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Orange Blossom - Tome 1

De
290 pages

Québec, 1985. À l’aube de ses 20 ans, Julie fait face à une crise existentielle. Sa meilleure amie Francine la convainc de partir en Europe afin de faire le point sur sa vie. La rencontre inattendue de Véronique, une femme d’affaires anglophone provenant d’un milieu aisé de Toronto, lui fait découvrir une vérité à laquelle elle refusait de croire. Envoûtée par cette femme, Julie se laisse emporter dans une aventure qui bouleverse tous ses repères. Toutefois, son retour au pays lui réserve bien des surprises. Sa famille et ses amis lui tournent le dos lorsqu’ils apprennent l’existence de Véronique. Alors qu’elle s’apprête à faire fi de leurs récriminations, Julie apprend une nouvelle surprenante au sujet de Véronique.


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ISBN numérique : 978-2-332-94433-7
© Edilivre, 2015
dicace
Pour tous ceux et celles qui doivent se battre pour vivre leur amour au grand jour. Merci à Sylvie, Paul, Nathalie et Nancy. Un merci particulier à Emily qui m’a soutenue tout au long de l’écriture de ce roman.
Prologue
– Qu’est-ce pu’il fait ? Il devrait déjà être là ! disait un homme imPatient devant la fenêtre de son bureau. Son regard s’arrêta sur une Photo de famille accrochée au mur et se durcit. – Tu n’en feras toujours pu’à ta tête. Quand tu reviendras, je te jure pue tout va changer . Je suis ton Père et tu devras te Plier à mes exigences, Prononça-t-il sur un ton acerbe. Il jeta un œil à sa montre. Son téléPhone sonna. Il se déPlaça raPidement vers son bureau Pour décrocher le combiné. – Oui, Louise ! Faites-le entrer. Qu’on ne nous dérange Pas ! Un homme très élégant, du début de la trentaine, fit son entrée. Louise ferma la Porte derrière lui. – Enfin, te voilà ! – Je suis venu aussi vite pue j’ai Pu, Monsieur. Que se Passe-t-il ? – Assieds-toi. J’ai à te Parler de ma fille. – Il ne lui est rien arrivé de grave, j’esPère ! – Non, ne t’inpuiète Pas. Elle va très bien. Je dois malheureusement t’annoncer pu’elle nous puittera Pendant puelpue temPs. – Quitter ! dit-il, surPris. – Elle m’a dit avoir besoin de vacances et je les lui ai accordées. – Moi pui m’aPPrêtais à lui faire ma grande demande, dit-il, très déçu. – Tu vas devoir remettre ça ! – Ça change nos Plans. – Comme tu dis ! – Est-ce pue vous savez où elle comPte aller ? – Elle Part Pour l’EuroPe. Elle va certainement en Profiter Pour revoir son oncle. Je t’avoue pue cela ne m’enchante guère. – Vous ne devriez Pas vous inpuiéter. – C’est le frère de ma femme ! Ils ont toujours été Proches, ma fille et lui… Moi pui croyais pue vous étiez un homme sérieux ! Tu es le meilleur candidat pue j’ai trouvé Pour elle et, toi, tu t’amuses à je ne sais puoi. – Je me suis montré assez Patient, Pourtant. J’ai fait exactement ce pue vous m’aviez demandé ! – Alors, il faudra changer de méthode. – Si vous voulez, je Peux me faire remPlacer et tenter de la rejoindre là-bas ! – Tu ne feras rien du tout. J’ai besoin de toi ici. Il faudra attendre son retour. – Son retour ! Vous savez très bien pu’elle rispue de ne Plus revenir, et là, ce serait vraiment foutu. – J’y ai Pensé, néanmoins je connais ma fille. Elle va revenir Parce pue je lui ai demandé de bien réfléchir aux consépuences, si elle s’obstine à t’ignorer continuellement… elle m’a Promis de réfléchir sérieusement à la puestion Pendant son voyage, Parce pu’elle sait pue l’avancement de sa carrière imPlipue aussi ta Présence à ses côtés… Je connais ma fille, elle est intelligente et ne Passera Pas à côté d’une telle occasion. Elle connaît les consépuences si elle continue à s’entêter de la sorte. – Qu’attendez-vous de moi, alors ? – Que tu sois blanc comme neige, juspu’à son retour ! APrès, tu auras carte blanche à condition d’y mettre le Papuet, cette fois. Toute cette mascarade a assez duré. Je veux pu’elle se range une fois Pour Toutes. Je sais pue tu as toutes les pualités pu’une femme recherche chez un homme. Ne me fais Plus Perdre mon temPs. – Vous avez ma Parole ! Combien de temPs sera-t-elle Partie ?
– Elle m’a demandé puelpues mois. – Quelpues mois ? C’est long ! dit-il en grimaçant. – Ne t’inpuiète Pas. J’ai un Plan en tête. – Bon, Puispue c’est ainsi. Y a-t-il autre chose pue je Peux faire ? – Non, ce sera tout. Je ne te retiens Pas Plus longtemPs. Tu as Pas mal de dossiers à t’occuPer, en Plus de ceux de ma fille.
Chapitre 1
Bordeaux. Depuis deux jours, je déambulais sur le quai de la Garonne. Comme en âme solitaire, je me laissais divertir par les bateaux de plaisance et les voiliers qui voguaient au large de la côte. Après plus d’un mois à trimbaler mon gros sac d’une auberge de jeunesse à une autre, je commençais à supporter difficilement ma vie de nomade. Loin de ma famille et mes amis, je me sentais de plus en plus isolée à des kilomètres de chez moi. Je me demandais pourquoi je me trouvais encore de l’autre côté de l’Atlantique.
Un soleil franc et un vent doux caressaient mes joues. Sur le rivage, des enfants jouaient dans le sable. Je les enviais un peu. Cette époque d’insouciance où tout ce qui importe ce sont les amis avec qui l’on passe des heures à jouer avant de revenir à la maison. « Que la vie est belle quand on a que sept ans ! »
Mon regard se détourna vers une rampe de protection. Je m’y dirigeai pour prendre une pause et méditer au son des vagues qui se fracassaient contre le quai. J’espérais y trouver une certaine quiétude, le temps de savoir ce que j’allais faire le restant de la journée.
Bien accoudée sur la rampe chauffée par un soleil brillant, je repensais à Francine, ma meilleure amie à Québec.Comme j’aurais aimé qu’elle soit près de moi. Mon voyage aurait été bien différent, j’en suis sûre… peut-être pas après tout… enfin, je ne le saurai jamais. Seule Francine détenait cette capacité à deviner mes états d’âme. Elle savait comment extirper les sentiments que je m’efforçais à cacher. Elle connaissait tous mes secrets, sauf un. Je me refusais de lui dévoiler ce que je considérais comme absurde. Non fondé. J’avais encore en tête notre dernière conversation, prémisse de ma présence sur ce continent. Nous marchions lentement sur les plaines d’Abraham par une belle journée ensoleillée du printemps dernier. – Est-ce que nous allons toujours magasiner des vêtements ensemble demain ? me demanda Francine. – Oui, bien sûr ! lui avais-je répondu sans enthousiasme. – Super ! Je te téléphone tôt en matinée, et on se donne rendez-vous. Ça te va ? – Oui, ça me va, mais tu n’avais pas une autre activité de prévue, de ton côté ? – Zut, j’oubliais… mais ne t’en fais pas. Je devrais pouvoir me libérer plus tôt. – En passant, comment ça se passe avec ton club sociopolitique ? – On a décidé de monter des kiosques de sensibilisation un peu partout dans le Vieux-Québec et dans les centres d’achats. Nous allons distribuer des dépliants chaque fin de semaine pendant les deux prochains mois en prévision des prochaines élections. Francine jouissait d’une grande notoriété au collège. Elle s’investissait toujours à fond dans tout ce qu’elle entreprenait, particulièrement dans des causes humanitaires. J’aimais la suivre dans la plupart de ses croisades. Son engagement me fascinait. Bien que je ne sois pas aussi fanatique qu’elle, je ne manquais jamais une activité, lorsqu’elle m’en proposait une. – Est-ce que je compte toujours sur votre participation, à Pierre et toi ? demanda Francine. – Je n’en sais rien, lui répondis-je, le regard tourné vers le ciel. – Tu m’avais pourtant promis de m’aider ! dit-elle, déçue. – Oui, je sais, mais je ne suis pas sûre de vouloir participer cette fois, dis-je, ennuyée. Visiblement contrariée, Francine continua : – Oh, c’est dommage parce que nous avons vraiment besoin de bénévoles. D’habitude, tu ne manques pas une occasion. Je ne comprends pas. – Je suis désolée, Francine ! Ça ne me tente pas cette fois. C’est tout ! lui avais-je répondu sèchement, pour mettre un terme à la discussion. – OK. Je m’excuse, chuchota Francine. Je m’étais dit que ce serait sympathique de se
retrouver toute la bande ensemble encore une fois, parce qu’après notre rentrée à l’université, on risque d’être beaucoup moins disponibles.
Je savais qu’en refusant son activité, je la décevais énormément. Cependant, l’idée de passer encore une journée entière en présence de Pierre ne m’enchantait guère. Sans en avoir même parlé à Francine, je songeais à le quitter. Le problème, c’est que je n’avais jamais vécu une rupture amoureuse et je vivais un extrême malaise de devoir annoncer à Pierre que je souhaitais mettre un terme à notre couple. Pierre était pourtant un gars correct. Je ne lui reprochais vraiment rien. Mais, si je devais passer encore une journée complète en sa compagnie, cela signifiait aussi que j’allais encore repousser ma rupture avec lui. – Allez, viens avec Pierre. Je suis certaine que nous allons nous amuser. Après ça, on ira se payer une bonne bouffe au restaurant. – Lâche-moi ! Veux-tu ? m’exclamais-je, impatiente devant l’insistance de Francine. – Mon Dieu ! C’est quoi, ce ton-là ? Ça va, Julie ? – Pardonne-moi. Je suis un peu sur les nerfs, ces jours-ci, dis-je fuyant son regard. N’ayant qu’une envie, me pousser, j’accélérai le pas. Francine m’agrippa le bras. – Est-ce que tu te serais disputée avec Pierre, par hasard ? – Mais non ! Tu le sais qu’on ne se dispute jamais. Nous sommes le couple idéal ! dis-je sur un ton sarcastique. N’est-ce pas ce que tout le monde dit de nous ? Même toi, tu t’amuses souvent à me le répéter. – Je n’aime pas vraiment tes insinuations. Tu es certaine que tout va bien ? – Mais oui. Je t’assure, dis-je, d’un air désabusé. – Mais alors qu’est-ce qui ne va pas ? Je ne t’ai jamais vue comme ça. C’est l’école qui t’inquiète, alors ? Tu sais, c’est normal d’être stressé lorsqu’on quitte le collège pour l’université. Je n’en ai pas l’air comme ça, mais, moi aussi, je le suis. C’est pour cette raison que je m’étourdis dans toutes sortes d’activités parascolaires… Ça me change les idées… C’est censé être la meilleure période de notre vie. Nous sommes en 1985, et nous allons rentrer toutes les deux à l’université. Nous allons vivre plein de nouvelles expériences. C’est excitant, non ? – Écoute, je ne me sens pas vraiment d’humeur, avec tous ces changements. Je ne suis pas vraiment certaine que je prends les bonnes décisions en ce moment. – En effet. J’ai remarqué que depuis plusieurs mois que tu es indécise dans tout. Je me demande ce qui t’arrive. J’ai même peur d’aller magasiner avec toi pour une nouvelle garde-robe. Toi qui aimes les vêtements très colorés, tu risques de n’acheter que du noir si tu continues avec cet air-là ! Je lui souris timidement pour éviter qu’elle ne s’emporte davantage. Francine se plaça devant moi. – Si tu me disais maintenant ce qui te tracasse au lieu de me raconter n’importe quoi ? – Je ne me sens pas prête à commencer l’université. – Ça, je le vois parfaitement. Tu es certaine que c’est la seule raison ? – Écoute, tu sais comment mon père se montre impatient que je commence mes études en droit. J’ai le sentiment que ma vie est déjà toute planifiée, et je n’aime pas ça. J’ai énormément peur. – Wow ! Qu’est-ce qui se passe ? Tu sembles avoir un problème pas mal plus gros que je ne l’imagine. Je ne t’ai jamais entendu parler comme ça avant aujourd’hui. Tu m’inquiètes, là. – Changeons de sujet, d’accord. – Non… Je ne suis pas d’accord. Je vois bien que quelque chose te tracasse. Je suis ton amie, et je veux t’aider. – Je ne crois pas que tu puisses faire quoi que ce soit. – Ça, ça veut dire que tu traînes un problème beaucoup plus sérieux et qu’il est temps que tu le règles. C’est à propos de Pierre ? – Pas vraiment. En fait… oui, un peu.
– Alors, dis-moi ce qui ne va pas. Tu veux le quitter ? – Oui et non. En fait, je n’en sais rien. – Qu’est-ce que tu veux dire, je n’en sais rien ? – Je crois que j’ai besoin de changer d’air. C’est tout. – Tu penses vraiment le quitter alors ! – Je ne sais pas. J’ai simplement l’impression que ma vie tourne en rond, en ce moment. Je ne sais plus trop où me diriger. Plus rien ne me tente et je me sens vide. Tout près de nous, un groupe de touristes français attira le regard de Francine. Ils portaient tous des accoutrements des adeptes du camping et de la randonnée : en bandoulière, ils avaient un grand sac de randonneurs bien rempli, des bottes de marche qui pendaient par les lacets et un matelas en mousse enroulé au bas de leurs sacs à dos. Francine se montra fascinée devant l’audace de ces voyageurs d’infortunes de voyager ainsi. Après qu’ils nous aient dépassés, Francine me fit face à nouveau. – Et si tu partais pour un long voyage ? Comme en Angleterre ou en France ? – Quoi ? – Ben oui ! Tu m’en parlais souvent, que tu aimerais un jour voyager comme ces gens-là pour découvrir l’Europe. Ça te donnerait l’occasion parfaite de faire le point sur ta vie avant de commencer l’université ! – Tu es folle ! Tu dis n’importe quoi ! – Je suis très sérieuse, Julie. Ce serait le moment parfait pour partir. Tu as quand même fait pas mal d’économies avec ton travail de fin de semaine à ce que tu me disais. – Oui… mais cet argent était en prévision de l’université. – Oublie l’université pour le moment. – Mais tu n’y penses pas. Mon père va être furieux, et là, je ne parle même pas de ma mère. – C’est curieux que tu ne mentionnes même pas Pierre. – Ben… il… il ne comprendrait pas, lui non plus. – Mais toi, que souhaiterais-tu en ce moment ? – Être bien loin d’ici, soupirai-je. – Alors, fonce ! Pars ! Je crois que tu en as grandement besoin. – Je ne crois pas que ce soit l’idée du siècle. Je ne suis pas comme toi ! Partir à l’aventure comme ça, sans raison valable alors que je dois commencer l’université à l’automne. C’est insensé ! – Ouais, tu as probablement raison. En tout cas, si j’étais dans ton état d’esprit, je partirais. – J’ai juste le goût de partir le plus loin possible de cette ville, en ce moment, mais pas aussi loin… À moins que tu partes avec moi ? À deux, ce serait beaucoup plus excitant que de partir toute seule, lui dis-je, soudainement emballée à l’idée de partir avec elle. – Ce serait une idée géniale, mais je ne crois pas que ce soit la bonne solution. Moi, je n’ai rien à régler. – À moins que je parte pour de courtes vacances, deux semaines, par exemple, avançais-je d’un air incertain. Comme ça, je n’aurais pas besoin de repousser mes études. – Je ne crois pas ce que j’entends ! Ce n’est pas d’une escapade que tu as besoin. Tu ne peux rien régler en deux semaines. – Ce n’est pas moi, ça, partir toute seule comme ça… Personne ne comprendrait ! – Je te regarde aller, Julie, et je ne te reconnais plus. Je vois bien qu’il faut que tu reconnectes ! Tu as besoin d’une pause. Depuis quelque temps, tu te renfermes, et je m’inquiète pour toi. – Tu ne sais même pas ce que je vis en ce moment ! – Tu as raison. J’espérais que tu m’en dises un peu plus, mais à te voir te refermer depuis des mois, il y a quelque chose de plus grave dont tu ne parviens pas à me dire. Depuis que l’on se connaît, tu me dis toujours tout, sauf que ces derniers mois, tu t’isoles. Tu ne partages
lus rien avec moi. Tu prends tes distances autant avec nous qu’avec Pierre. Si tu crois, que, ça, ce n’est pas un signe que tu as besoin d’un grand changement et vite, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais te dire d’autre. Le voyage est une excellente thérapie. Cela ne pourrait que t’être bénéfique. Ne dit-on pas que le voyage forme la jeunesse ? – C’est cliché, ça. – Peut-être. Mais tu trouveras tes réponses, et tu verras que j’avais raison. Alors, qu’est-ce que tu en dis ?
Francine me regardait droit dans les yeux. Je la trouvais toujours très belle lorsqu’elle prenait son air sérieux. Cependant, malgré la peur effroyable de sa proposition, je savais qu’elle avait raison. Je devais partir, sinon je deviendrais folle à rester ici. – C’est gros ce que tu me suggères. J’imagine déjà la tête de mes parents et celle de Pierre, mais je t’avoue que ton idée me tente… – Imagine tout ce que tu pourras découvrir : les authentiques pains au chocolat, les croissants au beurre qui n’ont rien de pareil avec ce qu’on trouve ici, du bon vin pour te changer de tonOrange Blossom– Qu’as-tu contre mon cocktail préféré ? rétorquais-je, voyant qu’elle se moquait de moi. – Rien ! Sauf qu’un bon verre de vin rouge, ça fait beaucoup plus « in » !
Je dois admettre que Francine n’avait pas eu tout à fait tort. Seule sur ce continent, j’apprenais à vivre avec moi-même, chose que je n’avais pas faite depuis que je sortais avec Pierre. Je suis devenue une femme entièrement libre, même si Pierre me laissait faire tout ce que je voulais. Pourtant, je ne parvenais toujours pas à me sortir de mon désarroi. La France, ce pays aux mille décors, avec une histoire à tous les coins de rue, et une langue aux accents multiples devaient suffire à me distraire. Rien n’y fit.
Après un moment, je me décidai à quitter les quais de la Garonne pour me diriger vers une terrasse que je distinguais à quelques mètres plus loin. Je profitai de ce moment pour écrire une autre lettre à Francine.
Chère Francine, Me voilà dans la région des meilleurs vins au monde, Bordeaux. Les vins bordelais sont absolument délectables. Je me sens « femme du monde » loin de chez moi. D’autant plus qu’ici, le vin ne coûte trois fois rien. Alors, j’en profite joyeusement ! J’espère que tu aimes bien mes cartes postales. C’est beaucoup plus pratique que de t’envoyer mes rouleaux de film. Mon voyage se passe toujours très bien. Je m’ennuie un peu de nos petites sorties entre filles dans les discothèques. Par contre, je rencontre beaucoup de gens sympathiques. Je devrai passer quelques jours ici avant de me déplacer à nouveau. Ça dépendra des personnes que je rencontrerai. Je te tiens au courant dans mes prochaines correspondances. D’ici à ce que tu reçoives cette lettre, je serai déjà dans une autre ville. J’ai hâte de m’arrêter un peu plus longtemps pour que tu puisses m’écrire à ton tour. Tu me manques.
Grosses bises à toi et à Sophie !
Ton amie, Julie
Alors que je glissais ma lettre dans une enveloppe, je vis un homme quitter le trottoir pour naviguer à travers les tables et les chaises. Il suivait un serveur. Le jeune homme tentait désespérément d’attirer son attention. Le serveur semblait l’ignorer volontairement. Le jeune homme sortit un dictionnaire de poche pour communiquer avec lui. Le serveur ne montra aucune empathie et se montra même impatient envers lui. – Je ne vous comprends pas, s’impatienta le serveur. Excusez-moi, je suis très occupé en ce moment. – Parlez-vous l’anglais ? demanda le jeune homme dans un accent très prononcé.
– Non, je ne parle pas l’anglais, dit le serveur agacé.
Bien que désolée pour lui, je regardais la scène avec amusement. Son français était tout à fait incompréhensible. Un pauvre touriste américain, me disais-je, en savourant mon bol de chocolat chaud. Ce jeune homme devait avoir une dizaine d’années de plus que moi à en voir par les traits de son visage et les vêtements qu’il portait. C’était certainement quelqu’un qui voyageait beaucoup, alors qu’il traînait derrière lui un grand sac à dos bien usé qui, par moment, frôlait un peu trop près la tête des clients attablés tout autour.
Son petit air vagabond piqua ma curiosité. Je ne pouvais pas résister plus longtemps à lui venir en aide. Je me levai, et avec mon plus beau sourire, j’avançai vers lui avec assurance. J’avais encore en tête mes notions en anglais apprises au fil des ans, et je me sentais prise par un désir pressant de le pratiquer : Can I help you ? I think that you are looking for your youth hostel. I’m staying at the same one. I can show you the way if you want. – Merrrrci ! répondit-il, d’un air soulagé. Vous êtes très gentille. Je décidai de continuer de lui parler en anglais. – L’auberge n’ouvrira pas avant deux bonnes heures. Voulez-vous prendre un café avec moi ? Il accepta avec soulagement mon invitation. Il retira son gros sac de voyage qu’il déposa sur une chaise vide et s’assit confortablement en face de moi. – Je m’appelle Julie, en lui présentant la main. – Enchanté, dit-il dans un français cassé. Je m’appelle Gerry. Votre anglais est très bon. – Merci ! répondis-je d’un sourire timide.
Gerry passa la main dans ses cheveux et me demanda : – D’où venez-vous, belle Julie ? Je ne reconnais pas votre accent. – Je viens de la ville de Québec, au Canada. Vous connaissez ? – Oui, j’ai déjà fait du ski dans cette région avec ma famille, il y a plusieurs années. J’aime beaucoup le ski. Moi, je viens du Colorado. – Vous n’aimez pas juste le ski, à ce que je vois, en pointant du doigt les écussons cousus sur son sac à dos. Il doit bien y en avoir une vingtaine sur votre sac. – Effectivement, le voyage fait également partie de mes intérêts. Ce n’est pas ma première visite en France. C’est un pays que je connais assez bien d’ailleurs, même si je ne parle presque pas le français. – Il y a longtemps que vous êtes parti ? – Depuis plusieurs mois déjà. J’ai fait presque toute l’Europe et une bonne partie de l’Afrique. – Votre chemise vient de là ? demandais-je, en admirant le lin fin et la broderie bleue et verte de ses manches. – Oui. Je l’ai acheté au marché de Marrakech. Vous y êtes déjà allée ? Alors que je m’apprêtais à lui répondre, je fus interrompue par un serveur qui s’arrêta à notre table. – Qu’est-ce que je vous sers, Monsieur ? – Un café au lait, s’il vous plaît, et un croissant. Gerry tourna la tête vers moi et ajouta : j’adore les croissants en France. On ne trouve rien de meilleur ailleurs ! – Et, vous, Mademoiselle, est-ce que vous désirez autre chose ? Je regardais mon nouvel ami avec admiration. Ses yeux étaient d’un brun franc. Sans regarder le serveur, je hochai la tête et je répondis : – Ça va pour moi. J’ai tout ce qu’il me faut. Merci !
Captant mon message, le serveur n’insista pas. – Je reviens tout de suite.