Ne m'oubliez pas

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98 pages
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Description

Marthe, âgée de 80 ans, vit seule chez elle. Son fils unique, Charles, est parti au Québec où il vit avec sa fille Léa.
Dans la grande maison vide et poussiéreuse, ses questions résonnent dans le silence.
Qui viendra rompre son isolement ? Qui se souciera de ce qu'elle devient ?
Tous les jours, elle ressasse le passé, mais un phénomène étrange l'interroge.
Chaque matin, elle retrouve immanquablement son porte-monnaie déplacé et il manque toujours la même somme d'argent.
Pourquoi son voleur ne prend-il pas davantage ? Qui est cet inconnu et que lui veut-il ?
Marthe va découvrir que sa vie ne s'arrête pas avec la mort de son mari. Elle va réapprendre à vivre, à aimer.
La venue de sa petite-fille va bouleverser son quotidien.


Le pardon et l'amour finiront-il par triompher ? Et si une porte qu’elle pensait à jamais fermée s'ouvrait ?

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EAN13 9791034809219
Langue Français

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Ne m’oubliez pas !
Michelle Brassard Ne m’oubliez pas ! Couverture :Maïka Publié dans laCollection Vénus Rose
©Evidence Editions2018
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Le regard perdu vers la fenêtre entrouverte, Une larme coule lentement sur sa joue ridée. Qui se souviendra de l’amour qu’elle a donné ? Qui viendra remplir sa maison déserte ? Son cœur n’est plus que solitude, Oubliée par toute cette multitude. Michelle Brassard
« La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, Sont des champs de bataille qui ont leurs héros; Héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres. » Victor Hugo,Les Misérables
Chapitre I Solitude Quoique ma vue ne soit plus très bonne, j’aime regarder par l’entrebâillement des volets mi-clos du salon. Installée dans mon vieux fauteuil jauni par les années et l’usure, j’essaie d’apercevoir ce qui reste de ce monde qui me fuit. Avec le temps et l’inactivité, chaque e"ort me coupe la respiration. Lorsque mes poumons se soulèvent pour se gon$er du sou%e de vie, mon corps fatigué résiste et se refuse à obéir à ce qui, pourtant, m’est nécessaire pour continuer mon pèlerinage ici-bas. Suis-je devenue sourde ou le monde a-t-il cessé d’être poursuivi par le tintamarre de cette société suractive ? Dans ma vieille demeure, seul le silence répond aux battements de mon cœur désemparé. Depuis le départ de mon bien-aimé, voici quelques années, mon histoire s’est arrêtée et je survis en attendant de pouvoir le rejoindre. Je ne comprends pas pourquoi la vie s’attache à moi et refuse de me laisser retrouver celui qui a partagé la plus grande partie de mon existence. Au souvenir de nos jours heureux, un léger soupir, presque un murmure, un sou%e mesuré s’échappe bien malgré moi. Les yeux fermés, je me laisse aller contre le dossier. Autrefois, c’était le siège préféré de mon mari. Je le lui avais o"ert pour ses soixante ans. Combien de fois ai-je insisté pour lui en acheter un plus récent, plus confortable aussi, mais il refusait toujours de s’en séparer, car pour lui, ce cadeau avait une valeur sentimentale inestimable. Un matin du printemps 2010, je l’ai découvert endormi au creux de son antique bergère. Il souriait, l’air heureux, détendu. Sa Bible était restée ouverte sur ses genoux, comme s’il s’était assoupi pendant qu’il lisait. Je me rappelle m’être doucement approchée de lui pour enlever son livre préféré, puis j’avais saisi les lunettes qu’il tenait encore dans sa main fermée. Il dormait paisiblement, peut-être trop. Au contact glacé de ses doigts ridés, à l’aspect livide de son teint, à la pâleur de ses lèvres entrouvertes, je n’avais plus aucun doute, quelque chose de grave était arrivé pendant la nuit. Pourquoi ne m’avait-il pas attendue ? Nous nous étions pourtant promis de ne jamais nous séparer, mais la mort ne respecte pas les vœux des amoureux. Elle survient, inattendue, soudaine, et vous enlève ce que vous avez de plus beau, de plus doux et de si chaud, l’amour de votre vie. Je me souviens m’être écroulée à ses pieds, les jambes tremblantes, sans force, incapable de retenir mon désespoir. Des larmes coulaient silencieusement sur mes joues fanées. J’étais longtemps restée prostrée dans cette position, la tête posée sur ses cuisses amaigries. J’espérais sentir sous mes doigts la chaleur évanouie de son corps, recevoir une caresse consolatrice, mais il était déjà parti, sans moi. Pourquoi ? Il m’avait promis ! Qu’allais-je devenir sans lui ? Notre 9ls avait pris son envol depuis longtemps et notre unique petite-9lle était trop occupée par ses études en médecine pour prendre le temps de venir nous rendre visite. La vie est ainsi faite, n’est-ce pas ? Nous ne mettons pas des enfants au monde pour les garder, mais pour les regarder déployer leurs ailes et partir vers de nouveaux horizons. Charles, lui, a trouvé l’amour au Québec. Il y a également divorcé, mais il n’en est jamais revenu. Au début, il envoyait notre petite Léa pour passer les vacances d’été à nos côtés, mais avec les années, elle a 9ni par choisir ses amis. Comment rivaliser avec les plaisirs si généreusement proposés par ce monde
moderne ? Nous étions vieux, éloignés du faste o"ert par la ville, et notre o"re de logis ne lui convenait pas. Notre demeure était trop à l’écart de ces divertissements. La solitude et le silence de notre belle campagne l’ont finalement poussée vers des distractions plus adaptées à son âge. Avec le soutien de ma canne, je me dirige vers le meuble où se trouve notre album photo. Nous l’avions soigneusement préparé pour nos vieux jours. Depuis le décès de Georges, je l’ai si souvent feuilleté… Les pages jaunies sont désormais toutes écornées et usées. Les photos sont anciennes. Elles sont presque toutes en noir et blanc, mais elles sont la dernière attache qui me relie à mon passé et à celui qui ne quittera jamais mes pensées. D’une main tremblante, je caresse celle de notre mariage. Nous avions à peine vingt ans, et, pourtant, nous étions follement amoureux. Cet amour a su vieillir avec le temps et il ne s’est jamais terni. Au contraire, il s’est a>né, a>rmé, et boni9é, jusqu’à ce que nous ne fassions plus qu’un. Au 9l des années, les paroles étaient devenues super$ues pour exprimer notre a"ection, un seul regard nous su>sait pour nous comprendre. Chaque geste, chaque sourire, chaque caresse, exprimait l’intensité de nos sentiments. Malgré les diverses épreuves et les maladies, nos soixante années de vie commune ont toutes été merveilleuses. Je ne m’attendais pas à cette soudaine séparation, Georges ! Tu étais si vaillant et si fort. Pourquoi m’as-tu abandonnée ? Pourquoi ne m’as-tu pas tendu la main pour m’emmener avec toi ? J’ai tant pleuré, tant supplié pour te revoir au moins une fois, mais tu n’es jamais revenu. Depuis ton départ, j’ai pris place au creux de ton vieux fauteuil et je ré$échis au moyen qui me permettra de trouver le chemin qui me mènera jusqu’à toi, mais les années passent et rien ne se produit. Pendant ce temps, je survis et je m’épuise à te chercher. Je frémis chaque fois que j’évoque ton nom. Où puiserai-je l’espoir de te revoir un jour ? Je voudrais sentir la douceur de tes cheveux gris sous mes doigts. Ton regard bleu me manque. Il était plein de vie et de tendresse, il pétillait de bonheur. J’ai besoin d’être imprégnée de ta joie de vivre. Transmets-moi ta vision spirituelle, elle t’a guidé jusqu’à ton dernier sou%e. Tu sais, je n’ai jamais ouvert ta Bible, elle est restée sur ta commode, à côté de ta lampe de chevet. Je voudrais tellement t’entendre la lire, comme autrefois. Sans toi, je me sens vide, inutile et solitaire, si triste aussi. Pourquoi ne m’as-tu pas attendue ? Tu m’avais assuré que tu ne partirais jamais sans moi. Tant de « pourquoi » me troublent et me hantent. Et si je m’étais levée plus tôt, si j’étais restée à tes côtés, serais-tu encore vivant ? Si… À quoi bon me poser toutes ces questions puisqu’elles resteront toujours sans réponse. Tu n’es plus là pour me rassurer ni pour me tenir la main. Tu sais, depuis que tu es parti, nos anciens amis ont peu à peu disparu, eux aussi, et je demeure bien seule. Quant à Charles, il est trop occupé par son travail au Québec pour venir me visiter. Je crois qu’il a peur de voir resurgir les souvenirs s’il revenait ici où tout nous rappelle ta présence. Je n’ai rien changé, tout est resté comme au jour de ton départ. J’ai gardé tous tes e"ets près de moi. Cela me donne l’impression de t’avoir à mes côtés et je m’attends à te voir apparaître à chaque instant . J’entends presque l’écho de ton rire résonner dans le couloir. Dehors, le jardin est en friche. Plus rien n’y pousse à l’exception des mauvaises herbes ; tu les redoutais tellement. Aujourd’hui, elles enserrent tes beaux rosiers et ton potager est envahi par les escargots et les limaces, peut-être quelques mulots également. Au début, j’ai essayé de le garder propre, mais sans toi, je n’ai pas trouvé la force de poursuivre ton rêve, toi qui nettoyais ce petit paradis avec tant d’acharnement. Toutefois, quelque animal, ou plutôt quelqu’un, le traverse régulièrement, car depuis l’entrebâillement des volets, j’aperçois les herbes hautes couchées et piétinées. Depuis plusieurs semaines, quand je gagne le salon pour y prendre mon thé matinal, la fenêtre est quasiment fermée. Pourtant, je la laisse ouverte dès l’arrivée des beaux jours. Mon porte-monnaie bouge constamment de place, lui aussi, et de l’argent disparaît. À mon avis, ces déplacements ne sont pas l’œuvre d’un lutin ou d’un fantôme, mais si cette personne en a vraiment besoin, je n’y vois pas d’inconvénient. Après tout, je suis vieille et je n’ai pas beaucoup d’exigences à mon âge, je me contente de peu. Ne faut-il pas être en grande di>culté pour voler une personne âgée ? J’ignore la
raison qui pousse cet individu à commettre un tel acte, mais sa situation ne doit pas être enviable, le pauvre. Ce matin n’a pas dérogé aux habitudes. Lorsque je suis entrée dans le salon, la fenêtre était presque fermée. Une fois de plus, je suis allée l’entrouvrir et j’ai récupéré mon porte-monnaie abandonné sur la table basse. Hier soir encore, il y avait cinq billets de dix euros. À présent, il en reste seulement deux. Le voleur aurait pu tout prendre, mais comme toujours, il en a uniquement dérobé trois. De nouveau, je vais dans ma chambre chercher l’argent qui disparaîtra encore demain. Pourquoi m’obstiner à toujours remettre la même somme ? Par curiosité, mais également pour essayer de comprendre les raisons de ce vol partiel. Si Charles était là, il aurait sûrement déjà porté plainte et il m’interdirait d’encourager ce pickpocket à commettre de tels larcins. Pourtant, intérieurement, une petite voix me pousse à venir en aide à cet inconnu. Contrairement à notre 9ls, si tu avais été présent, Georges, tu aurais tendu la main à cette personne, car tu étais généreux et tu pensais toujours aux autres. De toute façon, même si elle n’est pas convenable, la présence journalière de cet individu me permet de me sentir moins seule. J’aimerais toutefois découvrir l’identité de ce mystérieux personnage. Un jour, qui sait…
Chapitre II Errance Ne m’oubliez pas ! Léa, Charles, où êtes-vous ? Aujourd’hui est un jour particulier et vous devriez vous le rappeler ! Moi, je n’oublie jamais le vôtre. Assise au fond de mon fauteuil, le combiné à portée de main, j’attends tristement. Cette vieille demeure est si désespérément vide. Quelqu’un pensera-t-il à moi ? La sonnerie du téléphone résonnera-t-elle ? Le temps s’écoule et le silence meuble cet appel qui ne vient pas. Une fois de plus, je me retrouve face à l’indifférence de tous. Chaque année depuis cinq ans, je commande un bouquet composé de roses rouges et de lys blancs liés par un nœud de lierre, sept de chaque sorte. Je le fais livrer à mon domicile en mémoire de cette journée particulière. Georges m’en o/rait un semblable tous les ans à mon anniversaire. Je lui avais demandé la raison de ce choix et il m’avait répondu : «Lesroses pour t’exprimer la passion de mon amour, les lys pour ta pureté de cœur, et le lierre pour te signifier ma fidélité. »Il m’avait aussi offert un magnifique livre intituléLe langage des eurs du Temps Jadisde Sheila Pickles. J’ai toujours gardé cet ouvrage près de mon fauteuil et lorsque mes pensées s’attachent trop vivement au souvenir de mon mari, je relis les poèmes qui y sont écrits. Sur la couverture, Georges avait noté la date et un petit mot : «Joyeux anniversaire, ma chérie.» Étrangement, je n’ai pas réussi à le trouver ce matin. C’est vraiment étonnant, car je ne le change jamais de place. J’ai dû le transporter ailleurs et je ne m’en souviens plus. Je vieillis et ma mémoire nit par me faire défaut, elle aussi. Pour éviter d’oublier de joindre le ;euriste, j’avais posé un post-it juste à côté. J’y avais inscrit son numéro de téléphone, son adresse, et le contenu de la commande. Je ne comprends pas, je n’ai pas retrouvé ce morceau de papier, lui non plus. Tout à coup, la sonnerie de la porte d’entrée me sort de mes ré;exions. C’est étrange, je n’attendais personne. À pas lents, je vais ouvrir. Un livreur m’accueille avec un large sourire. Il me tend un superbe bouquet odorant. — C’est pour vous, Madame. Bon anniversaire, dit-il. Comment cacher ma gêne ? Ou il s’est trompé lors de la préparation de la composition ;orale, ou il n’est pas à la bonne adresse. Je lui demande d’une voix mal affermie : — Excusez-moi, j’avais demandé des roses. — Non, je conrme la livraison. Cette année, la commande est exclusivement composée de muguet, de pensées, et de violettes, comme cela a été précisé. — Ah bon ! Pourtant… — Je dois partir, Madame. Alors, vous les voulez, ces fleurs ? Il regarde sa montre avec impatience. — Oui, bien sûr. Je suis désolée. Je ne me suis jamais sentie aussi gauche. D’une main frémissante, je saisis le bouquet. Une petite carte blanche est jointe à ce surprenant cadeau. Après un bref au revoir, le livreur tourne les talons et disparaît dans le lointain. Je suis toute décontenancée. J’essaie de me remémorer les événements de la veille, mais… ça y est,