Ma femme... Ce monstre

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Rien ne prédestine ce charmant jeune homme, militaire, à rencontrer celle qui va le détruire durant presque trente ans. Obligé de l’épouser seulement quelques mois après l’avoir rencontré, il endosse une paternité qui n’est pas de son fait. Nous sommes dans les années quatre-vingt. Elle n’aura de cesse de le frapper, l’humilier, le bafouer, salir le nom et la position sociale qu’il lui apporte.


Sur fond d’alcoolisme et de sexualité salace et scabreuse avec des amants de passage, des « baltringues », cette femme va tenter de l’entraîner dans cette vie dépravée. Jamais il ne tombera dans ce précipice, au grand désespoir de Hyacinthe. Bien qu’il essaie de parler de ce qu’il vit, des coups, des blessures, dont il gardera à jamais les blessures psychologiques, dès qu’une personne intervient afin de le sortir de cet enfer, la seule réponse qu’il peut fournir est « Ce n’est pas de sa faute ». Faudra-t-il attendre qu’elle attente à sa vie pour qu’il sorte enfin de cet abîme ?


***


En ce qui me concerne, je ne suis vraiment pas pressé de rentrer à a maison. Je viens en vélo à la caserne, car ma femme m’interdit formellement de prendre notre voiture personnelle. Encore une interdiction de sa part... Je demeure à seulement trois kilomètres de la caserne, mais lorsqu’il pleut, Je rentre souvent ruisselant à grande eau. Je la vois qui sourit, se moque de moi... encore une victoire sur ce mari qu’elle déteste plus que tout et à qui elle fait payer... Mais que me fait-elle payer au juste ? Le sait-elle justement ? Mon Dieu que de gâchis ! Aujourd’hui, je préfère rentrer avec mon véhicule de fonction. Je ne vais pas me mettre « l’eau à la peau » pour lui faire plaisir tout de même ! J’éclate d’un rire nerveux en pensant à la tête qu’elle va faire lorsqu’elle va me voir revenir avec la berline militaire.

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EAN13 9791034805013
Langue Français

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Ma femme…
Ce monstre













Crystal Cossey


Ma femme…
Ce monstre


Couverture : Maïka


Publié dans la Collection Electrons Libres




© Evidence Editions 2019%
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Mot de l’éditeur

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Dans l’écriture la main parle ;
et dans la lecture les yeux entendent les paroles.

Eugène Géruzez






À mon ami Philippe



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Préface de l’auteure



Nous avons tous un chemin de vie que nous devons suivre de notre premier cri à notre dernier sou e.
Lorsque j’ai rencontré mon ami Pierrick en Allemagne, où mon mari était stationné avec son régiment, il
n’était qu’un jeune sergent, frais, émoulu, tout juste sorti de l’École militaire des sous-o ciers. Homme
érudit, il n’en est pas moins a able, empathique. Issu d’une très bonne famille bretonne, il en avait gardé les
bonnes manières, sa galanterie, sa douceur et son respect.
Mon rôle d’amie était de le guider vers la lumière. Dans sa reviviscence, sur sa vie aux côtés de celle qui fut
son épouse durant presque trente ans, j’ai tenté de lui ouvrir les yeux. Toutes ces années de sou rance qu’il a
vécues aux côtés de cette femme machiavélique, manipulatrice, scabreuse l’ont plongé dans un grand désarroi,
un stress indescriptible.
Hyacinthe, puisqu’il s’agit bien d’elle, que ce soit dans sa vie familiale ou sociale n’a su véhiculer qu’une
image de femme dépravée, alcoolique, violente.
Dans ma carrière de fonctionnaire au ministère de la Justice, j’ai vu et suivi des a aires concernant des
femmes bourreaux, dominantes, menteuses. Ce qui m’attriste toujours, c’est qu’elles sont bien souvent en
couple avec des hommes prêts à tout pour masquer la violence dont ils sont victimes. Ils refusent
catégoriquement de reconnaître qu’ils sont dominés par des perverses narcissiques. Ces individus-là, nous
pourrions les quali er d’anormaux. En réalité, c’est en pleine conscience que certaines femmes imposent leur
dictature au sein même de leur propre famille. Bien souvent oisives, d’un niveau scolaire qui ne dépasse pas le
collège, mariées à des hommes doués, voire surdoués, avec de très belles situations sociales, tout leur est dû.
Du moins le pensent-elles. Lorsque l’autre ose se rebeller, elles crient plus fort. Si l’homme maintient sa
position, en n’acceptant plus d’être une proie, à savoir ne plus être lynché chez lui, ou à l’extérieur, en public,
l’alcool aidant, elles se sentent invincibles et continuent leur travail de destruction. C’est souvent dans ce
cadre-là qu’elles vont les dégrader psychologiquement, physiquement, moralement, allant parfois jusqu’au
meurtre. Certaines abdiquent avant, la peur de l’échec, la peur d’être mises au grand jour, à la lumière dans
des salles d’assises ou correctionnelles. Cette mise en vedette éphémère les conduira inéluctablement dans
l’ombre d’un cachot, d’où elles ne ressortiront pas indemnes, puisque plus personne ne leur obéira, ne fera
plus leurs quatre volontés.
Ces femmes-là terminent leur vie seules, oubliées de tous, après avoir fait régner la terreur au sein de leur
propre famille, de leur cercle amical également. Elles passent leur vie entière à se positionner en tant que
victimes, a n de maintenir une pression constante sur les leurs. Lorsqu’elles se rendent compte que leur
despotisme ne fonctionne plus, elles pleurent, jurent qu’elles ne recommenceront jamais plus, jusqu’à épuiser
la patience des plus aguerris, telles que les équipes médicales.
Les hommes battus sont encore un sujet tabou en France. Combien d’hommes vont en n oser lever le
voile sur leurs sou rances physiques et psychologiques, dont ils sont les victimes silencieuses. Dans notre
pays particulièrement, l’homme représente la maturité, le pilier de la famille, celui qui protège, celui qui
travaille afin d’apporter un bien-être à sa famille.
En France, si une femme décède tous les trois jours sous les coups de son compagnon, un homme meurt4
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tous les treize jours sous les coups de sa conjointe. Malheureusement, les pouvoirs publics accentuent plus
leur prévention sur les femmes que sur les hommes maltraités, comme si cela n’était pas dans l’ordre des
choses. En 2016, c’est malheureusement toujours d’actualité, comme si changer les mentalités les obligeait à
revoir toute une législation mise en place depuis Napoléon. Souhaitons que les mentalités changent en n. Il
faut bien un jour dénoncer toutes ces agressions commises par des femmes envers les hommes. Pourtant, du
plus loin que l’on peut remonter dans le temps, les hommes apparaissent comme les supports inébranlables
du foyer.
À ce sujet, je me permets de vous conseiller le magni que livre de Maxime Gaget : Ma compagne, mon
bourreau.
Mon ami Pierrick m’a autorisée à vous raconter son histoire, celle de sa vie, en levant les tabous, existence
en laquelle il a toujours voulu croire, espérant une embellie avec son épouse, embellie qui n’est,
malheureusement, jamais arrivée. Il a toujours cherché à la dédouaner face aux individus qui lui
recommandaient de divorcer de ce monstre.
La seule phrase qu’il prononçait vis-à-vis d’elle :
— Ce n’est pas de sa faute.
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Avant-propos



La vie nous fait prendre des chemins tortueux, alors que mille et une merveilleuses aventures nous
attendent par ailleurs. Elle nous met entre les mains de personnes manipulatrices, des perverses narcissiques.
Nous devons, très certainement, en tirer les enseignements qu’elle nous distille sans discontinuer, pour nous
mettre au défi de surmonter les obstacles qui s’enchaînent.
Depuis le début de la semaine, la pluie n’a cessé de s’abattre sur Brest. L’eau ruisselle sur la place principale
de la caserne. Je cours en sortant du mess où je viens de prendre mon repas du midi. Je rejoins mon bureau au
premier étage de la grande bâtisse située en face. Il est douze heures trente. Les personnels civils et les
militaires qui vont quitter la caserne d’ici une demi-heure sont pressés de partir. Nous sommes vendredi et le
travail s’arrête à treize heures. Quant à moi, je resterai encore une petite heure après le départ du personnel.
J’entre dans mon bureau, frissonne de froid, d’humidité, mais surtout de peur… La peur de rentrer chez moi.
J’ôte mon pardessus kaki et mon béret noir que j’accroche au porte-manteau situé à la gauche de ma table de
travail. Je me dirige d’un pas lent en direction des grandes fenêtres. Un rideau de pluie s’abat encore plus fort
sur la ville. Je souris en apercevant des secrétaires qui se cachent a n de débaucher plus tôt… Elles rasent les
murs afin de rejoindre leurs véhicules garés derrière le bâtiment administratif.
— Quelles pauvres idiotes, ces femmes ! Elles croient que je suis assis à mon bureau devant mon
ordinateur. Elles n’osent pas lever les yeux en direction de ma fenêtre.
En ce qui me concerne, je ne suis vraiment pas pressé de rentrer à la maison. Je viens à vélo à la caserne, car
ma femme m’interdit formellement de prendre notre voiture personnelle. Encore une interdiction de sa
part… Je demeure à seulement trois kilomètres de la caserne, mais lorsqu’il pleut, je rentre souvent ruisselant
à grande eau. Je la vois qui sourit, se moque de moi… encore une victoire sur ce mari qu’elle déteste plus que
tout et à qui elle fait payer… Mais que me fait-elle payer au juste ? Le sait-elle justement ? Mon Dieu, que de
gâchis ! Aujourd’hui, je préfère rentrer avec mon véhicule de fonction. Je ne vais pas me mettre « l’eau à la
peau » pour lui faire plaisir tout de même ! J’éclate d’un rire nerveux en pensant à la tête qu’elle va faire
lorsqu’elle va me voir revenir avec la berline militaire.
J’ai coutume de dire aux personnes qui m’interrogent au sujet du déferlement de coups et blessures
in igés par la mère de mes enfants, durant toutes ces années, qu’à un moment précis dans ma vie, je me suis
retrouvé dans un grand couloir. J’aurais pu en ouvrir toutes les portes. Malheureusement la seule ouverture
qui s’est déverrouillée n’a pas été la meilleure, et tant s’en faut. Hyacinthe n’a jamais fait preuve d’une
quelconque mansuétude envers moi.
Je me dirige vers la porte de mon bureau et le ferme. Je m’assieds face à mon ordinateur, ouvre un tiroir,
attrape mon paquet de cigarettes blondes américaines et le briquet. Je ne fume qu’occasionnellement à
présent. Un paquet me dure environ un mois. Quant à ma femme, elle fume deux paquets de cigarettes par
jour. Dernièrement, je lui en ai demandé une, elle a refusé. Par contre, elle a été jusqu’à fouiller ma tenue
militaire et ma sacoche, afin de voir si je ne cachais pas un paquet. Quelle sotte ! Si j’en avais eu un, je ne lui en
aurais sûrement pas réclamé. Je n’ai pas du tout compris son comportement, surtout que je ne me suis jamais
caché pour fumer. Encore une interdiction… Je regarde les volutes de fumée s’élever dans la pièce. Je rejette0
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mon corps en arrière dans mon fauteuil. Le téléphone de mon bureau résonne :
— Colonel Pierrick de Quervennec, j’écoute ?
C’est mon o cier de permanence qui me fait un rapport sur un incident sans importance qui vient de se
dérouler dans la caserne. Je règle le problème et raccroche. Je pro te des derniers moments de quiétude avant
d’aller affronter la tempête climatique d’un côté, et surtout familiale de l’autre, qui va sûrement régner durant
tout le week-end. Que va-t-elle encore m’adresser comme remontrance aujourd’hui ? Aura-t-elle bu ?
Sera-telle sobre ? Elle va à nouveau me reprocher de ne pas avoir tondu la pelouse comme elle me l’avait ordonné
tout au long de la semaine. Seulement toute la semaine, la pluie est tombée sans discontinuer. Et ce déluge
qui s’abat sur la ville ne m’incite pas à rentrer chez moi. Les éclairs de l’orage sourd éclatent dans un bruit
assourdissant. Pro ter de cette accalmie. Oh oui, pro ter de ce moment de répit encore un peu ! Savourer ce
calme que rien ne vient troubler si ce ne sont les gouttes qui viennent mourir sur les vitres de mon bureau.
Cela fait quatre ans que nous avons été mutés à Brest. Nous rentrions de l’île de la Réunion, île dans
laquelle nous avons passé quatre ans. En tant qu’o cier de l’armée française, je suis muté tous les trois ou
quatre ans. Mais, avec les restrictions budgétaires liées aux diEérents gouvernements, les mutations peuvent
durer jusqu’à six ou huit ans. Lorsque nous sommes revenus d’outre-mer, je me suis rendu à Paris, où j’ai reçu
mon nouvel ordre de mutation. Ce dernier était pour Brest. Je me rappelle très bien la crise que ma femme
m’a faite en entendant notre nouveau lieu de résidence, lorsque je suis arrivé à Rouen chez mes
beauxparents. Nos trois enfants encore jeunes m’attendaient avec impatience. Notre fils aîné crut bon de rajouter :
— Chouette ! On pourra voir plus souvent Papy et Mammy !
Je revois le visage gé et rougi de colère de ma femme en réponse aux paroles de ce dernier, content de
revoir mes parents.
— Tes grands-parents, ce sont mes parents ici à Rouen ! Les autres, ce ne sont que des connards ! Avec
leur pognon ! Ils me donnent envie de vomir !
Pour une fois, je n’ai pas manqué de courage et lui répondre devant toute la famille.
— Personne ne t’oblige à nous suivre, tu sais… Tu peux rester ici chez tes parents à Rouen. Nous ne te
contraignons en rien !
— Tu n’as qu’à partir en célibataire géographique, moi, je reste ici avec les enfants !
À nouveau, mon fils Bryan a pris la parole.
— Ah non, moi je pars avec Papa à Brest !
Nos deux autres enfants émirent le même souhait.
— Bien sûr, monsieur les achète !
Comme si j’instrumentalisais nos enfants…
Ma belle-mère, encore une fois, l’a contredite, ce qui eut pour effet de la calmer immédiatement.
— Tu sais, ma petite fille. Il y a beaucoup de femmes qui aimeraient être à ta place. Tu n’as jamais travaillé,
tu disposes de tout l’argent que tu désires, tu voyages… Franchement, qu’est-ce qui ne va pas dans ta tête au
juste ?
Très en colère, elle m’avait hurlé au visage :
— Monsieur doit être content ! Il va retrouver ses ex-copines. Tout ça pour m’humilier. Ah non, mais tu
vas voir ! Ça ne va pas se passer comme ça. Je t’avais dit de demander le Sud. Mais non ! Monsieur n’a pensé
qu’à lui, qu’à sa soi-disant carrière. Puisque c’est comme ça, moi aussi je vais rester à Rouen et revoir mes
anciens copains… Tu vas voir comment tu vas être cocu, mon pauvre !
Elle avait continué à crier comme ça devant ses parents et nos enfants complètement ébahis et tristes,
durant plus de deux heures. Pour la première fois de sa vie, notre ls aîné, du haut de ses quatorze ans, a lancé0
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à sa mère :
— Eh bien, soit, Maman ! Tu n’as qu’à rester à Rouen, mais avec mon frère et ma sœur, nous partons avec
Papa à Brest. Tu pourras nous taper, nous insulter comme d’habitude, on s’en fout !
Complètement interloquée, le visage buriné par l’alcool, Hyacinthe lui a lancé un regard de haine.
— Ça ne m’étonne pas ! Tu es bien comme ton père ! Ah, il vous a bien manipulés ! Avec tous les
sacri ces que j’ai faits pour vous ! Aucune reconnaissance, aucune considération, aucun respect ! Vous n’êtes
que des bâtards !
— Tu dois en savoir quelque chose, Maman, si nous sommes des bâtards ! Vu ta conduite durant quatre
ans à l’île de la Réunion. L’alcool, les clopes, les amants ! Lorsque Papa était de service, bloqué à la caserne, tu
nous laissais tout seuls, tu sortais toute la nuit. On entendait des voitures se garer devant la maison. Tu
mettais encore une demi-heure, parfois une heure avant d’entrer dans la maison, alors que nous entendions
les voitures repartir. Tu nous as fait un complet pour le coup !
— Tu as vu comment ton ls me parle ? Tu pourrais lui faire fermer sa grande gueule et lui foutre une
bonne trempe !
— Pourquoi est-ce que je frapperais notre ls ? Parce qu’il t’a dépeinte telle que tu es et que tu as toujours
été ? Une alcoolique, une prostituée ? Parce qu’il vient de t’énoncer une vérité ?
Pour toute réponse, elle m’a gi é si violemment que je suis tombé à terre en me cognant la tête sur un
pied de chaise, devant ses parents et ses enfants complètement abasourdis. Sa mère a hurlé sur sa fille :
— Mais tu as perdu la raison ou quoi ? Tu es complètement folle, ma pauvre lle. Nous ne t’avons pas du
tout élevée comme ça ! Tu me fais vraiment honte !
Mon beau-père m’a aidé à me relever et m’a soigné comme il a pu. Les larmes sont montées dans les yeux
du vieil homme, larmes de honte, d’impuissance, de colère aussi vis-à-vis de sa fille.
Cela faisait tellement longtemps qu’elle me frappait et que je ne me rebellais plus. Je n’ai d’ailleurs jamais
levé la main sur elle. Je sais trop que c’est ce qu’elle aurait aimé que je fasse, a n de se poser en victime. Dans
des moments comme ceux-là, j’aurais pu la tuer ! Je ne vais pas sûrement pas me retrouver en prison pour un
déchet pareil. Ce qui me ravit d’un côté, c’est qu’à présent, elle ne se contient plus et me frappe qu’il y ait des
personnes étrangères à notre vie ou que nous soyons seuls en famille.
Pourtant, les toutes premières années de notre mariage, elle était à peu près adorable, même si des signes
précurseurs pouvaient laisser penser qu’un jour elle deviendrait ce qu’elle est à présent. C’est après que tout a
basculé, changé. Mais nalement, après mûre ré exion, je me rends compte qu’elle a toujours été violente,
manipulatrice, machiavélique, menteuse et voleuse. Et d’une mauvaise foi à en faire pâlir un curé !

***

Pour l’heure, je n’ai vraiment pas envie de rentrer à la maison. Comme d’habitude, il va falloir aller faire les
courses, alors qu’elle ne travaille pas. Comme d’habitude, elle va m’insulter dans la voiture en se rendant à
l’hypermarché, va me mettre minable devant la caissière surtout si cette dernière est brune. Ma femme, qui
est blonde, a une aversion récurrente pour ses congénères brunes. La faute à une photo sur laquelle je prends
la pose au milieu de jeunes stagiaires que j’avais sous mes ordres, dont une très jeune lle âgée d’une vingtaine
d’années. Cette dernière aborde une posture, en l’espèce sa main droite sur mon épaule gauche, du temps où
je n’étais qu’un jeune o cier. Cela s’est passé il y a tellement d’années que je ne comprends toujours pas la
raison pour laquelle Hyacinthe est prête à massacrer à mains nues toutes les femmes aux cheveux couleur
d’ébène. Et comme d’habitude, elle va s’acheter des choses inutiles, telles que des dessous féminins, qu’elle ne0
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mettra jamais pour moi les rares fois où nous ferons l’amour, tous les trois ou quatre mois, voire tous les six
mois.
Je rallume une cigarette, éteins mon ordinateur. Je pro te encore un peu du calme de la caserne qui s’est
en n vidée de ses occupants. Seuls restent l’o cier et les sous-o ciers de permanence. Ma cigarette
terminée, je l’écrase longuement dans le cendrier, comme si cela pouvait me faire gagner quelques minutes de
repos supplémentaire. Je me lève, en le mon pardessus et mon béret. L’averse redouble de violence… comme
un signe du destin. À nouveau, je frissonne. J’aurai à peine passé la porte d’entrée de la maison que je
m’attends à ce qu’elle m’insulte, avant même que je n’aie le temps de reprendre mon souMe. Je m’en fous. Je
suis habitué à ce genre d’accueil. Je ferme mon bureau, descends les escaliers. Je donne les derniers ordres à
mes hommes, me dirige en direction du parking où sont alignés les véhicules militaires, et récupère le mien.
Je m’engage dans mon jardin et gare ce dernier à côté du garage. Je pousse la porte d’entrée alors que les
premières insultes fusent. Je ne réponds pas, monte dans ma chambre et je m’enferme. Lorsqu’elle entre dans
ce genre de démence, c’est une vraie furie. Je quitte mon uniforme, en le mes vêtements civils et redescends
dans la cuisine me faire un café. Je mets en marche la machine à laver avec mon linge de la semaine.
Imperturbable aux attaques de ma femme, je lui propose un café.
— Tu peux te le mettre où je pense ton café, sale connard.
Je ne réponds toujours pas et me verse le nectar dans une tasse.
— Alors, tu l’as bien sautée, ta pute à la caserne ?
Je hausse les épaules.
— Tu as vu à quelle heure tu rentres aujourd’hui ? Et les courses, c’est moi qui vais les faire peut-être ?
— Dès que j’ai bu mon café, nous y allons, puisque tu n’as pas pu les faire toute la semaine…
— Je vais te le foutre dans la gueule, ton café, tu vas voir… !
Je la regarde tout en dégustant doucement le nectar. Elle se lève, prête à me gi er, je la dé e du regard.
Devant ma détermination, elle recule et capitule. Elle sait pertinemment, à ce moment-là, que je suis capable
de m’enfermer dans ma chambre. Elle sera contrainte de se rendre seule dans l’hypermarché. Elle connaît
parfaitement les limites de ma patience. Même si, durant des années, elle m’a manipulé à souhait, aujourd’hui
que les enfants ont bien grandi, j’ai toute la latitude pour divorcer. Et ça, elle l’a très bien compris. Elle sait
pertinemment que si elle continue dans cet état d’esprit là, non seulement je ne l’accompagnerai pas pour les
courses hebdomadaires, mais je passerai le plus clair de mon temps enfermé dans ma chambre avec mon
ordinateur portable. Parfois, nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre, chacun, à
présent, depuis plus de vingt-sept ans que nous sommes mariés, connaissant les réactions de l’autre. Je me
rends dans le garage, installe les paniers dans le coEre. Dès que nous reviendrons, d’ici environ deux heures,
c’est moi qui devrai tout ranger dans les placards et le frigidaire, sous la surveillance de madame, pour qui rien
n’ira comme elle veut. Tout ce que je pourrai faire tout au long de ce long week-end sera sujet à critiques,
voire à bousculades. Tout ce que je désire à présent, c’est que le plein de victuailles soit fait le plus rapidement
possible, revenir, ranger, et m’enfermer dans ma chambre. Surtout me reposer, lire… et surtout, surtout, faire
le point sur ma vie. Les enfants font de même. Ils rentrent, goûtent, et se mettent chacun sur leur ordinateur
personnel. Ils agissent tout comme moi, afin d’éviter les jérémiades de leur mère.
Une tempête est annoncée sur les côtes bretonnes. Je m’en fous. Je vais faire mes lessives, les mettre au
sèche-linge et ensuite les repasser. Cela fait des années qu’elle refuse de s’occuper de ces tâches-là. Je retrouve
les gestes que j’exécutais lorsque j’étais jeune sergent en Allemagne. Ah, l’Allemagne… ! Comme j’étais bien
en ce temps-là ! Je ne l’avais pas encore rencontrée, j’étais dans une grande plénitude. Mais depuis la
Germanie, les années se sont écoulées, je suis à présent colonel de l’armée française, mariée à une perverse9
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alcoolique, doublée d’une personnalité machiavélique, et père de trois enfants. Je me suis acheté des stylos et
des cahiers que j’emporte dans ma chambre.
— Tu comptes écrire ta vie ? Ta pauvre vie minable dans laquelle tu nous as entraînés, les enfants et moi ?
m’avait-elle hurlé devant tout le monde à la caisse de l’hypermarché.
Ah oui, les enfants ! Lorsque ça l’arrange, elle les met en avant, elle se range derrière eux ! Pitoyable…
Heureusement, les enfants ne sont pas dupes.
Le repas du soir se déroule dans un silence de mort. Imperceptiblement, on sent la tension qu’elle fait
régner sur notre famille. Le repas terminé, les trois enfants quittent la table et vont s’enfermer dans leur
chambre respective. Chacun possède une télé et un ordinateur. Ils sont tellement malheureux de voir la
manière dont leur mère me traite. Ils aimeraient profondément passer des soirées avec nous, mais l’ambiance
est telle dans la maison qu’ils préfèrent être en relation avec leurs amis. Parfois, ils voudraient bien faire une
soirée bowling, ou restaurant. Ils y renoncent vite, car ils savent trop bien comment tout cela se termine.
Comme tous les samedis, je n’ai pas le droit de m’asseoir sur le canapé ou dans un fauteuil a n de regarder la
télé dans le salon. Ma femme me l’interdit depuis des années. Dès qu’une femme brune apparaît à la télé, elle
m’intime l’ordre de baisser les yeux, de détourner le regard, voire de quitter la pièce. Et que dire lorsque c’est
la soirée de l’élection de Miss France ? Dans ces cas-là, je quitte le salon sous les insultes, pars me coucher
dans ma chambre que je prends soin de fermer à clef. Combien de fois est-elle entrée, telle une furie, pour
m’insulter et me frapper ? Comment ai-je pu accepter autant de brimades, de coups ? Je suis bien incapable
de répondre à cette question.
Je débarrasse la table, range la vaisselle dans le lave-vaisselle (bien sûr, elle ne fait rien, tout comme les
enfants) et quitte la cuisine. Elle me dévisage avec une telle haine dans le regard que je préfère aller me mettre
à l’abri dans ma chambre. Alors que je passe devant celle de mon fils aîné, ce dernier m’interpelle.
— Papa ! Tu veux regarder la télé avec moi ? Je suis sur mon ordinateur, tu sais !
— Non, merci, mon grand ! Je vais lire un peu et dormir, enfin je vais essayer…
— Ah ! Elle est à nouveau entrée dans sa période mensuelle d’alcool ? Ça faisait quand même dix jours
qu’elle n’avait pas bu une goutte. Le temps de se remettre, car depuis la dernière fois, elle a été bien malade.
Mais finalement, ça ne la calme pas pour autant !
— Justement ! Je vais aller m’enfermer sinon ça va être ma fête… Mais tu sais, ce n’est pas de sa faute !
— Papa ! Arrête de dire ça ! Tu sais très bien que c’est faux ! Elle n’a strictement rien à te reprocher !
Je lui souris et pars me coucher. Dix minutes seulement après, elle tente d’ouvrir la porte. Celle-ci étant
fermée à clef, elle hurle et vocifère, l’accès restant clos, malgré ses cris. Elle redescend dans le salon, et
recommence à boire sans discontinuer devant la télé, toute la nuit. Boire, fumer, boire, fumer jusqu’à ce que
l’aube pointe le bout de son nez. Quant à moi, je dors du sommeil du juste. La tempête fait rage toute la nuit.
On ne compte plus les arbres déracinés, les poteaux électriques à demi couchés, inclinés. Les agents de l’EDF
œuvrent sans relâche a n de redonner toute la lumière aux usagers des hameaux voisins, isolés dans la
campagne.
Ce samedi matin là, lorsque je me lève, en descendant les escaliers, j’entends les ron ements de ma femme
dans le salon à la suite de sa forte consommation d’alcool nocturne. Au moins, je sais que je serai tranquille
une bonne partie de la journée. Plusieurs cartouches de cigarettes ont été « cachées » par elle dans le living.
Sans bruit, je vais en prendre deux paquets. Je sais pertinemment qu’elle ne se rendra compte de rien. Je sors
du salon dont je referme la porte le plus doucement possible. La cafetière diEuse un nectar qui embaume la
cuisine. Mes enfants ne se lèveront qu’en début d’après-midi. J’aime beaucoup ces moments de quiétude, où
seuls les chants des oiseaux troublent le silence campagnard. Nous avons beau vivre à la sortie de la ville, une