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Little Miss Love

De
288 pages

Angèle, parisienne qui se dirige désormais vers la trentaine, nous dévoile son quotidien amoureux dans la City londonienne où elle a élu domicile depuis cinq ans. Entre ses déplacements professionnels et ses voyages personnels, elle est toujours en mouvement, toujours dans la rencontre et a du mal à se fixer dans le temps, dans l'espace et sur un seul homme.
Objective et réaliste, elle en fait le constat dur et amer et se demande si elle n'est pas victime non seulement de sa génération « morfale et individualiste », qui consomme à outrance, à tout va, sans se soucier des répercussions à moyen et long termes ; mais aussi des années dites de « crise financière », dans lesquelles personne ne semble vouloir se projeter ni planifier.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-65678-0

 

© Edilivre, 2014

Remerciements

Un livre n’est jamais le fruit du travail d’une seule personne.

Si je l’ai écrit seule, depuis mon BlackBerry pour la plus grande partie, me nourrissant de mes propres expériences, vécues aux quatre coins du monde, où je n’ai eu cesse de rencontrer de nouvelles personnes, et où paradoxalement mes relations d’enfance et d’adolescence, devenues longues distances se sont renforcées – c’est néanmoins grâce à vous, qui n’avez jamais arrêté de me soutenir, de m’encourager et de croire en moi, que Little Miss Love a vu le jour. Merci !

Spéciale dédicace à Héloïse et Lana qui ont été mes premières lectrices. Merci pour vos conseils sur la façon de plonger le lecteur dans l’univers d’Angie, au plus profond de ses pensées et de son petit cœur.

Préliminaires

Le fameux adage « vivre d’amour et d’eau fraîche » résume à lui seul le fait que l’amour correspond à un besoin primaire, qui peut se substituer à la nourriture. Notre société capitaliste, marquée par la production, par la recherche d’efficacité et de rentabilité et par la consommation excessive, ne permet cependant pas d’acheter l’amour, que ce soit en dollars, en euros ou en livres sterling.

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours eu un besoin viscéral d’amour ; sans cesse en quête de bisous, de caresses et de câlins, et puis au fil des ans, de baisers fougueux, de caresses passionnées et d’étreintes langoureuses. Ce côté tactile et ce besoin de toucher, même mes amis en ont conscience ; je suis miss bisous et miss câlins. Une balade dans la rue, je m’accroche au bras de Cathy. Une photo avec Margie, je la prends par l’épaule. Mes retrouvailles avec Héloïse se passent blottie dans ses bras, à chaque fois. Et ce besoin incommensurable de tendresse et d’affection s’est très simplement traduit dans ma vie amoureuse par le fait d’être toujours en couple de mes 15 ans avec Patrick à mes 25 ans avec Thibault.

Pourquoi ce besoin d’amour absolu ?

Par ce rappel éternel que mon cœur, réparé, bat toujours, et que je dois l’utiliser pour aimer ?

Par une éternelle impression d’un manque d’amour dans une fratrie de cinq ?

Par esprit de contradiction ? Mes parents sont froids, je serai chaude !

Par envie d’être cajolée ? Câlinée ?

Par sentiment d’exister en faisant du bien à l’autre ?

Par besoin d’assouvir des besoins primaires ?

J’ai arrêté d’être dans l’analyse : « Qui suis-je ? Pourquoi suis-je ainsi ? » Mais au contraire dans l’action : « Je suis Angèle. J’ai envie de (…) Je ferai (…). » Et je préfère me servir de mes attributs, de mes caractéristiques et avancer avec plutôt qu’à contre-courant.

Cependant, ironie du sort ! A la veille de mes 26 ans, l’amour n’est pas au RDV. Il n’est pas en retard, il est absent.

Si l’on reprend la fameuse théorie de la pyramide des âges, étudiée en classe de 2nde, les gens disponibles autour de la 30aine sont rares ; cependant, l’on observe un fort retour autour de la 40aine. De plus, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec le milieu financier, dans lequel j’évolue, qui distingue différents types de marchés.

Le marché primaire sur lequel toute nouvelle compagnie qui recherche des financements s’introduit et émet des actions et de la dette. L’acheteur de ces actions = actionnaire, devient détenteur d’une partie de la société et peut recevoir des dividendes. L’acheteur de cette dette = créditeur, perçoit quant à lui un intérêt à une date déterminée.

Le marché secondaire, quant à lui, est la mise en circulation d’actifs financiers déjà existants.

Le marché de gré à gré, qui regroupe les transactions effectuées entre deux parties libres de contracter.

En ce qui me concerne, trois possibilités s’offrent à moi :

1. Trouver la liquidité sur le marché primaire : hommes célibataires, disponibles et qui recherchent une relation sérieuse sur le court terme et à se caser sur le moyen terme.

2. Trouver la liquidité sur le marché secondaire : hommes séparés/divorcés/veufs qui ont fait le deuil de leur relation passée, et qui recherchent une relation légère sur le court terme, sérieuse sur le moyen terme, et à se recaser sur le long terme.

3. Le marché parallèle : hommes en couple, qui ne recherchent pas de relation mais une étreinte sur le très court terme qui peut durer sur un court, moyen voire long terme mais en général sans la moindre volonté d’engagement.

Pour accéder à cette liquidité, une fois dans la vie active, avec mon cercle d’amis déjà créé et les couples déjà formés, le problème est tout autre. De plus, je suis restée quatre ans avec Seb et quatre ans avec Thibault. En huit ans, je n’ai donc connu que deux hommes. De retour sur le marché, je ne sais pas comment faire pour rencontrer de nouvelles personnes, comment agir face à de « potentiels » hommes. Dois-je faire le premier pas ? Envoyer des IOIs (Indications Of Interest ?) Dois-je attendre de recevoir des IOIs ? Dois-je faire fonctionner mon network ?

Première partie
Électron libre

Morton

Lorsque je vois Morton pour la première fois dans nos bureaux de Londres, mon regard s’arrête net sur lui, je l’ai déjà rencontré ce mec oui, mais où ? Quand ? Impossible de me souvenir. Il est grand, assez carré, les yeux clairs, les cheveux courts, limite rasés, un sourire attendrissant… Ça me travaille toute la journée, jusqu’au moment où il arrive à notre desk et vient se présenter à moi :

« Ah oui ! Morton des bureaux de Chicago ! Voilà ! J’ai vu ta photo sur l’Intranet. Je me disais bien que tu ne m’étais pas inconnu, pas complètement… »

Plutôt canon ce Morton ! Jess ne manque pas de remarquer les petites étincelles dans mes yeux…

Après le boulot, Jess qui a vécu à Chicago et qui connait bien Morton propose d’aller prendre un verre, enfin des verres.

« J’ai plusieurs trucs à finir mais vous rejoins ASAP, où serez-vous ? »

« Au Kings & Arms, à l’angle, à toute Angie. »

Lorsque j’arrive, Jess s’empresse de faire un commentaire :

« À la liberté d’Angèle ! »

Et là, j’explique que je me suis séparée de mon copain avec qui j’étais depuis quatre ans et que :

« Oui, ça va, c’est un soulagement, une libération et pas du tout une souffrance. Cela faisait quelques mois, voire quelques années que cela n’allait plus et que je me battais pour rien… Si ce n’est pour avoir cette certitude que ce n’était pas le bon. »

Les verres tournent. Nous enchaînons quelques pubs. Les verres tournent de plus belle. Nous enchaînons quelques bars de plus. Les verres virevoltent sur les tables, et l’alcool dans mon sang. Nous ne sommes plus que cinq. Je n’ai plus aucune idée de l’heure. Nous nous mettons à nous trémousser sur la piste de danse, et là, Morton pose ses mains sur moi. Je reçois l’équivalent d’une décharge électrique. Je suis dos à lui, je n’ose me retourner, j’ai envie de figer ce moment pour toujours. Ses mains qui se promènent sur mes hanches, sur mon ventre, sur mes fesses… Je suis entre désir de lui et peur de lui et je ne sais pas comment agir. Quatre ans de réflexes avec Thibault, ce n’est pas si simple… Je décide de me laisser aller au son de la musique. Soudain il m’agrippe par le cou, me plaque conter lui, et m’embrasse langoureusement… J’avais oublié à quel point un baiser pouvait être aussi intense et pouvait à lui seul provoquer de nouvelles sensations et appeler à de nouveaux désirs.

Nous continuons à danser, puis je plonge la main dans mon sac et regarde l’heure sur mon portable : 23h. Et ! Oh ! Quatre appels en absence de Julien plus un texto dans lequel il me demande quand je rentre. Car oui, ne pouvant m’offrir le luxe de payer deux loyers, et Thibault ne voulant me laisser l’appart, j’habite avec Julien, Lana et Anne-Claire.

Je regarde Morton et mon téléphone… Ouh… Ma tête tourne… Mon cœur bat… Je ne peux décemment pas dire à Julien que je suis en train de flirter et que je ne sais à quelle heure je vais rentrer… et le faire poireauter ou s’inquiéter… Mais en même temps, pas la moindre envie de partir maintenant… Et là, comme si je connaissais Morton depuis des lustres, je lui explique brièvement la situation « pas de clés » et lui demande :

« Je peux rester à ton hôtel ce soir ? »

« Oui bien sûr ! »

Merde !!!! Il va s’imaginer que je veux plus, la méga cata ! Je peux rester chez Jess peut être ?

« Jess ? »

« Jess est partie avec Myriam », répond Morton

« Donc nous ne sommes plus que tous les deux ? »

« Oui. Je suis un peu fatigué, on y va ? »

« Oui. D’accord. »

Nous prenons un taxi. J’ai l’impression d’avoir quinze ans, d’être une ado en train de faire une bêtise.

La porte de sa chambre claquée, nous nous jetons l’un sur l’autre, nous embrassons passionnément, nous déshabillons sauvagement, nous installons sur le lit, moi sur lui, lui sous moi.

« Tu as un préservatif ? »

« Laisse-moi regarder… »

Ouh la… Ça sent le roussi… me dis-je tout bas…

« Non. »

« Qu’est-ce qu’on fait ? » Demandé-je un peu stupide, et vraiment pas très savante à ce sujet. Non, je ne me suis pas protégée les huit dernières années passées, étant en couple dans une relation stable et sous pilule.

« Bah on ne fait rien Angie ! »

Et l’on choisit donc de se calmer et de s’endormir.

Mais, je ne parviens pas à dormir. Nouvelles sensations, bousculades de questions, et dormir dans un autre lit avec un inconnu américain qui ronfle et porte des chaussettes…

Quelques heures plus tard, ce qui ne me parait quelques minutes, le réveil sonne, Morton se lève, prend son petit-déjeuner et revient pour prendre sa douche. Il passe me faire un bisou car il doit partir pour arriver à 8h alors que je ne commence qu’à 9h30. Morton est très attentionné à mon égard, et je me ressens revivre après ces quatre années, dans ses baisers, nouveaux et différents.

Une fois la porte refermée derrière lui, je saute du lit, mets le verrou et je file sous la douche. Puis m’habille des mêmes vêtements de la veille. Rien de pire que de mettre des vêtements sales en sortant toute propre de la douche. Baaaaaaaah ! Les odeurs, le contact du tissu sale… Je passe les détails.

En chemin, je décide de m’arrêter au M&S, m’acheter des sous-vêtements propres ainsi qu’un T-shirt pour ne pas que mes collègues aient de soupçons. Je me sens bizarre à la caisse, à 9h, avec non pas un café et un doughnut mais des sous-vêtements. Je suis sur autre planète, encore imbibée de l’alcool de la veille, fatiguée du peu de sommeil, et sans que je ne m’y attende, un rire franc sort de moi lorsque la caissière scanne mes articles… Elle me regarde bizarrement et un léger sourire se dessine sur ses lèvres, peut être comprend-elle la raison de l’achat, ou alors est ce juste la politesse anglaise ?

Avant d’arriver au bureau, je fais un stop aux toilettes pour me changer. Lorsque je passe le pas de la porte du bureau, Morton m’envoie un message pour savoir si tout va bien. Je confirme que oui.

Notre histoire s’arrêtera là même si j’aurais bien aimé le revoir… Mais il repart à Chicago le surlendemain.

Morton m’a fait redécouvrir la possibilité de flirter, m’a redonné confiance en moi quant à mes qualités de séduction après un doublet perdant de huit ans. Cette nuit, une très belle nuit, ma première nuit avec un étranger et un Américain sera gravée pour longtemps dans ma mémoire. Elle marque le début d’une nouvelle ère dans ma vie. L’ère de ma liberté dans laquelle le désir et le plaisir ne sont pas intimement lié au sentiment amoureux.

*
*       *

Quelques semaines plus tard, direction Paris pour le week-end avant d’aller passer quelques jours chez Papa en Normandie.

Seb

Désormais seule, sans compte à rendre à Thibault et ce pour la première fois depuis quatre ans, je décide de reprendre contact avec Seb, mon ex.

Avec Seb, ça a été une relation intense et extrême. On a vécu en hibernation pendant des mois. Les filles s’inquiétaient de mes absences en cours, venant de moi, élève assidue et studieuse.

Quatre ans dans un schéma de vie passionnel, à fond, à s’engueuler, mais sans jamais rester loin l’un de l’autre bien longtemps, étant physiquement et psychiquement connectés. Lorsqu’il se réveillait la nuit pour regarder ses matchs de baskets en live, il me prenait sous le bras, encore enveloppée dans la couette et me réinstallait sur le canapé, la tête sur ses genoux.

Je lui envoie donc un e-mail, à la Angèle, comme diraient les filles.

De : Angèle Andrée

À : Sébastien Legal

Envoyé le : 15 Juin 2009

Objet : Ça va ?

De : Sébastien Legal

À : Angèle Andrée

Envoyé le : 15 Juin 2009

Objet : Ça va ? Oui !

C’était une erreur ton mail ou quoi ?

Quand j’ai vu ton nom, j’ai été tellement heureux ! Quand j’ai vu que le message était vide, j’ai eu peur que ce soit une erreur ou un virus envoyé depuis ton adresse mail… Comment tu vas ma chipouille ?

 

De : Angèle Andrée

À : Sébastien Legal

Envoyé le : 15 Juin 2009

Objet : Ça va ? Oui ! Moi aussi !

Salut Bibou,

Ça va très bien ! J’espère que tu vas bien aussi. Désolée, je ne savais pas quoi mettre, je voulais juste te dire que je pensais à toi et ne savais pas comment te faire part de cela…

De : Sébastien Legal

À : Angèle Andrée

Envoyé le : 15 Juin 2009

Objet : Ça va ? Oui ! Moi aussi ! Tant mieux, je n’aime pas te savoir malheureuse !

Même si tu ne sais pas quoi me dire, parle-moi de toi, te lire, savoir comment va ma petite chips me rendra toujours heureux.

Tu sais ton nom qui apparaît dans ma boite de réception, 1, 2, 3, 4, ou 5 années après, ça a toujours le même pouvoir sur moi !

Alors toujours londonienne ? Toujours aussi talentueuse ? Toujours aussi amoureuse de ton homme, Thibault je crois ? Tu as des enfants ? Tu es mariée ? Je te pose ces questions, mais je t’avoue que j’ai très peur de tes réponses…

De : Angèle Andrée

À : Sébastien Legal

Envoyé le : 16 Juin 2009

Objet : j’te réponds qd je passe à Paris ?

De : Sébastien Legal

À : Angèle Andrée

Envoyé le : 16 Juin 2009

Objet : j’te réponds qd je passe à Paris ? Ok ms qd ?

De : Angèle Andrée

À : Sébastien Legal

Envoyé le : 16 Juin 2009

Objet : vendredi soir prochain ?

 

De : Sébastien Legal

À : Angèle Andrée

Envoyé le : 16 Juin 2009

Objet : vendredi soir prochain ? Ok

À quelle heure arrive ton train ? J’passe te prendre en voiture ? Je n’ai plus la moto.

De : Angèle Andrée

À : Sébastien Legal

Envoyé le : 16 Juin 2009

Objet : vendredi soir prochain ? Confirmed

J’arrive vers 20h. Tant mieux pour la moto, et plus pratique car j’aurai ma valise !

De : Sébastien Legal

À : Angèle Andrée

Envoyé le : 16 Juin 2009

Objet : vendredi soir prochain is CONFIRMED !

Je passe te prendre Garde du Nord. Je peux t’inviter à dîner ?

 

De : Angèle Andrée

À : Sébastien Legal

Envoyé le : 17 Juin 2009

Objet : Of course you can !

Durant tous nos échanges de mails, que j’envoie d’une autre adresse e-mail par peur que Thibault ne tombe dessus, je me retrouve, quatre ans en arrière, souriante, excitée et des papillons dans le ventre.

J’ai toujours aimé Seb infiniment ! Et lorsque j’ai décidé de faire mes valises, je l’ai fait contrainte et forcée… Le sol s’est, ce jour-là, effondré sous mes pieds. La vie a perdu son sens. J’ai perdu cinq kilos en 10 jours…

Aujourd’hui, je crois pouvoir dire sans mentir, que cela a été l’expérience la plus douloureuse de ma vie. Devoir me séparer de Seb, devoir imaginer ma vie sans lui, alors que je l’aimais passionnément et que l’on venait de sauter à l’élastique, que l’on avait fait le grand saut du haut de 52 m. Ce qui a fait sourire nos familles et nos amis, c’est la vidéo, qui montrait bien que l’on sautait attachés l’un a l’autre et que dans la chute, je me réfugiais vers lui, et à l’arrivée j’étais totalement lovée dans ses bras, les pieds en l’air et la tête en bas.

Cette semaine est interminablement longue ! Tous mes souvenirs, tous nos souvenirs me reviennent en mémoire … Je revis ce que j’avais jusque-là mis de côté.

Je viens d’arriver à gare du Nord. Il pleut des trombes d’eaux ! Satané été parisien ! Je m’abrite tant bien que mal, pour ne pas être trempée et surtout pour éviter de prendre froid car je ne me suis vêtue que très légèrement, d’une petite robe qui je pense aura son effet son Seb : simple, élégante et sexy. Je ne sais pas si c’est humain, mais j’ai envie de plaire à Seb ce soir, « no matter what ! ».

5 minutes plus tard, Seb arrive, un sourire radieux aux lèvres, et je sens mes jambes qui flagellent… Ouh là, ce n’est pas gagné, je vais devoir être très forte pour ne pas craquer.

« Hello Angie ! Ouah t’as pas changé, t’es toujours aussi merveilleusement belle ! »

« Salut Seb ! Ça va ? »

« Yep ! Merci de nous faire partager ton sale temps miss ! J’te prends ta valise ? »

Ni une ni deux, il se l’accapare, et me mène à sa voiture.

Il n’a pas changé, il est toujours aussi sexy. Ses grand yeux clairs, ses longs cils, son sourire Aquafresh, ses cheveux rasés, et puis, sa carrure d’athlète, d’Apollon, enfin de ce que vous voulez, il a juste un corps de rêve que je connais et dont je me souviens très bien… Il est habillé comme il sait que je l’aime : jeans, chemise, veste et chaussures noires aux pieds. Il n’a pas changé d’un iota. Il est le même Seb que j’ai quitté quatre ans auparavant.

« Caring is sharing right ? ». On rigole tous les deux.

Je grimpe dans sa voiture, la même en plus mauvais état, je m’attache et machinalement ouvre la boite à gants dans laquelle se trouvaient les cassettes que nous écoutions… Elles sont toujours-là, les miennes comprises : la BO de DirtyDancing, le Best Of des Guns And Roses. Je mets les Guns et nous voilà tous les deux à chanter à tue-tête dans la voiture.

« T’as pas changé Seb ! »

« Pourquoi changer Angie ? Et puis je te retourne la pareille Chipouillette ! Toi non plus ! Toujours aussi belle et resplendissante ! Encore plus même ! Tu as un côté encore plus femme fatale ! »

On se regarde et on se sourit. Vu d’extérieur la scène est digne d’un bon film américain ! Je coupe nos sourires par une question on ne peut plus directe :

« Alors raconte ! Tu fais quoi ? Tu habites où ? T’as une copine ? »

Il me regarde de nouveau et son sourire me fait fondre, mais je reste de marbre.

« Je crois que tu me dois des réponses d’abord ? Je t’ai posé ces questions d’abord par e-mail ! »

« Pour que tu adaptes les tiennes aux miennes ? Hahaha Nan ! Vas-y ! J’t’écoute Bibou ! »

« OK Angie ! Tout ce que tu veux ! Je te dois bien ça ! »

J’écoute ses réponses avec la plus grande attention, buvant ses paroles et tentant de percevoir, à travers ses mots, ses réelles émotions.

« Je travaille toujours comme pompier, j’habite en dehors de Paris, en coloc, et… j’ai une copine… Pour ce soir, comme promis je t’invite ! Je suis sûr que ce resto va te plaire. »

J’aurais dû m’en douter, il est impossible pour Seb d’être seul. Est-ce un manque de confiance en lui qu’il cache ainsi ? Est-ce un besoin d’aimer ? Est-ce un besoin d’être aimé ? Je ne peux décemment pas lui poser de questions à ce sujet, pas maintenant, et puis je n’ai pas envie de l’écouter me parler de sa copine… On va plutôt parler nourriture, autre sujet favori de Seb.

« Japonais ? » Je demande.

Seb m’a fait découvrir les sushi et c’est devenu ma passion ! Aller au Japon est un rêve et l’idée de manger de vrais sushi là-bas… Hum !

« Non ! Mais je suis sûr que ça te plaira Angie ! »

Nous traversons Paris. Avec ce temps, la circulation est juste misérable ! En arrivant à Porte Maillot, je visualise soudain où il veut m’emmener.

« Seb, on a déjà été manger là-bas ! Tu te souviens !? La femme à côté de nous, avait fait un malaise et tu étais allé lui porter secours ! »

« Ah oui ! Comment oublier ? »

« Oui comment ? Bonne question ! Je vois que tu es toujours le même ! »

« Toi aussi ! Toujours cette satanée mémoire d’éléphant ! »

Je ris, mais jaune ! Triste que Seb ait oublié ce moment de notre vie… S’il a oublié cette fois avec moi, mais pas le resto, c’est qu’il a dû emmener plus d’une fille ici, je suis une parmi tant d’autres… J’ai presque envie de trouver un prétexte et m’enfuir… ne plus le voir… ne plus jamais le voir… Quelle mauvaise idée Angie !!! Je vais déjà mal, que je vais encore plus mal.

Ne trouvant pas d’excuses pour me sauver, je reste souriante et cache ma profonde déception. Lorsque nous arrivons, le réceptionniste nous accueille :

« Deux personnes au nom de Legal ? »

« Exact ! »

« Par ici Mr et Mme Legal. »

On se regarde et on rigole ! Au moins, s’il pense que je suis sa femme, c’est qu’il n’est pas venu récemment avec sa copine.

Seb commande une coupe de champagne, et du rosé pour le dîner. Nous choisissons tous les deux des plats à base de poisson étant donné que le resto est réputé pour. Ok il a oublié un soir de notre vie, mais il sait toujours ce que j’ai plaisir à manger et boire… Et nous buvons, non pas à grandes eaux, mais à grands flots… Quatre ans à rattraper ! La conversation ne s’arrête pas !

« Tu fais quoi à Londres ? Tu vis où ? »

« Je travaille dans la finance, j’habite dans East London. Comment vont tes parents ? Ton frère ? Les garçons ? »

« Same. Mon père avec sa femme, ma mère avec son nouveau copain, les garçons sont toujours à Paris et bro, il vit seul, bosse avec Padre et a une copine… Et toi ta famille ? Tes frères ? Ta sœur ? Les filles ? Tes potes ? Thibault ? »

« Same aussi. Les frérots sont avec Maman, ils galèrent un peu, ma sœur a son appart, elle bosse et recherche chaussure à son pied, Cathy est mariée, a un fils, Margie cela dépend des mois, et Thibault, well, on s’est séparé… Il y a un mois déjà… »

« Ha ! Désolé ! Que s’est-il passé ? »

« Je pense qu’il m’a trompée ! »

Long silence…

« Je crois que c’est mon sort ! Le plus drôle, c’est que plus on me trompe, moins je deviens jalouse… comme si j’étais vaccinée, mais cependant, je ne parviens pas à pardonner ou en tout cas à oublier… »

« Angie, entre nous, c’est moi qui ai le plus souffert, je t’ai perdue et c’est de ma faute… J’ai essayé de te remplacer, de te retrouver dans d’autres filles, mais c’était mauvais, malsain, et lorsque j’ai compris que c’était toi et toi seule qui me faisait vibrer, j’en ai parlé aux gars, qui m’ont dit de t’en parler, ce que j’ai fait il y a deux ans… Deux ans déjà, tu vois j’ai de la mémoire quand même quand je veux ! Deux ans, que je suis venu en bas de chez ta mère te dire que tu étais la femme de ma vie ! »

« Seb, que voulais-tu que je fasse ? J’étais à Londres, en couple, heureuse. Enfin c’est ce que je me disais ou me forçais à croire… Et même si je veux réussir à te pardonner, ce que je crois avoir réussi à faire avec le temps, rebâtir une nouvelle relation, te redonner ma confiance est un sujet bien différent, crois-moi ! »

« Tu vas trouver ça idiot… Toi tu es très forte… Mais cela m’a demandé un courage surhumain de venir te le dire, et ta réponse m’a fait mal ! Très mal ! J’ai payé et paierai toute ma vie la seule erreur que j’ai commise en quatre ans. Toi tu es passée à quelque chose d’autre désormais… »

Intérieurement, je me dis que non. Seb est toujours très présent dans mes pensées et dans mon cœur. Je l’ai juste mis entre parenthèses ces dernières années pour continuer à avancer et vivre ma relation avec Thibault à 300 %. Je n’ai d’ailleurs pas de regrets sur les choix que j’ai faits. Mais ce qui est sûr, c’est que Seb me fait toujours le même effet. Il y a une part de physique certes, mais c’est un tout : une voix, un sourire, des gestes, une allure. Il y a vraiment une alchimie entre nous ! On le sait et ce sera toujours comme ça. Après, comment savoir si Bibou et Chipouille sont faits l’un pour l’autre ?

Nous sommes les derniers dans le resto, et décidons finalement de mettre un terme à ce merveilleux dîner, à la vue du serveur, qui dépérit.

Nous reprenons la voiture et Seb me dépose en bas de chez Maman.

« Si tu veux venir dormir chez Padre et profiter de la piscine demain, tu es la bienvenue ! »

« C’est gentil, mais j’ai pas mal de trucs à faire demain et de gens à voir… Je serai mieux à Paris. Embrasse ton père, bro et les gars pour moi ! »

« J’aimerais bien que tu viennes ! »

Au moment où je m’approche de lui pour lui dire au revoir, il m’embrasse.

Ce qui est fou c’est que ce baiser ne provoque pas le désir que Seb parvenait à initier, je suis à la fois surprise, émue, triste, pleine de doutes, de questions, apeurée, peur d’avoir de nouveau mal si je me laisse aller… Je pense à Thibault, aux filles qui ne savent pas que je revois Seb… J’ai préféré m’épargner une leçon de morale et profiter de cette soirée tellement attendue…

Finalement, de façon assez brusque, et je me surprends d’ailleurs moi-même, j’ouvre la portière, descends, récupère ma valise dans le coffre, et laisse s’éloigner mon Bibou… Il est 3h30, je regagne ma chambre d’adolescente, désormais occupée par mon frère, actuellement en vacances, me déshabille, et me mets à pleurer dans mon lit, mon doudou dans les bras.

C’est typiquement moi, je viens de passer une soirée merveilleuse ! J’ai pu revivre les émotions que j’avais ressenties lorsque j’étais avec Seb. J’ai réussi à lui pardonner, à le voir, à lui dire. Et en plus de cela, il tient encore beaucoup à moi. J’ai tout pour être heureuse, mais ne parviens à sortir de moi que des sentiments négatifs… et des larmes du plus profond de mon cœur.

J’aurais peut-être dû aller avec lui ? Être dans ses bras ? L’embrasser toute une nuit ? Me réveiller à ses côtés ? Comme avant ? Prendre le petit-déj avec lui ?