Mes Pas de Velours

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174 pages
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Description

Valentina rêve de faire carrière dans la danse et, pour financer son projet, enchaîne plusieurs emplois, dont celui de danseuse dans un night-club.
Orpheline, elle a beaucoup de mal à faire confiance et ne veut pas s'attacher. Les barrières qu'elle s'est dressées la protègent mais la détruisent aussi. Son caractère entier va lui valoir de nombreuses péripéties dans le monde mafieux de la nuit. La rencontre avec le ténébreux Hent et l'impitoyable Still font basculer sa paisible existence.
Elle est loin de se douter que ces deux hommes vont la changer à jamais.
Va-t-elle se brûler les ailes à tout jamais, sans pouvoir revenir en arrière ?

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Nombre de lectures 67
EAN13 9782378160982
Langue Français

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Mes Pas de Velours [Karine Vitelli]
© 2017, Karine Vitelli. © 2017, Something Else Editions. Tous droits réservés. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Crédit photo : © adobestock.com
Illustration : © Lucile Kos ISBN papier : 979-10-96785-39-1 Something Else Éditions, 8 square Surcouf, 91350 Grigny E-mail : something.else.editions@gmail.com Site Internet : www.something-else-editions.com Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait totalement fortuite.
À Julien, toujours présent dans ce que j’entreprend s…
1 Assise face à ce miroir, je contemple cette femme o rdinaire, aux yeux noisette, qui me regarde d’un air triste et volontaire. Ses c heveux sont bruns et rebelles et reposent sur sa poitrine. Son teint hâlé recouvre s on corps de danseuse. Ce n’est que moi et pourtant je dois tant donner de ma perso nne pour que ce bout de femme en devienne une autre quatre soirs par semain e. — Valentina, ma beauté, dans un quart d’heure rende z-vous dans le salon principal ! crie Bob dans l’encadrement de ma porte . Bob est notre régisseur, ce bonhomme haut comme tro is pommes et fin comme du fil de fer dégage une énergie communicative. Son rôle lui va à merveille, « c’est l’homme aux plusieurs casquettes ». Il est chez «Àpas de velours »depuis le début et personne ne veut le laisser s’en aller. C’ est notre grand frère, la personne de confiance dans ce genre de métier. La popularité de notre salon de luxe s’est faite grâce à son savoir-faire et à son autorité. — Oui Bob, j’y serai dans… Il avait déjà tourné les talons pour dire la même c hose à la loge d’en face. Je mets une dernière touche de fard à paupières sur mes yeux en amande. Ce soir, j’opte pour du vert clair car cela fait resso rtir leur couleur. Cette teinte contraste avec mon costume. Je lâche un long soupir quand je vois ce que je porte. Je referme aussitôt mon peignoir sur ma minirobe à tulle et mon bustier noir qui met en valeur ma poitrine. Avant de rejoindre Bob e t les filles dans le salon, j'enfile ma paire de talons, qui Dieu merci grandit ma petit e taille de 1,62 m ! Je regarde une dernière fois mon reflet et je suis satisfaite de voir à quel point le maquillage peut transformer une femme ordinaire en une plus so phistiquée. Je prends le couloir qui mène au lieu de rendez-vou s. Puis, je passe devant Ethan notre barman qui prépare ses boissons pour le s cocktails du soir. — Salut Ethan ! Comme à son habitude, ce joli blond me regarde à pe ine et préfère répondre d’un mouvement de tête. Avant chaque ouverture des portes, le stress le rend désagréable. Je peux le comprendre car dès les prem iers clients rentrés dans ce monde de velours, les commandes affluent à une vite sse folle. J’aperçois les filles assises dans le salon princip al. Je presse le pas pour me joindre à elles. Nous y sommes toutes, six merveill euses danseuses burlesques. Les quatre soirs d’ouverture du club, avant chaque représentation, nous faisons le point avec Bob sur notre musique et sur les accesso ires que nous souhaitons avoir lors de nos passages. Cette réunion est primordiale pour la qualité de nos shows. Je croise le regard excité de mon amie Elsa. — Coucou ma Val ! Assieds-toi près de moi, j’ai des commérages croustillants à te raconter. Elle se met à glousser et tape avec sa main le faut euil à côté d’elle pour m’inviter à m’y installer. — Alors miss potins, qu’as-tu de si pressé à me dire ? Elsa est une jolie femme de trente ans, ses cheveux roux au niveau des oreilles mettent en valeur son regard vert émeraude. Elle es t pulpeuse et en abuse sur scène. C’est la seule avec laquelle je m’entends bi en. Les autres danseuses me parlent peu. Car pour elles,je ne faispaspartie de la troupe. En effet, même sije me déhanche et me d éshabille comme elles, la similitude s’arrête là, c arje ne montrejamais lesparties intimes de mon corps. Je me suis interdit la nudité totale. Cela fait ma force et les clients appnses. On m’autorise cette faveur,récient mes da mais jusqu’à quand… Elsa se dandine sur elle-même c omme si elle avait des
aiguilles sous les fesses. Elle meurt d’envie de fa ire sa révélation. Elle toussote pour se donner plus de contenance. — Val, j’ai appris que notre patron allait nous ren dre visite prochainement. Il paraît qu’il vient très rarement. Marion, la plus a ncienne des danseuses, dit que la dernière fois remonte à huit mois. On sait toutes q u’il prend soin de nous au travers de Bob, mais elleparle de lui comme unepournoise, antiersonne s pathique… — Arrête d’écouter les rumeurs, surtout cellesqui sortent de la bouche de Marion ! Elle dirait n’importequoipour attirer le s regards sur elle ! J'établirai ma propre opinion après lesprésentations, et tu feras de même, Madame la rouquine ! Elsa a le chicpour écouter les bruits de couloir. Sa naïvetépeut être touchante maisparfois, il faut remettre lespre. Enendules à l’heu guise de réponse, elle me tire la langue ! Je me réjr mot. Mais mon enthousiasmeouis d’avoir eu le dernie retombe aussitôt. Je sens monter l’angoisse au fond de moi-même. Ce n’estpas les rumeurs sur Monsieur X BOSSqui m’inqisuiètent ma plutôt sa venue. Je jette un coup d’œil à l’équipe afin de m’assurer que pers onne ne nous écoute. — Tu sais pourquoi il nous rend visite après ces lo ngs mois d’absence ? dis-je dans un murmure. Elsa remarque mon changement d’humeur et enchaîne a ussitôt. — Je ne sais pas, mais détends-toi ! J'ai l'impress ion de discuter avec un cachet d’aspirine ! Tu penses qu’il vient pour te licencie r parce que tu ne rentres pas dans le protocole de la maison ? Madame Valentina, tout ne tourne pas autour de vous ! Elle m’étudie avec intensitéjusqu’à ceque son regard se fasseplus sérieux. Tu sais, même si tu ne veuxpas croire les rumeurs, cet homme est redoutable. Il apant de tout celusieurs affaires, il est au cour qu’il sepasse dans chacune de ses entreprises, etje suis certaineqconnaît chacun de nos showsu’ il tout en étant absent. Alors si ta façon de travaill er ne lui convenaitpas, tu serais partie depuis un moment. Pour l’instant, tu n’as pa s de raison de t’inquiéter. Sesyeux s’illuminent tout à coup. — Je sais pourquoi il vient ! lance-t-elle avec entho usiasme. Je la regarde stupéfaite et l’invite par un hocheme nt de tête à balancer son idée. Elle se lève, prend un air théâtral et balaye les f illes de sa main droite pour annoncer fièrement : — Valentina ! Il vient pour imposer à moi et à tout es ici présentes de danser comme toi : « tutu et pas de cul ». Nous nous regardons et partons dans un éclat de rir e. C’est ce que j’aime chez Elsa, sa fraîcheur et ses petits mots qui me font o ublier les problèmes. Les autres danseuses n’ont pas raté une miette du spectacle de mon amie et vu leurs têtes, je comprends qu’elles n’ont pas apprécié. On a toute u ne raison de garder ce boulot. J’ai besoin de ce job pour réaliser mon projet. Tou t ce que je sais faire c’est danser. Il y a trois mois, j’ai lu une annonce sur la dépêche de Louna : « À Pas de Velours cherche danseuses burlesques, 4 soirs par semaine. Nombreux avantages. Bon salaire. Veuillez vous prés enter à l’audition le 18/01 à 14 heures avec la musique de votre choix… » J’avais réussi cette dernière et j’avais patienté d eux jours ! Deux journées interminables à attendre une réponse positive sur m es conditions vestimentaires. Bob avait trouvé des arguments convaincants auprès de Monsieur X Boss. Ma présence ne leur est pas regrettable car mes presta tions ont attiré un autre style de clientèle auxportefeuilles bien remplis. En attendant Bob, je contemple ce lieu où règnent d ésir et volupté. Je m’imagine à quoi peut ressembler mon employeur. Mal gré les mauvaises rumeurs qui circulent sur son caractère, il prend soin de n ous. Il tient à ses filles comme un homme tient à sa voiture. Tout ce que nous voulons, nous l’avons : des habits de scène aussi sexy que confortables, des loges avec d ouche pour chacune des
danseuses, accessoirisées et personnalisées à nos g oûts, des gardes du corps postés à chaque coin de la scène. Deux voituriers s ont à la disposition des clients avec parking privé. Le salon se situe dans un quart ier populaire de Louna. Pour certaines de mes collègues, nous travaillons dans u n lieu idyllique. Si je n’avais pas été là pour une tout autre raison, j’aurais pu moi aussi y croire. En plus des avantages en nature qu’on nous apporte et un bon sa laire, ce salon de luxe est splendide. Tout est de noir et de blanc, des lustre s immenses retombent comme une pluie d’étoiles, des petits fauteuils en cuir s ombrese dressent aux quatre coins de la salle, formant ainsi des salons intimes. Pour les plus gourmands, des sofas sont installés au bord de la scène et, pour les plu s discrets, des loges au premier étage, leur permettant de laisser libre cours à leu rs désirs. Au centre d'elles, une baie vitrée opaque s’étend sur vingt mètres de long . Rien ne passe au travers, nul ne sait ce qui se trouve derrière. Mon regard se po rte de nouveau sur ces salons, qui sont séparés par de grands voilages blancs. Ces fauteuils seront remplis dans quelques heures par des hommes en proie à leurs fan tasmes. Leurs regards se porteront sur cette immense scène. Le sol est en pa rquet noir où divers accessoires peuvent apparaître. Ils attendront de n ous qu’on les fasse rêver. Nous offrons de la luxure dans ce burlesque moderne. Ain si, ce lieu si envoûtant me permet de produire mon art aux yeux de ces affamés. Elsa me donne un coup de coude qui me sort de ma rê verie. Bob arrive à l'instant. — Mes chéries, ce soir, des hommes très importants viennent dans notre salon privé. Je sais, vous vous dites, comme d’habitude B ob, mais non ! Ils sont de la compagniecosmétique good line. Ces hommes sont vingt, ils ont réservé les deux salons derrière vous. Je ne vous cache pas qu’ils v iennent avec les poches pleines de billets. Faites de vos prestations une addiction ! Ces mâles doivent revenir chez nous ! Pour le reste des invités, nous avons le mêm e profil que tous les soirs : hommes riches, classes et affamés. Je passe vous vo ir une par une avant d’aller faire le point avec Ethan et les serveuses. Ah ! J’ allais oublier, votre employeur Monsieur Hent vous rendra visite d’ici peu. Vous n’ avez pas à vous inquiéter à partir du moment où vous restez vous-mêmes. De tout e manière, il vous connaît toutes ! Sa dernière phrase me file la chair de poule. Il me connaît. Bob se dirige vers moi et m’offre son plus beau sou rire. — Ma beauté, comment vas-tu ? Ses yeux si doux me donnent envie de lui raconter t oute ma vie. J’aimerais lui demander quand est ce que Monsieur X Boss qui maint enant a un nom, Monsieur Hent, sera là ? Ce qu’il veut ? Mais je me contente de rester professionnelle. — Ça va, je te remercie, je réponds sur un ton hésitant. Ses yeux se rétrécissent en faisant toucher ses deu x gros sourcils noirs. Monsieur « l’homme aux plusieurs casquettes » se me t en mode chef ! — Valentina, ce soir tu n’as qu’une prestation. Tu passeras en quatorzième et dernière position. Donne-moi ton programme, s’il te plaît ? Il récupère la clef USB que je lui tends. Il la ran ge dans une pochette avec mon nom et attend que je lui réponde pour écrire mes propos sur papier. — Je danserai sur « Soul » de Seal, c’est la quatri ème chanson sur ma clef, il me faut juste une chaise et le jeu de lumières piste quatre. Il relève son nez de son bloc-notes et me sourit. I l me touche la joue de sa main maigre. — La simplicité est la meilleure des choses. Reste comme tu es Valentina. Je ne peux lui répondre car il me plante en plein m ilieu du salon pour faire le point avec Élodie. Sa phrase m’est familière. Ma mè re me la répétait sans cesse.
« Tu pourras réussir tout ce que tu entreprendras s i tu restes simplement toi-même ! » Les portes du club ouvrent pour dix-neuf heures et nos prestations débutent à vingt et une heures. Les clients profitent de ces i nstants de calme pour parler affaire autour d’une bouteille. Des serveuses en te nues légères chauffent les lieux. Je patiente avec les cinq autres danseuses dans la salle de repos, qui se situe entre nos loges. Elle est confortable, nous retrouv ons le même style de sofas que dans la pièce principale. Nous avons une mini-cuisi ne et une cafetière dernière génération qui nous aide à tenir jusqu’à la fin de nos représentations. Bob vient nous chercher à tour de rôle. J’ai cinq heures à tu er, je décide de m'installer dans un coin pour lire mon dernier roman. Les filles son t bruyantes. Les premiers soirs, j’essayais de me mêler à leurs discussions, mais en vain. Leurs histoires de maquillage dernier cri, leurs vêtements, leurs rela tions amoureuses m’étaient inintéressantes. J’ai décidé de ne plus fournir d’e fforts pour m’intégrer le jour où l’une d’elle discutait du meilleur sex-toy pour atteindre l’orgasme. Bob rentre en fanfare et me fait sursauter. — Ingrid prépare-toi ! Tu passes dans trois minutes ! Celle-là, c’est Barbie dans son intégralité, blonde à grosse poitrine. On a l’impression qu’elle risque d’exploser à tout momen t. Je me demande comment elle arrive encore à sourire avec son visage botoxé. Je me retiens de rire lorsqu’elle se lève pour rejoindre la scène. Elle marche sur un fi l et son postérieur bascule de droite à gauche. Arrive mon tour, j’attends que mon amie Elsa sorte pour faire mon entrée. Avant chaque danse, j’ai l’appréhension. Quelle sorte de public vais-je rencontrer ? Sauront-ils se contenir ? La lumière s’éteint, je me positionne sur ma chaise , un projecteur rouge dessine mes courbes et les premières notes résonnent. Duran t trois minutes, je suis une autre personne. Tout va très vite, ma minirobe en t ulle et mon bustier atterrissent au sol. Je me retrouve en tanga et bandeau noir. Je me tortille, me déhanche. Mes prestations sont toujours chorégraphiées, rien n’es t improvisé. Je finis par ramper jusqu’au bord de la scène, afin que les clients met tent des billets sous les élastiques de mes sous-vêtements, ce qui donne du f il à retordre aux gardes du corps. La musique s’arrête enfin et la lumière s’ét eint pour laisser place à un décor vide. Je tends les billets récoltés à Bob. Il les m et dans une cagnotte commune qui nous est distribuée en fin de mois comme prime. Je me dirige dans ma loge où une fois nue et démaquillée, je me jette sous la douche . Le jet d’eau chaude détend mes muscles. Je me sèche et me prépare à la hâte. A près avoir mis une tenue où je me sens à l’aise, je récupère mon manteau. À deu x heures du matin et même en plein mois d’avril, la fraîcheur est bien présente. Les clients sont tous partis, je salue tout le monde et je cours pour ne pas rater m on bus deux rues à côté. Je suis heureuse de le voir arriver car c’est le dernier. J ’ai vingt-neuf ans et j’ai mon permis depuis cinq ans. Toutefois Je préfère les transport s en commun pour me rendre et repartir du club. Cette ville possède de nombreuses lignes alors autant en profiter. J’habite à quarante-cinq minutes de Louna, dans un petit village nomméSaint Pol. Rien ne vaut le confort de se faire conduire après des soirées semblables. Je ne me lasse jamais de voir cette ville côtière éclairé e de mille feux. Nous traversons les quartiers populaires où de nombreuses personnes sont encore dans les rues. Nous dépassons celle des affaires, avec ses grands buildings. On se sent moins seule quand on voit des lumières derrière certaines fenêtres. Toutes les rues commerçantes sont illuminées. Nous sortons de Louna , le paysage devient plus sombre, la nuit a enveloppé la campagne. J’aperçois quelques lumières qui se
détachent de certaines maisons. J’arrive enfin à Sa int Pol, le terminus. Une fois rentrée à pas de loups jusqu’à ma chambre, j’enfile mon pyjama, et à la douce pensée de ma journée de repos qui m’attend demain j e m’endors aussitôt.
2 C’est le soleil qui me tire de mon sommeil. Il poin te le bout de son nez à travers les longs rideaux fuchsia. Mon réveil affiche dix heure s, je me lève et m’enferme dans la salle de bains. Une fois la douche prise puis séché e, j’applique une fine touche de mascara, rabats mes cheveux en tresse sur mon épaul e et enfile un jean puis un top. Cinq minutes plus tard, je descends en cuisine pour me servir un café serré et tartiner deux pains à la confiture de mûre. Je prép are le thé d’Yvette qui doit être dans la véranda. Je vis chez cette dame depuis deux ans. J’ai quitté ma ville natale pour me reconstruire à Louna. J’ai commencé par des petits jobs et j’ai parfois dormi dans la rue quand je ne trouvais pas d’auberges de jeunesse. Ce tte vie de nomade me convenait. J’aimais ma liberté. Un beau jour, j’ai pris consci ence que je n’aboutirai à rien si je ne me posais pas. Je ressentais le besoin de me stabil iser. Lors d’une visite chez le médecin, je lisais le tableau où étaient affichées des annonces. Je suis tombée sur celle d’Yvette et j’ai sauté sur l’occasion. Nous n ous sommes tout de suite appréciées. J'occupe une chambre à l'étage, et perçois un salai re pour être sa dame de compagnie. Mis à part le dimanche, mes journées lui sont consa crées. Mes tâches se résument à la lessive, le ménage, le repassage, les courses… mais ce que je préfère ce sont nos discussions. Je la considère comme un membre de ma famille puisque je n’ai plus personne. Je dispose mon déjeuner sur un plateau, puis la rej oins. Finalement, je la retrouve sur la terrasse en train de feuilleter un magazine. Je m’arrête un instant pour la contempler. Elle porte une petite robe aux couleurs multiples qui cachent ses jolies rondeurs. Sa chevelure grisonnante est toujours ram enée avec soin en chignon sur l’arrière de sa nuque. Malgré son âge avancé, elle garde toute sa tête et possède une tonicité que certaines jeunes femmes de vingt ans p euvent lui envier. — Bonjour mam’Yvette ! Elle relève les yeux et m’adresse un grand sourire. Je pose le plateau et m’abaisse pour lui embrasser la joue. — Bonjour ma Valentina. Tu as bien dormi ? — Oui, je t’ai apporté du thé, en veux-tu ? — Avec grand plaisir. Elle en prend une petite gorgée et repose la tasse sur la table. — Ta soirée s’est bien passée ? me demande-t-elle a vec une attention maternelle. Yvette connaît mes métiers. Elle n’a jamais porté d e jugement sur ce que je fais à «ÀPas de Velours ». Elle-même dansait étant jeune, mais dans un autre registre. Je ne rentre jamais dans les détails, même si parfois elle arrive à lire en moi comme un livre ouvert. — Oui, rien de spécial, je n’avais qu’une représentation. C’était rapide. Je ne lui raconte pas mon angoisse à la future arri vée de mon employeur. Elle me regarde en fronçant les sourcils. Je préfère change r de discussion avant qu’elle ne me pose d’autres questions sur ma soirée. — Alors que faisons-nous aujourd’hui ? Son visage se détend et elle me tape sur la main. — Ah non Valentina ! Aujourd’hui tu es de repos, c’ est dimanche ! Je peux très bien me débrouiller toute seule. Je sais encore me récha uffer les plats que tu m’as préparés et me déplacer toute seule. Ces moments de solitude me prouvent que je suis vivante ! Alors du balai ! — Oui mais… dis-je d’une toute petite voix avant qu ’elle ne me coupe la parole. Son regard se fait plus sévère et elle pointe un do igt dans ma direction. — Tu as vingt-neuf ans et ce n’est pas en restant a vec une vieille dame que tu vas