Marion Sullivan

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Marion Sullivan est une jeune trentenaire Parisienne, dont la petite vie au départ paisible va être rythmée par des rencontres sentimentales souvent tumultueuses et éphémères, lorsqu'elle décide de s'inscrire un peu malgré elle, sur une application de rencontre.


Entre une patronne tyrannique et un avenir amoureux incertain, Marion va devoir faire face à une nouvelle vie mouvementée dans la capitale.

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EAN13 9782374474120
Langue Français

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MARIONSULLIVAN T ’ A O RIBULATIONS D UNE MOUREUSE RDINAIRE
Romance
Sacha B
MARIONSULLIVAN Tribulations d’une Amoureuse Ordinaire
Romance
Juste une mise en bouche
Avoir la trentaine et être célibataire, surtout quand on vit à Paris, était la chose la plus difficile à gérer. Après avoir rompu avec Alexandre, j’avais décidé de prendre ma vie en main. J’avais déménagé, changé de poste dans mon agence de pub et m’étais coupé les cheveux. Il ne restait plus qu’un homme à conquérir pour parfaire cette vie idyllique. Mais cette tâche allait s’avérer plus difficile que prévu. J’avais connu Alexandre pendant mes études et je ne l’avais plus quitté. Alors après dix années passées à ses côtés, je me sentais comme un poisson qu’on jette dans la fosse aux requins qu’est le célibat parisien. Une femme innocente que l’on n’avait pas encore piétinée. Un cœur naïf et toujours intact. Le saint Graal pour tous les pervers narcissiques de la planète. Je me préparais pour mon premier rencart. Je n’avais pas eu de rendez-vous depuis des lustres, ça allait être un désastre. J’avais tellement de boulot que je n’avais pas le temps de batifoler. Il faut dire que les hommes ne se précipitaient pas non plus aux portillons… J’avais un style plus proche d’uneworking-girlrigide – qui attendra cent rendez-vous avant de vous tutoyer et de se lâcher un peu –, que d’un mannequin italien. Autant dire que je me baladais avec une pancarte géante : « je te forcerai à enlever tes chaussures et à mettre des pantoufles quand tu entreras chez moi, à utiliser un dessous de verre même sur ma table en Plexiglas ». J’avais clairement besoin d’un relooking, mais les frais de mon nouvel appartement me pompaient tout mon salaire. J’avais eu la merveilleuse idée de m’endetter sur trente ans pour un trois-pièces à Paris. Alors que je vivais seule, sans mari ni enfant. Peut-être ce soir. Sur un malentendu ou un coup de bol énorme. J’avais rencontré Paul au supermarché. Lieu on ne peut plus banal pour une rencontre, mais c’est un endroit assez drôle en définitive. Drôle ou grotesque en fait... J’avais dans mon chariot une boîte de protège-slips, des chips, de la glace, du papier toilette et j’en passe. La panoplie parfaite du « tue-l’amour ». Pancarte géante clignotante : « je suis un gros tas de graisse célibataire qui ne sait pas faire à manger et qui fuit de l’extérieur. Je ne serai ni l’amante parfaite ni la mère idéale pour tes enfants ». Il m’avait bousculé entre le rayon saucisse et jambon et avait sauvagement piétiné ce qui me restait d’orteils après mon jogging matinal. Jogging que j’avais décidé de ne plus jamais faire de ma vie, vu l’état dans lequel ça m’avait mise. Il n’avait sûrement pas dû voir ce qui se tramait dans mon Caddie, car « pour se faire pardonner », avait-il dit, il m’avait invité le lendemain même à dîner. Le moment fatidique était arrivé, j’avais jeûné depuis la veille pour ne pas ressembler à une paupiette emballée dans une robe en cuir. Quand il m’a dit « dîner », je ne pensais pas à assister à « un dîner ». Ils étaient tous assis à table, lui et ses amis, n’attendant pas vraiment ma venue qui, de toute évidence, faisait pièce rapportée. Il n’avait même pas pris la peine de me convier à un rendez-vous en tête à tête. Pas le temps, le temps c’est de l’argent. — Marion, je t’en prie, assieds-toi là, à côté de Louis. Il est un peu rustre après son sixième verre, mais il n’en est qu’au deuxième, avait-il plaisanté. Que c’était drôle… Je n’avais pas vraiment envie de rire. Je te présente Louise, Amélie et Mélissa. Quatrefilles pour deux mecs. Ce type préférait de toute évidence la compagnie des femmes. Ou alors espérait-il un plan à trois à la fin de la soirée ? Ou pire encore, un plan à… six ?  Enchantée de vous connaître, avais-je marmonné timidement. Le reste de la soirée ne fut pas plus agréable. Personne dans l’entourage de Paul ne m’adressait la parole à part Louis qui tentait visiblement sa chance avec tout ce qui se rapprochait de près ou de loin du sexe féminin. Si quelques signes d’une amitié de longue date n’avaient pas pointé son nez, j’aurais été persuadée qu’il les avait toutes rencontrées au supermarché ce jour-là. — Je vais y aller, c’était très sympa, mais je dois encore boucler tout un tas de choses pour le
boulot, avais-je menti.  Je te raccompagne, je te dois bien ça après t’avoir fracturé les orteils. Je lui avais répondu que mes orteils allaient bien et qu’il n’avait pas besoin de me raccompagner. Il tenta alors de m’inviter à boire un verre chez lui en tête à tête. J’avais décliné son offre avec bienséance, mais sans équivoque pour la suite des événements.  Je suis assez fatiguée et je me lève tôt demain. Je te remercie pour le dîner. Encore une soirée que j’allais passer seule. Mais dans mon for intérieur, j’étais soulagée que cette soirée s’arrête, l’adage qui dit qu’on est mieux seul que mal accompagné prenait à présent tout son sens. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles de Paul. Mon message implicite lui était parfaitement parvenu. Et il n’avait de toute évidence pas de temps à perdre à essayer de me (re) conquérir.
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Début de soirée éperdument ennuyeuse, mon verre se vidait à la vitesse de mon compte en banque un jour de solde. Et heureusement d’ailleurs, ça m’aidait à ne pas me pendre avec la serviette en papier qu’on m’avait filée à mon arrivée. C’était le package d’entrée pour quiconque atteignait le buffet : un verre en plastique, une serviette, et un toast au saumon. Une jolie brune, Natacha de son petit nom, qui avait osé le cumul minijupe et maxi-décolleté, nous gratifiait de ces éléments durement gagnés. Il y avait tellement de gens à cette soirée que pour atteindre le buffet, c’était mission impossible. Et malgré tout ce monde, je m’ennuyais à mourir. Je ne connaissais personne. Élisa, ma meilleure amie, m’avait abandonné trois jours avant pour aller roucouler avec Pablo, un Espagnol dont elle ne comprenait pas le moindre mot, mais qui était d’une beauté indécente. Charlie, l’hôte de la maison qui m’avait invitée, était un ancien coup de cœur que j’avais rencontré dans un bar happy hour. Le genre de bar pas cher où la musique est atroce, mais où les cocktails font leur effet. On ne s’était connus qu’un soir, il ne m’avait jamais rappelé. Jusqu’à ce fameux message : « Hey, ça fait longtemps, qu’est-ce que tu fais jeudi prochain ? ». Message auquel je n’avais répondu que quatre heures plus tard, durée minimale pour une réponse à un type-qui-enchaîne-les-conquêtes-que-ce-soit-toi-ou-une-autre-c-pareil. Autrement dit un connard. Je m’étais laissé avoir par les cocktails bien trop dosés et sa frimousse de mannequin Calvin Klein. Charlie était le genre de mec qui aimait plaire et qui plaisait aux filles. Et me voilà un mois plus tard, à nouveau dans son appartement, ne sachant pas vraiment ce que je faisais là, alors que je m’étais jurée de ne plus me laisser avoir par sa gueule d’ange. Hey Marion, sympa que tu sois venue, installe-toi. À peine avait-il fini sa phrase qu’il avait disparu. Je sentais que notre entrevue ce soir-là allait être aussi brève que notre histoire. Je retournai au bar me servir mon troisième verre en espérant qu’il allait m’aider à y voir plus clair sur la tournure que prendrait ma soirée : partir en courant ou essayer de m’amuser. Comme avait l’air de faire madame maxi-décolleté, dansant langoureusement contre une espèce de statuette en bois qui traînait, on ne sait pas pourquoi, au milieu du salon. Sûrement un « effet » déco de Charlie. Grand bien lui fasse à cette statue, de toute façon si ça la dérangeait, elle n’avait pas vraiment les moyens de se défendre. Ne réussissant qu’à discuter manucure et vernis à ongles avec ma voisine de comptoir, je décidai de changer de pièce, à la recherche d’une âme pure et salvatrice. Mais je ne découvris que Billy, barbe de Gandalf tressée, treillis militaire et boucle d’oreille côté gauche, à vue d’œil en plaqué or. Vu l’état de ses dents, s’il avait les moyens de s’offrir de l’or, il les aurait fait refaire depuis longtemps. Enfin, j’espère. — Ah, tiens, Marie, tu tombes bien, je disais à Hugues… À peine avait-il commencé sa phrase que je sentais déjà l’ennui m’envahir, je le coupai net : — Marion. Mon prénom, c’est Marion. — Ah oui, Marion, c’est plus chaudasse ça, je préfère. Tu connais Hugues ? J’avais envie de lui répondre que je ne voyais pas par quel malheur j’aurais pu connaître Hugues, qui avait visiblement un peu trop profité du buffet et de ses breuvages spiritueux, car je n’arrivais plus à distinguer où partait vraiment son regard vitreux. Sur moi, mes cheveux, ou bien une invitée imaginaire qui se trouvait derrière mon épaule ? — Nan, je ne connais pas Hugues. Quel dommage, je n’ai absolument pas le temps de faire sa connaissance. J’ai un truc bien plus intéressant à faire, comme me tailler les veines avec ma pince à cheveux. Il ne me fallut pas plus longtemps pour m’échapper de cette cuisine de la perdition. Il était 23 heures. Aïe, aïe. Comment partir à une heure pareille sans passer pour une fille coincée
qui ne fait que boire des camomilles et parler à son chat. Tant pis, j’avais envie d’être partout sauf ici. Même rester enfermée dans un local à poubelles, et entourée de rats morts me tentait plus. J’avais attrapé mon manteau, quand tout à coup, Charlie traversa le couloir :  Tu t’en vas déjà ? T’as quoi à faire, regarder l’i ntégrale de Columbo avec ton chat ? avait-il ironisé. Aie ! Pour la sortie avec classe, c’était raté. J’avais ramassé virtuellement ce qu’il me restait de dignité, et je lui avais lancé : — Je suis invitée au défilé Victoria’s Secret, je pouvais pas rester toute la soirée, je ne te l’avais pas dit ? Navrée. Je suis déjà en retard. On se voit un autre jour, ciao ! Sur ce mensonge effronté, j’avais fait mine de partir précipitamment. J’avais honte de ce que je venais de lui dire. Un défilé pour une marque de lingerie américaine, un jeudi soir à 23 heures… À peine sortie, j’avais envoyé un texto à Max pour me rassurer : — Dis-moi qu’il y a des gens qui organisent des défilés de lingerie à 23 heures ? — Ouais, les acteurs pornos. Pourquoi, t’as envie d’exotisme ? C’était tout moi ça, dans la panique, j’improvisais et j’improvisais mal. De toute façon, ça m’apprendra à ne pas savoir ce que je veux. À partir de ce moment-là, je m’étais fait la promesse solennelle de ne plus accepter de deuxième rendez-vous ou quoi que ce soit de ce genre avec un type dont le premier rencart avait été un fiasco. O.K. J’allais finir ma vie seule. Seule avec des chats. Des tonnes de chats. Ça sentira le pâté et les croquettes dans tout l’appartement, ça s’incrustera dans mes cheveux, mes vêtements, mes draps. J’aurais perdu tous mes amis, on me verra dansConfessions intimes, ma vie n’aura plus aucun sens, mon allure non plus. Bon. Il fallait que je me ressaisisse et que je dorme. « Demain est un autre jour. » Et demain était un autre jour. Il fallait que j’affronte cette nouvelle journée de boulot avec une gueule de bois carabinée. Je repensais à Hugues, l’ami de Gandalf, qui était sûrement plus mal que moi. Ça m’avait rassuré. Réveil en fanfare par tout l’orchestre national du bâtiment et des travaux publics. Je les hais ces types. Ils pourraient travailler l’après-midi ou bien commencer à des horaires normaux. Mais nan, ils commencent à 7 heures du mat, avec leurs marteaux dans mes oreilles. Le début de journée n’allait pas être simple. Et ce n’était pas peu dire. La journée fut interminable. Ma boss était tellement en colère toute la journée qu’on en a pris pour notre grade. Je me suis presque sentie coupable d’exister. Je pense que quand tu es patron, tu nais avec la faculté d’emmerder le monde sans raison. Ça doit être dans leur code génétique. On est quand même bien mieux chez soi. Personne pour nous ennuyer, personne pour nous donner d’ordres, on peut manger ce qu’on veut quand on veut, mettre des miettes partout, dans son lit, dans les toilettes, dans son bain, personne pour dire quoi que ce soit. C’est parfois bon d’être célibataire quand on regarde bien. On peut ressembler à Cruella le matin, se balader toute nue, regarderSecret Storyou mêmeTouche pas à mon postepour les plus audacieux. Le monde est à nous. On est libre. Et notre vie sexuelle est morte. Ouais, bon. Ça, c’est un point sur lequel Élisa et moi avions longuement discuté. Mais je ne savais pas, je n’osais sauter le pas. Elle m’a dit : « Mais va sur Tinder, regarde, moi et Pablo on file le parfait amour, c’est génial cette appli, tous les mecs branchés de Paris sont dessus. T’as même des acteurs et des mannequins connus. » Je crois que pour ça, elle s’était un peu emballée. Mais je n’avais rien à perdre après tout, ça m’éviterait de sortir de chez moi et d’avoir un prétexte pour me saouler. J’ai attrapé mon téléphone et téléchargé l’application. Quelques minutes plus tard, mon compte était créé et mon premier match s’ensuivit. Bingo, David, 35 ans, directeur artistique. Aime les voyages et la musique. C’est bien ça, d’aimer les voyages et la musique. C’est vrai qu’on a vachement envie d’être avec un type qui aime passer ses vacances à camper dans son salon en écoutant
le bruit de son aquarium. C’est comme se sentir obligé de dire qu’on aime l’humour. AH OUAIS, SANS BLAGUE ? Ça tombe mal, moi j’adore m’ennuyer et faire la tronche toute la journée. J’hésitais à le supprimer. Mais il était vraiment beau. Je décidai de le garder au cas où je n’aurais plus aucun match de ma vie. Après plusieurs minutes passées sur cette application chronophage, un appel me sortit de ma torpeur. C’était Maxime, mon meilleur ami. On s’était rencontrés au lycée, après avoir été placés l’un à côté de l’autre en cours de maths. Cours dans lequel nous étions tous les deux complètement nuls. Ça nous avait rapprochés. Ma chérie, faut aaaaa-bb-ssoooo-lument que tu sois disponible ce soir. J’ai des invitations pour l’inauguration d’une nouvelle boutique Marc Jacobs, je dois impérativement y être, et toi, tu vas m’accompagner. Élisa roucoule toujours avec Pablo ? — Chaton, ce soir j’avais prévu de me faire une sou pe et de regarderTop Chef. J’ai passé une journée difficile et demain je me lève aux aurores. Tu veux m’anéantir ? — Ah nan, ça, c’est impossible ! Tu peux pas passer une soirée comme ça, t’as 150 ans ou quoi ? J’appelle Élisa, rendez-vous dans deux heures place des Vosges. Bon. Deux heures pour essayer de ressembler à quelque chose malgré la fatigue, ça devrait suffire. Nouveau match de Julien. Cadre supérieur dans une entreprise de BTP. Grrrr le BTP, je n’avais pas fait attention. Peut-être qu’il connaissait les types qui perturbaient tous les matins mon réveil ? Ou peut-être était-ce son entreprise qui campait en bas de mon immeuble ? Premier message envoyé : — Tu travailles pour GCBTP ? — Non. Pourquoi, c’est un critère important pour toi ? Je suis déjà recalé ? Bon, il n’allait pas pouvoir les faire déguerpir, mais il avait de l’humour. — Dommage, je vais devoir commettre un attentat pour qu’ils arrêtent de me réveiller tous les matins. Je n’aurais peut-être pas dû plaisanter sur un attentat imaginaire, surtout par ces temps qui courent. Ma blague était nulle, je m’en rendais compte trop tard. Mais pas le temps de m’apitoyer davantage sur mon sort, mon taxi était là. Maxime m’attendait impatiemment, excité comme un gamin à Noël. Élisa était à côté, sagement perchée sur ses Louboutin. — T’es en retard, beauté. Il te faut tout ce temps pour te préparer ? me dit Max. — Tu m’as un peu prise au dépourvu, j’étais en pyjama. Il a fallu que je me réorganise complètement. — Je dois dire qu’elle n’a pas tort. Tu te rends compte que tu nous fais sortir à une heure pareille à nos âges ? C’est bien parce que je t’aime fort si je suis là. J’espère qu’ils nous fileront des sacs gratos, avait lancé Élisa avec nonchalance. — Moi, je suis venue pour les petits fours. J’espère qu’ils sont bons, avais-je répondu fièrement. — O.K., O.K., les vipères. Merci. Merci d’être venues en catastrophe malgré vos soirées tisanes et macramés, très chargées. La salle était somptueuse. Bougies, ambiance tamisée, on était tous beaux sous ces effets de lumières, ce qui m’arrangeait bien, car j’avais plus de cernes qu’une momie inca. J’avais passé le plus clair de mon temps, accoudée au buffet dont les mets étaient excessivement bons. Élisa m’avait faussé compagnie pour discuter avec un type dont les vêtements étaient une
accumulation de choses indescriptibles empilées les unes sur les autres. Un créateur célèbre, m’avait-elle dit. J’avais gentiment refusé de la suivre. À vrai dire, je n’avais aucune envie d’être à cette soirée. Elle me rappelait un de mes nombreux rencarts ratés. Je devais rejoindre un mec que m’avait rencardé...