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Français

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Les fleurs du bien

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Description

Ce second opus reste dans la continuité du livre 1. Il est pour le couple phare du


roman, inspiré de liberté et d'amour, où leur philosophie bienveillante et


eudémoniste les conduira à constituer un trio étonnant et détonnant.



Les circonstances révéleront la force mentale, l'intelligence et la


sensualité décapante de Sabine, sans jamais trahir la confiance envers son


époux. Elle accepte la multiplicité de moments de plaisirs avec d'autres


personnes, tant que l'unité avec Julien reste inaltérable.


Elle surprend, mais Julien, en stoïcien avéré, peut lui aussi se laisser surprendre.



Pour Sabine et Julien, le corps n'est qu'un instrument de plaisir non exclusif, pour cheminer tout au long de la vie vers le bonheur grâce à l'amour présent dans le


couple.



Et si la clé de l'amour éternel était entre nos mains depuis l'origine ?


Peut-être qu'il suffit simplement de respecter la liberté de chacun, fusse-t-elle aussi sexuelle ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 8
EAN13 9782902427192
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Les fleurs du bien
Livre 2 : Amour et philosophie
Du même auteur



En plongeant dans l’univers de ma mémoire : Tome I (d’une éclosion de vie à une autre)
En plongeant dans l’univers de ma mémoire : Tome II (Histoires et pensées d’un homme) édité chez
BOD.
L’odyssée historique de la sexualité : des sumériens au 21ème siècle (cinq mille ans d’histoire).
Juillet 2019
Un risque mortel pour la France ; édité chez BOD
Un risque mortel pour l’humanité ; édité chez BOD
Le labyrinthe édité chez Edilivre septembre 2017
2040 BASCULEMENT CIVILISATIONNEL pour la France et le Monde
Autres : site littéraire : http://www.bernard-nilles.comBernard Nilles
Les fleurs du bien
Livre 2 : Amour et philosophie





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tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre.
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ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue
une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
© Bernard Nilles
Edition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
ISBN : 978-2-902427-19-2
Dépôt légal : 08/2019


Dédicace


Ce livre est dédié à mon épouse, qui est pour moi une source d’inspiration constante.
L’auteur
Table des matières
PREMIERE PARTIE L’EPANOUISSEMENT SEXUEL DU COUPLE
CHAPITRE I : FAIRE UN ENFANT AVEC LE TIERS FÉMININp.13
CHAPITRE II LES FILLES DE LA CRÉATIONp.29
CHAPITRE III : UNE NOUVELLE LIBERTÉ SEXUELLE.p.71
CHAPITRE IV : LES SERPENTS LOVÉS DU DÉSIR D’UNE FEMME SUBLIMÉEp.111
DEUXIÈME PARTIE CHANGEMENT DE PARADIGME SEXUEL.
CHAPITRE V : LA RENCONTRE ÉTONNANTE AVEC VALÉRIANEp.169
CHAPITRE VI : DIALOGUES ÉPISTOLAIRES ET RENCONTRES.p.215
CHAPITRE VII : CURIOSITÉS ADOLESCENTES ET SEXUALITÉ ÉDUCATIVEp.265
Préface
Note de l’auteur

Amour et philosophie fait suite à la conquête de la saga : Les fleurs du bien.
Sabine et Julien poursuivent leurs aventures sexuelles à partir d’une philosophie hédoniste vitaliste.
Réjane, l’amie intime du couple devient le tiers féminin. La question de faire un enfant avec Réjane se
pose. Finalement pour la deuxième fois, les deux femmes seront enceintes en même temps, après de
nombreuses années et dans des circonstances totalement différentes. Chacune mettra au monde une fille.
Adolescentes, elles solliciteront leur père commun sur l’amour, la sexualité et les relations avec les
garçons.
Par envie de changer de paradigme dans leurs expériences érotiques, le couple acceptera d’un
commun accord d’entreprendre des relations sexuelles plus individualisées sous réserve d’en révéler le
contenu à l’autre.
Pour Sabine cela se passera avec de jeunes hommes. Quant à Julien, il rencontrera par hasard
Valériane, une femme avec qui le spirituel se confond avec le sexuel, dans une harmonie particulière de
recherche d’une certaine symbiose avec la nature.
La présence de sentiments fera que Sabine ne voudra pas que cette liaison se poursuive. Se pose la
question de la plus grande trahison. Être fidèle spirituellement ou physiquement pour que l’amour dure
éternellement ?

Extrait partiel du Tableau du peintre
Gervex (1852-1929)

« Rolla » Inspiré d’un poème d’Alfred
de Musset :
Marie est allongée nue sur le lit de
drap blanc. « La tête couchée sur le côté,
entourée d’une longue chevelure de bois
calciné, les yeux fermés, les seins apaisés,
le pubis en mûrissement, la jambe droite
soulevée, la gauche pendante hors du
lit ».
Dans le roman, Marie symbolise
Sabine.
PREMIERE PARTIE L’EPANOUISSEMENT SEXUEL DU
COUPLE


« Pour un homme et une femme, habités par une passion maîtrisée, les déchirures sont rares
lorsque sont présentes les principales vertus et si les volontés existent pour les conserver ou en
acquérir de nouvelles, tout au long de son existence ».

Toute réussite implique un devoir et tout talent, une responsabilité. Ainsi, la richesse de l’âme
invite à un transfert dans l’altérité, créant du bonheur pour soi en passant par la vie de l’autre et
inversement. Pour parvenir à de tels horizons, il faut avoir réussi à détruire le sentiment de jalousie
afin de préserver la liberté de l’homme comme celle de la femme, dans l’égalité.
Cette liberté est spirituelle et sexuelle, sous le contrôle de l’esprit. Une autre notion devient ainsi
plus importante dans un couple : c’est la confiance dans l’autre.
L’intelligence, le dialogue et l’amour en sont les garants pour donner à chacun la capacité de
gérer ses différences.
CHAPITRE I : FAIRE UN ENFANT AVEC LE TIERS FÉMININ
Une inclination sexuelle partagée de deux femmes

Le rêve fou de Julien venait de se concrétiser avec Sabine et Réjane dans un acte d’amour d’une
prodigieuse altérité. Il avait eu l’impression de faire l’amour avec deux femmes en une, comme deux
orchidées proches, différenciées seulement par les couleurs de leur esprit et jumelles par leur corporéité.
Le trio renouvelait de temps en temps des festivités amicales, sans jamais tomber dans l’habitude,
afin de conserver un climat harmonieux. Une soirée érotique naissait plutôt de façon aléatoire et
instinctive, quand les circonstances étaient réunies. Ils se muaient alors naturellement en un groupe de
cervidés, tel un cerf et ses biches lors de la saison des amours.
Réjane, dans son rôle de maîtresse, devenait lors des instants les plus érotiques, l’égale de Sabine.
Elle avait trouvé sa place dans le couple, où le gagnant était l’amour dans le partage, sans aucune
jalousie.

Les vacances de Pâques étaient proches. Réjane était venue passer la soirée avec le couple juste
avant de partir en Bretagne dans sa famille. Sabine venait d’apporter son dessert chocolaté préféré. Alors
que les discussions allaient bon train et au cours du découpage de l’œuvre par Julien, un silence s’installa
subitement de façon plutôt inhabituelle.
Des sourires contenus s’imprimaient à la commissure des lèvres des deux femmes, quand avant de
prendre la parole, Sabine esquissa en direction de son mari, ce même regard qu’il connaissait si bien. Il
chavirait si souvent au début de leur idylle en l’observant. Les retenues que cela signifiait le faisaient
craquer d’émotion à chaque fois, ce qui le rendait vulnérable au-delà de la raison.
La question qui brûlait les lèvres de sa femme consumait en même temps le cœur de Réjane, montrant
qu’entre elles, il existait déjà une grande complicité féminine.

― Sabine : Avec Réjane nous avons beaucoup réfléchi sur nos dernières cérémonies érotiques en
commun. On aimerait que tu acceptes que nous prenions ensemble, de temps en temps, des plaisirs
sexuels quand tu n’es pas là. Cela aurait l’avantage de mieux imaginer toutes les deux, des exercices
sexuels inconnus dont nous pourrions tous profiter lors de soirées comme celles-ci. De plus, Réjane
aimerait avoir un enfant de toi.

La question qui venait de s’introduire n’étonna pas vraiment Julien. Ces deux femmes montraient
simplement leur parfaite entente et il s’attendait un jour ou l’autre à cette demande. Ce qui était une
surprise, c’était que le souhait d’avoir un enfant pour Réjane était énoncé par son épouse.
Julien espérait qu’un jour, son épouse lui parle de ses ressentis sexuels avec son amie lors de leurs
soirées érotisées, et connaître ce qu’elle éprouvait en l’observant dans ses postures artistiques avec
Réjane. Elle restait chaque fois dans le vague en esquissant des sourires.

En l’interrogeant une fois, sans insister, elle avait fini par répondre comme si elle adressait la
réplique au bel esprit d’un Trissotin quelconque dans les Femmes savantes de Molière (1) : « c’est
fabuleux de recevoir la douceur des caresses d’une femme disait-elle. Sans éducation particulière, on
connaît instinctivement avec précision les zones les plus érogènes du corps féminin pour lui donner
des plaisirs d’intensités différentes. Or, un homme est soumis à une exigence supplémentaire s’il veut
acquérir ce savoir. Il faut qu’il apprenne à découvrir le corps d’une femme autant pour contrôler sa
jouissance que pour savoir donner du plaisir. Il est vrai que toi tu n’es pas pareil. Et ne t’inquiète
pas ; le ton et le style changent en s’amplifiant quand l’archet de ton violon joue de sa petite musique,
enfoui tour à tour dans les profondeurs de nos espaces divins, caressés par la douceur de nos mucus
emmiellés. De plus, avec les yeux, ce sont autant de tableaux vivants que nous avons le loisir
d’admirer chacun à tour de rôle. Aucune parole ne peut traduire avec précision nos ressentis
extraordinaires dans ces moments ».

― Julien : Pour ta première interrogation, je suis étonné que la question ne soit posée que maintenant
et cela conforte mes certitudes au sujet de l’homosexualité dont nous avons souvent parlé. Sa signification
ne relève finalement que de la notion de plaisir que l’on peut avoir envie de trouver avec un autre que soi,
indépendamment de son sexe.
― Sabine : Je voulais être certaine que Réjane désire autant que moi nos câlineries. J’avais parfois
l’impression que les caresses qu’elle me donnait s’adressaient de façon indifférenciée à toi ou à moi. Elleme donnait du plaisir quand toi tu recevais la composante spirituelle de son être. Tu as une grande
sensibilité féminine, au point que tu es autant capable d’assurer le rôle de la femme en faisant l’amour que
celui de l’homme. Je l’aurais toujours ignoré sans l’expérience que nous vivons avec Réjane.
― Réjane : Tout ce que vient de dire Sabine me semble bien observé. Une femme est plus sensible
au corps d’une autre femme qu’un homme. Bien souvent, un amant n’est intéressé qu’aux parties génitales
de la femme, ce qui n’est pas le cas de Julien.
― Julien : Il est vrai qu’un homme atteint généralement l’orgasme assez rapidement, quand il ne
s’intéresse qu’à son propre plaisir, puisqu’une fois atteint, il éjacule de façon explosive. Il lui faut ensuite
du temps pour récupérer, au désespoir de la femme qui ne commençait qu’à s’éveiller. L’important est
d’aimer le corps d’une femme pour elle et non pour soi. C’est pourquoi faire l’amour est un art, avec une
composante altruiste.

En s’adressant à Réjane, Julien lui posa la même question au sujet de son inclination sexuelle envers
Sabine. Sa réponse fut celle d’une jeune femme ravie de pouvoir révéler ses impressions intimes.

— Réjane : Oui ! J’adore la nudité de Sabine, car elle inspire à la poésie. Avec toi, c’est autre
chose. On éprouve en même temps que le plaisir, l’idée que l’on peut créer la vie si on le décidait
ensemble. Cela prend ainsi une tout autre dimension. J’aime tout chez ta femme, son esprit, son âme, son
corps et sa féminité. Et quand tu es avec nous en faisant l’amour, j’ai l’impression que nous sommes dans
un autre monde, où il n’existe ni bien ni mal, en étant heureux de s’offrir mutuellement du plaisir. Tout est
si simple et en même temps si beau, qu’il m’arrive d’en avoir les larmes aux yeux quand j’y pense.
― Julien : Que voulez-vous que je réponde après avoir entendu vos tirades croisées, relevant de
deux poétesses surprenantes. Votre plaisir est le mien ; je n’ai donc pas à m’y opposer. C’est votre liberté
la plus totale et je l’approuve. Vous en tirez du plaisir conduisant au bonheur durable en se renouvelant,
et moi je sombre dans la même ataraxie qui aurait rendu jaloux Épicure lui-même dans son jardin. Alors
que puis-je faire de mieux, si ce n’est de venir avec vous, cueillir les fleurs de vos féminités ?

Les cartes étaient sur la table pour un enfantement

Réjane souhaitait un enfant. Il fallait bien répondre à son souhait. La décision allait dépendre de
Julien, mais elle devait surtout être liée à la qualité de l’amour décliné entre trois personnes.

― Sabine : Tu n’as pas répondu à la deuxième partie de la question qui est la plus importante pour
Réjane. Elle désire avoir un enfant avec toi.

Julien n’avait pas encore donné son avis parce qu’il ne savait pas quoi répondre. Il en avait déjà si
souvent parlé avec Réjane en lui disant que c’était impossible. Il imaginait que Sabine ne pourrait jamais
l’accepter. Or cette fois, c’était elle qui lui posait la question.
Quel changement s’était produit aujourd’hui, pour que Sabine puisse oser poser la question à la place
de Réjane ? Une grande énigme. En effet, jamais Julien n’aurait accepté de faire un enfant avec une autre
femme, sans avoir un accord de sa femme.

― Julien : Je n’ai pas oublié la question. Si je dois répondre, je pense que l’on peut imaginer
plusieurs possibilités, mais elles dépendent de vous deux. Moi j’adhérerai à votre choix commun, si
celui-ci correspond à un dépassement, au nom de l’amour et que cela puisse devenir un don de
reconnaissance de notre couple, par amitié pour Réjane. Il faut cependant que l’on mesure les
conséquences d’une telle décision.
― Sabine : Qu’est-ce que tu veux dire ? Et comment vois-tu une telle possibilité ?
― Julien : On pourrait se fier au hasard, sans précaution particulière. C’est une perspective que je
ne souhaite pas, pour le simple motif que cela doit être uniquement une décision à prendre entre nous.
― Réjane : Depuis que nous pouvons bénéficier de la pilule contraceptive ou du stérilet ce serait en
effet absurde de se fier au destin.
― Julien : Si Sabine devait accepter sans états d’âmes que je confie à Réjane mes propres
spermatozoïdes, je n’y ferai pas obstacle.
― Réjane : C’est de plus en plus fréquent qu’une femme puisse s’alimenter à une banque de sperme
pour faire une insémination artificielle ; ou encore demande à un ami qu’elle n’épousera pas de lui faire
un enfant, sans avoir besoin de le reconnaître.
― Sabine : Une insémination artificielle n’est possible que pour un couple marié ou vivant enconcubinage depuis au moins deux ans. Cela n’empêche évidemment pas de recueillir du sperme par tous
les moyens anonymes, sans avoir besoin de faire un dessin.
― Réjane : Dans ce cas, qu’en est-il de l’amour qui devrait prévaloir entre deux personnes pour
faire un enfant ? Que dire d’une femme qui désire un enfant sans mari à aimer et qui n’éprouve pas de
sentiment pour le géniteur ou qui ne le connaît pas ?
― Sabine : Tu as peut-être raison. Ce n’est pas l’idéal.
― Réjane : Que dire des couples stériles qui décident d’adopter un enfant auprès d’étrangers et dont
l’enfant devenu adulte ne connaîtra jamais son origine biologique ? Je pourrais continuer. Je veux
simplement dire que les cas de figure sont innombrables. L’important est l’idée d’avoir un enfant et lui
permettre, tout au long de sa vie, de recevoir de l’amour en provenance de plusieurs adultes. Ce n’est rien
d’autre. C’est pourquoi, faire un lien absolu indépassable entre l’enfant et sa filiation officielle n’est pas
l’essentiel, même si c’est important. Si Julien devenait le père d’un enfant que je porterais, il serait
finalement privilégié, car il recevrait l’amour de quatre personnes, au lieu de deux : d’un couple, d’un
père et d’une femme qui l’aurait conçu et d’une autre femme qui en aurait accepté l’idée avec la
conceptrice. Ce serait pour finir un autre cas de figure demandant d’avoir recours à des concepts moraux
inhabituels. Pour que cela soit possible, il faut juste beaucoup d’amour, de confiance et d’altérité entre
les adultes concernés. Le problème moral reste le même dans tous les cas. Autant que cela se fasse avec
quelqu’un pour lequel on a des sentiments ou de l’affection. De toute façon je ne pourrais pas envisager
d’avoir un enfant avec quelqu’un d’autre que Julien. Et si cela devait s’avérer impossible, je mourrai
stérile, sans avoir pu contribuer au renouvellement de l’espèce.
― Sabine : C’est cornélien ce que tu dis. Tu aimes Julien depuis aussi longtemps que moi et tu n’as
pas pu faire ta vie avec lui. Je comprends ce que tu peux ressentir depuis. Tu n’as pas décidé de l’aimer ;
il s’est imposé à toi à partir des lois naturelles, des affects réciproques et en tenant compte de ce qui te
rendait heureuse à l’époque où tu le fréquentas assidûment. Ce n’est plus l’intellect qui commande à ce
niveau de concept. C’est l’amour que tu as eu pour lui ; et aujourd’hui c’est la grande amitié qui vous lie
encore. Bien que je ne sois pas sûre qu’il n’y ait plus d’amour entre vous. Je devrais donc être
profondément jalouse. Or, je crois que je ne le suis pas, sans vraiment comprendre pourquoi. Je dois être
un peu inconsciente.
― Réjane : En écoutant ta lucidité je suis bouleversée. Tu as pris le risque que nous fassions l’amour
ensemble avec l’homme que tu aimes et que je reconnais n’avoir jamais cessé d’aimer à mon tour.
Comment trahir une telle âme, sans se renier soi-même ?
― Sabine : Merci de ton honnêteté morale, même si elle devait parfois montrer ses failles. Tu es une
femme vertueuse à laquelle on pourrait certainement pardonner plus facilement qu’à une autre quelques
égarements.

Les cartes étaient sur la table. Le choix à faire ne relevait plus d’une décision rationnelle pour
laquelle on pouvait répondre favorablement au désir de Réjane. La solution relevait du domaine de
l’irrationnel, du subjectif et de la morale. Il fallait, entre les acteurs concernés, être capable de
transcender l’amour dans un couple en faisant abstraction des égoïsmes individuels ; dans un esprit
d’altérité, avec une amie appréciée, sinon aimée. Elle jouait un double rôle, « à la fois maîtresse
invisible de Julien et amante visible du couple ». L’alternative était un amour définitivement stérile d’un
côté et fécond de l’autre, d’autant plus que Sabine souhaitait à ce moment-là, pour les prochaines grandes
vacances, qu’elle et son époux conçoivent un troisième enfant, en désirant que ce soit une fille.

― Julien : Je crois qu’il serait vain de fonder une décision sur des valeurs morales auxquelles nous
ne croyons plus. Nous en avons d’autres, plus difficiles à assumer.

Sabine sembla torturée par son indécision légitime. Sa confiance en Julien et sa grande amitié pour
Réjane l’inclinaient à accéder à son désir. D’un autre côté, elle imagina qu’elle devrait se faire à l’idée
qu’un enfant pouvait naître avec une autre femme et dont Julien serait le père.
Son esprit était embrouillé, assailli d’interrogations parfois contradictoires ou purement d’ordre
existentiel.
Un pan entier de sa culture, de son équilibre et de ses croyances morales traditionnelles, de fidélité,
d’adultère, d’enfant illégitime, d’expression de l’amour, de relation de cet enfant avec la mère et le père,
de son statut d’enfant naturel ou reconnu de filiation, serait à reconsidérer en cas d’acceptation. Un
nouveau paradigme conceptuel d’existence devrait dans ce cas, prendre le relais en remplacement d’une
partie de l’ancien. Il faudrait le construire pour soi et avec Julien ; avec un tiers et avec les enfants
existants ou à venir, autour du trio.