180 pages
Français

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Les secrets de Blackwood

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Description

Romance Bit-lit - Loups - 350 pages


Un nouvel ennemi se cache au cœur de la forêt de Blackwood. À travers les mondes, par-delà le royaume des vivants et des morts, entre la France et les États-Unis, nos héros luttent pour leur survie.


Tandis qu’Olivia parcourt le pays en quête de révélations, Gloria et les siens sont confrontés à un mal étrange qui se repend dans toute la ville.


Qui se dissimule derrière les attaques dont sont victimes les habitants de Blackwood ?


Comment vaincre un adversaire qui décide des règles du jeu ?



Et si, aux fins fonds de la forêt, se terrait une vérité plus sombre et dangereuse encore que les monstres ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782379610936
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Les secrets de Blackwood – Tome 3 : La traque

Amélie WALTER




Amélie WALTER

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-3-37961-093-6
Corrections : Lily T.
Concept de couverture : Didier de Vaujany










« Ichi-go Ichi-é » :
« Toute rencontre est importante, car elle est unique »
Tiré de la Cérémonie du thé.


Pour Muriel et son engagement sans
faille dans ce merveilleux projet…


Prologue – Cours  !
Olivia

C’est le moment. J’attends depuis si longtemps que maintenant, j’hésite. J’observe la
cage qui m’emprisonne depuis des jours. Dans ma main, un petit morceau de métal glacé
imprime sa forme tordue sur ma paume. J’en connais chaque détail, ma langue, ma joue,
mes paumes, je pourrais en dessiner les contours les yeux fermés.
Allez, Oli ! On ne va pas mourir ici !
Mon estomac se tord, alors que je me secoue. Je n’aurai pas d’autre occasion et je vais
mourir si je reste là. J’inspire le plus silencieusement possible, recroquevillée dans le noir.
Avec le temps, je connais chaque centimètre de ma minuscule cellule ; la gamelle sale à
portée de ma main gauche, le pot de chambre nauséabond dans mon dos, la vieille
couverture dans le coin opposé.
Un bruit de pas étouffé par les aiguilles de sapins résonne comme un coup de feu
quelque part sur ma droite. Je me décide !
Mes paumes glissent, un frisson court le long de ma colonne, j’insère le morceau de
métal dans la serrure, mon souffle se bloque dans ma gorge quand un cliquetis froisse
l’air. La porte coulisse sur ses gonds. Je suis libre.
Je cours aussi vite que je peux, l’air siffle dans mes poumons. Les cailloux et les épines
s’enfoncent dans mes pieds nus, je cavale à l’aveugle dans la forêt. Personne n’a
remarqué ma disparition.
Pour l’instant, chuchote ma conscience.
J’ai tellement froid que je ne remarque plus le sang dans ma bouche, ni les plaies qui
se rouvrent, concentrée uniquement sur mon but : aller le plus loin possible au nord.
Entre deux séances de torture, j’ai eu tout le loisir de réfléchir à notre position.
Vers le nord. Toujours au nord. Je fonce tout droit. Encore. Encore.
Soudain, une branche casse quelque part dans mon dos. Je me fige, cesse de respirer,
malgré mon corps qui réclame désespérément de l’oxygène. Plus rien. Silence total. Je
reprends ma course, toujours silencieuse au possible. Alors que je dérape et m’écorche le
pied sur toute sa longueur, je regrette un instant de ne pas avoir emporté ce qui restait de
mes chaussures.
Tu aurais fait trop de bruit, arrête de te plaindre et cours ! me sermonne à nouveau la
voix dans ma tête.
Un son déchire à nouveau le calme de la forêt, puis un cri. Plus de doute, elles savent
que je leur ai faussé compagnie. Qu’importe  ! J’accélère, puisant dans les maigres
ressources que j’ai encore. C’est le sprint de ma vie. Mes pieds ne touchent plus le sol, je
ne suis plus que vent sur ma peau à vif. Un, deux, trois. Encore. Un, deux, trois. J’évite
un nouvel arbre sur ma route quand une voix maléfique que je reconnais résonne à
l’intérieur de mon crâne. Tout mon corps se tend. Le démon rit.
— Tu pensais vraiment m’échapper ? Tu n’es rien, tu ne sais rien. Si tu peux nous
fausser compagnie ce soir, c’est seulement parce que je n’y vois aucun inconvénient ! Tu
m’as déjà aidée plus que de raison, je n’en ai plus rien à faire de toi, déclare la voix
féminine dans ma tête, si fort que des larmes coulent le long de mes joues, alors que je
lutte de toutes mes forces pour ne pas m’arrêter de courir.
— Va te faire voir ! parviens-je à articuler entre deux goulées d’air suffocantes.
Je ne me préoccupe plus d’être discrète. Elle n’a pas besoin de me pourchasser à
travers bois, elle pourrait me tuer de là où elle est, d’un simple geste.Encore ce rire, aussi grinçant qu’un ongle sur un tableau. Une vague nausée s’empare
de moi, je ravale la bile qui envahit ma bouche. J’ai trop besoin d’air pour vomir.
— Cependant, tu comprendras que je ne peux pas te laisser partir et gâcher tout mon
effet de surprise, n’est-ce pas ? lance la voix qui s’est faite condescendante.
Je ne réponds pas, tout ce que je veux, c’est mettre le plus de distance entre ma
tortionnaire et moi.
— Ton aide nous a été si précieuse… Tu sais, l’histoire retiendra que tu as aidé notre
cause, tu resteras pour toujours l’une de nos héroïnes !
J’éclate en sanglots, mais continue à courir quand même. La voix désincarnée change
encore et devient mélodieuse, enchanteresse.
Hypnotisée, je ne peux rien faire d’autre que me laisser bercer par sa douceur. Le chant
est si beau, si pur, que durant un instant, j’ai l’impression d’être dans les bras de ma mère,
enfant apeurée après un cauchemar. Mais le songe est bien réel. Au fond de moi, quelque
chose tente par tous les moyens de me secouer, de me tirer de la torpeur dans laquelle je
suis figée.
Au rythme des mots, je me détends, soupire d’aise et, alors que je ne pourrais pas me
sentir plus calme, le timbre change encore, s’aiguise comme les couteaux qu’on utilisait
sur moi. Les mots brûlent, martèlent mon crâne, enfoncent leurs ongles crochus dans ma
chair. Je m’écroule et hurle à pleins poumons.
J’ai mal… trop mal…
À travers le brouhaha de mon esprit, une autre version de la voix me parle.
Personne n’a deux voix, ce n’est pas possible… tente timidement ma conscience. Mais
elle rend les armes après une nouvelle décharge de douleur qui fait frissonner jusqu’à la
moindre de mes vertèbres.
— Cours rejoindre tes amis, ma petite, cours ! Tu ne leur seras d’aucune utilité ! Une
traîtresse, c’est tout ce que tu seras pour eux. Tu as le choix, tu peux retourner à ta
petite vie tranquille et oublier toute cette histoire. Dans ce cas, considère ta survie
comme un cadeau de remerciement de ma part au nom de tes bons et loyaux services. À
moins que tu ne préfères aller tout raconter à tes précieux ennemis, je ne te le conseille
pas. À l’instant où tu dévoileras ne serait-ce qu’une minuscule partie de mon plan ou de
notre existence aux loups, ton âme s’effacera et tu mourras. Voilà ma malédiction,
Olivia, tais-toi et vis, ou parle et meurs avant d’avoir terminé ton récit. Maintenant,
cours, ma gazelle, cours !
La douleur cesse dès que le rire diabolique disparaît de mon esprit. Je rouvre les
paupières, allongée dans la boue, misérable et blessée. Il ne me faut pas plus d’une
seconde pour me remettre debout. Je dois vivre, je dois courir.
1 – Avant…
Olivia

Six mois plus tôt
L’anticipation fait battre mon cœur à une vitesse folle. L’avion dans lequel ma mère et
moi voyageons entame sa descente sur une des pistes de l’aéroport de Strasbourg. Dans
quelques minutes, je vais enfin découvrir la France et les chasseurs qui la peuplent.
Je jette un coup d’œil furtif à ma mère, assise à ma droite. Les lèvres pincées, elle lutte
contre les dernières secondes de sa phobie des transports aériens, mais son regard brillant
trahit son impatience de retrouver les gens qu’elle n’a pas vus depuis plusieurs années.
Elle m’a raconté de nombreuses histoires à leur sujet durant le vol, certains sont de
notre famille, des cousins, des grands-oncles, d’autres sont plus lointains, m’a-t-elle
expliqué. Une unique et grande famille, dévouée à protéger les humains du monde
surnaturel. Ce dernier, comme je l’ai également appris, n’est plus aussi imposant et
diversifié qu’il a pu l’être par le passé, et des créatures mythiques d’antan, ne restent plus
que les loups et quelques sorcières, rarement, un vampire ou un esprit quelconque, trop
esseulés et affaiblis pour représenter une réelle menace.
Notre voyage a pour but de me permettre d’en apprendre plus, à la fois sur eux et sur
ma condition, ainsi que le serment séculaire qui l’accompagne.
L’aéroport est bondé, des gens vont dans tous les sens, piétinent, soufflent ou râlent à
tout va. Au loin, ma mère semble reconnaître quelqu’un, elle saisit mon poignet et
m’entraîne tout droit sur un couple qui patiente le long des portiques.
L’homme doit avoir la cinquantaine, des rides souriantes et bienveillantes sur le visage,
comme autant de souvenirs de moments heureux. Modestement vêtu, jean et chemise à
carreaux, il nous observe avancer à sa rencontre.
Sa compagne, un peu plus jeune, arbore de longs cheveux noirs, son regard noisette
pétille lorsqu’il se pose alternativement sur ma mère, puis sur moi.
— Stéphane, Aline, je suis ravie de vous revoir ! Ça fait si longtemps ! s’exclame ma
mère dans un français parfait, seulement teinté d’un léger accent.
— Nous aussi  ! Vous avez fait bon voyage  ? rebondit le dénommé Stéphane, tout
sourire.
— Oui, merci. Je vous présente ma fille, Olivia. Oli, je te présente Stéphane et Aline,
ils sont à la tête de la famille dans cette région.
— Enchantée, réponds-je incertaine.
J’ai beau parler un français plus que correct en Amérique, le pratiquer avec des
Français est stressant.
Quelques banalités plus tard, nous sommes assis dans la voiture d’Aline, en direction
d’un village du nord-est de la France. À ma plus grande surprise, les paysages de cette
région ressemblent beaucoup à ceux que je peux connaître chez moi ; de grandes forêts
denses et intrigantes, les prairies et les animaux en plus.
J’ai toujours les yeux rivés sur le décor lorsque la voiture s’arrête un peu
chaotiquement compte tenu du terrain accidenté qui entoure la maison. C’est différent et
pourtant semblable à Blackwood, même si les maisons imposantes et les parcs
parfaitement entretenus sont ici remplacés par les fermes et les champs en friche.
Nous traversons la distance qui nous sépare de la porte d’entrée, en prenant garde de
ne pas mettre les pieds dans un trou sorti de nulle part et dans lequel j’aurais sans doute
perdu une chaussure, puis nos hôtes nous invitent à entrer sans plus de cérémonie.La maison est joliment décorée, une atmosphère chaleureuse y plane, invitant
quiconque à s’y sentir bien.
Rapidement, on me montre la chambre que je partage avec ma mère ainsi que la salle
de bains, puis je me retrouve assise, une tasse de café dans une main, une part de gâteau à
la cannelle parsemée de sucre dans la seconde.
— Les autres arriveront ce soir, ils avaient quelque chose à faire avant, nous informe
Stéphane.
Je devine qu’il parle des chasseurs.
— J’ai hâte de les revoir également après tout ce temps !

***

Le soir même, une grande fête est organisée en l’honneur de notre arrivée, je rencontre
des cousins et des amis de toutes parts, certains plus sympathiques et moins effrayants
que d’autres, je dois l’admettre !
Tous me narrent les histoires de famille, ou des récits de chasse aussi dangereux
qu’incroyables. La France, m’apprennent-ils, possède une très grande population de
loups, et s’ils sont pour la plupart d’honnêtes citoyens, certains sont nuisibles, il incombe
aux chasseurs de les tuer pour protéger la population.
En une seule soirée, j’ai réussi à tisser des liens d’amitié avec plusieurs membres de ce
que l’on appelle « notre clan », jusqu’à ce que je rencontre Constance…
Je suis en train de plaisanter avec un de mes cousins, quand une voix aiguë s’élève
dans l’air. La porte d’entrée claque juste derrière une jeune femme qui doit avoir la
vingtaine. Je la déteste à la seconde où elle entre dans le salon.
— Vous pourriez refaire le chemin de boue qui vous sert d’allée… J’ai foutu en l’air
mes bottes ! s’exclame-t-elle pleine de dédain pour Stéphane qui lève silencieusement les
yeux au ciel.
— Fais preuve d’un peu de politesse, Constance ! la reprend une femme d’âge mûr,
qui doit certainement être sa mère.
Constance, un mètre soixante-dix de pure classe. Une tresse compliquée qui entortille
ses cheveux bruns, créant une couronne chocolat sur l’arrière de sa tête. Elle a de longs
cils noirs, qui encerclent des iris bleus transcendants, un nez qui tombe abruptement sur
une bouche fine, mais relevée par un joli rouge à lèvres framboise.
Elle retire d’un geste négligé son long trench-coat camel, pour révéler une robe noire
ajustée à la poitrine et aux hanches. Le ton sur lequel elle s’est adressée à Stéphane me la
rend immédiatement désagréable.
Toutes les conversations ont cessé à son arrivée, elles reprennent peu à peu, alors
qu’elle se dirige vers ma mère d’une démarche altière.
Négligeant ce que me raconte mon cousin, je l’observe, méfiante, alors qu’elle arrive
au niveau de ma mère et Aline qu’elle salue d’un bref hochement de tête.
— Gia… enfin ! se contente-t-elle de lancer.
Ma mère relève le menton et plonge ses iris dans ceux de l’inconnue, malgré tout, je
vois ses traits se crisper une fraction de seconde, comme si elle redoutait la jeune femme.
— Constance. Ta présence est toujours un plaisir. Comment vas-tu ?
Les mots ont beau être cordiaux, le ton est aussi lisse que la surface d’un lac. Je
connais cette voix, celle qu’elle prend lorsqu’elle essaie de contenir sa colère.
Constance sourit, dévoilant une rangée de dents parfaite. Elle aussi paraît jauger sonadversaire plutôt que faire la conversation.
— Je n’ai pas perdu le sens du devoir.
Les lèvres de ma mère s’entrouvrent, mais aucun son ne les franchit, comme si elle
venait d’être giflée. J’ai beau ne pas comprendre ce qui se joue à quelques pas de moi, je
ne suis pas moins solidaire de ma mère.
Abandonnant mon cousin que je n’écoute plus de toute manière, je traverse la pièce et
rejoins l’étrange réunion. À ma vue, un sourire faussement affable étire la bouche de
Constance.
— Tu dois être Olivia ! Comment trouves-tu la France ? s’exclame-t-elle.
Sa fausseté parvient un instant à me faire vaciller tant le masque est parfait.
— Froide, mais ce doit être le climat habituel par ici…, marmonné-je.
Je vois Aline sourire en coin.
Constance me lance un coup d’œil dédaigneux et s’éloigne sans un mot de plus. Dès
qu’elle est hors de portée, Aline me prend amicalement le bras.
— Il était temps que quelqu’un lui ferme la bouche, murmure-t-elle.
Ma mère, la mine grave, pose un regard effrayé sur moi avant de reporter son attention
sur notre hôte.
— Froisser Constance n’est pas du courage, c’est de l’inconscience.
Le visage d’Aline se ferme instantanément et ma mère s’éloigne à grandes enjambées
avant que j’aie le temps de lui demander pourquoi tout le monde semble craindre cette
pimbêche…
Lorsque je vais me coucher, tard dans la nuit, remuée par cette étrange rencontre, je
ferme les paupières avec une pensée pour Gloria, mon amie de toujours. J’espère
sincèrement que tout va bien pour elle et que rien de grave n’est encore arrivé à mon
aimant à problèmes.
2 - Histoires
O l i v i a

Le lendemain, je suis debout aux aurores, mais Stéphane, Aline et ma mère m’attendent
déjà autour de la table. On me sert un café pendant que maman m’explique le programme
de la journée.
— Nous allons retrouver Nora chez elle, elle possède une très grande collection
d’objets et de livres qui pourront peut-être t’aider à mieux interpréter notre mission et le
pourquoi de notre existence, dit-elle tandis que j’essaie vainement de me souvenir du
visage de la femme que j’ai pourtant vue la veille.
Seul celui mauvais de Constance me revient sans cesse.
— D’accord, et pour l’entraînement ? Nous pourrons le continuer ici, n’est-ce pas ?
Un sourire heureux apparaît sur son visage, j’y reconnais de la fierté et laisse ce
sentiment gonfler mon cœur de joie, une joie dont j’ai été privée tant de fois enfant.
— Oui, tant que cela te dit, nous continuerons  ! Nous pourrons le faire ici, je sais
qu’Aline possède une très belle salle au sous-sol, reprend-elle en laissant flotter son
sourire jusqu’à l’intéressée qui opine.

Quelques heures plus tard, je me tiens devant un mur surchargé d’artéfacts beaucoup
trop anciens pour ne pas avoir de valeur. Des armes, de vieilles photos, mais aussi une
bonne dizaine de plantes séchées sous verre me font face, n’attendant qu’une question
pour me raconter leurs histoires.
La voix de Nora m’accompagne au fur et à mesure de mon avancée. Maman m’a
expliqué qu’elle est en quelque sorte une spécialiste de l’histoire des chasseurs et en tant
que telle, c’est la mieux placée pour m’expliquer d’où je viens.
Elle nous a accueillies au son de la vingtaine de bracelets en métal qui ornent ses
poignets, et vêtue d’une ample robe, vert d’eau, qui va avec la couleur de ses yeux. Son
air fantasque jure avec le sérieux de son visage qui sous-entend que l’instant est des plus
importants. Je l’écoute avec attention.
— À l’origine, les créatures surnaturelles, esprits de la nature, loups, vampires,
banshees et autres, étaient beaucoup plus nombreuses. Elles peuplaient les villages autant
que les contes, et si la plupart d’entre elles parvenaient à vivre sans problème au milieu
des humains, certaines, par leur nature violente ou instable, ne le pouvaient simplement
pas. Après avoir subi de trop nombreux massacres, certains humains ont décidé de se
défendre. Les premières tentatives furent sommaires et bien souvent inutiles, un homme
armé d’une simple fourche ou même d’un fusil n’avait aucune chance d’abattre de telles
créatures, à moins d’un coup de chance énorme !
Les ailes de son nez palpitent, elle semble transportée par son récit. Elle reprend après
une pause théâtrale :
— Mais certains d’entre eux n’abandonnèrent pas, ils tentèrent encore et encore de se
défaire des monstres si bien qu’à force, une infime partie finit par découvrir des moyens
plus efficaces. Le sorbier pour les loups, le fer pour les faës, les pieux pour tuer les
vampires. Ces personnes, fortes de leurs victoires, apprirent ces savoirs à d’autres, qu’ils
jugèrent dignes de se battre à leur côté, ainsi qu’à leurs enfants qui, eux-mêmes, le
transmirent aux leurs. C’est ainsi que de simples familles ordinaires devinrent les
premières familles de chasseurs. Au fil du temps, ceux qui ne combattaient pas finirent
par oublier les créatures qu’ils ne virent plus. Le nombre d’attaques diminuant, lecommun des mortels ne se soucia plus de ces habitants de l’ombre, jusqu’à ce qu’ils ne
soient plus que des personnages de contes et d’histoires. À présent, seuls les chasseurs
portent encore ce savoir. Notre mission, qui peut paraître barbare au premier abord, est en
réalité primordiale. Mettre à mort n’est jamais plaisant, mais nous constituons le seul et
unique rempart de l’humanité face aux créatures surnaturelles.
— Et les gens comme mon oncle ?
Je vois à la mine sombre d’Aline que le comportement de Jason l’afflige. Elle
m’observe un long moment avant d’inspirer profondément. Lorsqu’elle pose ses grands
yeux sur moi, j’y vois une douleur infinie.
— Jason n’a pas toujours été quelqu’un de mauvais. Enfant, il était même un garçon
adorable, mais il a rapidement fait montre d’une passion bien trop dévorante pour la
chasse, il s’est mis à collectionner au lieu de protéger. Notre mission est également
importante pour les créatures de l’ombre. Si nous n’éliminions pas les membres les plus
virulents de leur rang, ils devraient s’en charger eux-mêmes, sous peine de voir leur
existence révélée à tous. Je te laisse imaginer la réaction des humains aujourd’hui… Il y a
donc une sorte d’équilibre, chacun y trouve son compte. Les surnaturels ne s’opposent
pas à notre combat, et en échange, nous ne tuons pas d’innocents, nous prenons soin de
ne mettre à mort que les individus qui menacent le secret et la vie des humains. Or, Jason
s’est mis à tuer tous ceux qui croisaient sa route. Aveuglé par la haine, il a perdu tout
discernement. Je ne vais pas te mentir en te disant que ton oncle était le seul être de ce
type, mais ils sont rares et lorsque nous pouvons le prouver, nous chassons également
dans nos propres rangs. La Chasse n’épargne aucun coupable.
Profitant d’un silence, je coule un regard en direction de ma mère, appuyée contre le
mur dans le coin opposé de la pièce. La tête basse, elle fait mine de s’intéresser aux stries
du parquet.
— Vous voulez dire…, commencé-je, sans pour autant pouvoir conclure.
Nora hoche à peine la tête et maman dans son coin grimace.
— Oui, bien que ta mère ait tout fait pour se tenir éloignée de notre monde durant un
temps, c’était son rôle en tant que chasseuse de mettre fin au carnage de son frère et de
nettoyer ainsi nos rangs de sa haine destructrice. En cela, elle a failli et devra bientôt
s’expliquer auprès de l’Assemblée. Comment pourrions-nous demander aux créatures
surnaturelles de suivre nos règles si nous ne les suivons pas nous-mêmes ?
La quarantenaire se tourne vers ma mère qui se tient à présent droite, la tête haute.
— Elle a aidé les loups à retrouver Jason, elle a fait ce qu’elle pouvait ! lancé-je pour la
défendre.
Nora me considère tendrement.
— L’Assemblée tiendra compte de tous les faits, mais elle n’oubliera pas que c’était
son rôle de tuer son frère, avant d’être celui des loups. Je crois savoir que cet incident a
failli coûter la vie à une de tes amies. Elle a simplement eu de la chance de ne pas terminer
comme les autres victimes de ton oncle.
Je sais qu’elle dit vrai, mais la peur de voir ma mère condamnée pour ne pas avoir pu
assassiner son propre frère me laisse un goût amer dans la bouche. Je n’ai jamais entendu
parler de cette organisation, aussi, je demande quelques précisions à mon interlocutrice
qui semble avoir une connaissance illimitée de notre histoire.
— L’Assemblée fut créée après l’Inquisition, lorsque les abus de la part des chasseurs
furent constatés un peu partout. Constituée de quatre hommes et quatre femmes, tous des
chasseurs aguerris. Elle eut au départ pour mission de condamner les chasseurs qui ne
faisaient plus la différence entre les humains et les créatures surnaturelles, tant ils étaient
aveuglés par la peur. Avec le temps, elle devint tout simplement notre justice. Elle esttoujours basée ici, en France, et tout chasseur, même étranger, doit se soumettre à son
autorité, sous peine de se voir envoyer une délégation chargée de lui rappeler son devoir.
Tu as d’ailleurs pu rencontrer l’un de ses membres, hier soir, en la personne de
Constance. Elle est historiquement la plus jeune. En somme, c’est une puissante institution
qui dispose de pouvoirs incroyables afin de faire respecter les règles partout. Si ta mère
n’était pas venue d’elle-même en France, l’Assemblée aurait dépêché un groupe
d’individus chargé de la ramener de force afin de la faire comparaître devant les siens.
Un vertige m’emporte, me soulève le cœur en même temps que la panique s’insinue
dans mes veines. Je prends plusieurs grandes inspirations, mais rien n’y fait.

3 – Faire ses preuves
Olivia

Lorsque la maison d’Aline et Stéphane se profile au loin, je pose mon regard sur ma
mère qui conduit calmement.
— Pourquoi ne m’as-tu rien dit avant ?
Elle laisse filer quelques secondes avant de me sourire, désolée.
— J’ai pensé qu’il ne servait à rien de te faire peur, alors que nous n’étions même pas
encore arrivées. Je te demande pardon, j’imagine le choc que cela doit te faire… Mais ne
t’inquiète pas, tout va bien se passer.
Son ton est assuré, mais quelque chose dans ses yeux indique le contraire.
— Comment ça va se dérouler ? Ils vont venir te chercher ? Et quand ?
— Dans un mois. Et ils ne viendront pas, notre soumission au pouvoir de l’Assemblée
commence par le fait de nous présenter de notre propre chef. Si j’attendais qu’ils
viennent, ce serait un déshonneur autant qu’une preuve d’insubordination. J’irai, je me
soumettrai à leur pouvoir et ferai appel à leur clémence. Si nous avons de la chance, ils
me laisseront repartir dans la journée.
Une question pernicieuse s’infiltre jusque sur mes lèvres, un besoin brûlant de la poser
me prend en même temps qu’une opposition formelle de ma conscience. Le visage froid
et hautain de Constance danse devant moi. C’est le cœur battant qu’elle franchit mes
lèvres :
— Et s’ils ne se montrent pas cléments ? Qu’est-ce qu’il peut t’arriver ?
Haussement d’épaules du côté maternel.
— Nos lois ne sont pas aussi structurées que celles des humains et le pouvoir de
l’Assemblée est bien plus grand que celui d’un juge ou d’un prêtre, leur sentence sera à
leur bon vouloir. Mais rassure-toi, ils n’iront pas jusqu’à une peine capitale, me
répondelle, comme si elle n’était pas vraiment concernée par tout ça.
Je voudrais insister, poursuivre, mais au même moment, nous arrivons devant la
maison. J’inspire une grande bouffée d’oxygène et suis ma mère jusqu’à la porte où se
tiennent déjà nos hôtes.
— Nous vous attendions  ! J’ai quelque chose qui devrait faire plaisir à Olivia  !
s’exclame Aline.
Même si je doute que quoi que ce soit puisse me faire plaisir aujourd’hui, je feins une
expression intéressée.
Nous pénétrons dans la cuisine, Aline nous sert un café. Cette habitude française de ne
pas commencer de conversation sans une tasse de caféine est déconcertante !
— Alors ? Dites-nous, intervient ma mère, faussement joyeuse.
Un grand sourire fend le visage de Stéphane tandis qu’il pose sur la table une carte de
la région.
— Depuis quelque temps, des gens disparaissent dans le coin. Des promeneurs, des
randonneurs… Lorsqu’on les retrouve, ce ne sont que des restes. Les autorités
commencent à sérieusement enquêter par ici, il est temps de partir en chasse.
— Et pourquoi ne serait-ce pas l’œuvre d’un animal  ? interviens-je, plus intéressée
qu’avant.
— Nous ne pouvons rien assurer à cent pour cent, mais par expérience, plus de deux
victimes, c’est rarement du fait d’une bête. C’est pour cette raison que c’est à nous qu’ilincombe de vérifier.
— Une chasse ?
Stéphane sourit en coin, sans ciller.
— Ce sera ton baptême du feu, nous sommes tous passés par là !
J’attends le moment où ma mère va se lever et réprimander Stéphane de me proposer
une telle chose, mais les secondes passent et aucune manifestation d’opposition.
— Et vous, pendant ce temps ? demandé-je sans oser regarder ma mère.
— Tu ne seras pas seule, et nous ne serons jamais loin de toi, Olivia, mais tu peux
évidemment refuser, dit Aline.
Je me tourne enfin vers ma mère. Elle me sourit, mais ne m’encourage pas dans ma
prise de décision, ni dans un sens ni dans l’autre. Elle finit cependant par parler.
— C’est à toi de choisir, si tu te sens prête à t’accomplir dans cette voie maintenant, ou
si tu préfères patienter et apprendre encore, Oli, lance-t-elle d’une voix douce.
Aucune mère normale ne laisserait sa fille prendre de tels risques, mais la mienne est
différente. Elle sait les dangers auxquels je vais être exposée tout au long de ma vie. Elle a
fini par se résoudre au fait que mon destin est inexorablement lié à la magie. J’envie
soudain cette femme, prête à tuer par devoir, et capable des plus grands sacrifices pour
protéger les siens. Elle est une chasseuse, je veux être comme elle.
— C’est d’accord. Par où on commence ?
Je n’en serais sans doute jamais certaine, mais il me semble voir une lueur de fierté
troubler le visage calme de ma mère.

***

Plus tard, en début de soirée
J’inspire et expire profondément, plongée dans mon reflet. J’essaie de calmer un peu la
panique qui menace de me submerger.
Allez, Oli ! Tout va bien se passer, tu t’es entraînée pour ça !
Même mon double dans le mirroir paraît prêt à s’enfuir à toutes jambes, c’est dire ! J’ai
enfilé une tenue de chasse, un pull fin et une veste légère et près du corps qui ne risque
pas de se coincer ni me ralentir, un pantalon confortable et des bottes en cuir souple. Pas
besoin de maquillage.
Un cri provenant du rez-de-chaussée m’apprend qu’il est l’heure. Mes yeux bleus me
renvoient ma peur, je me détourne en direction de la porte.
En bas, m’attendent Aline et Stéphane, tout sourire dans leur propre tenue de chasse,
guère très différente de la mienne et de celle de maman. Elle me sourit chaleureusement,
mais sa lèvre saigne encore un peu là où elle l’a mordillée. C’est la première fois que je
vois ma mère comme une chasseuse.
Elle porte une veste en cuir noir, un pantalon semblable à ceux que l’on revêt pour
monter à cheval et des bottes souples comme les miennes. Ses cheveux blond doré sont
retenus en chignon et dans son dos pointe fièrement un arc immense ainsi qu’un carquois
rempli. Elle me tend mes affaires, alors que j’arrive à sa hauteur.
— Rappelle-toi, sois toujours vigilante, utilise tes cinq sens et pas uniquement la vue.
Vise toujours pour tuer. Ne laisse rien te déconcentrer, et par pitié, fais attention à toi !
énumère-t-elle tout en glissant mes couteaux dans les différents fourreaux qui ornent ma
taille et mes chevilles.
Je suis prête. Notre petit groupe prend la direction de la voiture afin de rejoindre moncoéquipier à l’orée d’une forêt plus au sud. Je n’ai pas demandé de qui il s’agit, trop
occupée à stresser, mais maintenant que ma vie va dépendre de la sienne, je suis curieuse
de connaître son identité.
Une silhouette, dissimulée sous une longue cape, attend dans l’obscurité. Aline et
Stéphane sortent les premiers, tandis que ma mère me serre contre elle.
— Il est encore temps de changer d’avis, Oli, personne ne t’en tiendra rigueur si tu
estimes que tu manques encore un peu de préparation…
La partie sauvage de moi-même a envie de se vexer, cependant, je comprends la peur
de ma mère. Je lui souris avant de déposer un baiser sur sa joue.
— Tout va bien se passer, maman, ne t’inquiète pas ! Je t’aime !
— Moi aussi, je t’aime, ma fille.
Après une dernière étreinte, nous sortons ensemble de l’habitacle. Il est temps d’aller à
la rencontre de mon partenaire. Si jusque-là j’ai été effrayée, je me mortifie lorsque je
découvre son identité.
À quelques pas de mois, Constance patiente en aiguisant un couteau long comme mon
bras.
4 – En chasse
O l i v i a

— Ce n’est pas trop tôt… Il fait froid ! s’exclame-t-elle en guise de bonsoir.
— Salut à toi aussi.
Un rictus sardonique naît sur ses lèvres, alors que Stéphane s’avance vers nous.
— Lorsque Constance a appris que tu allais chasser pour la première fois, elle a
gentiment proposé de t’accompagner.
Je souris, aussi aimable que possible, même si mon esprit refuse de croire que la
présence de la chasseuse tient de la bonté. Constance est une vipère, elle n’est pas là pour
jouer les baby-sitters. D’ailleurs, le ton de Stéphane laisse percevoir que lui non plus n’est
pas dupe.
— Bon, les victimes ont toutes été attaquées de nuit dans cette partie de la forêt,
reprend-il en désignant une tache verte sur la carte posée devant lui.
— Faites attention à vous, nous serons dans le coin si jamais vous avez besoin de
renfort. Et si vous croisez d’autres humains, essayez de faire en sorte qu’ils se dirigent
vers nous, conclut Aline avant de retourner à la voiture.
Elle revient avec une cape comme celle que porte Constance et me la passe d’un geste
sur les épaules. Je lance un regard interrogateur à ma mère.
— Les loups attaquent les humains, rarement les chasseurs, m’explique-t-elle.
— Merci.
— En route, il est temps de voir de quel bois tu es faite  ! lance Constance en
s’avançant vers la pénombre.
— Bonne chance ! nous souhaitent les autres.
Je prends une dernière grande inspiration et m’élance à la suite de ma coéquipière.
Les bois sont sombres, mais le sentier reste praticable grâce à la lumière de la lune. Je
n’y ai pas prêté attention jusqu’à maintenant, certainement une grosse erreur de ma part,
mais alors que je lève les yeux vers la balle argentée suspendue dans le ciel, je constate
qu’elle était ronde au possible. Une boule, semblable à la pleine lune se forme au fond de
ma gorge. Constance avance d’un pas tranquille, comme si nous nous promenions
simplement. Je me demande qui irait se balader ici à cette heure.

Cela fait plus de deux heures que nous marchons, je commence à avoir froid. De plus,
la jeune femme n’est pas d’une agréable compagnie, elle se contente de s’énerver contre
chaque brindille qu’elle rencontre et qui risque d’abîmer ses chaussures.
J’ai du mal à comprendre comment cette fille, superficielle a pu devenir l’une des
meilleures chasseuses de notre temps, mais m’abstiens de tout commentaire et continue à
avancer.
— C’est fichu, on trouvera personne ici, lâche-t-elle après plusieurs kilomètres.
Je réprime un soupir de soulagement et m’imagine déjà rentrer prendre un bon bain
chaud.
— Tu veux faire demi-tour ? demandé-je, la suppliant intérieurement.
— Oui, on a encore quinze kilomètres au moins à faire pour regagner la voiture…
J’opine, ravie, lorsqu’une branche craque net dans...

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