Nutty Valentine's

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27 pages
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Description

Aux éditions Nutty Sheep, la Saint-Valentin ne se fête pas comme partout ailleurs... Pour le mouton en slip, les histoires d'amour finissent mal, très mal.



Une anthologie regroupant douze textes courts qui, sans aucun doute, sauront vous surprendre.



Auteurs : Dean Venetza, Christelle Pacaud, Linda Vanden Bemben, Patrick Boutin, Arnaud Rakitch, Alice de Castellanè, Sandrine waronski, Béatrice Ruffié Lacas, Docteur Saint-Janvier, Edwige, L.Williams.

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EAN13 9791034201082
Langue Français

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Anthologie Nutty Valentine’s : Les histoires d’amour finissent mal…
Table des matières
LE SAULE
UNE DERNIÈRE NUIT AVEC ELLE
HARA KIRI
BLANC
LE MARIAGE D’OUTRE-TOMBE
HONORINE DE BRABANT
PAR AMOUR
RETROUVAILLES
DÉSIRÉ
PIERRE. FEUILLE. CISEAUX…
CÈDRE
LA BELLE
MENTIONS LÉGALES
Le saule
Par Dean Venetza
Il avait toujours été là, mais personne ne prêtait vraiment attention à cet arbre. Ce jour-là pourtant, Aurore avait levé les yeux sur lu i. Par hasard. C’était un saule blanc solitaire, à l’écart de la f orêt, se dressant à deux pas du vieux ruisseau. Au moindre soupir de la brise, il secouai t sa tête et son feuillage fin, bruissant harmonieusement. Le crépuscule venant, le soleil s’ infiltrait entre ses branches et s’effilait comme un voile de soie. Ainsi, discrètem ent, selon les heures, il jouait avec le vent, avec la lumière, avec la rosée du matin. Son écorce froncée témoignait de son âge. Ses nœuds, ses rides, ses branches coudées dén otaient un fort caractère et contredisaient l’image de docilité qu’on associait à son espèce. On disait les saules blancs compagnons de Circé, la magicienne, et gardi ens soumis des Enfers. On racontait aussi qu’ils étaient amis de la Lune e t ne vivaient véritablement qu’une fois le soir tombé. À la fin de l’été, Aurore fut soupçonnée d’avoir un étrange amant. En guettant par les volets entrouverts, les voisins la voyaient souvent , de nuit, s’en aller en direction de la forêt. Aurore était une fille mystérieuse, plus att irée par le vent que par les humains. Sa chevelure d’ébène et ses formes de sylphide suscita ient parfois l’envie, souvent la jalousie. Il n’en fallait pas davantage : les rumeu rs se mirent à courir – discrètes toutefois, car les bois recèlent bien des pouvoirs. Quel étranger, quel monstre, côtoyait-elle si assidûment ? Quelle vengeance subirait-on, si l’on parlait trop ? Nuit après nuit, alors que l’automne s’installait, on l’observait, on l’épiait d’aussi loin que possible, bien que personne n’osât jamais la su ivre. Un matin d’hiver, elle ne revint pas. On préjugea qu’elle s’était enfuie avec son amant ; la rumeur enfla rapidement. Son corps fut retrouvé par hasard, quelques jours p lus tard. Il fallait y regarder à deux fois pour le distinguer. Sa chair blanche, ent re les branches sombres, se fondait dans la neige. Trois corbeaux cognaient la couche d e gelée de leurs becs. Aurore était entièrement nue. Sur sa peau, les veines se dessina ient comme des zébrures de marbre. Elles ressemblaient, curieusement, aux circ onvolutions de la ramure du saule. Ses cuisses chevauchaient l’entame d’une haute bran che, ses bras en enlaçaient une autre passionnément. La neige s’éparpillait sur l’é corce, dans le prolongement de ses doigts, et quelques rameaux entrelacés, glissés sou s sa chevelure, soutenaient sa nuque et lui dessinaient une étrange auréole. Son e xpression figée semblait hésiter entre l’extase et la terreur. On aurait cru que l’a rbre avait poussé en un instant, ou s’était animé, pour épouser ces formes humaines. Le saule et Aurore suivaient les mêmes courbes et se pliaient des mêmes angles. Une jeune branche, fine, glissait sur son épaule, courait sur sa gorge telle la main d’un amant, contournait son sein. Une autre – les femmes se signèrent soudain – avait pén étré son ventre. Extase ou mortelle douleur ? Nul n’osa se prononcer.
Les hommes détournèrent à leur tour le regard et crachèrent pour conjurer le sort. — C’est une sorcière, décida l’un d’eux. Que les co rbeaux la dévorent ! Mais ceux-ci ne picoraient la glace que pour mieux la lisser. Ils ne voyaient là aucune nourriture, seulement deux arbres enlacés.
Une dernière nuit avec elle
ParChristelle Pacaud
22 h 54. Putain, comment j'ai pu en arriver là ! Co mme un con dans cette bagnole à attendre de voir ma vie se briser. À me geler dans la Clio. À guetter, sans même pouvoir passer le temps avec autre chose. La radio allumée ne me détend pas, le fond sonore musical entrecoupé de slogans publicitaires me met presque encore plus sur les nerfs. Plus rien ne me sort mon objectif de la tête. Je me sens piégé dans cette carcasse à regarder les minutes numériques s'égrene r lentement. J'en ai vu des couples passer, main dans la main, sur le trottoir d'en face, se dirigeant avec enthousiasme vers le resto où ils passeraient la so irée en amoureux. Les yeux brillants, les regards coulés l'un dans l'autre, le pas cadenc é en chœur. Des hommes en costume avec, à leur bras, de superbes femmes moulé es dans leurs robes. Du rouge, du rose, du noir satin : un vrai défilé. Chacune de leurs courbes semblait caressée par le tissu à chaque soubresaut de leurs pas, rythmés par le claquement des talons. Elles seront couvertes de cadeaux avant le soir, parfois elles ont déjà un superbe bouquet dans les bras, sous prétexte que nous sommes le 14 février. En même temps, combien de fois en ai-je moi-même offert de ces sublimes fl eurs ? Tous les ans, moi aussi, je me suis fait prendre au jeu. Tous les ans, moi aussi, je la gâtais à cette date. Pas cette année, non. Je n'ai rien acheté. C'est fo utu, de toute façon, à quoi bon continuer de faire semblant ? Il faut que chacun as sume sa part de responsabilité. Elle comme moi. Il fait froid, le moteur et le chauffage sont étein ts depuis mon arrivée sur le boulevard : j'ai les mains glacées, même en soufflant dessus. J'aurais peut-être dû prendre des gants... Il n'y a...