Mary

Mary

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188 pages

Description

S’il n’avait rien dit ?
Si elle ne l’avait pas écouté ?
Si ses yeux n’étaient pas devenus jaunes ?
Si sa vie n’était pas aussi parfaite qu’elle le pensait ?
La passion qui enivre, qui annihile toute raison suffit-elle pour quitter une route confortable et solidement goudronnée ?

Mary, si sage, ne parvient pas à résoudre le chaos dans lequel s’emmêlent ses désirs, ses émotions, ses sentiments et son intégrité. Chahutée par un homme beau et fougueux, audacieux et mystérieux mais amoureux, parviendra-t-elle à faire le bon choix ?


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Ajouté le 01 avril 2016
Nombre de lectures 2
EAN13 9782334115445
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Langue Français
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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-86351-5

 

© Edilivre, 2016

Chapitre 1
Aux beaux secrets

– Mary, réveille-toi, tout va bien ? tu as dû faire un cauchemar.

Mary ouvrit alors les yeux, essayant de reprendre ses esprits. Son mari Robin lui caressait la tête pour la réveiller doucement.

Mon Dieu, mon rêve… bien sûr… quelle horreur, heureusement que je ne rêve pas tout haut ! pensa-t-elle, honteuse.

– Tu rêvais de quoi, chérie ? demanda Robin, tout endormi.

– Je ne sais plus, bredouilla-t-elle, cherchant à la hâte ce qu’elle pouvait raconter.

– Ça avait l’air spécial, tu te faisais attaquer ? tu t’es mise à crier !

– Oui c’est ça… une cliente me sautait dessus, à travers le comptoir.

– Métier dangereux, la parfumerie des Galeries Lafayette, ironisa Robin, tout à fait réveillé, cette fois.

– Tu n’as pas idée à quel point ! essaya-t-elle de sourire.

– Quoiqu’il en soit, je suis réveillé maintenant, alors debout ! soupira Robin.

– Je suis désolée, chéri, je me défendrai mieux la prochaine fois.

– Ouais, euhm…

Robin se leva et Mary soupira en entendant la douche couler. Elle était enfin seule, pour repenser à tout ce qui l’empêchait de dormir depuis plusieurs jours. Elle regardait les photos dans les cadres de leur chambre : images de leur bonheur, de leur vie construite sur des réalités, des bases solides et un amour véritable.

Alors Pourquoi ? se demandait Mary, pourquoi était-elle en train de tout remettre en question ?

A cause de Sohrab !

Ah Sohrab ! Penser à lui, c’était se damner. Penser à son regard qui la déshabillait avec douceur, penser à ce rêve qui lui promettait monts et merveilles.

Voilà quelques jours qu’elle ne mangeait plus rien, qu’elle avait le sommeil perturbé et qu’elle ruminait sans cesse qu’il lui fallait se reprendre.

Il n’avait pas le droit de jouer ainsi, pas le droit de lui dire ce qu’il lui avait dit, l’autre jour.

Mary était vendeuse en parfumerie, aux Galeries Lafayette, Boulevard Haussmann, à Paris. Jeune femme très responsable, elle menait sa carrière et sa vie de famille tambours battants. Elle ne semblait manquer de rien. Son mari Robin était professeur d’histoire dans un lycée du quatorzième arrondissement de Paris. Ils vivaient dans le quinzième, Boulevard de Grenelle dans un appartement qu’il avait complètement rénové lui-même quand il en avait hérité. Ils en avaient fait un nid douillet, très bien décoré par Mary avec laquelle personne n’osait rivaliser.

Mary et Robin avaient été amis d’enfance avant de finalement tomber amoureux en se retrouvant à l’université, après ne s’être pas vus pendant longtemps. De cet amour, vint au monde, leur petit garçon qui venait d’avoir cinq ans. Il s’appelait Max et faisait d’eux, les parents les plus heureux du monde.

Enfin… c’était encore vrai quelques jours auparavant, mais Mary était en train de se demander ce que signifiaient, à présent, tous ses doutes.

Il fallait qu’elle en parle à quelqu’un et il fallait aussi qu’elle parle à Sohrab, qu’elle le raisonne.

Oui c’est ça, elle allait d’abord raisonner Sohrab et ensuite elle parlerait aux filles : les filles c’était Inès et moi. Nous travaillions avec Mary depuis quelques années.

Je ne peux plus garder ça pour moi, les filles vont surement m’aider… ou me juger… tant pis j’ai besoin d’en parler, finit-elle par se dire en sortant du lit.

– Tu ne travailles pas aujourd’hui ? demanda Robin, qui sortait de la douche.

– Non, je t’ai dit que j’avais pris une journée pour aller avec les filles voir la dernière expo au Louvre.

– Ah oui, c’est vrai ! se souvint Robin.

Mary, penseuse, tout en regardant son mari s’habiller, organisait dans sa tête, cette journée dont elle allait un peu changer le cours. Elle le trouvait beau, son mari qui approchait de la quarantaine, avec son corps musclé, son sourire charmeur, et ses attentions délicates mais…

Elle avait rendez-vous à 13h avec nous pour notre déjeuner. Il suffisait donc qu’elle aille aux Galeries dans la matinée et qu’elle donne rendez-vous à Sohrab à l’extérieur… Oui mais si elle provoquait cette première rencontre, il allait penser que c’était elle qui faisait le premier pas.

Non, elle ne faisait pas le premier pas. Il ne s’agissait pas de ça : elle mettait un point final à cette situation puérile et ridicule, ce qui, sans aucun doute, lui rendrait un sommeil moins… plus… calme.

Assez satisfaite de son plan, elle se surprit à sourire.

Il n’y a aucune raison de sourire, la situation est on ne peut plus claire, se rabroua-t-elle.

Je suis mariée, je suis maman et voilà, j’ai passé l’âge du batifolage…

– Tu te souviens que j’ai un conseil de classe ce soir, je vais donc rentrer tard. Tu vas chercher Max ou tu as prévenu Alice ?

– J’ai prévenu Alice, parce que je ne suis pas sûre d’être rentrée pour 16h30. Elle passera prendre Max à l’école et elle restera ici jusqu’à ce que j’arrive. Il y a une conférence qui commence à 15h30 et on aimerait y aller, mentit-elle.

– Ok, bon allez je file, bonne journée, dit Robin en avalant son café et en déposant un baiser chaste à Mary, sur le front.

– Bonne journée, chéri.

Pleine de culpabilité à l’idée de ses pensées tortueuses pour un autre homme et de son programme, Mary s’occupa alors de Max et l’emmena à l’école.

Inès, Mary et moi avions pris l’habitude dès le début de notre embauche aux Galeries Lafayette, de nous retrouver pour déjeuner. Nous profitions alors de nos potins de filles en toute tranquillité. Cette pause indispensable dans nos emplois du temps de mères débordées était devenue sacrée.

Devenues amies au fil des années parce que les épreuves que nous avions vécues nous avaient rapprochées, rien n’était tabou. On se parlait de tout, comme seules les filles savent le faire.

Nous venions donc de nous installer à une charmante table près d’un feu de cheminée, alors que Juin s’achevait frileusement. La flambée crépitante donnait le ton à nos confidences.

Le restaurant s’appelait « Aux beaux secrets », enseigne dédiée aux recettes de grand-mère du patron des lieux.

Inès et moi ne nous doutions de rien ce jour-là et surtout pas que le nom du restaurant nous laissait présager des secrets de Mary !

Mary prit tout de suite la parole :

– Les filles j’ai quelque chose à vous dire… il m’arrive quelque chose de très… déstabilisant et en même temps de…

Et puis elle s’est tue, nous laissant pantoises. Nous avons tout de suite senti que son ton était plus exalté que d’habitude. Nous attendions qu’elle poursuive :

– Je suis en train de devenir folle, folle à cause d’un homme qui n’est pas Robin, un homme qui fait surgir de moi tellement de sensations nouvelles… Je suis en train de lutter contre tout ça !

Le silence qu’elle fit naître alors, fut lourd. Il n’y avait jamais de blanc dans nos conversations, mais nous voulions la laisser finir. Elle semblait perdue, embarrassée…

– Je ne sais plus qui je suis, je crois que je ne suis pas cette femme-là. Je ne veux pas être « l’Infidèle… » finit-elle par dire, en esquissant un sourire.

« L’Infidèle » était un film que nous avions vu, beaucoup aimé et dont nous avions débattu pendant des heures. Le sujet étant l’infidélité d’une femme avec un inconnu croisé dans la rue.

Mais quel rapport avec Mary ?

En réalité, son mea culpa était un peu confus. Les mots étaient sortis d’elle un peu comme ils venaient. Nous avions peur de comprendre et nous attendions d’y voir plus clair lorsque le serveur intervint pour prendre notre commande.

Inès et moi nous la regardions comme si nous n’avions rien entendu.

C’est alors qu’elle s’adressa au serveur en continuant à nous regarder fixement :

– Trois martinis blancs pour commencer, s’il vous plaît et double dose merci.

Nous avons alors vu la lueur inhabituelle dans son regard, celle qui faisait pétiller ses yeux mi-noisettes, presque jaunes. Elle était si belle tout à coup. Non pas qu’elle ne fut pas jolie au départ mais c’était notre amie et on ne l’avait jamais vue aussi éclatante, parée d’une sensualité qui venait d’éclore.

Elle nous inquiétait, mais elle poursuivit, devenant plus précise, plus claire, nous ne pouvions plus nous dérober, sous le charme de son histoire :

– Il fait naître en moi des fantasmes que je n’aurais jamais osé imaginer.

– C’est vrai que tu es… différente, dit Inès, en me regardant pour avoir mon assentiment.

Tu es très… belle !

– Mais de qui parles-tu, Mary ? On le connaît ? Osais-je, après avoir acquiescé du regard, la remarque d’Inès.

– Oui.

– Oui ? Répéta Inès, c’est qui alors ? Quelqu’un des Galeries ?

Le serveur était déjà revenu nous servir, interrompant à nouveau notre conversation. Il dut sentir notre agacement car il posa les verres et s’en alla.

Bouches bée, nous attendions… Le suspens était à son comble, Mary nous faisait languir. Prenant chacune notre verre nous n’avons pas osé trinquer, les yeux dans les yeux, comme nous le faisions à chaque déjeuner car cette fois ci, le sujet paraissait plus tendancieux que d’habitude.

Elle ne se départait pas de son sourire aux lèvres. La gorgée de Martini nous fit du bien, face à l’étonnante Mary qui nous accompagnait ce jour-là.

Rien ne pouvait plus nous surprendre qu’une faille aussi importante chez Mary : Elle était si raisonnable, si sérieuse, si attentionnée envers les autres. Elle aimait Robin, Max était tout pour elle. Elle semblait si heureuse.

Souvent, je l’enviais Mary, avec son mari charmant, gentil et si intelligent, son appartement qu’elle venait de finir de décorer avec goût, sa grande famille Bretonne sympathique et son adorable petit garçon.

Lorsque je nous comparais, je déprimais car j’avais donné dans le drame du divorce : Mon mari Marc m’avait trompée et m’avait quittée pour la classique jeune femme de 25 ans sublimissime et détestable. S’en était suivi un divorce douloureux qui m’aurait terrassée si Mary et Inès ne m’avaient soutenue.

Alors pour moi, la vie de Mary ressemblait à un conte de fée. C’était mon modèle. Je rêvais d’avoir une vie aussi idéale que la sienne !

Mais cela ne sert à rien d’envier la vie des autres puisqu’on ne sait pas de quoi elle est réellement faite. Ce qu’elle paraît n’est pas toujours la réalité !

Nous savions que Mary avait des grands moments de tristesse qu’elle masquait par de la mauvaise humeur ou du silence mais cela ne durait jamais longtemps.

Elle aussi, elle se disait qu’elle avait tout, mais « Tout quoi » au fond ? Tout, pour être heureuse. Mais c’est quoi cette théorie de dire on a tout, parce que l’on a une vie matérielle subjectivement parfaite. On peut aussi avoir un cœur malheureux, que la plus belle maison du monde, le plus gentil de tous les enfants de la terre, les meilleurs amis du monde, et le mari idéal n’y changeront rien, être malheureux ça ne se commande pas.

Alors un gros coup de blues que personne n’a remarqué, une déprime latente qui emprisonne, un affichage permanent de « je vais bien, tout va bien… parce que je dois aller bien » et un jour, un étranger arrive et réveille le non-dit, l’estime de soi, la confiance en soi, le désir oublié, la passion enfouie loin, si loin. S’en suit alors, un chamboulement incompris et détonnant, comme pour dire :

« Et oui, moi aussi je peux vivre des choses folles, dépasser les limites et être au bord de la rupture. Oui moi Mary, je ne comprends rien à qui je suis, à ce que je veux, à pourquoi tout ça, à pourquoi moi, mais merde j’ai envie d’être moi, j’ai envie de me faire du bien et pour une fois j’ai envie de lâcher prise, j’ai tellement envie d’être regardée comme ça… »

Pour Mary, la vie se choisissait, tout se contrôlait et elle savait si bien se contrôler !

Elle avait tout géré dans sa vie, comme dans son travail, avec une grande rigueur. Tout ce qui rentrait dans les bonnes cases était rassurant.

Elle n’était pas très sûre d’elle mais elle pensait sans les juger, que les gens qui se fourvoyaient dans des histoires abracadabrantes, l’avaient choisi un moment donné et que s’il leur arrivait certaines choses, c’est qu’ils l’avaient inconsciemment recherché.

Pour Mary, on avait toujours le choix !

Et c’était bien là, le problème !

Pourquoi ? Comment ?

Elle pensait qu’elle n’avait vraiment rien cherché. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu influencer les événements dans ce sens-là et surtout pourquoi ?

Elle s’était alors mise à penser qu’elle s’était peut-être trompée et que l’on ne pouvait pas tout gérer, que ça pouvait arriver !

Au fur et à mesure qu’elle nous alléchait avec sa troublante histoire, je commençais à penser qu’elle n’était pas la fille que l’on croyait connaître mais que devant nous, la vraie Mary se dévoilait enfin. Nous n’avions pas imaginé qu’elle était si fleur bleue, si romantique, si héroïne.

Mary lisait beaucoup, adorait aller au cinéma, fascinée par les histoires d’amour. Elle ne soupçonnait juste pas son désir de vivre à son tour, les déambulations sensuelles de ses héroïnes.

Au diable, les romans !

Une histoire d’adultère, c’est toujours assez banal sauf pour celui ou celle qui la vit.

En l’occurrence, surtout celles qui le vivent, en se sentant si coupable car sans être féministe, j’ai toujours pensé que les hommes vivaient mieux l’adultère : ils l’assument plus facilement ou alors ils font mieux semblant. Une femme ne vit ça que dans l’exaltation et la cacophonie de ses sentiments, de son esprit et de son corps. Forcément, la femme mélange tout et ne vit pas très bien d’être plusieurs femmes à la fois. Les hommes eux, disent qu’ils sont juste des hommes !

Mary ne dérogeait pas à ces états d’âme mais surtout cette histoire était pour elle, le défi d’une résistance à la tentation.

– C’est Sohrab ! a-t-elle dit.

– Sohrab ? avons-nous répété en cœur, tellement surprises.

Tout l’échafaudage de sa vie s’effritait à cause d’un homme beau et fou, immature mais amoureux.

Sohrab était entré dans sa vie comme un étalon fougueux et incontrôlable. Elle l’avait effleuré comme on effleure une rose qui sent bon mais qui pique. Il allait l’entraîner dans un tourbillon de folie, fait de désirs retenus, de désespoir aussi. Nous le pressentions rien qu’au son de sa voix qui vibrait à l’évocation de son prénom. Elle nous racontait les prémices d’une idylle et nous l’écoutions aussi attentivement que si elle nous contait le début du dernier roman qu’elle avait lu. A la vérité, c’était passionnant et oui… et justement !

Sohrab, puisqu’il s’agissait de celui que tout le monde connaissait aux Galeries, toutes les filles étaient sous son charme mais évitaient de s’en approcher. Mary le côtoyait, comme tout le monde, depuis longtemps, puisqu’il était le responsable de la sécurité des Galeries.

On avait forcément eu affaire à lui, à un moment donné : il y avait beaucoup de vols aux galeries, il était d’ailleurs très efficace et compétent dans son travail.

Sohrab était beau comme un Prince Arabe, sculpté comme un Dieu Grec, drôle, intéressant, sexy et sa peau colorée était son atout majeur. Son métissage était un peu trouble, il n’en parlait pas, il disait juste qu’il avait du sang Iranien et du sang Normand. Quoiqu’il en fût, cela lui donnait un charme indéniable.

Il était très Bounty comme disent les Antillais qui vivent sur leur île en parlant de ceux qui vivent en métropole : ce qui signifie blanc à l’intérieur et noir à l’extérieur.

Ça lui allait vraiment bien et Mary imaginait déjà que sa peau avait, elle aussi, le goût du délice au chocolat et à la noix de coco. Toutefois sa réputation le précédait : on disait qu’il flirtait avec tous les jolis jupons qui passaient, alors Mary qui n’était pas une fille frivole n’avait prêté aucune attention à la cour innocente et amusante qu’il lui faisait depuis toujours. Il aimait la couleur de ses yeux et ne se lassait pas de le lui dire. Elle aimait les compliments, qui ne les aime pas ? Surtout venant d’un si bel homme, elle appréciait sa compagnie qui était de plus en plus fréquente aux Galeries.

Pour être tout à fait honnête, plus d’une femme se serait damnée pour lui appartenir, mais pas Mary. L’amour qu’elle avait construit avec Robin était pur, beau et vrai.

Bien sûr, peut-être qu’avec les années qui passent, ils avaient un peu oublié de se regarder, oublié de se séduire, oublié de s’attendrir. Ils s’étaient mis à s’aimer au travers de leur fils mais ça ne faisait pas d’eux un couple malheureux.

Elle n’accordait pas beaucoup d’importance à ce flirt qui l’amusait avec Sohrab. Elle trouvait ça plutôt agréable d’être regardée de cette façon mais sans plus. Elle ne pensait jamais à lui en dehors du travail jusqu’à ce fameux jour où il avait allumé une mèche infaillible.

Sohrab qui était très joueur : champion de poker, sportif aguerri et baratineur infatigable, était venu comme toujours, devant son comptoir et avait pris un ton très sérieux pour lui parler :

– Mary, il faut que je vous parle, lui avait-il dit.

– Ah bon… et bien parle, Sohrab, qu’y a-t-il ? Tu as l’air si sérieux.

– Je ne veux plus vous parler, en fait. Je ne viendrai plus vous voir.

Mary avait éclaté de rire, tant son ton était dramatique et en même temps sa curiosité était piquée. Puis voyant qu’il ne cillait pas et qu’il ne souriait pas, elle l’interrogea, un peu déroutée :

– Que se passe-t-il ? J’ai dit ou fait quelque chose de mal ? demanda-t-elle, un peu gênée.

– Non.

– Alors, tu me fais marcher, très drôle, Sohrab.

Comme il ne se départait pas de son regard intense, elle se tut et attendit.

– Je suis amoureux de vous. Je vous aime, voilà et je sais que ça n’est pas possible, que vous êtes mariée et que vous ne m’aimerez jamais, alors je ne veux plus que l’on se côtoie. Dorénavant, je vous éviterai sauf au cas où mon métier m’oblige à intervenir, ne m’en veuillez pas, mais je ne peux pas faire autrement.

Il avait dit tout cela assez vite avec une sincérité bouleversante, puis il était parti.

Mary était restée là, sans voix, incapable de réagir pourtant elle trouvait cela si absurde. Elle n’y croyait pas, voyant là une manœuvre de sa part pour la tester. En même temps, un petit quelque chose en elle, l’avait cru ou voulait le croire mais c’était tellement inapproprié.

Elle avait donc quitté son comptoir à son tour, sans réfléchir et était partie à sa poursuite pour lui dire que c’était n’importe quoi, qu’il n’avait pas le droit de dire des choses comme ça et que si c’était sa tactique pour qu’elle tombe dans ses bras, c’était raté. De toute façon, elle pensait qu’il ne pourrait pas l’éviter et qu’il viendrait lui parler rapidement parce qu’il était comme ça et qu’elle le savait, il plaisantait.

Alors il lui saisit le bras et la regarda droit dans les yeux en lui disant d’une manière brusque mais tendre à la fois :

– Je vous jure que je suis amoureux. Je me connais, je pense à vous, tout le temps, ça m’empêche de dormir, Mary et je suis malheureux, alors s’il vous plait, laissez-moi.

Il refusait de la tutoyer. C’était si troublant, un homme qui vous dit : « Je vous aime ». Cette marque de galanterie à l’ancienne, de séduction élégante donnait à cette discussion un charme certain et redoutable.

Elle avait rougi et fait demi-tour. Le contact de sa main ferme mais tendre sur son bras, l’avait bouleversée plus qu’elle ne l’aurait voulu.

Les jours passèrent et Sohrab ne venait plus la voir. Il était si fort. Alors elle se surprenait à le chercher, à faire exprès d’aller près du poste de sécurité. Tous les prétextes étaient bons et lui la narguait en l’ignorant. Elle l’observait quand il parlait aux autres filles, la surveillant du coin de l’œil : il semblait attendre qu’elle craque et Mary se disait qu’il pourrait attendre longtemps. Elle se fichait pas mal de lui. Cette histoire était absolument infantile. Pour qui la prenait-il ? Ce type trop frimeur l’énervait.

Alors un jour passa puis un autre, mais ses nuits étaient peuplées de rêves inavouables, et au sommet de tous ses fantasmes, Sohrab apparaissait et lui faisait vivre ce qu’elle n’avait jamais osé vivre. Rien que le souvenir de ses rêves la faisait rougir.

Notre discret serveur arriva sur la pointe des pieds, pour prendre notre commande. D’ordinaire, c’est le moment que nous préférions parce que nous choisissions toujours un plat différent pour faire moit-moit : ainsi, nous goûtions à tout. En fins gourmets que nous étions, il nous fallait un bon vin pour accompagner nos choix. C’était le domaine d’Inès parce que son mari et elle étaient des œnologues hors pair, alors nous lui faisions confiance. Nous ne prenions qu’un seul verre de vin mais il était bon. Nous mettions un temps fou à commander surtout Mary qui était un peu difficile. Elle choisissait un menu mais elle voulait en changer les légumes ou le dessert.

C’était insupportable pour les serveurs, elle s’excusait sans cesse et cela nous procurait de grands fous rires.

Ce jour-là, on n’a rien regardé sur les menus. Nous avons choisi le menu du jour et un verre du meilleur Bourgogne, c’est ce que nous préférions.

En vérité, on avait très soif, mais plus très faim.

Pendues à ses lèvres, nos commentaires se limitaient à des onomatopées du genre : « Non… incroyable… pas toi… oh… » elle poursuivit :

Comme elle ne dormait plus, elle a donc décidé qu’il fallait qu’elle fasse quelque chose pour que toute cette folie dans sa tête, cesse. Alors elle a sans doute fait la chose qu’il attendait, elle lui a donné rendez-vous en dehors des Galeries, elle ne voulait pas être surprise avec lui. Elle était persuadée qu’elle en finirait, rien qu’en lui expliquant qu’elle l’aimait bien c’était certain, mais que sa vie ne permettait pas d’écart de la sorte et qu’elle trouvait pénible et injuste qu’il lui inflige la punition de son silence alors qu’elle ne lui avait rien fait. Elle ne voulait pas qu’il s’imagine qu’elle fantasmait autant sur lui, elle se trouvait si stupide dans ce rôle mais elle avait besoin de calmer ses insomnies et surtout de penser à autre chose.

Donc, avant de venir nous rejoindre au restaurant, elle était allée aux Galeries en essayant d’être discrète, elle l’avait heureusement trouvé seul dans le bureau de la sécurité, au sous-sol :

– Bonjour, Sohrab je voudrais… parvint-elle à bredouiller, très troublée.

– Bonjour Mary, oui vous voulez quoi ? la coupa-t-il, sur un ton très froid, sans la regarder, visiblement très occupé à regarder les écrans de contrôle.

– Je voudrais te parler, mais pas ici.

– Vous êtes sûre ?

– Oui, j’ai besoin d’éclaircir les choses avec toi.

– Mais j’ai été très clair avec vous, Mary, lui dit-il en se retournant lentement vers elle et en la fixant d’un regard assez froid mais scrutateur. Elle se troubla.

– Oui… bref… je n’ai pas beaucoup de temps là. Peux-tu me rejoindre vers 15h au café de La Comédie, à côté de la comédie Française ? demanda-t-elle sur un ton qui voulait reprendre le contrôle.

– Vous allez me faire l’acte I, scène II ? répondit Sohrab, avec un petit sourire ironique, qui la faisait craquer.

Mon Dieu ressaisis-toi Mary, tu déconnes ma vieille…

– Non. Au fond, tu as raison, je te laisse, excuse-moi de t’avoir dérangé, pardon… bredouilla-t-elle. C’est très bien comme ça, ajouta-t-elle, un peu agacée de se rendre compte qu’elle se fourvoyait toute seule, dans un piège.

– J’y serai Mary.15h, La Comédie, je connais cet endroit, finit-il par dire doucement en se retournant sur ses écrans de contrôle.

Mary sortit presqu’en courant des Galeries en manquant de bousculer une collègue.

– Donc, si j’ai bien compris, tu ne viens pas avec nous au Louvre, Mary ? demanda Inès

– Non. Je sais que ce n’est pas bien mais je veux être très claire avec lui.

– Oui, oui… fis-je un peu sceptique.

– Quoi ? s’énerva-t-elle.

– Rien. Je pense juste que, plus tu parleras avec lui et moins tu éclairciras les choses.

– Comment ça ?

– Je veux dire que plus tu auras de discussions avec lui et plus tu seras attirée dans des filets dangereux. Mais il semble que ce soit déjà trop tard et personne ne peut rien contre ça, de toute façon, tu...