On peut tout acheter - Partie 1

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Elsa vient d’accoucher à l’hôpital de Saint Brieux lès épines. Alors qu’elle attend son amie, un inconnu la supplie de l’embrasser. Il n’en faut pas moins pour que sa vie bascule.

Et que celle du multimilliardaire, Loïc Legrand, prenne une autre dimension en embrassant la petite rouquine assise sur le banc.

En voulant écarter son ennemie jurée, Juliette Brignard, journaliste du magazine Satisfaction, il déclenchera sans le savoir une cascade de catastrophes.

À cause de son impulsivité et de sa tendance au mensonge, Loïc ne mesurera pas les conséquences d’une phrase dite à la légère. Il continuera sur la voie de la déchéance en sombrant dans d’alcool, le sexe illusoire, et les folies pécuniaires.

À cela s’ajoutera l’ultime abjection : un marché sordide qu’il passera avec Elsa. Son fils s’est fait enlever, les ravisseurs exigent un million d’euros. La jeune mère sans emploi ne sait plus vers qui se tourner. Mais Loïc Legrand, le multimilliardaire, réapparaît comme magie en lui proposant un échange. Une nuit avec lui contre la somme demandée.

L’amour s’invitera dans ce méli-mélo d’enquête policière, mais sera-t-il plus fort que le destin ?

Sexe, argent, vengeance ou jalousie, ces sentiments amèneront nos héros à l’excès. Ils entraîneront avec eux leur entourage familial ainsi que leur cercle d’amis dans la tourmente.

On peut tout acheter se range dans une catégorie à part, un monde de romance, d’érotisme et de suspense.

Cette première partie vous livre un kaléidoscope des personnages.

Elsa et Loïc sauront-ils vaincre leurs peurs, leurs angoisses et leurs doutes ? Surmonteront-ils les coups bas de leur pire cauchemar, Juliette Brignard ?

***

Extrait 1 :

— Je ne suis pas une prostituée, mais pour sauver mon fils, je ferai n’importe quoi. N’importe quoi, même assouvir les désirs d’un fou furieux qui profite de ma faiblesse.

— Je ne vous demande pas de vous donner à moi, se défend-il. Je veux juste dormir à vos côtés. Juste une nuit, rajoute-t-il. Lorsque votre fils sera en sécurité. Bien sûr, cet... arrangement restera entre nous.

— Vous êtes détestable, pourquoi êtes-vous venu ? hausse-telle la voix.

— Ne criez pas...

— Tout va bien Elsa ? s’enquiert Croutelle en rejoignant la pièce principale.

— Monsieur Legrand propose de payer la rançon, déclare-telle d’une voix atone.

***

Extrait 2 :

À l’encontre de ses penchants, Elsa lui procure une sensation qu’aucune n’a déclenché en lui. Un frisson d’envie chatouille son bas-ventre en imaginant sa peau nue se coller à lui et le satiné de ses seins vibrer sous ses caresses. Son imagination le pousse à aller se masturber une nouvelle fois dans les toilettes. Tous les matins, c’est la même rengaine, ses rêves le plongent dans un lit avec elle, tantôt elle suce sa verge goulûment, tantôt elle se déshabille langoureusement dévoilant son ventre rebondi, ses hanches minces et ses seins gonflés de désir. Et tous les matins, il se soulage dans la salle de bains. C’est pratiquement devenu un rituel. Maintenant, il y pense aussi la journée.

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EAN13 9791034803293
Langue Français

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Steff S.
ON PEUT TOUT ACHETER
Première partie Couverture :Néro Publié dans laCollection Vénus Policier, Dirigée parElsa C.
©Evidence Editions2017
Chapitre 1 Hôpital de Saint Brieux lès épines, 25 juillet 2014 . Salle d’accouchement.
— Poussez, poussez !  — J’ai trop mal, retient Elsa en serrant les den ts.  — Poussez, vous y êtes presque, annonce la sage-femme.  — Ça fait mal, aïe ! Je n’y arriverais pas. Je n ’en peux plus !  — Mais si, vous êtes courageuse, allez, poussez une dernière fois, je vois la tête.
 Elsa dévale les pentes abruptes qui vont la fair e tomber dans les pommes, les lumières tournoient dangereusement, et des gouttes de sueur perlent à son front malgré la fraîcheur ambiante. Encore un effort, la sage-femme l’encourage tant qu’elle peut, mais la douleur est trop vive, quasiment insu pportable. Une dernière recommandation du praticien et elle pousse fort, tr ès fort. Un long souffle s’expulse de sa cage thoracique en feu. Ses cris étouffés l’ont autant meurtri que si elle les avait vraiment hurlés. La délivrance n’est plus très loin.  Sous les spots chirurgicaux, l’obstétricien, d’u n geste adroit, clampe le cordon ombilical et le coupe enfin en félicitant sa patien te.  Physiquement, l’accouchement est une épreuve épu isante pour une femme à peine pubère. Fatiguée, soulagée, apeurée, la jeune accou chée oublie tout quand le cri du nourrisson résonne. La blancheur stérile du lieu pr end un tout autre aspect et s’emplit de vie en sentant ce petit être s’extirper de son c orps.  Elsa ferme les yeux.  Son bébé est au monde.  La sage-femme lui présente un petit corps chaud enroulé dans une serviette. Dans les bras fins de sa mère, sa bouille toute rouge, p lissée, lui paraît insolite.  — Votre fils est magnifique.  — Mon fils?  — Oui, votre fils, vous allez vous y faire, vous allez être une merveilleuse maman. J’ai eu mon premier enfant exactement à votre âge. Ils sont loin mes 16 ans.  — J’ai 20 ans, sourit la jeune mère. Mon fils? redit-elle interloquée. C’était une fille à l’échographie. J’ai acheté de la layette jaune, je me disais que ça faisait ringard des vêtements roses, ajoute-t-elle en pleurant.  — La surprise de la vie. Vous n’êtes pas déçue?  — Non… non… il est… il va bien? Il est si fripé !
 — Il est parfait. Je vous emprunte votre petit b out, nous allons le laver et le faire tout beau pour sa maman.  — Merci d’avoir été avec moi, je n’aurais pas ré ussi sans vous, confie-t-elle en retenant l’infirmière par la manche.
 La femme en blanc emmène le nouveau-né dans une pièce attenante à la salle d’accouchement pendant qu’Elsa verse des larmes en flot continu. Ses jambes tremblent à cause de la péridurale et de l’émotion. On lui avait assuré qu’avec cette technique les femmes ne souffraient pas. Qui déjà? Elle l’avait lu, ainsi que d’autres inepties du même genre. Comme celle de croire que l es échographies sont sûres à 100 %!  Autour d’elle, tout semble invraisemblable, elle , le décor, le bébé qui vient de naître… Elle ne réalise pas encore qu’elle est devenue mère pour de bon.  Quelques instants plus tard, la sage-femme réapp araît, le bébé dans les bras.  — Alors, quel nom va-t-on donner à ce petit bonh omme?  — Claire, répond Elsa avec un demi-sourire que l a sage-femme lui renvoie. Comment s’appellent vos enfants?  — Marc, Héloïse et Morgan.  — Si vous aviez eu un autre garçon, comment se s erait-il appelé?  — Matthieu ou Matthias.  Elsa pose les yeux sur son fils emmailloté d’un babygros jaune poussin avec une grosse fleur sur le ventre.  — Tu en dis quoi Matthias?  Le nourrisson gigote dans ses bras, c’est une im pression étonnante. Elle a pourtant tenu des tas d’autres bébés, mais pour celui-ci, el le ressent déjà un immense amour.  — Matthias, vous pouvez le noter, murmure-t-elle pour elle-même autant que pour la sage-femme.  La femme d’une cinquantaine d’années l’embrasse sur la joue, comme une mère peut le faire avec sa fille. Elsa se remet à pleurer en silence en se morigénant. Elle doit se montrer forte pour lui. Ce petit bout d’elle-même s ur lequel elle reportera tout l’amour qu’on ne lui a jamais donné. Elle devra aussi rempl acer le père qu’il n’aura pas.  Ressemblera-t-il à Fabrice, son géniteur?  Sera-t-il comme lui, intrépide, trop lâche?  — Non! Non et non, tu seras plus fort, se répond-elle à elle-même en baissant la tête vers le bébé calé dans son bras gauche, du droit, e lle caresse ses joues neuves.
 La sage-femme était partie pendant qu’elle faisa it connaissance avec son fils. Revenue dans la salle, elle le lui enlève des bras.  — Il faut vous reposer, ensuite nous vous transférerons dans votre chambre.  — Laissez-le-moi encore une minute, s’il vous pl aît.  La femme en blouse acquiesce en se montrant une nouvelle fois compréhensive, comme elle l’a été jusque-là. Comment Elsa aurait-e lle supporté la douleur et l’angoisse sans elle? Marianne, son amie, devait l’assister, mais son c hef ne lui a pas permis de
prendre un jour de congé.  Alors que la mélancolie s’empare d’elle, elle se ressaisit. Résister pour Matthias. Maintenant, seul son fils doit occuper ses pensées. Puis la fatigue l’emporte. Elle relâche ses muscles tendus au niveau de la nuque en massant en cercle son cou et ses tempes. Son massage s’interrompt à l’arrivée de l’équipe médicale qui débarque dans le bloc. Leurs gestes sont aux antipodes de ce ux de Paulette. Un infirmier l’aide à ôter la chemise de l’hôpital mécaniquement, une aut re infirmière nettoie ses jambes à la Bétadine. L’odeur lui donne la nausée. Une fois propre, elle enfile le haut d’une chemise de nuit qu’elle avait préparée.  Sur le brancard, les lumières crues des couloirs blancs deviennent des points au fur et à mesure que l’infirmier accélère le pas. Il pou sse une porte battante qui donne sur un autre couloir. Cette fois, les murs sont colorés , il y a des tableaux, avec des mères souriantes, des pères expressifs, des familles heur euses, des nounours, des poupées peintes… Matthias ne bénéficiera pas d’une famille « normale », au sens où on l’entend, comme sur les peintures. Cependant, il po urra compter sur sa mère en toutes circonstances. Elsa ne cesse de faire des promesses depuis qu’elle a vu son fils. Elle sent qu’il lui donnera le pouvoir de résister à tou t.  Le brancardier stoppe devant une porte. Elsa, do cile, écoute les injonctions très professionnelles du soignant qui la transfère dans un lit. Dans la chambre, tout est pensé pour accueillir les mères et les nouveau-nés. Le lit, le coin toilette où s’empilent des couches, du liniment oléo-calcaire et des carré s de coton, lui procurent une drôle d’impression.
 Au-delà de cette chambre, d’autres bébés voient le jour, d’autres sont choyés par leurs parents avant leur retour à la maison. On ent end des pleurs percer les murs. Comment de si petits êtres peuvent-ils avoir autant de voix?  Loin de toutes les considérations que l’on peut imaginer lors d’un accouchement, Elsa s’interroge sur les fondamentaux de la vie com me : Pourquoi fait-on naître des enfants qui plus tard souffriront, mourront?  À cet instant, la sage-femme entre et tout s’écl aire en voyant Matthias. La femme en blouse blanche dépose son fils une nouvelle fois da ns ses bras.  — Vous allez l’allaiter?  — Je… je ne sais plus.  Hier, elle était convaincue que l’allaitement ét ait la meilleure solution, non seulement pour le bien-être de son bébé, mais aussi parce que c’était une façon économique de le nourrir. Seulement, aujourd’hui, ses certitudes sur ses capacités de mère s’effritent en le regardant, si petit, si fragile. Et si son lait lui faisait du mal? Et si elle l’empoisonnait? Et si elle n’était pas à la hauteur pour subvenir à ses besoins?  Tout se mélange, tant et si bien qu’elle en vien t à se dire qu’elle n’aurait pas dû le mettre au monde ou qu’elle aurait dû écouter la fem me du service social.  — Prenez votre temps, votre fils n’aura pas faim avant plusieurs heures.  La sage-femme coupe court à ses doutes en repren ant Matthias. Elle le dépose dans le berceau en plexiglas transparent parallèle au li t. Le nouveau-né se noie sous les
couvertures. Son petit nez attendrissant, sa minusc ule bouche en cœur émerveillent sa mère. Qu’il est mignonieux qu’ici,! Comment peut-elle penser qu’ailleurs, il serait m avec elle?
 La chambre baigne dans une lumière de fin de jou rnée un jour d’été quand Elsa soulève les paupières en s’apercevant qu’elle s’est endormie la main dans le berceau. Elle sourit à son fils qui se réveille en même temp s. Au moment où le bébé se met à pleurer, elle est désarçonnée. Avec la péridurale, il n’est pas question de se lever, alors, elle appuie sur le bouton d’appel.  Une autre sage-femme vient à sa rescousse, enfin le pense-t-elle. Une vieille bonne femme, avec des cheveux gris et un front dégagé qui lui donnent un air sévère, darde sur elle et son bébé une moue dédaigneuse. Sa blous e blanche et ses stylos font l’effet d’une matrone du temps de sa grand-mère.  — Mon fils pleure, je pense qu’il a faim. Je vou drais l’allaiter, mais je ne sais pas comment…  — Des enfants qui ont des enfants, grogne-t-elle en approchant.  La femme fait de grands pas en direction du lit, ses chaussures en plastique blanc grincent sur le linoléum et sa bouche se tord en un e mimique horrible. En la regardant, la gorge d’Elsa se serre au point qu’elle manque un e respiration. Où est l’autre sage-femmerait que ce soit elle qui lui? Elle ne lui a même pas demandé son nom, elle voud montre comment s’y prendre.  Aussitôt, la porte s’ouvre à la volée en exauçan t son vœu.  — Je m’en occupe, Huguette. Je crois que Madame Dubrun a besoin de toi, avance-t-elle avec un clin d’œil pour Elsa.  — Merci, comment vous appelez-vous? Je ne vous l’ai pas demandé tout à l’heure, murmure Elsa comme si c’était un secret.  — Paulette, ma belle. Ne t’inquiète pas, je ne l a laisserai pas te faire peur. Cette vieille chouette ne veut pas prendre sa retraite. Oups, je t’ai tutoyée…  — Ça ne me dérange pas, au contraire, je suis co ntente d’avoir une alliée. J’ai réfléchi et je veux l’allaiter, lui apprend-elle.  — Il a une belle voix ce p’tit, hein? sourit Paulette vers Matthias.  En berçant le bébé, Paulette enseigne comment al laiter à Elsa.  La bouche de Matthias trouve tout de suite la té tine. Il aspire fort en arrachant un cri de douleur à sa mère qui se mord la lèvre pour ne p as lui faire peur.  — Ça va passer, c’est nouveau pour vous deux.  Paulette patiente pendant la tétée. Lorsque le p etit est repu et que la mère découvre les joies douloureuses de l’allaitement, la sage-fe mme s’en va en lui souhaitant bonne nuit.
 La nuit se déroule entre réveil et endormissemen t succincts pour l’un et l’autre. Le matin, Paulette vient vérifier que tout va bien pou r Elsa et Matthias avant de prendre son service. Cette attention réchauffe le cœur de l a jeune mère. Plus tard, la sage-femme entre en tenue de travail. Comme partout, les soins des parturientes ont lieu en
milieu de matinée et les visites, l’après-midi. Pau lette dispense les soins post-partum, pleine d’attention. Elsa lui en est reconnaissante, aussitôt, ses peurs s’envolent. Elle aimerait qu’elle ne la quitte pas.  La jeune maman sait très bien que les visites se feront rares, mais elle compte sur Marianne et sur son couple d’amis, Walter et Brice, pour venir la soutenir. Sans eux, sa grossesse aurait été un calvaire malgré sa durée éc ourtée.
 Cette pensée la ramène à Fabrice quand elle lui a annoncé qu’elle était enceinte… de six mois. D’abord, il lui avait ri au nez. Enceinte? Plate comme elle était! «Tu te fous de moi! », avait-il répliqué. Et «Comment tu ne t’en es pas aperçue avant?» Toutes les explications scientifiques sur le déni de gross esse, les sites internet qu’elle lui avait montrés n’avaient pas suffi à ce qu’il la croit. El le lui avait laissé le temps de digérer la nouvelle. Et puis, le temps était passé et pas de n ouvelles de Fabrice. Elle avait téléphoné des dizaines de fois, envoyé des textos, pour finir, il avait répondu : [Va te faire foutre toi et ton sale gosse. Jen veut pas si sa ce trouve c pas le mien.]
 Elsa avait abdiqué. Ce bébé, elle non plus n’en voulait pas. Elle avait été chez le médecin en lui expliquant qu’elle préférait avorter . Mais c’était trop tard, légalement, le délai était dépassé.  Mais elle avait d’autres options, lui avait-il p roposé en posant le dépliant du planning familial. Là-bas, l’assistante sociale lui avait co nseillé d’accoucher sous X ou de faire adopter le bébé une fois né.  Non!!! Aucune de ces solutions ne lui convenait. Jamai s elle n’abandonnerait son enfant.  Alors, elle s’était mise en tête qu’il ne naîtra it pas et c’était tout! Elle travaillait 14 heures par jour, ne dormait pratiquement pas, avala it des litres de café. Mais un jour, son corps n’avait plus accepté ce traitement. Elle était tombée au beau milieu du restaurant en étalant le gratin de pommes de terre sur le sol et l’entrecôte qu’elle servait. Les pompiers l’avaient ramassée, emmenée à l’hôpital où ses trois amis l’avaient rejointe. Walter et Brice ne lui avaient pas donné le choix. Son bébé s’accrochait à sa mère parce qu’il voulait vivre, a lors ils ne lui donneraient pas le droit de se laisser mourir à petit feu. Ils lui avaient p réparé une chambre, juste au-dessus du cabaret. Les deux dernières semaines, elle était re stée là-bas, bien qu’ils soient en tournée et ne reviendraient que la semaine de la na issance. Toutefois, mère Nature en avait décidé autrement. Elle avait accouché sans se s amis.
 Pendant qu’elle se remémore ces trois derniers m ois, instinctivement, elle allume la télévision avec le son en sourdine. De toute façon, elle ne s’y intéresse pas. Le berceau où Matthias dort comme un ange, les poings serrés vers le haut la captive. Sa position prouve qu’il aura un caractère de conquéra nt. Et c’est tant mieux, parce que la vie est une longue épreuve bordée de sentiers foiso nnants et de ronces qui empêchent d’avancer. Elsa le sait mieux que quiconque. Mais e lle veillera à déboiser, à aplanir les branches qui tenteront de lui faire du mal. Yeux au ciel, elle prie pour que les affres de
l’existence lui soient épargnées.  Encore perdue dans ses pensées, le téléphone son ne en la faisant sursauter. Heureusement, la sonnerie n’a pas réveillé son bébé . Ouf! Elle n’aurait pas su quoi faire… encore!  — Salut ma belle! Félicitations.  — Salut Marianne.  — J’aurais vraiment voulu être là, avec toi, mai s ce petit con de Lagarde…  — Je sais, je ne t’en veux pas. Tu m’as manquée quand même. Tu viens quand?  — Ce soir, promis. Alors, comment va la petite Claire?  — Matthias. C’est comme ça que je l’ai appelé.  — Ta fille s’appelle Matthias? s’insurge Marianne.  — En fait, c’est un garçon, ils n’ont pas vu son sexe à l’échographie.  — Trop marrant, Elsa!!!  — C’est vrai, juré.  — Vrai de vrai?  — Oui, je te promets.  — Envoie-moi une photo.  En un clic, l’appareil-photo du téléphone mitrai lle le bébé de flashs. Comment n’y avait-elle pas pensé? À trop réfléchir à l’avenir, elle ne l’a pas phot ographié. Le cliché le plus réussi file dans les airs. Marianne l’étudi e à l’autre bout de la ville avant de se prononcer.  — Faut dire que tous les bébés se ressemblent al ors, je sais toujours pas, mais, elle… il est magnifique. Bravo! Je t’embrasse, à ce soir.
Chapitre2 Sur une route, vers Saint Brieux lès épines, 27 juillet 2014.
mettant un bruit stridentLe crissement d’un pneu éclaté perfore la nuit en é comparable à un hululement de chouette.  Une voiture dérape sur plusieurs mètres, amplifi ant le silence sordide des bois sous la pluie. La circulation intensive de ce tronçon, l e mauvais état de la route ainsi que le manque d’entretien rendent la conduite dangereuse s ur cette départementale. Aujourd’hui, les conditions météorologiques masquen t toutes les imperfections, ajoutant un risque supplémentaire à cet axe déjà pé rilleux. Les bouts de bois, disséminés çà et là causent la perte du conducteur qui se débat contre les éléments. Il n’avait pas prévu cela. Il n’avait pas prévu non pl us que les pneus étaient lisses ni qu’à ce moment-là, l’averse le surprendrait. Qu’il allai t devoir apprendre la triste vérité : cela non plus, il ne l’avait pas prévu!  À présent, la petite voiture est propulsée dans une ornière. Bientôt, elle rentrera en collision avec l’immense saule pleureur. Les balais d’essuie-glaces luttent contre les éclaboussures de boue sans livrer au conducteur le scénario catastrophique qui se profile. Des trombes d’eau se déversent sur le pare -brise. Et là, il sait à quoi s’attendre. Paniqué, il cherche la ceinture de sécurité qui ne le sauvera pas, car il ne l’a pas attachée. Rapidement, il la clipse en regardant aut our de lui. Faut-il fixer le point d’impact? Tenter une dernière manœuvre? Dans un geste inconscient, il donne un coup de volant afin d’éviter la collision, mais le véhicule l’entraîne dans une danse macabre. Un tour puis un autre et un autre… Sa tête cogne fort sur le volant sans air-bag.
 Des heures se sont écoulées.
 Les rayons de lune se sont frayés un chemin à tr avers les branches des arbres, éclairant ainsi l’arrière de la petite Clio acciden tée. Un clignement timide des feux de détresse s’allume par intermittence durant quelques minutes… puis s’éteint complètement.  À travers la vitre, côté conducteur, on voit un homme, la tête reposant sur le volant. Son torse, emprisonné dans l’étau que forment le si ège et le tableau de bord, se soulève légèrement, prouvant qu’il est en vie. Ses mèches châtains, collées à son front ensanglanté dénoncent la gravité de la situation. M algré tout, il vit puisqu’il grogne, geint, se plaint. Il a réchappé à l’accident, néanm oins, ses blessures ont l’air sérieuses.