On peut tout acheter - Partie 2

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L’heure de la rédemption est passée pour Loïc. Les grands principes qu’il s’est imposés jusque-là et pour lesquels il n’a pas dérogé ont tous volé en éclat le 30 avril. Désormais, son seul et unique but est de retrouver Elsa. Dès le lendemain de sa fuite, une armada de privés s’est mise sur le pied de guerre. Les détectives ont ratissé Saint Brieux lès épines. Tout a été passé au crible, de l’unique hôtel au square en passant par les ruelles, aussi minimes soient-elles. Mais rien de concluant n’a fait avancer les recherches. Au bout du compte, deux hypothèses ont vu le jour. Soit elle est morte, soit elle se trouve à Paris.


***



Extrait :


Le condamné revit, sa peine est abrogée. Sa liberté, c’est Elle. Il brûle d’amour. Ivre du plaisir retrouvé, il dévore sa langue, avale chaque goutte de salive comme un grand vin. Ses mains cherchent frénétiquement la peau d’Elsa. Il veut imprimer son odeur en lui, ne plus jamais oublier la douceur de ses seins qu’il capture sous le sweat-shirt.


Son cœur cogne dans sa paume, rapide, impatient. Elle se cambre vers lui afin de le sentir plus près en passant une jambe entre les siennes. De son genou, Elsa le caresse à travers le pantalon en dirigeant ses mains vers ses fesses puis, lui ordonne muettement de la prendre, là, au milieu des caisses.

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EAN13 9791034805518
Langue Français

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ON PEUT TOUT ACHETER
Steff S. ON PEUT TOUT ACHETER Deuxième partie Couverture :Néro Publié dans laCollectionVénus Policier, Dirigée parElsa C.
©EvidenceEditions2018
Chapitre 1 Été 2013, quelque part aux alentours de Paris. — Bonjour chéri!Que puis-je faire pour te satisfaire?J’ai plus d’un tour dans mon sac. Qu’est-ce qui te ferait plaisir, mon chou?Je suis à toi. — Ce qui me ferait plaisir, hum, si tu savais… — Madame Marjolaine m’a dit que tu étais un client privilégié, tes désirs sont des ordres. Elle a retenu une chambre pour toi. On monte? — Avec plaisir. Où est ta panoplie?J’aime jouer. — Tout est là-haut. Tout est fait pour que ta soirée soit merveilleuse. Tu verras, je suis inoubliable. Les coussins confortables du club se gon*ent et se dégon*ent sous les gesticulations de la femme toute vêtue de cuir. Des bottes à lacets gainent ses mollets et ses collants résille achèvent d’habiller ses jambes. Elle réajuste le corset de cuir attaché par un fermoir argenté avant de se poster devant son client en lui offrant une vue d’exception sur sa poitrine opulente. La bouche en cœur, elle avance sur le menton de Loïc en murmurant des cochonneries, ce qui excite un peu plus le multimilliardaire. La quatrième bouteille de champagne n’a pas le temps de refroidir dans le seau de glace qu’il s’en verse encore une rasade puis l’avale cul sec. Le pétillant explose dans sa gorge anesthésiée par la quantité d’alcool ingurgitée auparavant. — Loïc, stoppe!Tu as trop bu, je te ramène. — Oh, Cory, attends!On commence juste à s’amuser. Et la demoiselle m’a préparé une surprise dans sa chambre. Tu sais que je n’aime pas décevoir les gentilles filles. — On rentre. Tu as trop bu. Et vous, Mademoiselle, laissez-le! — Pourquoi donc?Madame Marjolaine a insisté, ce monsieur doit s’amuser ce soir. C’est oert par la maison, je suis son cadeau. Il est si chou, minaude-t-elle. — Tu as entendu, la demoiselle est un cadeau d’anniversaire. Tu ne vas pas me gâcher le plaisir le jour de mes…? — 23 ans, répond Corentin. Et si tu continues comme ça, tu n’atteindras pas les 24. Secoue-toi un peu, bon sang! — Un bel âge, répond Marjolaine derrière le dos de Corentin. Détendez-vous aussi, Loïc a gentiment offert de payer pour vous. — Nous allons rentrer, il a fêté son anniversaire, maintenant, ça suffit! — Relaxe, Cory. Marjo est sympa, et cette petite… Comment t’appelles-tu? — Comme tu voudras, chéri. Tu décides. Je m’appelle comme tu veux et je fais tout ce que tu veux. — Je t’attends dans la voiture. Tu as une heure, pas plus, ensuite je m’en irai. C’est compris?Dans une heure, je pars. — OK. Merci, Cory, tu es un véritable ami, toi. — Crois-moi, je le regrette de plus en plus. — Quand t’es le roi du sexe, t’es le roi du monde.
Corentin enfile sa veste sur cette maxime ridicule et se dirige vers la sortie en fulminant. L’air frais de la nuit le revigore, mais n’apaise pas sa rancœur. Cette fois, Loïc dépasse les bornes!avoir menti de la sorte, alors qu’il se réjouissait de fêter son Lui anniversaire tous les deux, sans grande fête qui se solderait par une catastrophe, sans tous ses pseudo-amis à qui il distribue sans compter pour s’absoudre de ses fredaines perpétuelles. En début de soirée. Loïc prend le volant en partant. Il assure à son ami connaître un endroit parfait pour leur petite virée. La voiture enĀle les kilomètres, dépassant Paris d’une bonne centaine de bornes. En s’enfonçant dans les bois, Corentin commence à s’inquiéter. Où vont-ils? Loïc bifurque à un carrefour, vers une petite route pas éclairée du tout. Des loupiotes bordant une allée les mènent à un parking bondé. Déjà en se rangeant, les notes de musiques traversent les vitres. Et à voir la façade lumineuse clignotante de néons rouges, Corentin manque de s’étouer. Quel…, il ne trouve pas de mots pour déĀnir l’infâme subterfuge tendu. Un pied à l’intérieur, il se fait happer par Marjolaine, la directrice. Apparemment, elle n’a pas besoin qu’on fasse les présentations. Une table est réservée et une bouteille de champagne, la marque préférée du roi de la soirée, attend avec deux verres. Comme d’habitude, Loïc plaide sa cause auprès de son ami de toujours. Et lui, lui cède en Āxant une limite qui, bien entendu, n’est pas respectée. Retour à l’instant présent. — Mais quel con!Quel con je fais!peste Corentin en donnant des coups de pieds sur une roue. Tu me le paieras cher, crois-moi, un jour, on réglera nos comptes. — Monsieur, tout va bien? Le videur s’approche en le voyant s’acharner sur le véhicule. — Oui, on ne peut mieux, constatez par vous-même! — Ce véhicule vous appartient? — Oui, enfin non, il appartient à un ami qui est encore à l’intérieur. Forcé de réintégrer l’établissement parce qu’il n’a pas la clé, Corentin ne décolère pas. Il ronge son frein au bar devant un cocktail sans alcool depuis deux heures maintenant. EnĀn, Marjolaine réapparaît, servant des verres à un groupe d’hommes éméchés. Corentin en proĀte pour lui attraper le bras en lui demandant où est son ami. Celle-ci refuse catégoriquement de lui répondre en prétendant que la loi du silence règne dans son établissement et que ses clients sont rois. Deux heures avant. Les chambres au-dessus de la salle n’ont rien de luxueux, mais elles sont propres. Surtout bien équipées. Voilà comment fêter dignement son anniversaire : en réalisant un fantasme inassouvi. Dans ses délires les plus fous, Loïc s’invente des vies où des femmes soumises subissent — comme dans les Ālms pornographiques qu’il visionne quand sa bouteille est vide — des châtiments corporels. EnĀn, il y est. Ne manque que le troisième que Cory ne fera jamais. Grisé par l’alcool et par les pulsions qui lui viennent, il inspecte les lieux. Un espalier couvre le mur, les rondelles de bois alignées les unes sous les autres lui donnent des idées. Quelques autres instruments comme des menottes, des fouets sont à disposition. La Ālle de joie ne cesse de
parler, ce qui l’agace au plus haut point. Pour y remédier, il la bâillonne d’un rectangle de cuir noir surpiqué de rouge en Āxant un bandeau sur ses yeux. Les liens lui serrent la bouche de sorte qu’aucun son n’en sort. Les mains, maladroites, tremblantes, de son client la propulsent sur l’échelle si fort que son torse entame une avancée. Une minute après, elle est pieds et poings liés aux barreaux par des menottes. Sa jupe craque sous les attaques virulentes d’une mâchoire infernale. Les dents arrachent son corsage. Mais le pire reste à venir. Un coup d’incisives planté dans son sein vient déchirer son soutien-gorge. C’est extraordinaire. Loïc est comme hypnotisé par ses propres actes. Est-ce vraiment lui, cet homme qui domine, blesse et mord?Une excitation hors du commun s’empare de lui. L’envie de sexe couplé au pouvoir de domination sur cette femme le fascine. Il passe sa main sur sa croupe en remontant un doigt le long de sa cuisse. En longeant sa hanche, une soif irrépressible de lui faire mal le gagne. Mais il se retient et trace doucement une ligne verticale jusqu’à ses seins. Les tétons de la pute durcissent malgré elle dès qu’il les pince, mollement tout d’abord. Puis, un instinct animal le conquiert, lui ordonnant d’attraper les boutons ronds plus fermement. Sa prise se resserre, sanglée dans ses doigts menaçants ; il comprime le bout des seins franchissant la limite du supportable pour elle. Content de l’empreinte qu’il laisse sur la peau claire, un autre appel lui dicte de boire. Boire pour oublier qui il est, boire pour se sentir un autre, un homme sans limites. Ses yeux cherchent comment se désaltérer. Un coup d’œil circulaire dans la chambre et le précieux sésame est à sa portée. Marjolaine pense à tout!Une bouteille sur une table de chevet l’encourage à s’enivrer encore. De là, son accès de rage pour cette Ālle oerte à lui, prête à le contenter, lui ôte toutes notions de la réalité. La première partie n’était que les prémices, juste un entraînement. Sa langue lèche le pourtour du goulot. L’alcool, il n’en a jamais assez, sauf quand il s’écroule sur le sol en s’endormant. Son « ami»bourbon fera bon ménage avec le corps attaché. Il verse un Ālet de liquide sur la gorge de sa proie qui s’achemine vers ses cuisses. Loïc lape les gouttes qu’il récolte sur la peau. Et quand la source est tarie, il s’invente une histoire délirante où la pute l’insulte. Sa divagation l’amène à prendre un fouet avec lequel il la frappe pour la punir d’une faute imaginaire. Les impacts traversent ses cuisses et son ventre pour terminer sur sa poitrine. Sans défense, elle ne peut ni crier au secours ni l’implorer d’arrêter. En reculant, il admire son œuvre qui, dans son esprit ravagé par la quantité de boisson, ressemble à un tableau où s’entrecroisent des lignes. Lorsque la prostituée sent que son client fond sur elle avec plus de vigueur, ses yeux pleurent de douleur, de rage, d’horreur. ΔΔΔ Retour à l’instant présent. Puis comme un miracle que l’on attend sans trop y croire, le déferlement de coups cesse. Une autre personne entre, peut-être est-ce Marjolaine qui se sera doutée de son calvaire. Son masque se desserre sur un homme blond. Ses yeux noisette posent sur elle un regard égaré. Il l’aide à s’installer sur le lit après l’avoir délivrée des menottes qui l’enchaînent. — Ça va aller, la console-t-il en jetant une couverture sur ses épaules. Toi, tu ne bouges pas!enjoint-il à Loïc. Comment vous sentez-vous, Mademoiselle? — Comment je me sens?hurle-t-elle. Je saigne, j’ai mal, c’est un fou furieux, votre copain. Je vais lui intenter un procès. Si j’étais plus débile que lui, je lui collerais une balle entre les deux yeux! — Calmez-vous, s’il vous plaît, je vous en prie. Nous allons vous dédommager. Mais, je vous en supplie, ne
dites rien. Il a trop bu, voyez, il ne sait plus ce qu’il fait. — Il est complètement barge. Donnez-moi un coup à boire, il a tellement serré le bâillon que je n’arrivais plus à respirer. Si vous n’étiez pas venu, je serais morte. — Je suis désolé, désolé de ce qu’il a fait. — Oh!Vous êtes son père ou quoi?C’est à lui de s’excuser, pas à vous. La Ālle rechigne tout d’abord à accepter la liasse de billets que Corentin lui tend. Son silence contre… elle compte le nombre de billets de cent. Le total dépasse de loin tout ce qu’elle gagne en plusieurs mois. — C’est bon, dégagez avant que je change d’avis. Putain, il est malade, ce type, postillonne-t-elle en direction de Loïc dans un coin en train de siphonner le fond de la bouteille. Corentin attrape la bouteille, vide le contenu, va dans les toilettes, nettoie aussi le fouet et les menottes. Qui sait si la Ālle n’ira pas porter plainte quand même ou pire, si elle allait négocier quelques billets en plus auprès des journalistes. Et là, ils seraient cuits tous les deux, car il fait partie du lot une énième fois. En eet, comme elle l’a si bien dit, il se prend pour son père à toujours réparer ses conneries, à lui chercher des excuses alors qu’il n’en a aucune. C’est vrai, le poids des responsabilités pèse très lourd, de plus l’entrée en bourse de Legrand & Corp. a suscité des vocations de charognards dans leur entourage de travail et a déchaîné les paparazzi. Ils guettent ses moindres allées et venues, dégueulent des ignominies sur son compte. Certaines sont réelles. Et cette fouineuse de Juliette Brignard se fout qu’il ait racheté le magazine. Les pages de ce torchon, comme un eet pervers, sont alimentées par leur propriétaire. Seulement Loïc n’en est propriétaire qu’à moitié, ce qui ne lui donne pas droit de regard sur les publications. Cette garce a un œil partout, où qu’ils soient tous les deux, quoi qu’ils fassent. Si cette malencontreuse affaire parvient à ses oreilles, leurs vies deviendront un enfer. — Lève-toi, on rentre. Y en a marre de tes conneries Loïc!Si je pouvais… — Tu me mettrais une fessée?Hein? — Tais-toi!Tu me fais honte, tu es une honte pour ton père qui a bâti son empire à la sueur de son front. Tu détruis l’image des Legrand, tu salis tout. — Donne-moi un mouchoir, je vais pleurer, se moque-t-il. Corentin l’entraîne dehors en fouillant les poches de la veste de son ami. — C’est ça que tu veux?C’est ça?nargue-t-il en montrant la clé. — Tu n’es pas en état de conduire, donne-moi la clé. — Jamais! La partie de cache-cache la clé amuse beaucoup Loïc qui Ānit par ouvrir. Contre toute attente, il démarre en enclenchant la première. Corentin a juste le temps d’ouvrir la portière et de se glisser sur le siège. — Arrête-toi tout de suite!Tu vas tuer quelqu’un ou nous tuer! Les menaces n’ont aucun pouvoir sur le conducteur dont la perception des choses est déformée par une alcoolémie record. — Loïc, je t’en prie, reprends-toi. La voiture s’engage sur la petite route de campagne. Des phares en pleine Āgure éblouissent Loïc quelques secondes. Il braque le volant et contre-braque. Ce qui doit arriver arrive. Le véhicule d’en face évite de justesse le bolide lancé à toute allure, seulement, la petite citadine en sens inverse a du mal à reprendre le contrôle et fonce directement dans un étang. Corentin enlève la clé de contact. La voiture de sport cesse sa course folle. À moitié dégrisé par l’accident, Loïc descend à la suite de son passager. Tous les deux courent voir l’étendue des dégâts.
Dans l’étang, le nez de la voiture pique vers le fond. Sans se poser plus de questions, ils plongent dans l’eau glacée. Instantanément, l’alcool s’envole des veines du multimilliardaire. Ils ont de l’eau jusqu’aux genoux, mais une crevasse plus profonde que le reste du sol les aspire. Leur brasse génère chez l’un et l’autre des crampes qu’ils refrènent en sentant que la voiture passe un second palier. Corentin atteint la portière, tire sur la poignée, tire de toutes ses forces, mais elle ne cède pas. À l’intérieur, le visage d’une femme le supplie de l’aider. Sa détresse et sa peur l’aolent. Comment vivrait-il si elle mourait?Soudain, une explosion retentit de l’autre côté. Loïc a réussi à briser le pare-brise arrière. Aussitôt, une vague s’engoure dans l’habitacle, noyant les sièges. La voix de la femme vibre dans la nuit. — Au secours!La ceinture est bloquée. Venez m’aider! Loïc sort un couteau suisse de sa poche; en apnée, il tranche la ceinture de sécurité. Aidée de Corentin, la femme sort de la voiture. À deux, ils la rapatrient sur le rivage. Dans la nuit, les trois bouches souent des volutes de fumées qui s’échappent dans l’air glacial d’un mois de juillet au-dessous des normales saisonnières. — Merci de m’avoir sauvé la vie. La jeune femme grelotte. Pense-t-elle vraiment avoir provoqué l’accident?Corentin se tait et passe un bras autour d’elle pour la réchauffer. — Êtes-vous blessée?Nous allons vous conduire à l’hôpital. — Je pense aller bien, sauf… Ils se regardent en croisant la blessure au niveau de l’abdomen. — Vite, aide-moi, presse Corentin. Dans la voiture, Loïc se carre à l’arrière. Le choc de l’accident retentit à présent. Il mesure les conséquences de son attitude désinvolte. La tête de la femme repose sur ses genoux. Elle semble vraiment mal en point puisqu’elle ne reprend pas connaissance. Il a beau la secouer, lui parler, lui tapoter les joues, rien n’y fait. Une flaque de sang se dessine sur le plancher. — Ne va pas à l’hôpital. Si l’on découvre ce que j’ai fait, je suis Āchu. Cory, qu’est-ce qu’on va faire ? supplie-t-il maintenant qu’il est dessaoulé. — Fallait t’en inquiéter avant, mon vieux. Crois-tu que je vais laisser cette pauvre Ālle mourir devant nos yeux?Après ce que tu as fait ce soir, tu vas te la fermer. Je vais m’occuper de tout. Après on en parlera plus. — Tu veux la… tu… — Non, mais ça ne va pas!Je ne me prends pas pour Dieu, moi, comme Loïc Legrand, régnant en maître sur son monde. Je vais la déposer à un endroit stratégique à l’hôpital. Ensuite, nous nous en irons. Et demain, j’engage un détective pour savoir son nom. — Et après? — Après. Tu paieras. C’est tout ce que tu sais faire. Payer. Le contour de l’hôpital se proĀle. Corentin se demande comment déposer cette pauvre femme en toute discrétion. Derrière une haie de cyprès, il se gare aussi près que possible des arbres. Dans le cas où le parking serait sous surveillance, leur sort ne serait plus entre leurs mains. Il contourne le véhicule, ouvre la portière et, très précautionneusement, en extrait la femme. Quel âge peut-elle avoir ?ans. Une Vingt-cinq/trente longue tresse brune dépasse de la veste qui lui a mis sur les épaules. Encore dans les pommes, la fraîcheur la rappelle à elle. Elle ouvre les yeux dans les bras de Corentin, qui ne sait plus quoi faire. — Comment vous appelez-vous? — Sonia Desbois, murmure-t-elle avant de retomber dans les vapes.
Sur le parvis, une foule d’ambulances forment une symphonie de lumières bleutées tournoyantes. Il est presque cinq heures du matin, l’agitation de l’établissement hospitalier semble improbable à cette heure-là. La progression de Corentin s’éternise, même si la femme est légère, le poids des vêtements mouillés la leste. Comment la conĀer à un soignant sans se faire remarquer?Un soue se rapprochant d’un hoquet l’oblige à ré*échir plus vite. Elle doit sourir d’hypothermie, ou pire, car un Ālet de sang s’écoule de son ventre non-stop. — Déposez-la sur la civière, crie une infirmière à son attention. Corentin pense qu’elle s’adresse à une autre personne, et ne réagit qu’avec un temps de décalage. Heureux de voir que la situation se dénoue, il allonge la femme sur la civière en la recouvrant d’une couverture pliée aux pieds. Sans oublier de récupérer son vêtement, il se fauĀle dans le *ot de personnes arrivant en masse devant la porte. Ce n’est que plusieurs heures plus tard qu’ils apprennent, Loïc et lui, qu’un accident de car a eu lieu à quelques kilomètres. Dans son appartement, les choses prennent un autre sens. La fureur qu’il a tue éclate. — Si cette Ālle meurt, je ne te couvrirai pas, Loïc. Tu te démerderas seul!Tu te rends compte que tu as failli tuer deux personnes?Pourquoi?Pourquoi agis-tu ainsi?Regarde ta vie, c’est du gâchis! — Ben, vas-y, vas-y, prends ma place. C’est tout ce que tu as toujours voulu de toute façon. Le gentil Corentin, regarde Corentin comme il apprend bien ses leçons!Ça, c’est ce que j’ai entendu toute ma vie. Mon père t’a toujours préféré à moi. Même quand je sautais des classes, même quand je m’usais à vouloir le rendre fier, il n’y en avait que pour toi. — Ton père est en train de mourir, n’as-tu donc pas pitié?Il t’aime. — Tu appelles ça de l’amour, me comparer à toi constamment. Comme si je n’étais jamais capable de te surpasser, comme si je restais à jamais le petit garçon qui t’a suivi. — La ferme!La situation a changé, nous sommes complices. Tu entends, complice!!! Nous sommes dans la merde jusqu’au cou. Allons nous reposer et prendre une douche. Demain, nous aviserons. Au pas, comme un petit soldat qui aurait commis l’impardonnable, Loïc se rend dans la salle de bains. En découvrant son visage bou par l’alcool, le stress des jours passés et la peur de la soirée, il prend conscience que sa vie part à vau-l’eau. Mais il ne se maîtrise plus. Les Ālles et l’alcool sont un refuge. Jusque-là, il ne s’en sortait pas si mal. Que va-t-il décider? Tout est trop dur. Son engagement chez Legrand & Corp., son addiction, ses envies de plus en plus sadiques. Il a adoré cette montée d’adrénaline quand il a attaché la prostituée. Et quand elle a pleuré de douleur, il a bandé comme un malade. Un crachat atterrit sur le miroir. — T’es qu’une merde!Tu agis comme une merde. Le lendemain, Corentin cherche toutes les informations relatives à la femme, Sonia Desbois, au moins le souci de devoir chercher un détective digne de conĀance leur sera épargné. Non, rectiĀcation. Lui sera épargné, parce que Loïc ne saura rien de plus. Il s’occupera de tout du début à la Ān. Sinon, adieu leur avenir. Lui qui comptait démissionner un jour ou l’autre, tracer son chemin loin des Legrand, se voit enchaîné à son ami d’enfance. Quelle erreur d’avoir veillé sur lui toute sa vie! S’il avait su, il ne l’aurait pas autant couvé. Tout ça à cause d’une promesse stupide faite à un mourant. Peut-être devrait-il tout simplement plier bagage, partir loin, se construire une vie dont il aurait envie. Celle-