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Ne me quitte pas - partie 1

De
320 pages
Mia, 18 ans, a quitté Paris pour vivre son rêve : étudier la médecine à New York. Dès son arrivée, elle sympathise avec Amber, sa colocataire sur le campus, qui lui trouve une place de serveuse dans le bar où elle-même travaille. Mia prend peu à peu ses marques dans sa nouvelle vie. Un soir, alors qu’elle remplace le pianiste qui joue habituellement au bar, elle rencontre Colin, un beau et mystérieux pilote de chasse en permission. C’est le coup de foudre… Pour Mia, il s’agit du premier amour. Colin, lui, est habitué à enchaîner les conquêtes. Torturé par son passé, inquiet à l’idée de s’engager dans une relation, il essaye, en vain, de ne pas s’attacher à Mia. Mais ce qu’il ressent pour elle sera-t-il suffisant pour ne pas la quitter ?
 
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Couverture : © Alis
© Hachette Livre, 2017, pour la présente édition. Hachette Livre, 58 rue Jean Bleuzen, 92170 Vanves.
ISBN : 978-2-01-700799-9
Ma vie est une énigme dont ton nom est le mot. Victor Hugo
Prologue
Le bonheur. Voilà ce à quoi aspire chaque être en grandissant : à être heureux. Certains espèrent y parvenir grâce à l’argent, la célébrité ou encore le pouvoir… Mais selon moi, le bonheur ne peut s’obtenir que d’une seule manière, grâce à l’amour. Notre existence paraît si insignifiante au milieu des quelque sept milliards d’autres vies aut our de nous… Notre existence n’est qu’une sorte de pan n’appartenant pas à l’Histoire, alors pourquoi voulons-nous tellement en faire quelque chose de mémorable ? J’ai une théorie en réponse à cette question. Nous voulons que notre existence laisse une trace sur terre. Les gens ont peur de l’oubli, de l’indifférence et de l’ignorance. En réalité cette pensée est plutôt égoïste. Nous voulons que les gens se so uviennent de nous, mais à quoi bon ? L’important n’est-il pas qu’il y aitunepersonne qui se souvienne de vous ? Celle qui fait battre votre cœur, qui sait vous faire rire lorsque des larmes dévalent vos joues, celle qui vous dira que tout va bien lorsque rien ne va… En plus de dix-huit ans de vie à espérer rencontrer le bonheur, je n’avais jamais imaginé une seule seconde ce qui était sur le point d’arriver. Ma vie de lycéenne solitaire sans amis ni vie sociale allait changer du tout au tout. Et cela, à cause de lui.
Chapitre 1
Mia
— Maman ! Je cherche comme une furie dans mon armoire la robe que j’étais pourtant certaine d’avoir préparée hier soir, mais il semblerait que les éléments se soient ligués contre moi ce matin. Ma mère me rejoint et retrouve en vingt secondes ce qu e je cherchais. Je la remercie et enfile aussitôt ma robe, je n’ai plus de temps à perdre. — Tu vas être en retard si tu ne décolles pas tout de suite, me dit-elle sur un ton désapprobateur. ― Je sais, je suis prête. Je tente vaguement de me coiffer devant le miroir puis ajuste ma robe. C’est une jolie robe blanche à bretelles avec un gros trèfle à quatre feuilles sur le cœur. Je l’ai achetée lors de mon voyage en Irlande en classe de terminale. Un très bon souvenir. Mais je n’ai pas le temps de penser à autre chose. D’autant plus que je suis aussi vive qu’un paresseux ce matin. J’ai vraiment mal dormi… De gros cernes soulignent mes yeux et je suis tout échevelée. Super. J’en déduis que c’est le stress qui me vaut cette mine terrible. Je regarde la petite brune qui me scrute dans le mi roir, avec ses grands yeux sombres et ses longs cheveux qui tombent de manière indisciplinée dans son dos. Elle a l’air effrayée. Je le suis. Une fois prête, je jette un dernier coup d’œil circulaire sur la chambre dans laquelle j’ai passé le plus clair de mon temps ces dix-huit dernières années. — À bientôt, je murmure en guise d’au revoir à mon refuge. J’ai tout de même un petit pincement au cœur. Je suis en train de quitter mon chez-moi et ça me rend nostalgique. C’est dans cette pièce que mes so uvenirs sont enfermés ; je me revois encore y courir et m’y barricader après avoir appris que mon père nous avait abandonnés. C’est là que je me suis réfugiée lorsque le plus beau garçon de ma classe m’avait traitée de grosse devant tout le collège… Mais c’est également ici que j’ai vécu certaines de mes plus belles expériences. C’est donc le cœur gonflé d’émotion que je quitte cette pièce. J’attrape mes deux énormes valises et entre dans l’ascenseur pendant que ma mère ferme la porte. Chad, entre, il y a encore de la place, je dis à mon frère en calant mes valises dans un coin. — Avec tes grosses fesses, je ne crois pas, réplique-t-il avec un sourire sournois. J’essaie de ne pas rire mais en vain, un immense so urire me fend le visage… Ce qui n’aurait certainement pas été le cas il y a quelques années. Peut-être est-ce l’euphorie de mon voyage imminent qui me rend si joyeuse ? — On t’attend en bas maman, je crie en fermant la porte de l’ascenseur. Nous vivons en plein cœur de Paris, dans un magnifique immeuble haussmannien qui donne sur la tour Eiffel. J’habite ici avec ma mère et mon grand frère Chad depuis toujours. Mon père n’y est resté que quelques années avant de s’en aller. Cet appartement est le témoin de toute ma vie et de celle de ma famille. J’y suis profondément attachée. Après avoir lutté pour faire entrer mes bagages dans la voiture, nous partons en direction de l’aéroport. J’ai les larmes aux yeux, je n’ai jamai s quitté mon pays ni ma famille plus d’une semaine et me voilà en route pour New York afin d’y faire mes études. C’est une véritable chance de pouvoir étudier dans une université si prestigieuse, mais c’est aussi le résultat de plusieurs années de dur labeur. Je suis douée… ou plus précisément surdouée. Ma mère l’a deviné très tôt, j’avais de grandes facilités d’apprentissage et de compréhension. Le revers de la médaille, cependant, s’est très vite manifesté : une insociabilité et un manque de confiance maladifs. Au cours de ma scolarité, je n’ai pas réussi à me faire un seul ami, trop réservée et étrange pour mes
petits camarades. Je n’ai jamais compris en quoi ai mer l’école faisait de moi une personne si différente, pourtant j’étais bel et bien le mouton noir du troupeau, la fille toujours mise de côté et choisie en dernier dans les équipes de sport. Quand nous nous garons dans le parking de l’aéroport, j’avoue traîner un peu des pieds mais j’imagine que c’est parce que j’ai le trac. Non seulement j’appréhende mon arrivée seule dans cette immense ville qu’est New York, mais en plus je déteste l’avion. Ça me terrifie et me rend malade. J’ai le mal de l’air, de mer et de tout ce qui ne touche pas le sol, à vrai dire. Une fois mes bagages enregistrés, je rejoins ma mère et mon frère près des portiques de sécurité pour leur dire au revoir. Je triture nerveusement mes ongles. — Ça va ? Tu te sens prête ? me demande ma mère avec une pointe de nervosité dans la voix. Elle tape presque frénétiquement du pied et fronce les sourcils, ce qui jure avec le contrôle qu’elle exerce d’ordinaire sur elle-même. En tant que psychiatre, ma mère parvient aisément à cacher ses émotions. — Oui… Je suppose. — Comment ça ? C’était ton rêve de partir ! s’exclame mon frère. — C’est toujours le cas, mais je crois que c’est l’avion qui me fait peur… Ma tentative de mensonge n’est pas convaincante mais je ne peux pas leur avouer qu’il ne s’agit pas seulement de l’avion. Ils me diraient qu’il n’est pas trop tard pour changer d’avis et j’aurais droit à un adieu encore plus larmoyant, or mon avio n décolle dans moins de dix minutes et je n’aimerais pas le rater en restant accrochée au cou de ma famille. — Tu vas me manquer mon bébé… me dit ma mère en me serrant brusquement dans ses bras, laissant poindre quelques larmes aux coins de ses yeux, à ma grande surprise. Je suis prise de court mais je la serre contre moi en attrapant mon frère par le col de son tee-shirt pour le joindre à notre câlin. — Vous allez me manquer, je murmure d’une voix chargée d’émotion. — Toi aussi… répond ma mère en étouffant un sanglot. Mon frère ne pleure pas, je crois qu’il tente de garder un peu de dignité. Pas moi. Une voix désincarnée nous annonce que les derniers passagers à destination de New York sont attendus. Je me libère de l’emprise de ma mère et rejoins mon avion sans regarder en arrière. Je suis la dernière à monter à bord. Je me réveille en sursaut lorsqu’une hôtesse me dem ande d’attacher ma ceinture pour l’atterrissage et mets quelques secondes à me rappeler où je suis. Quand je réalise que je suis à plusieurs milliers de kilomètres de chez moi, je re ssens comme un coup à la poitrine. Je me redresse le cœur lourd. Après m’être fait écraser les pieds à maintes reprises, bousculer et réprimander par les passagers pressés, je sors de l’appareil et vais récupérer mes bagages. Je commence les cours demain, mais il est trop tard pour que je puisse m’installer dans m a chambre étudiante, je vais donc dormir à l’hôtel cette nuit. J’ai hâte de rencontrer la fille avec qui je vais partager ma chambre sur le campus, j’espère que ça ne sera pas une fumeuse, une fille du genre à ramener un garçon différent chaque soir ou encore une qui passe son temps à parler fort au téléphone… Je crois que je me monte la tête, je suis sûre qu’elle sera sympa. L’avantage à New York, c’est qu’il y a des taxis partout. J’en dégote un presque tout de suite, en levant simplement la main sur le bord du trottoir. Le chauffeur, un vieux monsieur, m’aide à faire tenir mes deux valises dans le coffre en jurant dans sa barbe à cause de la difficulté de la tâche. L’une abrite mes vêtements, l’autre contient une partie de mes livres et mes produits de beauté. Par produits de beauté, je veux dire trousse de toilette minimaliste et crème hydratante. Ah, et du mascara aussi, mon unique maquillage. Je suis plutôt du genre à passer cinq minutes dans la salle de bains, juste le temps de me doucher et de me redonner une apparence humaine.
Pendant le trajet, j’appelle ma mère pour la rassurer et lui dire que je suis bien arrivée, mais elle passe son temps à ravaler ses sanglots en silence, pensant que je ne m’aperçois de rien. C’est la première fois que j’entends ma mère craquer et pleu rer, elle d’habitude si implacable qu’elle peut paraître froide. Lorsque j’arrive enfin, je paie le chauffeur qui m’aide à reprendre mes bagages puis je le regarde s’en aller, immobile dans le parking de l’hôtel, ayant franchement du mal à réaliser que je l’ai fait. Je suis ici, à New York, prête à intégrer sa grande université afin de devenir médecin. Que demander de plus ? Moi, la petite Parisienne que personne ne regardait, celle qui s’est toujours sentie rejetée et misérable, je suis sur le point de passer ma première nuit à New York City, et de débuter le reste de ma vie. À peine installée dans ma chambre, en dépit de ma l ongue sieste dans l’avion, je sombre rapidement dans un sommeil paisible.
*
« Bonjour New York ! Il est six heures et une belle journée ensoleillée s’apprête à commencer, surtout prévoyez la crème solaire… » J’abats ma main sur le réveil en grognant ; décidém ent, le matin, ce n’est pas pour moi. Je préfère de loin les bonnes grasses matinées au lit avec pour seuls compagnons un livre, les rayons du soleil qui filtrent entre les volets et la musique de mon iPod dans les oreilles. Pourtant, lorsque je réalise que je vais me rendre pour la première f ois à l’université, une vague d’excitation me submerge et me donne la force de sauter du lit pour me ruer dans la salle de bains. Une fois fraîche et bien réveillée, j’enfile une petite robe bleu ciel, des Converse de la même couleur et ma veste en jean favorite, puis me précipite hors de la chambre pour ne pas arriver en retard, fâcheuse habitude que j’ai depuis toujours. Le soleil illumine à merveille la pièce et j’en profite pour me regarder une dernière fois dans le miroir surplombant la jolie coiffeuse baroque, en espérant qu’il me donne l’air plus belle. Pourtant, la fille que je vois est la même que dans l’obscurité, toujours trop quelque chose : trop petite, trop naïve, trop coincée, trop… tout. — Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? — Sûrement pas toi, abrutie ! je réponds avec une v oix masculine en pouffant comme la dernière des idiotes. Avec un soupir résigné, je quitte enfin la chambre pour me rendre au campus universitaire. Je me ronge les ongles bien plus que de raison pendant le trajet en taxi. Dans quelques minutes, la suite de mes études et de ma vie sociale va se déterminer. Je pourrais tout aussi bien tomber sur une super colocataire que ne pas réussir à m’adapter. Bon, je dramatise peut-être légèrement mais je n’ai jamais supporté la nervosité, et elle est e n ce moment à son paroxysme. Il faudrait réellement que j’arrête de toujours envisager le pire. Le campus est pour le moins impressionnant. Je l’avais déjà vu en photo mais il est bien plus imposant et plus beau en vrai. J’ai l’impression qu e tout est plus grand ici. Les Américains voient les choses en grand. Je tente fébrilement de me frayer un chemin à travers la foule d’étudiants qui traverse la pelouse et entre dans l’établissement. L’angoisse croît en moi à mesure que je m’approche de ma chambre, et le couloir dans lequel j’avance semble démesurément s’allonger. J’ai imaginé un millier de scénarios de ma rencontre avec ma colocataire et aucun n’est parvenu à calmer les battements de mon cœur. Je ne peux m’empêcher de me poser des tonnes de questions. Et si elle ne m’aimait pas ? Et si elle était invivable et impolie ? Je ne pourrais pas finir l’année dans ces conditions. Lorsque je frappe à la porte, mes angoisses s’évanouissent. C’est une grande blonde magnifique qui m’ouvre, un large sourire sur son visage angélique, et elle réussit à faire taire toutes mes craintes.
Chapitre2
Mia
Ravie de te rencontrer. Je m’appelle Amber. — Moi c’est Mia, enchantée, je réponds en souriant, dans un accent américain irréprochable. Mon père est américain, natif de Californie, et il voulait que ses enfants sachent parler couramment l’anglais. À la maison nous parlions donc souvent anglais, ce qui fait qu’aujourd’hui on ne pourrait pas faire la différence entre un Américain pure souche et mon frère et moi. J’entre dans la chambre avec mes deux valises, parcourant des yeux la petite pièce exiguë qui va me servir de chez-moi pour les années à venir… et je sens la claustrophobie s’emparer de moi. Je ne suis pas très exigeante, j’ai même l’habitude de me contenter du peu qu’on me donne, en revanche je ne me vois pas du tout vivre ici pendant plusieurs années. — C’est pas super grand mais j’espère que tu vas t’y plaire, et puis tu as de la chance : je ne ronfle pas trop, plaisante Amber, les mains sur les hanches et le regard avenant. J’ignore si c’est ma venue qui la met de si bonne h umeur ou bien si elle est tout le temps comme ça, mais mes pensées s’envolent à mesure que je la contemple. C’est fou comme elle est belle. Elle a de quoi filer des complexes avec sa chevelure blonde coupée en un carré indiscipliné et ses longues jambes de mannequin. Son visage angélique irradie et, pour une raison que j’ignore, je sens qu’on va bien s’entendre. — Si tu ne ronfles pas, je devrais survivre, je rép onds sur le même ton tandis qu’elle rit franchement. Alors euh… Qu’est-ce-que tu étudies ? Je m’efforce de faire la conversation afin de vaincre ma timidité, qui est la conséquence d’un manque de confiance. J’ai toujours été très repliée sur moi-même, j’évitais même les miroirs pour ne pas croiser mon reflet, que je n’ai jamais aimé. Le pire, c’est que je manque aussi de confiance sur le plan psychologique. Je me suis toujours sent ie inférieure aux autres, moins intéressante, moins importante, malgré mes capacités intellectuelles. Alors cette fille si jolie et si sûre d’elle m’impressionne et me donne du fil à retordre dans cette lutte acharnée contre mon insociabilité. — Je suis en première année de médecine. Je devais partager une chambre avec l’une de mes amies mais elle a finalement emménagé avec son petit copain, alors me voilà ! Et toi ? — Même chose, je me lance en médecine. Tu viens de New York ? J’imagine que non, autrement tu ne logerais pas dans le campus, si ? — Bonne déduction, pourtant je suis new-yorkaise mais mes parents habitent à l’autre bout de la ville donc c’est beaucoup plus simple pour moi de vivre ici. Je suis un peu du genre feignasse. — Oh je vois, je dis en riant. On est deux dans ce cas ! — Et toi, d’où tu viens ? — De Paris. Elle a l’air très étonnée. — Paris… comme le Paris de France ? — Oui, celui-là même, à moins qu’on ne l’ait déplacé ! je réponds en riant de plus belle. — Waouh ! Eh bien je peux te dire que tu n’as pas du tout l’accent français, je pensais même que tu étais américaine. — Je le suis du côté de mon père, il vient de Californie. — Tout s’explique ! Bon je te laisse t’installer, je vais faire un tour. On se voit en cours tout à l’heure. Je lui offre mon plus beau sourire tandis qu’elle quitte la chambre. Je suis plutôt satisfaite de
cette première rencontre, Amber a l’air tout simplement géniale et j’apprécie déjà le peu que j’ai vu d’elle. La visite n’est pas longue car nous n’avons qu’une seule pièce, la salle de bains et la cantine étant des salles communes. Je me contente donc de ranger mes affaires dans l’armoire qui m’est attribuée en imaginant à quoi va ressembler ma vie ici. Une chose est sûre : je vais me concentrer sur mes études sans me laisser distraire par quoi que ce soit, et surtout pas par les garçons. Mon premier cours ne commence que dans une demi-heu re, j’ai donc le temps d’aller chercher mes clefs dans le bureau du responsable des chambres, qui se situe à l’autre bout du couloir. Je croise une dizaine d’étudiants mais aucun ne me jet te un regard, j’ai l’impression d’être transparente et je préfère garder les yeux rivés su r le sol. Une fois au bureau, je n’ai qu’à me présenter et à donner une preuve de mon identité pour récupérer mes clefs. En chemin vers mon premier cours, je décide d’appel er ma mère pour lui faire part de mes premières impressions. Notre appel est ponctué de « Je t’aime », de « Tu me manques » et surtout de « Fais bien attention à toi et achète une bombe lacrymogène avant la fin de la journée ». Je crois que cette soudaine distance géographique est difficile à supporter pour ma mère. Lorsque j’entre dans l’amphithéâtre, il est déjà bondé alors que le cours n’a pas commencé. Il va sans doute falloir que j’apprenne à arriver en avance, ce qui représente pour moi un sacré défi. En montant les marches, j’aperçois Amber avec qui j’échange un signe de main. Malheureusement, il n’y a pas de place libre autour d’elle et je m’assieds donc à côté d’un garçon que je ne connais pas. Réflexion faite, c’est plutôt normal étant donné que je ne connais personne. Le cours se déroule très bien, le professeur est amusant et explique avec beaucoup de clarté, si bien que j’ai le temps de tout comprendre et de tou t noter. C’est tellement passionnant que je ne vois pas le temps passer jusqu’à l’heure du déjeuner. Je range mes affaires dans mon sac à dos et sors de la salle au moment où Amber me rejoint, accompagnée d’une jolie rousse avec des taches de rousseur. — Mia, je te présente Katy. Katy, voici Mia, c’est ma nouvelle coloc ! s’exclame-t-elle avec un sourire espiègle. Je souris poliment en saluant Katy. — On s’apprêtait à aller manger avec quelques copai ns, tu veux venir ? Ça te permettra d’élargir ton cercle d’amis, me propose Amber avec un clin d’œil complice. Cette fille est une perle. Je la remercie timidement et la suis hors du bâtiment. Nous nous mêlons à des groupes d’étudiants éparpillés autour d’une immense fontaine sur une vaste pelouse verte qui appelle aux pique-niques et aux roulades. Nous sommes au tout début du mois de septembre et la chaleur estivale se fait encore sentir. C’est le meilleur moment de l’année, lorsque l’été s’efface lentement devant un automne pressé de prendre sa place. Nous nous joignons à un groupe constitué de deux garçons et d’une fill e, déjà installés dans l’herbe. Je sens leurs regards peser sur moi lorsque je m’assieds, ce qui fait grimper la température de mes joues et leur donne cette teinte rouge coquelicot que je connais bien. — Les gars, voici Mia, ma nouvelle coloc et amie ! Soyez gentils, elle ne connaît personne ici, avertit Amber tandis que je baisse la tête, gênée. Après un léger blanc, l’un des garçons se présente : — Je m’appelle Andrew, ravi de te rencontrer Mia, dit-il chaleureusement en me tendant la main, que je serre en tentant de faire bonne figure. Andrew est un beau jeune homme d’environ deux ans de plus que moi, qui a de grands yeux bleu océan et des cheveux châtain clair qui lui donnent un air juvénile vraiment mignon. L’autre, Sam, est un brun à la musculature un peu trop développée pour que ça paraisse naturel mais qui a l’air plutôt sympa, même s’il m’a quasiment broyé les doigts en me serrant la main. Quant à Mandy, je devine au regard froid et dédaigneux qu’elle me lance qu’elle ne m’apprécie pas. Elle ne fait aucun geste montrant qu’elle a remarqué ma présence et continue à chuchoter à l’oreille de Sam, son petit copain, en lui agrippant le bras comme s’il était une bouée de sauvetage. Je comprends rapidement qu’elle est en train de marquer son territoire, et j’aimerais la rassurer en