grande partie des chambres de cet étage, car elles servent souven t pour les invités. La pièce était verte et bleue, dans les nuances pas tel, douces. Et moi qui m’attendais à un lit à baldaquin flanqué de rideaux poussiéreux et vieillots, je trouvais un ameublement fabriqué dans un bois chaud et clair . En fait, c’était très féminin. Des tapis épais et moelleux recouvraient le parquet qui avait été ciré dans un coloris miel. C’est différent du rez-de-chaussée! m’exclamai-je. Elle sourit avant d’expliquer :  Le rez-de-chaussée a un rôle de représentation, et le moderniser gâcherait cela. Mais en tout cas, il est plus confortable que ce qu e ma mère a connu quand elle était elle aussi femme de ménage ici. Je comprends. Par contre, est-ce que je peux vous demander quelque chose? Oui, bien sûr! Vous parlez tous français ici? Elle secoua la tête : Non, pas tous. Mais M. le Comte a une passion pour la culture française, et notre contrée a toujours eu des liens avec votre pays… po ur diverses raisons. Je vois. Manifestement, je n’en saurais pas plus et je n’ins istai pas.
Bien, si vous n’avez plus besoin de moi, je vous so uhaite une bonne nuit. La salle d’eau se trouve derrière cette porte, dit-elle en la désignant de la main. Merci, à vous aussi. Elle referma le battant doucement derrière elle, et je ne sus pourquoi, mais une fois que je fus sûre qu’elle n’était plus à proximité, j e donnai un tour de clef. Soit, je ne risquais sans doute rien, cependant pas ser ma première nuit dans un si grand château, avec autant de courants d’air et de coins sombres, cela ne me rassurait pas. Et j’avais envie de dormir paisiblement. Je me dirigeai vers la porte qui se trouvait dans l e mur, encastrée, en trompe-l’œil. Et en effet, une jolie salle de bains, dans les mêmes tonalités que la chambre, très fonctionnelle, était bien située derrière. Ma trous se de toilette était posée sur une étagère, dès lors j’en profitai pour sortir mes affaires, me brosser les dents et donner un coup de brosse à mes cheveux qui avaient souffert d u trajet. Puis je revins dans la pièce. Là, je m’habillai pour la nuit, puis après avoir re mis une bûche dans le feu, je me blottis sous les draps de coton très doux, à la bor dure de dentelle. Ensuite, à la lumière de la bougie, je lus quelque temps, puis je m’endor mis, assez impatiente de me rendre de nouveau à la bibliothèque le jour suivant, consc iente de la chance que j’avais.