Les Tribulations de Caméliope - Tome 1

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L'épopée rocambolesque de Caméliope et sa bande


Capcity-le-Soubresaut, petite ville de la banlieue parisienne. Caméliope, mère de trois enfants, vient tout juste de divorcer. Au cœur de sa métamorphose de jeune femme, un voisinage épique, un site de rencontre givré et un amour sur bout de trottoir s'entremêlent à une bonne dose d'auto-dérision.


La fille de sa voisine, dont Caméliope est la marraine, s'envole dans le cadre de ses études pour les Indes. Caméliope découvre alors peu à peu ce pays à travers les mails de sa filleule, jusqu'au coup de téléphone de l'ambassade annonçant sa disparition...
Les voisins déjantés et solidaires décident alors de partir sur place pour retrouver la jeune fille. Curieuse enquête quasi-policière dans l'immensité vertigineuse du sous-continent indien...

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EAN13 9782368324264
Langue Français

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Les tribulations de Caméliope :
Des banlieusards déjantés jouent au détective en Inde
Commencement
La SAS 2C4L – NOMBRE 7, ainsi que tous les prestataires de production participant à la réalisation de cet ouvrage ne sauraient être tenus pour responsable de quelque manière que ce soit, du contenu en général, de la portée du contenu du texte, ni de la teneur de certains propos en particulier, contenus dans cet ouvrage ni dans quelque ouvrage qu'ils produisent à la demande et pour le compte d'un auteur ou d'un éditeur tiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité.
Pauline HIRSCHAUER
Les tribulations de Caméliope :
Des banlieusards déjantés jouent au détective en Inde
Commencement
Préface
Capcity-le-Soubresaut où tout commence…
Le jour où Pauline Hirschauer m’accorda toute licen ce pour rédiger sa préface, j’avoue ne pas avoir sondé l’ampleur de la tâche.
J’aurais aimé avoir plus de temps pour atterrir de ce périple vivant.
Puisqu’il faut un point de départ, celui, le cœur d e la banlieue parisienne, l’autre, le cœur des gens comme vous et moi. Puisqu’il faut viv re malgré l’insoutenable poinçon qu’inflige la solitude, le conflit inutile et hélas , ô combien présent. Et puisque rien n’est figé, comme dans un vase clos et que les choses nou s dépassent, rien n’est plus urgent que de vivre aujourd’hui et plus précisément à cet instant précis où je vous parle.
Longtemps roman ne m’avait pas autant impliqué corp s et âme dans une histoire qui ne me concerne en rien et qui pourtant m’entraîne a vec elle.
J’ai peur des voyages ! Pour cet aspect que créent l’immense inconnu, le regard étranger, la barrière de la langue, la non apparten ance à une tout autre culture, à un tout autre mode de vie qui m’échappe et me bouleverse.
Peu à peu, mes appréhensions se sont gommées.
Dans cet immense pays qu’est l’Inde, je me suis arr imé au bras de l’auteure, pour faire cette traversée au plus près des personnages.
Capcity-le-Soubresaut où tout commence…
A commencer par une désillusion d’une promesse d’am our, d’une désillusion qui mène inexorablement à la solitude. A commencer par une forte amitié entre voisins. Amitié solide qui nous pousserait à déplacer des mo ntagnes, à aller au bout du monde, jusqu’en Inde puisqu’il en est ainsi.
A commencer par la fracture amoureuse à laquelle Be ethoc, un site de rencontre, ne fait qu’apposer un effet placebo, rien de plus.
A commencer par l’énergie féroce qu’une mère soit c apable de déployer pour protéger les siens.
Capcity-le-Soubresaut où tout commence, où rien ne finit… Car la vie avec ce qu’elle comporte n’est, en fait, qu’un éternel recommenceme nt.
Antonio Giuseppe Satta, février 2017 (poète)
1 - Catapultage
Berniqueji a quitté le navire, pavillon en berne. C apcity-le-Soubresaut, début d’après-midi, je referme délicatement la porte blindée de m on appartement. Le père de mes enfants dehors, douze ans de vie commune en cavale. Trois petites perles lacrymales tombent sur le précipice de ma joue rebondie, coupe rose en latence.
Berniqueji vient de prendre la valise que je lui ai préparée en panique, expression misérable haut de gamme, silhouette massive sur le palier, il s’engouffre dans l’ascenseur. Adieu, soupir, soulagement. Flux paral ytique de ma circulation sanguine. Je me recueille quelques maigres instants en regard ant d’un air pensif les appartements voilés d’en face, puis le portable et le téléphone fixe sonnent au même moment. Je m’en empare avec célérité, les pose sur la table de la cuisine, appuie avec chaque index sur les touches de réception puis coll e les appareils contre chaque oreille non sans vaciller et manquer d’écraser mon opulente poitrine sur le lave-vaisselle. Les voisines sont au bout des téléphones.
– Alors ?… demandent-elles en chuchotant.? On n’entend rien deIl se passe quoi la cuisine, on s’inquiète… !
D’un rire mal assuré, je les rassure sur l’ambiance délétère.
– Tout va bien, Berniqueji est parti sans faire d’h istoire. Nul besoin de cavalerie policière, les hypothèses de scénarios catastrophiq ues émis les heures d’avant sont restées lettre morte. La réaction de mon ex-mari de vant son obligation de quitter son ancien domicile conjugal étant imprévisible, c’est mieux ainsi.
Vingt-deux secondes plus tard la sonnette retentit, j’ouvre la porte et les voisines s’engouffrent dans l’appartement. Lucifile est harn achée de son horrible tablier à fleurs rose et orange et est équipée de ses vieilles culot tes blanches de grand-mère qui font office de chiffons. Dune porte son éternel bonnet m arin noir et blanc, pour éviter que des araignées ne s’embroussaillent dans ses cheveux jamais peignés, à la main et avec sa langue elle tire son aspirateur. Les atomes de stress dans l’atmosphère retombent lourdement un peu partout dans le salon n imbé d’une décompression soudaine. Lucifile et Dune me regardent et disent d ’une commune mesure :
– Y’a besoin d’un bon coup de ménage ici, au travai l !
Dune rajoute qu’elle ne travaille qu’avec son matér iel, d’où le débarquement sur la plage de sa voisine du dessus avec son aspirateur. Pour tout dire, cela tombe bien, le souffle de mon kit-aspirateur sans sac agonise, ina pte à repousser les moutons sous les meubles. Des mois que le filtre de l’appareil n ’est plus localisable et lavable. Ne me restent plus d’opérationnelles que la pelle et la b alayette coincées derrière le frigidaire ! Inutile d’insister sur mon peu d’ambition à ce su jet !
– Tu rames vraiment à contre-courant, ces-temps-ci ! affirme Dune d’une voix empathique.
– Oui, je confirme, assure Lucifile sur la même lon gueur d’onde que Dune. Et ça fait
même un sacré bout de temps ! ajoute-t-elle.
– Tu dois bien être la seule sur tout le territoire français à ne pas avoir de robots ou de vrai aspirateur ! C’est basique pourtant !
J’entends à des années lumière les échanges de mes voisines qui gravitent autour de moi sans que je puisse pour autant m’extirper de mon état traumatique. Cette conversation est un cocon de résonance familière, r écurrence qui entretient pourtant ma léthargie.
– Elle ne peut plus s’en sortir avec son mini balai ! Regarde, Dune, il peluche plus que les saletés qu’il ramène !
– Oui, pour le coup, là faut la secouer un peu. Y’a urait moins d’acariens et d’allergies chez elle, ça ferait du bien à ses garçons, ils son t tout le temps malades !
Elles ont raison, mes copines. Quand je vois le mon ticule de moutons qu’elles ont dégagé dans les petits vingt mètres carrés du salon , je n’ose imaginer la montagne qu’on pourra gravir en faisant le ménage dans toute la maisonnée.
Contre-productivité de la chasse aux acariens, désu étude de l’action même de nettoyer, encrassement de l’affaire, les roulements du quotidien rouillent sur place, médusés par le tsunami qui fait trembler les murs d e ma vie depuis quelques semaines. Presque avec plaisir, je me replace dans l’actualité de ma vie, au cœur de mon appartement.
Les voisines sont torrides et décrassent avec féroc ité le salon. Elles disent que c’est à cause de la situation que la maison est sale, que c’est normal, qu’il me faut du temps pour me réapproprier les murs et me sentir chez moi . Je ne dis rien et trouve très bien que mes voisines s’occupent de mon ménage en plein vendredi de l’Ascension ! Je tourne en rond en les regardant, la chamade au cœur après ce qui s’est passé. Pendant un blanc où chacun vaque, on entend une voi x rauque qui crie au cœur de son chuchotement :
– Alors, Berniqueji, il est parti ?
La voix rocailleuse vient du balcon du voisin. Trip les buses, elles ont oublié de prévenir Ogron, le voisin. Ça fait quarante-cinq mi nutes qu’il est allongé sur son balcon, en bon sniper avorté et qu’il guette avec ses jumel les à travers ses mini-claustras. J’ai beau retourner l’opération dans tous les sens, je n e comprends toujours pas comment il aurait fait pour intervenir, peut-être en sautant d ’un balcon à l’autre sur ses lianes de lierre en hurlant. Ogron est plein de bonne volonté . Seul grain dans le déroulement de l’opération, j’ai oublié de tirer le rideau pour dé gager la fenêtre et, du bout de son balcon, Ogron ne voit rien de ce qui se passe dans le salon tout en entendant l’aspirateur. Les diaboliques le mettent au courant , ce qui lui permet de re-déplier ses longs membres dans le bon sens pour reprendre une p osition d’homo sapiens sapiens.
Je suis encore un peu chancelante, mais à voir mes voisins peaufiner la propreté de mon salon, un bien-être doux et chaud démarre son d ix kilomètres dans mes veines. J’adore mes voisins. Je les vois œuvrer méthodiquem ent devant moi et ce sont des tranches de leur vie qui assaisonnent mon inertie d e surface. Yeux fermés, des vignettes de toute sorte dansent dans une transe fo lle.
En ce jour ascensionnel de l’éviction, mes trois vo isins conversent et disent qu’un gros ménage permet de repartir du bon pied. Divorce, coh abitation avec l’ex-conjoint durant
des mois avec détérioration progressive de l’équili bre des enfants qui se trouvent instrumentalisés au cœur de conflits d’adultes, un phénomène de plus en plus répandu socialement. Pendant les mois qui suivent le divorc e, la cohabitation arrange. Difficile pour les ex-conjoints de trouver à se reloger décem ment dans la capitale pour pouvoir ensuite accueillir les enfants en garde alternée. B erniqueji larmoie dans son chantage affectif, mettant en avant des arguments émotionnel s et économiques. Je me sers de lui comme gardien de ses propres enfants pour sorti r et m’explorer à l’orée de l’univers, prémices d’une renaissance. Des mois et des mois d’ abandon. Peu à peu, incompatibilité harassante de la présence de l’autre, je m’exclus de ma maison et passe de longues soirées chez ma voisine Dune ou ch ez mon amie Esthair dont la boutique reste ouverte jusqu’à minuit. Ver dans le fruit, cohabitation de deux adultes impuissants à une sérénité commune. Ravages. Abruti ssement de nos libertés. Rébellion contre la déliquescence de la situation, électrochoc d’en arriver à ne plus être capable de s’occuper de l’épanouissement des enfant s touchés en leur essence, impact collatéral des errements adultes, la mère se réveille et prend la situation en main, mugissement bestial de la lionne.
Je ne dis rien mais je trouve mon voisinage extraordinaire, surtout dans l’adversité où se réveillent les compétences de chacun en matière de ménage. Pendant qu’ils se battent avec la crasse de mon appartement, je m’éva de à outrance, convaincue que, pendant le casting des propriétaires, il faut s’enq uérir des capacités ménagères du voisinage. Un bon voisinage sait faire le ménage ch ez les autres. En symbiose avec la belle lumière du mois de mai, la propreté du salon m’éclabousse.
Je les entends au loin bavarder. Je me déconnecte e t laisse mes pensées voyager sans entrave. Aujourd’hui, en ce saint vendredi de l’Ascension, je coupe définitivement avec Berniqueji, en lui mettant sa valise entre les mains et en lui reprenant les clés de l’appartement. Sage et sensible décision, moyen imp lacable d’avancer dans la reconstruction de chacun des membres de la famille. Un sous-chapitre de vie qui se referme, un autre qui s’ouvre. Mes émotions sont en cavale et s’engouffrent dans tous les sentiers de traverse qui ramifient l’embouchure de mon existence.
Je commence un nouvel épisode de vie, seule avec me s enfants. En décalcomanie, la situation et le comportement encore imprédictible d u père de mes enfants. Le processus de séparation a déjà commencé en sous-marin depuis quelques années.
Je refais surface au milieu de toutes mes évidences anarchiques. Le salon est démaquillé de sa crasse. Les voisins s’attaquent au lessivage des murs de la cuisine décorés de projections culinaires et de résidus ali mentaires, fossiles d’une époque de petite enfance où les repas alliaient acrobatie, no urrissage et ambiance festive.
Le soir même de la crevaison de l’abcès, une fois m es enfants bordés et couchés, ma voisine Dune toque à la porte pour un ultime débrie fing de cette journée forte en émotions. Allongées sur les transats du balcon, les bruits des familles s’échappent du crépuscule des fenêtres. Dune semble crispée et fum e cigarette sur cigarette, j’ingère des quantités dissidentes d’infusion de camomille. Cette nuit, Dune crachera ses poumons, quant à moi, je ferai des allers-retours p récipités et fréquents vers un endroit où la vessie est enfin libre de s’exprimer sans cen sure ni condamnation, éclaboussures incluses.
Au bout d’une heure d’essorage des derniers rebondi ssements et de bavardage, Dune lâche d’un coup qu’Ana a réussi son entretien et qu ’elle part faire son master à l’étranger.
Ana est la fille unique de Dune. Eclatante insolenc e de ses vingt ans. Je suis ravie qu’Ana fraie son chemin parmi les jeunes adultes. C ’est ma filleule et je la suis de très près. Quelques mois après mon emménagement dans cet immeuble, du bas de ses quatorze ans, Ana demande à suivre les cours de catéchèse de la paroisse. Dune est terrifiée et bousculée au plus profond de son antic léricalisme. Une hérésie dans un nid de framboises. Encore plus tard, elle demande à se faire baptiser. Etouffement de Dune, réanimation de Dune à coups de tapette à mouc hes. Tout naturellement, Ana me demande d’être sa marraine, une responsabilité que j’accepte sans trop savoir en quoi elle consiste. Tâtonnements et instinct, accompagne ment dans la construction de sa vie facilitée par notre proximité géographique.
Dune ne parle plus. Où part Ana ? Face au silence de Dune, je me le demande sans pour autant vouloir la presser. De petites bulles d e secondes s’échappent, le temps de préparer ses mots à la rugosité adverse de l’extéri eur. Lentement, Dune s’égrène d’une petite voix étranglée.
– Tu te rappelles ? Elle avait d’abord demandé à p artir à Londres ou à Berlin. L’université lui a proposé une autre destination et elle a déjà dit oui, enchaîne Dune d’une voix contrariée sans que je n’aie le temps de répondre.
– Super ! Elle sera dans un échange universitaire ! dis-je en faisant résonner ma voix dans la fraîcheur du dehors de la nuit.
– Evidemment, dit Dune en faisant la grimace et en se redressant d’un coup de son transat. Petit bémol, ajoute-t-elle d’une voix trem blotante, elle part à New Delhi.
– New Delhi ! m’exclamé-je en bondissant. Ah oui ? Et c’est définitif ? ne puis-je m’empêcher de hasarder dans les turbulences portati ves de l’air ambiant.
– Oui, elle part en juillet. Je ne suis pas près de trouver le sommeil ! soupire Dune d’une voix morne.
Dune est inquiète. Je la vois se tortiller et s’étirer les jointures des doigts qui craquent d’une manière sinistre dans la pénombre du balcon. Dune est phobique, peur des petites bêtes, peur de la multitude, peur des avion s, peur de lâcher sa fille et de fissurer le nid. Toutes ces peurs nourrissent son imaginaire artistique de peintre affolante et de chantre social.
– Donc Ana part quelques mois en Inde dans le cadre de la fac, tout va bien se passer, dis-je d’une voix calme et posée, une fois la surprise passée.
– Evidemment je l’aiderai à préparer son voyage. Ma is ne compte pas sur moi pour m’embarquer là-bas, me lance Dune d’une voix déterm inée et forte.
– J’ai confiance en Ana, ce n’est pas une tête brûl ée. Elle fait juste des choix forts, dis-je à Dune pour la rasséréner.
Chacune dans ses pensées, le silence rampe et gravi te autour de la charge émotionnelle de la journée placée sous le signe du départ. Pour des motifs bien différents, Berniqueji et Ana s’envolent.
Dune se lève pour regagner son cocon. Elle referme la porte d’entrée dans une infinie douceur pour que le sommeil de mes enfants ne puiss e même pas s’imaginer le bruit du pêne de la porte. Silence de la nuit citadine. T rop de lumières pour s’imprégner d’un quelconque noir profond. Je suis fatiguée et secoué e par ma journée. Une minute de
trop, cerveau ballant sur le balcon. En m’extirpant de mon enfoncement dans le transat, je bascule sur le barbecue et m’empale sur le manch e d’une trottinette abandonnée en vrac sur un amoncellement de casques et de pots de fleurs vides. Joie de l’exubérance de la jeunesse. Avant de se ranger, la jeunesse se dérange, New Delhi ou trottinettes, le chaos apparent amène l’ordre. Ecrabouillée sur l e tas hétéroclite du balcon, je pense très fort qu’il est temps de me ranger, de ranger m on corps adipeux d’onctuosité entre les torchons tachés mais propres de mon lit. Ce soi r-là, je me couche avec des monticules d’interrogations quant au sort de Berniq ueji et à la folle aventure dans laquelle se lance Ana.