On peut tout acheter - Partie 1

On peut tout acheter - Partie 1

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183 pages

Description

Elsa vient d’accoucher à l’hôpital de Saint Brieux lès épines. Alors qu’elle attend son amie, un inconnu la supplie de l’embrasser. Il n’en faut pas moins pour que sa vie bascule.
Et que celle du multimilliardaire, Loïc Legrand, prenne une autre dimension en embrassant la petite rouquine assise sur le banc.
En voulant écarter son ennemie jurée, Juliette Brignard, journaliste du magazine Satisfaction, il déclenchera sans le savoir une cascade de catastrophes.


À cause de son impulsivité et de sa tendance au mensonge, Loïc ne mesurera pas les conséquences d’une phrase dite à la légère. Il continuera sur la voie de la déchéance en sombrant dans d’alcool, le sexe illusoire, et les folies pécuniaires.


À cela s’ajoutera l’ultime abjection : un marché sordide qu’il passera avec Elsa. Son fils s’est fait enlever, les ravisseurs exigent un million d’euros. La jeune mère sans emploi ne sait plus vers qui se tourner. Mais Loïc Legrand, le multimilliardaire, réapparaît comme magie en lui proposant un échange. Une nuit avec lui contre la somme demandée.


L’amour s’invitera dans ce méli-mélo d’enquête policière, mais sera-t-il plus fort que le destin ?


Sexe, argent, vengeance ou jalousie, ces sentiments amèneront nos héros à l’excès. Ils entraîneront avec eux leur entourage familial ainsi que leur cercle d’amis dans la tourmente.
On peut tout acheter se range dans une catégorie à part, un monde de romance, d’érotisme et de suspense.
Cette première partie vous livre un kaléidoscope des personnages.


Elsa et Loïc sauront-ils vaincre leurs peurs, leurs angoisses et leurs doutes ? Surmonteront-ils les coups bas de leur pire cauchemar, Juliette Brignard ?


***



Extrait 1 :


— Je ne suis pas une prostituée, mais pour sauver mon fils, je ferai n’importe quoi. N’importe quoi, même assouvir les désirs d’un fou furieux qui profite de ma faiblesse.
— Je ne vous demande pas de vous donner à moi, se défend-il. Je veux juste dormir à vos côtés. Juste une nuit, rajoute-t-il. Lorsque votre fils sera en sécurité. Bien sûr, cet... arrangement restera entre nous.
— Vous êtes détestable, pourquoi êtes-vous venu ? hausse-telle la voix.
— Ne criez pas...
— Tout va bien Elsa ? s’enquiert Croutelle en rejoignant la pièce principale.
— Monsieur Legrand propose de payer la rançon, déclare-telle d’une voix atone.


***



Extrait 2 :


À l’encontre de ses penchants, Elsa lui procure une sensation qu’aucune n’a déclenché en lui. Un frisson d’envie chatouille son bas-ventre en imaginant sa peau nue se coller à lui et le satiné de ses seins vibrer sous ses caresses. Son imagination le pousse à aller se masturber une nouvelle fois dans les toilettes. Tous les matins, c’est la même rengaine, ses rêves le plongent dans un lit avec elle, tantôt elle suce sa verge goulûment, tantôt elle se déshabille langoureusement dévoilant son ventre rebondi, ses hanches minces et ses seins gonflés de désir. Et tous les matins, il se soulage dans la salle de bains. C’est pratiquement devenu un rituel. Maintenant, il y pense aussi la journée.

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EAN13 9791034803293
Langue Français

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Steff S.
ON PEUT TOUT ACHETER
Première partie Couverture :Néro Publié dans laCollection Vénus Policier, Dirigée parElsa C.
©Evidence Editions2017
Chapitre 1 Hôpital de Saint Brieux lès épines, 25 juillet 2014 . Salle d’accouchement.
— Poussez, poussez !  — J’ai trop mal, retient Elsa en serrant les dents.  — Poussez, vous y êtes presque, annonce la sage-femme.  — Ça fait mal, aïe ! Je n’y arriverais pas. Je n’en peux plus !  — Mais si, vous êtes courageuse, allez, poussez une dernière fois, je vois la tête.
 Elsa dévale les pentes abruptes qui vont la faire tomber dans les pommes, les lumières tournoient dangereusement, et des gouttes de sueur perlent à son front malgré la fraîcheur ambiante. Encore un effort, la sage-femme l’encourage tant qu’elle peut , mais la douleur est trop vive, quasiment insupportable. Une dernière recommandation du prati cien et elle pousse fort, très fort. Un long souffle s’expulse de sa cage thoracique en feu. Ses cris étouffés l’ont autant meurtri que si elle les avait vraiment hurlés. La délivrance n’est plus très loin.  Sous les spots chirurgicaux, l’obstétricien, d’u n geste adroit, clampe le cordon ombilical et le coupe enfin en félicitant sa patiente.  Physiquement, l’accouchement est une épreuve épuisante pour une femme à peine pubère. Fatiguée, soulagée, apeurée, la jeune accouchée oublie tout quand le cri du nourrisson résonne. La blancheur stérile du lieu prend un tout autre aspect et s’emplit de vie en sentant ce petit être s’extirper de son corps.  Elsa ferme les yeux.  Son bébé est au monde.  La sage-femme lui présente un petit corps chaud enroulé dans une serviette. Dans les bras fins de sa mère, sa bouille toute rouge, plissée, lui paraît insolite.  — Votre fils est magnifique.  — Mon fils ?  — Oui, votre fils, vous allez vous y faire, vous allez être une merveilleuse maman. J’ai eu mon premier enfant exactement à votre âge. Ils sont loin mes 16 ans.  — J’ai 20 ans, sourit la jeune mère. Mon fils ? redit-elle interloquée. C’était une fille à l’échographie. J’ai acheté de la layette jaune, je me disais que ça faisait ringard des vêtements roses, ajoute-t-elle en pleurant.  — La surprise de la vie. Vous n’êtes pas déçue ?  — Non… non… il est… il va bien ? Il est si fripé !  — Il est parfait. Je vous emprunte votre petit bout, nous allons le laver et le faire tout beau pou r sa
maman.  — Merci d’avoir été avec moi, je n’aurais pas réussi sans vous, confie-t-elle en retenant l’infirmière par la manche.
 La femme en blanc emmène le nouveau-né dans une pièce attenante à la salle d’accouchement pendant qu’Elsa verse des larmes en flot continu. Ses jambes tremblent à cause de la péridurale et de l’émotion. On lui avait assuré qu’avec cette technique les femmes ne souffraient pas. Qui déjà ? Elle l’avait lu, ainsi que d’autres inepties du même genre. Comme celle de croire que les échographies sont sûres à 100 % !  Autour d’elle, tout semble invraisemblable, elle, le décor, le bébé qui vient de naître… Elle ne réalise pas encore qu’elle est devenue mère pour de bon.  Quelques instants plus tard, la sage-femme réapparaît, le bébé dans les bras.  — Alors, quel nom va-t-on donner à ce petit bonhomme ?  — Claire, répond Elsa avec un demi-sourire que la sage-femme lui renvoie. Comment s’appellent vos enfants ?  — Marc, Héloïse et Morgan.  — Si vous aviez eu un autre garçon, comment se serait-il appelé ?  — Matthieu ou Matthias.  Elsa pose les yeux sur son fils emmailloté d’un babygros jaune poussin avec une grosse fleur sur le ventre.  — Tu en dis quoi Matthias ?  Le nourrisson gigote dans ses bras, c’est une im pression étonnante. Elle a pourtant tenu des tas d’autres bébés, mais pour celui-ci, elle ressent déjà un immense amour.  — Matthias, vous pouvez le noter, murmure-t-elle pour elle-même autant que pour la sage-femme.  La femme d’une cinquantaine d’années l’embrasse sur la joue, comme une mère peut le faire avec sa fille. Elsa se remet à pleurer en silence en se morigénant. Elle doit se montrer forte pour lui. Ce petit bout d’elle-même sur lequel elle reportera to ut l’amour qu’on ne lui a jamais donné. Elle devra aussi remplacer le père qu’il n’aura pas.  Ressemblera-t-il à Fabrice, son géniteur ?  Sera-t-il comme lui, intrépide, trop lâche ?  — Non ! Non et non, tu seras plus fort, se répond-elle à elle-même en baissant la tête vers le bébé calé dans son bras gauche, du droit, elle caresse ses joues neuves.
 La sage-femme était partie pendant qu’elle faisait connaissance avec son fils. Revenue dans la salle, elle le lui enlève des bras.  — Il faut vous reposer, ensuite nous vous transférerons dans votre chambre.  — Laissez-le-moi encore une minute, s’il vous plaît.  La femme en blouse acquiesce en se montrant une nouvelle fois compréhensive, comme elle l’a été jusque-là. Comment Elsa aurait-elle supporté la dou leur et l’angoisse sans elle ? Marianne, son amie, devait l’assister, mais son chef ne lui a pas permis de prendre un jour de congé.  Alors que la mélancolie s’empare d’elle, elle se ressaisit. Résister pour Matthias. Maintenant, seu l son fils doit occuper ses pensées. Puis la fatigue l’emporte. Elle relâche ses muscles tendus au niveau de la nuque en massant en cercle son cou et ses tem pes. Son massage s’interrompt à l’arrivée de
l’équipe médicale qui débarque dans le bloc. Leurs gestes sont aux antipodes de ceux de Paulette. Un infirmier l’aide à ôter la chemise de l’hôpital mécaniquement, une autre infirmière nettoie ses jambes à la Bétadine. L’odeur lui donne la nausée. Une fois propre, elle enfile le haut d’une chemise de nuit qu’elle avait préparée.  Sur le brancard, les lumières crues des couloirs blancs deviennent des points au fur et à mesure que l’infirmier accélère le pas. Il pousse une porte battante qui donne sur un autre couloir. Cette fois, les murs sont colorés, il y a des tableaux, avec des mères souriantes, des pères expressifs, des familles heureuses, des nounours, des poupées peintes… Matth ias ne bénéficiera pas d’une famille « normale », au sens où on l’entend, comme sur les peintures. Cependant, il pourra compter sur sa mère en toutes circonstances. Elsa ne cesse de faire des promesses depuis qu’elle a vu son fils. Elle sent qu’il lui donnera le pouvoir de résister à tout.  Le brancardier stoppe devant une porte. Elsa, docile, écoute les injonctions très professionnelles du soignant qui la transfère dans un lit. Dans la chambre, tout est pensé pour accueillir les mères et les nouveau-nés. Le lit, le coin toilette où s’empilent des couches, du liniment oléo-calcaire et des carrés de coton, lui procurent une drôle d’impression.
 Au-delà de cette chambre, d’autres bébés voient le jour, d’autres sont choyés par leurs parents avant leur retour à la maison. On entend des pleurs percer les murs. Comment de si petits êtres peuvent-ils avoir autant de voix ?  Loin de toutes les considérations que l’on peut imaginer lors d’un accouchement, Elsa s’interroge sur les fondamentaux de la vie comme : Pourquoi fait-on naître des enfants qui plus tard souffriront, mourront ?  À cet instant, la sage-femme entre et tout s’éclaire en voyant Matthias. La femme en blouse blanche dépose son fils une nouvelle fois dans ses bras.  — Vous allez l’allaiter ?  — Je… je ne sais plus.  Hier, elle était convaincue que l’allaitement était la meilleure solution, non seulement pour le bien-être de son bébé, mais aussi parce que c’était une façon économique de le nourrir. Seulement, aujourd’hui, ses certitudes sur ses capacités de mère s’effritent en le regardant, si petit, si fragile. Et si son lait lui faisait du mal ? Et si elle l’empoisonnait ? Et si elle n’était pas à la hauteur pour subvenir à ses besoins ?  Tout se mélange, tant et si bien qu’elle en vient à se dire qu’elle n’aurait pas dû le mettre au mo nde ou qu’elle aurait dû écouter la femme du service social.  — Prenez votre temps, votre fils n’aura pas faim avant plusieurs heures.  La sage-femme coupe court à ses doutes en reprenant Matthias. Elle le dépose dans le berceau en plexiglas transparent parallèle au lit. Le nouveau-né se noie sous les couvertures. Son petit nez attendrissant, sa minuscule bouche en cœur émerveillent sa mère. Qu’il est mignon ! Comment peut-elle penser qu’ailleurs, il serait mieux qu’ici, avec elle ?
 La chambre baigne dans une lumière de fin de jou rnée un jour d’été quand Elsa soulève les paupières en s’apercevant qu’elle s’est endormie la main dans le berceau. Elle sourit à son fils qui se réveille en même temps. Au moment où le bébé se met à pleurer, elle est désarçonnée. Avec la péridurale, il n’est pas question de se lever, alors, elle appuie sur le bouton d’appel.
 Une autre sage-femme vient à sa rescousse, enfin le pense-t-elle. Une vieille bonne femme, avec des cheveux gris et un front dégagé qui lui donnent un air sévère, darde sur elle et son bébé une moue dédaigneuse. Sa blouse blanche et ses stylos font l’effet d’une matrone du temps de sa grand-mère.  — Mon fils pleure, je pense qu’il a faim. Je voudrais l’allaiter, mais je ne sais pas comment…  — Des enfants qui ont des enfants, grogne-t-elle en approchant.  La femme fait de grands pas en direction du lit, ses chaussures en plastique blanc grincent sur le linoléum et sa bouche se tord en une mimique horrible. En la regardant, la gorge d’Elsa se serre au point qu’elle manque une respiration. Où est l’autre sage-femme ? Elle ne lui a même pas demandé son nom, elle voudrait que ce soit elle qui lui montre comment s’y prendre.  Aussitôt, la porte s’ouvre à la volée en exauçant son vœu.  — Je m’en occupe, Huguette. Je crois que Madame Dubrun a besoin de toi, avance-t-elle avec un clin d’œil pour Elsa.  — Merci, comment vous appelez-vous ? Je ne vous l’ai pas demandé tout à l’heure, murmure Elsa comme si c’était un secret.  — Paulette, ma belle. Ne t’inquiète pas, je ne la laisserai pas te faire peur. Cette vieille chouette ne veut pas prendre sa retraite. Oups, je t’ai tutoyée…  — Ça ne me dérange pas, au contraire, je suis co ntente d’avoir une alliée. J’ai réfléchi et je veux l’allaiter, lui apprend-elle.  — Il a une belle voix ce p’tit, hein ? sourit Paulette vers Matthias.  En berçant le bébé, Paulette enseigne comment allaiter à Elsa.  La bouche de Matthias trouve tout de suite la tétine. Il aspire fort en arrachant un cri de douleur à sa mère qui se mord la lèvre pour ne pas lui faire peur.  — Ça va passer, c’est nouveau pour vous deux.  Paulette patiente pendant la tétée. Lorsque le petit est repu et que la mère découvre les joies douloureuses de l’allaitement, la sage-femme s’en va en lui souhaitant bonne nuit.
 La nuit se déroule entre réveil et endormissement succincts pour l’un et l’autre. Le matin, Paulette vient vérifier que tout va bien pour Elsa et Matthi as avant de prendre son service. Cette attention réchauffe le cœur de la jeune mère. Plus tard, la s age-femme entre en tenue de travail. Comme partout, les soins des parturientes ont lieu en milieu de matinée et les visites, l’après-midi. Paulette dispense les soins post-partum, pleine d’attention. Elsa lui en est reconnaissante, aussitôt, ses peurs s’envolent. Elle aimerait qu’elle ne la quitte pas.  La jeune maman sait très bien que les visites se feront rares, mais elle compte sur Marianne et sur son couple d’amis, Walter et Brice, pour venir la s outenir. Sans eux, sa grossesse aurait été un calvaire malgré sa durée écourtée.
 Cette pensée la ramène à Fabrice quand elle lui a annoncé qu’elle était enceinte… de six mois. D’abord, il lui avait ri au nez. Enceinte ? Plate comme elle était ! «Tu te fous de moi !avait-il », répliqué. Et «Comment tu ne t’en es pas aperçue avant ?» Toutes les explications scientifiques sur le déni de grossesse, les sites internet qu’elle lu i avait montrés n’avaient pas suffi à ce qu’il la croit. Elle lui avait laissé le temps de digérer la nouvelle. Et puis, le temps était passé et pas de nouvelles de Fabrice. Elle avait téléphoné des dizaines de fois, envoyé des textos, pour finir, il avait répondu : [Va te faire foutre toi et ton sale gosse. Jen veut pas si sa ce trouve c pas le mien.]
 Elsa avait abdiqué. Ce bébé, elle non plus n’en voulait pas. Elle avait été chez le médecin en lui expliquant qu’elle préférait avorter. Mais c’était trop tard, légalement, le délai était dépassé.  Mais elle avait d’autres options, lui avait-il proposé en posant le dépliant du planning familial. Là-bas, l’assistante sociale lui avait conseillé d’accoucher sous X ou de faire adopter le bébé une fois né.  Non !!! Aucune de ces solutions ne lui convenait. Jamais elle n’abandonnerait son enfant.  Alors, elle s’était mise en tête qu’il ne naîtrait pas et c’était tout ! Elle travaillait 14 heures par jour, ne dormait pratiquement pas, avalait des litres de café. Mais un jour, son corps n’avait plus accepté ce traitement. Elle était tombée au beau milieu du restaurant en étalant le gratin de pommes de terre sur le sol et l’entrecôte qu’elle servait. Les pompiers l’avaient ramassée, emmenée à l’hôpital où ses trois amis l’avaient rejointe. Walter et Brice ne lui avaient pas donné le choix. Son bébé s’accrochait à sa mère parce qu’il voulait vivre, alors ils ne lui do nneraient pas le droit de se laisser mourir à petit feu. Ils lui avaient préparé une chambre, juste au-dessus du cabaret. Les deux dernières semaines, elle était restée là-bas, bien qu’ils soient en tournée et ne reviendraient que la semaine de la naissance. Toutefois, mère Nature en avait décidé autrement. Elle avait accouché sans ses amis.
 Pendant qu’elle se remémore ces trois derniers mois, instinctivement, elle allume la télévision avec le son en sourdine. De toute façon, elle ne s’y intéresse pas. Le berceau où Matthias dort comme un ange, les poings serrés vers le haut la captive. Sa position prouve qu’il aura un caractère de conquérant. Et c’est tant mieux, parce que la vie e st une longue épreuve bordée de sentiers foisonnants et de ronces qui empêchent d’avancer. E lsa le sait mieux que quiconque. Mais elle veillera à déboiser, à aplanir les branches qui tenteront de lui faire du mal. Yeux au ciel, elle prie pour que les affres de l’existence lui soient épargnées.  Encore perdue dans ses pensées, le téléphone son ne en la faisant sursauter. Heureusement, la sonnerie n’a pas réveillé son bébé. Ouf ! Elle n’aurait pas su quoi faire… encore !  — Salut ma belle ! Félicitations.  — Salut Marianne.  — J’aurais vraiment voulu être là, avec toi, mais ce petit con de Lagarde…  — Je sais, je ne t’en veux pas. Tu m’as manquée quand même. Tu viens quand ?  — Ce soir, promis. Alors, comment va la petite Claire ?  — Matthias. C’est comme ça que je l’ai appelé.  — Ta fille s’appelle Matthias ? s’insurge Marianne.  — En fait, c’est un garçon, ils n’ont pas vu son sexe à l’échographie.  — Trop marrant, Elsa !!!  — C’est vrai, juré.  — Vrai de vrai ?  — Oui, je te promets.  — Envoie-moi une photo.  En un clic, l’appareil-photo du téléphone mitraille le bébé de flashs. Comment n’y avait-elle pas pensé ? À trop réfléchir à l’avenir, elle ne l’a pas photographié. Le cliché le plus réussi file dans les airs. Marianne l’étudie à l’autre bout de la ville avant de se prononcer.  — Faut dire que tous les bébés se ressemblent al ors, je sais toujours pas, mais, elle… il est magnifique. Bravo ! Je t’embrasse, à ce soir.
Chapitre2 Sur une route, vers Saint Brieux lès épines, 27 juillet 2014.
Le crissement d’un pneu éclaté perfore la nuit en é mettant un bruit strident comparable à un hululement de chouette.  Une voiture dérape sur plusieurs mètres, amplifiant le silence sordide des bois sous la pluie. La circulation intensive de ce tronçon, le mauvais état de la route ainsi que le manque d’entretien rendent la conduite dangereuse sur cette départementale. Au jourd’hui, les conditions météorologiques masquent toutes les imperfections, ajoutant un risque supplémentaire à cet axe déjà périlleux. Les bouts de bois, disséminés çà et là causent la perte du conducteur qui se débat contre les éléments. Il n’avait pas prévu cela. Il n’avait pas prévu non plus que les pneus étaient lisses ni qu’à ce moment-là, l’averse le surprendrait. Qu’il allait devoir apprendre la triste vérité : cela non plus, il ne l’avait pas prévu !  À présent, la petite voiture est propulsée dans une ornière. Bientôt, elle rentrera en collision avec l’immense saule pleureur. Les balais d’essuie-glaces luttent contre les éclaboussures de boue sans livrer au conducteur le scénario catastrophique qui se profile. Des trombes d’eau se déversent sur le pare-brise. Et là, il sait à quoi s’attendre. Paniqué, il cherche la ceinture de sécurité qui ne le sauvera pas, car il ne l’a pas attachée. Rapidement, il la clipse en regardant autour de lui. Faut-il fixer le point d’impact ? Tenter une dernière manœuvre ? Dans un geste inconscient, il donne un coup de volant afin d’éviter la collision, mais le véhicule l’entraîne dans une danse macabre. Un tour puis un autre et un autre… Sa tête cogne fort sur le volant sans air-bag.
 Des heures se sont écoulées.
 Les rayons de lune se sont frayés un chemin à travers les branches des arbres, éclairant ainsi l’arrière de la petite Clio accidentée. Un clignement timide des feux de détresse s’allume par intermittence durant quelques minutes… puis s’éteint complètement.  À travers la vitre, côté conducteur, on voit un homme, la tête reposant sur le volant. Son torse, emprisonné dans l’étau que forment le siège et le tableau de bord, se soulève légèrement, prouvant qu’il est en vie. Ses mèches châtains, collées à so n front ensanglanté dénoncent la gravité de la situation. Malgré tout, il vit puisqu’il grogne, geint, se plaint. Il a réchappé à l’accident, néanmoins, ses blessures ont l’air sérieuses. En essayant de jauger son état, il pivote tant bien que mal sur son siège.  Son combat ne fait que commencer.  Une barre de fer lui broie l’aine, et de multiples commotions le font souffrir. De rage, il hurle de toutes ses forces en proférant des insultes dirigées contre le monde entier.
 — Au secours, crie-t-il dans un vain espoir d’être entendu. Je vous en prie, je suis Loïc Legrand, Loïc Leg…, finit-il dans un chuchotement.  Puis, battant, il envisage les différentes possibilités de se sortir de cet enfer. Son cerveau en berne n’envoie plus d’informations, pourtant, il s’oblige à analyser les choses qui l’entourent. Que voit-il ? Des bois. Des arbres. Un bois avec des arbres. Une forêt entière le nargue, ses arbres lui font un pied de nez et les feuilles bruissent sourdement, lui rappelant que c’est l’été. À bout de forces, il retombe dans les pommes.  Le temps passe.  La nuit s’éclipse, fait place au jour.  Les rayons du soleil d’été frappent le petit habitacle de la Clio et la chaleur devient suffocante à l’intérieur. Le volant lui brûle le front. Il ouvre les yeux en plissant les paupières, car la luminosité agresse ses iris meurtris. Un nouvel examen de son corps couvert de sang lui apprend que ses jambes sont paralysées. La barre de fer a sans doute atteint un nerf sensible et provoqué cette immobilité. Le rétroviseur lui renvoie l’image de son visage tuméfié par une grosse bosse violette vers son arcade sourcilière. Furieusement, il referme le miroir et s’aperçoit de la température de l’habitacle. 41.7 °C. Comme pour se moquer, ce foutu gadget fonctionne alors que le reste du véhicule est bon à jeter !  — Merde !!! C’est bien fait pour toi.  Et puis, reprenant confiance, il se dit que quelqu’un s’inquiétera de son absence au bureau ce matin. Quel jour sommes-nous ? Le lendemain de l’impact, le surlendemain ? Au désespoir, il met toute son énergie à ouvrir la fenêtre. Son poignet doit être cassé, toutefois, il s’astreint à ne pas penser à l a sensation de mourir à chaque pression sur la manivelle. Enfin, la vitre tombe de quelques centimètres et un brin d’air entre dans la voiture. Un filet de vent passe dans l’interstice. Jamais il n’aurait pensé qu’on puisse être aussi heureux en respirant.  Son enthousiasme ne dure pas longtemps, la plaie ouverte de sa jambe lui donne l’impression qu’un couteau aiguisé martyrise sa chair. Après tout, c’est peut-être une bonne nouvelle puisqu’il ne sentait rien il y a deux heures. Deux heures ? Ou trois ? O u quatre ? En fait, il n’en sait rien. Le soleil l’a réveillé puis il est retombé dans les pommes et s’est réveillé de nouveau. Depuis combien de temps est-il là ?  Une moiteur s’étale sur le siège. Qu’est-ce que c’est ? Loïc se dit qu’il doit saigner, mais l’odeu r d’urine lui pique le nez. Sa vessie a lâché.  — Non !!! AU SECOURS, AIDEZ-MOI !!!! Je vous en prie.
 Sa volonté de vivre prend le dessus, il lui faut trouver son téléphone. Des yeux, il le voit sur le sol côté passager.quée le regarde l’air de direComment va-t-il l’atteindre ? La pomme à moitié cro « c’est bien fait pour toi ».Il multiplie les essais pour le saisir, mais la dou leur le dévore. Il doit absolument changer de tactique. Comment indiquer sa présence dans ce lieu perdu ? Plus désemparé que jamais à l’idée de mourir ici, il martèle le tableau de bord de coups de poing ; et dans le silence pesant des bois, un bruit se met à tonitruer. Celui du klaxon.  — Fais du bruit Loïc, autant de bruit que possible.  Les coups de klaxon s’enchaînent, résonnant dans le vaste bois, mais personne ne vient à son secours. Les seules réponses sont celles de l’écho de l’avertisseur.  Le vacarme a assourdi Loïc, ses tempes battent la mesure comme une baguette sur un tambourin. Ses mains enserrent son crâne, pendant que son esprit déduit que son heure est arrivée. Il mourra et