Oiseaux de Paradis

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Meghan Turner a quitté sa ville natale il y a sept ans. Aujourd’hui, elle y revient pour passer des vacances chez Nora, sa meilleure amie, mais aussi pour fuir une relation qui ne lui correspond plus. Meghan a besoin de changement et il semblerait que les amis de Nora soient bien capables de le lui apporter. Seulement, il n’est pas si aisé de faire une croix sur son passé, surtout au milieu d’une ville dont on connaît les fantômes...


Qui est réellement Meghan Turner ?


Chassez le naturel, il reviendra à tire-d’aile...

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EAN13 9782819100843
Langue Français

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OISEAUXDE

PARADIS

 

 

 

Du même auteur aux Editions Sharon Kena

 

 

 

En apesanteur

Les neuf Gardiennes des Arts

L’énigme 2+0=3 - Saison 1

L’énigme 2+0=3 - Saison 2

L’énigme 2+0=3 - Saison 3

L’énigme 2+0=3 - Saison 4

L’énigme 2+0=3 - Saison 5

Pas toujours sur le droit Chemin

Pas toujours du pareil au même

 

 

 

 

 

 

 

 

OISEAUXDE

PARADIS

 

Rachel BERTHELOT

 

 

 

 

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« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »

 

 

© 2016 Les Editions Sharon Kena

www.leseditionssharonkena.com

 

 

REMERCIEMENTS

 

Je voudrais remercier mes bêta-lecteurs qui ont donné beaucoup de leur temps pour m'aider à améliorer ce roman : Maman, Lisa, Alicia et Kévin.

Il faudrait que je remercie également les auteurs des encyclopédies que j'ai consultées, mais ce serait pousser le vice un peu trop loin... Je me contenterai donc de dire merci à deux de mes informateurs : Papa, qui adore les oiseaux, et Jonathan, qui n'a pas appelé la police !

Merci à Cyrielle qui a cru en ce livre, aux correctrices de la Maison d'Édition et, bien sûr, à toi, lecteur !

Et enfin, merci à celle qui m'a inspiré le personnage de Isley...

 

 

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The Notebook - Nicholas Sparks

 

 

 

 

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Le sortilège de Désarmement est un enchantement défensif permettant au sorcier qui l’utilise de désarmer un adversaire. Il a pour formule Expelliarmus.

 

SagaHarry Potter - J.K. Rowling

 

Table des matières

 

 

 

1

2

3

4

5

6

7

8

9

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11

12

13

14

15

Épilogue

 

 

1

 

 

 

Nora passe la porte du Black Cat Bar et le brouhaha intérieur assaille nos tympans : on dirait bien que l’ambiance a décollé sans nous. Je la suis en direction du comptoir où le barman tape la discute avec un client. Je pose mon regard un peu partout pour éviter de réfléchir ; la décoration est assez bizarre, un peu comme si elle avait été faite par plusieurs personnes qui ne se seraient pas concertées... Mais c’est une question de goût, j’imagine. Au moins, on est de sortie et non enfermées dans son appartement ! Ça y est, je me remets à cogiter. Je grimpe sur le tabouret vintage à gauche de ma camarade, observant les bouteilles et autres luminaires derrière le comptoir en attendant de pouvoir commander.

— Ça va, Meg ?

Je repose mon attention sur ma meilleure amie et lui souris avant de hocher la tête.

— Tu viens souvent ici ?

Elle hésite une seconde avant de répondre :

— Régulièrement, disons.

— Ça a l’air... plutôt cool.

À ses yeux braqués sur moi, je devine sa suspicion. C’est qu’elle me connaît bien, peut-être plus qu’elle ne le devrait. Avant que je ne puisse feindre un « Quoi ?! » totalement innocent, le barman se décide à me sauver la mise :

— Salut, Nora. Que puis-je pour vous, mesdemoiselles ?

Régulièrement, hein ? Assez pour que Mister Beau Brun connaisse son prénom, en tout cas ! S’appuyant sur le bar, elle réfléchit un instant alors qu’il a quasiment le nez dans son décolleté.

— Deux cocktails pas trop corsés pour commencer, merci.

Je tique en entendant sa demande. Il s’affaire immédiatement et je la fixe, un sourcil haussé.

— Pour commencer...?

— Il est encore tôt, sourit-elle.

— Nora !

Je pivote en même temps que l’intéressée pour découvrir l’origine de cette voix masculine. C’est effectivement un autre mâle qui vient à notre rencontre ; le style branché et beau gosse, qui le sait et en joue. Le genre que toutes les filles adorent, ou presque. La chemise légèrement ouverte est de trop pour moi...

— Salut, Brody ! Ça va ?

Il me détaille une seconde avant de lui accorder à nouveau son attention.

— Très bien, et toi ? T’as une nouvelle amie ?

Je me demande quel est le véritable sens de sa question. Son regard me transperce et un petit sourire étire le coin de ses lèvres, ne dissimulant plus rien de son attrait. Très séduisant. Nora me sort de ma rêverie :

— Une ancienne, en fait. Meg, je te présente Brody.

— Ravi de faire ta connaissance, affirme-t-il.

Son expression en dit assez long pour que...

— Je n’en doute pas.

Je me pare d’un sourire forcé, déclenchant l’hilarité de mon amie.

— Détends-toi, chérie, il a pas l’intention de te draguer.

— Ah bon ? s’étonne-t-il. Pourquoi, c’est ta copine ?

Elle hausse les épaules et répond comme si je n’étais pas à côté :

— Non. Cependant, si tu tiens à la vie, je te conseille de ne pas lui faire ton baratin habituel.

Sans prêter plus d’attention à ses mises en garde, il se tourne vers moi et ironise :

— Alors, quoi ? T’es allergique aux mecs ?

— Juste aux imbéciles.

Brody ricane et je profite que le barman revienne vers nous pour me détourner. Ce dernier dépose un cocktail rose devant Nora et un bleu devant moi, et je ne rechigne pas à attraper mon verre.

— À ta visite ! déclare triomphalement mon amie. Puisse-t-elle durer encore plusieurs siècles !

Je me moque gentiment avant de trinquer :

— À nous !

On goûte nos philtres d’amour pendant que son pote passe commande juste derrière moi. Ce n’est pas mauvais du tout mais je ne crois pas en avoir déjà bu... et pour tout avouer, je n’ose pas vraiment demander ce que c’est.

— De passage alors ? lance Brody par-dessus mon épaule.

Puisque Nora engage la conversation avec le jeune homme derrière le comptoir, je pivote lentement pour faire face au dragueur et sa bière, sans pour autant lui répondre. J’observe un moment les traits presque enfantins de son visage, en opposition totale avec sa mâchoire carrée et sa petite barbe parfaitement taillée. On se jauge de longues secondes avant qu’il ne craque.

— T’es hyper bavarde, raille-t-il, c’en est agaçant !

— Oui, je suis de passage. Et Nora a raison, je ne suis pas intéressée.

Son air étonné me fait froncer les sourcils.

— Quoi ?

— C’est bizarre, parce que t’es pas lesbienne.

Eh bien, si ça, ce n’est pas original... Je secoue la tête en soupirant.

— Qu’est-ce que tu en sais, au juste ?

Il me reluque encore de la tête aux pieds, comme si je passais une sorte d’examen au rayon X. Je me félicite de ne pas avoir mis la robe bleue ultra-transparente que Nora voulait que j’enfile.

— Ça se voit, lâche-t-il comme une évidence. Je lis en toi comme dans un livre ouvert !

Partagée entre l’agacement et l’amusement, je prends une nouvelle gorgée de potion magique. C’est vraiment une technique d’approche minable.

— Admettons que ta supposition soit juste. En quoi est-ce que c’est « bizarre » qu’une hétéro ne veuille pas de toi ?

Il fait un geste vague qui le désigne tout entier.

— Tu ne m’as pas bien vu ?

Je lève les yeux au ciel, ce qui le fait bêtement ricaner.

— Moi, je dis ça pour toi... Je serai probablement le seul mec à t’aborder ce soir.

On peut dire qu’il sait parler aux femmes. Tout à fait ce qu’on rêve d’entendre : qu’en nous draguant, ils jouent les bons samaritains. Je siffle entre mes dents :

— Sympa...

Il boit une gorgée avant de me répondre.

— Quoi ? Elle t’a rien dit ?

— La ferme, Brody.

Me retournant, je croise les éclairs que Nora lui lance avec ses yeux habituellement marron ; ils sont légèrement plus sombres dans cette lumière... ou quand elle est furax. Et comme j’attends patiemment, elle finit par avouer :

— J’ai pensé qu’aller dans un bar fréquenté en majorité par des gays ne te poserait pas de problème...

Après quoi elle descend le reste de son cocktail. Le seul à m’aborder ce soir... Je comprends mieux, maintenant. Elle n’a pas eu tort, vu que croiser des mecs en manque est la dernière chose dont j’ai besoin. Mais dans ce cas, une question me brûle les lèvres :

— Pourquoi il n’est pas gay, lui ?

Je sais que je l’ai dit assez fort pour que Brody entende. Tant mieux. Nora grimace :

— Parce que tu n’as vraiment pas de bol, chérie.

On échange un sourire complice. Le sujet de ma malchance vient se poster entre nous, les bras croisés, et pris par une réflexion intense.

— Je comprends toujours pas pourquoi ça t’embête que je te drague, puisque t’es hétéro !

Un soupir s’échappe de mes lèvres.

— Il est toujours comme ça ?

— Au début, oui, concède mon amie. Au bout d’un moment, il se calme.

— T’as été trompée par ton ex qui est un sale enfoiré de bas étage ? tente-t-il de deviner.

À mon tour de finir ma commande cul sec. Je repose ensuite mon verre sur le bar et mon regard sur le Don Juan.

— Ça m’étonne pas que tu sois célibataire, sans vouloir te vexer.

Il sourit et fait un pas vers moi.

— On oublie donc la tromperie...

Apparemment, ce petit jeu l’amuse beaucoup. Je ne peux pas en dire autant de moi ! Je souris ironiquement :

— Tu fais des études de psy ?

— Pas besoin. T’es transparente. Sans vouloir te vexer.

Je souris à sa moquerie et il fait de même.

— Si seulement c’était vrai ! j’ironise.

Il esquisse un autre pas dans ma direction mais Nora le retient par une main sur son épaule, en digne louve protectrice.

— Reste à distance de ma copine, tu veux ?

Je ricane devant la grimace de l’accusé.

— Je découvrirai ton histoire tôt ou tard, Meg ! promet-il avec conviction et en levant sa bière.

— Toujours aussi déterminé, ce Brody !

Notre attention se détourne aussitôt sur un petit groupe qui vient de nous rejoindre...

— Hey ! Salut la compagnie !

Et dont je suis visiblement la seule étrangère. Pour changer. J’imagine qu’il s’agit là de ma punition pour avoir déserté le territoire... Nora s’écarte pour embrasser l’une d’entre eux. Sur la bouche. Et ce n’est que lorsqu’elle s’écarte que je la reconnais. Après réflexion – et observation –, je n’aurais pas pu la confondre avec quelqu’un d’autre.

— Lauren, je te présente Meg.

— La célèbre Lauren !

J’ai vu tellement de photos d’elle sur le profil de ma meilleure amie... C’est un peu comme si je la connaissais déjà.

— Elle-même, sourit-elle. Ravie de te rencontrer enfin, j’ai beaucoup entendu parler de toi !

On jette un œil accusateur à Nora qui fait semblant de ne pas se sentir concernée. Lauren reprend donc :

— Voici Isley et Sean.

— Bonjour ! je lance aux tourtereaux.

Les deux étudiants me saluent à leur tour. Sean est un brun aux reflets roux qui nous dépasse d’une tête et tient Isley par les épaules. Quant à elle... Disons que ses cheveux turquoise sont très originaux et accrochent un peu trop mon regard pour que je la détaille davantage.

— Ah, ça y est ? Sean a changé de bord ? s’esclaffe Brody.

L’intéressé le fusille du regard. Ce n’est peut-être pas un couple, finalement. Je me tourne vers lui avant de sourire :

— T’aimerais bien être à sa place, hein ?

Parce que maintenant que je me suis – relativement – habituée à sa couleur, je dois admettre qu’Isley est plutôt jolie : un visage fin, le regard clair, une silhouette élancée. Elle tient la main de Sean en fixant Brody avec petit sourire et, à en juger l’air renfrogné de ce dernier, je crois bien que le bourreau des cœurs n’y est pas insensible. Elle éclate de rire.

— Ouais, il est dingue de tout ce qu’il ne peut pas avoir !

C’est donc ça. Elle m’adresse un clin d’œil avant de s’écarter de Sean pour le pousser vers lui.

— Alors qu’ils feraient un couple si mignon !

— C’est ça, ironisent les concernés en chœur.

— Viens, m’invite Nora, on va s’asseoir.

Elle attrape ma main gauche et n’attend pas mon consentement pour m’entraîner vers les banquettes. Enfin, ce qui aurait été des banquettes dans n’importe quel autre bar... Je m’arrête à quelques pas, analysant le sofa violet avant de m’asseoir dessus.

— C’est un groupe d’amis qui a décidé de retaper cet endroit, m’explique Lauren. Ils ont récupéré presque tous les meubles !

D’où le côté rétro ; pas mal comme idée. Je lisse ma jupe et m’installe face à elle et Nora, déjà en pleine conversation. Isley et Sean se posent à ma droite ; Brody n’a visiblement pas suivi le mouvement. Quel dommage... Satisfaite par cette configuration, je croise les jambes et m’adosse au canapé, tout en baladant mon regard sur les autres occupants du pub.

— On va prendre à boire ; bière pour tout le monde ?

Je hoche la tête comme les autres alors que Nora repart avec sa... son amie. Je me tourne vers ma voisine.

— Je pensais qu’elles n’étaient plus ensemble.

Isley hausse les épaules en acquiesçant.

— C’est aussi ce que je crois. Au moins une fois par semaine !

Mh... Détournant mon attention pour la reposer sur celles qui viennent de nous quitter, je les vois plaisanter au bar et apparemment se taquiner. Intéressant. Je vais devoir la faire passer aux aveux. Je ne pourrais pas vivre bien longtemps sans tirer cette situation au clair !

— Et donc, t’es qui au juste ?

Je me tourne vers Sean avec un sourire.

— Une amie de Nora.

— Sa meilleure amie, me rectifie Isley. Elle parle tout le temps de toi. Mais inutile de lui dire que je l’ai balancée...

— Je ne dirai rien !

— Ça fait longtemps que t’es là ? reprend le mec de la bande.

Ça y est, début de l’interrogatoire. Je souris à cette perspective qui aura le don de me changer les idées.

— Depuis ce matin.

— Et tu restes tout l’été, ou...?

Ne sachant pas moi-même la réponse à cette question, je la joue mystérieuse.

— L’avenir nous le dira. J’ai pas d’impératif, en tout cas !

— Cool, répondent-ils en même temps.

— Attention ! Ne bouge pas !

Nora passe juste au-dessus de ma tête avec cinq bières, manquant d’en renverser au passage. Sean lève les yeux au plafond.

— Ce n’est pas justement pour éviter ça que vous avez été les chercher à deux ?!

C’est vrai ça, où est passée Lauren ? Elle répond à la pique de Sean par un regard noir, après quoi elle lui donne une bouteille.

— Elle arrive. La ferme et bois.

Puisque je ne la vois pas au comptoir, je jette un œil à Isley qui me fait signe de la boucler aussi. J’attrape la bière que mon amie me tend et la lève à mes lèvres.

— Hey ! On trinque d’abord !

Je baisse à nouveau le goulot.

— Rabat-joie.

Mais un sourire radieux éclaire subitement son visage et elle déclare tout haut :

— À Lauren, qui fête son vingt-troisième anniversaire !

Je me retourne pour admirer la vedette qui était visiblement partie se changer ; elle a troqué son jean et son débardeur contre une robe à paillettes rouge. Flashy, on ne peut pas le nier, mais très jolie. Elle met en valeur le doré de son teint et sa longue chevelure d’ange blond.

— Joyeux anniversaire ! s’exclame-t-on d’une même voix.

— Canon ! s’exclame Sean.

— Merci, merci.

J’ajoute avec sincérité :

— Il a raison, ça te va très bien.

Elle tourne sur elle-même, nous faisant profiter de sa tenue, puis rejoint Nora pour lui voler un baiser. Et dire que j’ai cru qu’elles étaient définitivement en froid...

— Encore merci, minaude-t-elle.

— Elle te va à la perfection.

Alors que Nora se penche pour l’embrasser, je détourne mon attention pour boire un coup et leur laisser un semblant d’intimité. Isley vient à mon secours :

— Bon, on va apprendre à mieux te connaître ! Tu tiens l’alcool ?

Haussant un sourcil, je la dévisage une seconde, à la recherche du lien entre ses deux phrases.

— Ouais, répond Nora. Vous êtes mal tombés si vous espérez la faire parler.

— J’adore les challenges. Et puis, toutes les langues se délient après quelques verres...

Isley me sourit d’un air malicieux et je fais de même :

— Tu dis ça parce que tu ne connais pas ma langue...

Je relève la bouteille à mes lèvres et en bois une autre gorgée sous son regard intrigué. Sean tapote sur son épaule avec compassion.

— Je crois qu’on a trouvé un esprit aussi mal tourné que le tien.

— Impossible, réfute Lauren.

— Oh si, confirme Nora. Vous n’imaginez pas à quel point.

Je ricane avec cette dernière, vu qu’elle semble déterminée à me griller.

— Ne me fais pas passer pour ce que je ne suis pas !

Elle secoue la tête.

— Ce n’est pas mon genre, mais tu vas devoir faire un effort. Isley a besoin d’un minimum d’info’ pour t’attribuer un piaf.

Un très distingué « Hein ? » m’échappe. Me tournant vers la concernée, je la surprends à me détailler. Nora continue son explication.

— Elle donne un nom d’oiseau à toutes les personnes qu’elle croise. Moi, je suis un cygne, pour des raisons évidentes...

Ouais, vu qu’elle est accro à la danse depuis gamine, je suppose que ce surnom représente plutôt bien ma meilleure amie. Isley poursuit :

— Lauren, elle est toujours en train de picorer, donc...

— Je suis une poule, tranche platement l’intéressée.

— Sean, c’est un perroquet. Évite de lui confier des secrets, il ne tient pas une semaine.

Je souris alors qu’il hausse les épaules en confirmant d’un hochement de tête. L’experte en volatiles me met au défi :

— Brody est quoi, d’après toi ? C’est le plus facile !

Tournant la tête vers le bar, je le vois fricoter avec deux nanas, de toute évidence venues ensemble. Un oiseau... Je ne m’y connais pas du tout mais je suppose que ça doit être logique. D’après ce que j’ai pu voir, il est déterminé, imbu de sa personne et... frimeur. Je me lance :

— Un paon ?

— Excellent ! T’as tout compris ! se réjouit-elle.

Son enthousiasme ne m’ôte absolument pas ma perplexité.

— Ok. Et toi, tu es... quoi ?

— Un oiseau de Paradis, papillonne-t-elle.

Isley rejette sa chevelure bleutée en arrière pour bien appuyer son propos et les filles éclatent de rire. Okay... Ça doit être hyper coloré. Sûrement.

— Je vois... Eh bien, j’suis pas certaine d’avoir envie de connaître mon « oiseau totem ».

Je grimace, sauf que la demoiselle ne tient pas compte de ma réticence :

— Une corneille, je dirais.

— Ouch ! grimace Lauren. Je préfère encore être une poule, je crois !

Je lui jette un œil craintif, puis affronte le jugement d’Isley.

— Pourquoi ?

— Je n’sais pas trop. Ton côté dark ; vêtements noirs, cheveux noirs – sacrée tignasse en plus, maquillage smoky et regard sombre... Ça fait très « corneille ».

Ça ne me plaît vraiment pas. Elle hoche pourtant la tête de haut en bas pour appuyer ses propos et je tente vainement de me défendre :

— Ce n’est pas de ma faute si j’ai les yeux bruns...

— Fallait pas en rajouter avec du crayon noir, alors !

Elle descend un peu le niveau de sa bière. Je l’imite avant de tenter :

— Ça t’arrive de revenir sur ta décision ?

— Quand il y a réincarnation, répond-elle sur un clin d’œil.

Je suppose que ça veut dire « non ». Je vais devoir supporter l’étiquette de la corneille jusqu’à la fin de ma triste vie ! Ou jusqu’à ce que je rentre chez moi. Voilà qui allège considérablement mon fardeau...

— Okay, on se fait une partie de « Vérité ou vérité » ? propose joyeusement Nora.

Ce jeu génial dérivé de « Action ou vérité », parce que personne ne choisit « Action » quand on est entouré de tarés. Et l’alternative est encore mieux : si on ne veut pas répondre, on boit. Quelle torture... Ça me va, je suis prête à passer la soirée à descendre des bouteilles !

— Ouais ! se réjouit Lauren. Apprenons à mieux connaître Meg... Commence par nous dire quel âge tu as !

Je me moque.

— T’es une petite joueuse...

Elle lève les mains innocemment.

— T’inquiète, les questions corsées arriveront bien assez vite.

— Mouais. J’ai vingt-quatre ans ! À Nora : quel est ton plus gros défaut ?

L’intéressée me maudit si fort que je l’entends penser avant même qu’elle ne lâche :

— Je suis une insouciante notoire et je t’emmerde.

J’éclate de rire alors qu’elle me tire la langue. Tsss, qu’est-ce qu’elle peut être vulgaire... Croisant les jambes, elle me fixe avec malice en poursuivant.

— À nouveau à toi : tu préfères passer un mois ici ou trois jours chez ta grand-mère ?

Devant l’air intrigué de notre auditoire, elle se sent obligée de préciser :

— Elle la déteste.

À peu près autant que toi en ce moment, ma grosse. Je la fusille du regard.

— On va dire un mois ici, uniquement parce que tu me parais un peu plus supportable qu’elle.

Quoique. Vu que ma meilleure amie est en plein dans son délire d’année sabbatique, je devrais l’avoir sur le dos en permanence. Au moins, ma grand-mère fait des siestes. Lauren interrompt mes divagations :

— Attends. T’es pas contente d’être là ?

— C’est pas à ton tour, j’élude en souriant. Isley : raconte-nous ta pire honte !

La demoiselle me fixe un moment, et je n’arrive pas à déterminer si elle cherche le souvenir en question ou si elle hésite simplement à le raconter.

— J’vois pas.

Je manque de m’étouffer avec ma bière :

— Quoi ?! C’est pas possible, on s’est tous tapé la honte au moins une fois !

— J’te jure qu’il y a rien qui me vient, tranche-t-elle avant de boire. Donc, à toi : t’es contente d’être là ou pas ?