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P'tit Louis

De
402 pages

Né le jour de la Saint-Valentin, en plein cœur du bocage vendéen, P'tit Louis grandit entre l'amour de ses parents, Louis et Eugénie et de sa grand-mère Alphonsine. Destiné à reprendre la ferme familiale, P'tit Louis, encouragé par ses professeurs et sa famille, va poursuivre ses études pour exercer le noble métier de vétérinaire. Georges Clémenceau restera son ange gardien. Après une rupture sentimentale avec Nadine, il trouvera le grand amour dans les bras de Patrick. Au sommet d'une plénitude sentimentale et professionnelle, il va se retrouver seul, vivant dans le souvenir de l'être aimé. Alors qu'il pensait finir sa vie en solitaire, la belle Juliette lui permettra de tourner définitivement la page du passé.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-84634-1

 

© Edilivre, 2017

 

En écrivant ce roman, je suis remonté dans mon enfance. C’était le temps de l’insouciance et du bonheur. Nous étions trois, une grande sœur et un grand frère. Comme tous les enfants, nous nous chamaillions, mais restions solidaires face à l’adversité. Trois enfants de l’amour, entourés d’amour. La maison était petite, mais comme nous y étions bien. Nos parents sévères mais justes. En vieillissant je me rends compte qu’ils sont restés très tolérants. Trois enfants, trois caractères différents, mais ils ont toujours respecté nos choix. Avec le départ de ce père, de cette grande sœur, de ce grand frère, le noyau familial s’est éclaté. Il est impossible de tourner les pages, quand ces bons souvenirs vous reviennent constamment en boomerang.

La vie vous oblige à garder la tête haute, mais comme il serait bon de temps en temps, de refaire le film à l’envers, de retrouver tous ces moments de bonheur, avec cette famille qui appartient à tout jamais au passé.

1
Premier chapitre – Louis

« L’enfant, c’est un feu pur dont la chaleur caresse ;

C’est de la gaîté sainte et du bonheur sacré,

c’est le nom paternel dans un rayon doré. »

(Les rayons et les ombres – 1840 –
Mères, l’enfant qui joue à votre seuil joyeux –
Citations de Victor Hugo)

C’était le branle-bas de combat dans cette nuit du 14 février 1957. En se couchant la veille, Eugénie ne se sentait pas très en forme. La naissance était prévue pour la fin du mois, elle ne s’inquiéta pas pour autant. Elle avait néanmoins fait sa lessive, fait bouillir le linge, était allée le rincer dans le ruisseau voisin. Son mari lui avait fait un petit lavoir, où elle laissait son battoir et son protège genoux. Profitant de cette belle journée, elle avait étendu ses draps. Sa belle-mère, Alphonsine, l’avait aidé à les plier, puis à les repasser. Cette tâche l’avait épuisée, mais elle n’était pas d’un tempérament à s’écouter. Après le repas elle alla se coucher. Elle n’allait pas se plaindre, cette grossesse était inespérée. Voilà bientôt quinze ans, qu’elle était mariée avec Louis. Au début, elle ne s’était pas inquiétée, puis les années passant, elle était allée voir le médecin de famille. A son avis, rien ne l’empêchait d’avoir des enfants. Elle avait pensé que cette infertilité pouvait venir de Louis, mais elle n’osait pas aborder ce problème avec lui. Puis l’année passée, elle s’était rendue compte, qu’elle était belle et bien enceinte. Elle et son mari, l’avaient pris comme un cadeau du ciel. Ils se réjouissaient de cet heureux événement, ils n’y croyaient plus. Louis, son mari avait fini par avouer, qu’il pensait être stérile.

Son ventre s’était arrondi, elle aimait se regarder dans sa glace, fière de ce petit être qui grossissait. Elle se caressa le ventre longuement, habitude prise dès les premiers mois de sa grossesse. Quand il commença à bouger, dès qu’elle le pouvait, elle en faisait profiter Louis. Elle lui prenait la main et lui posait sur le ventre. Lui aussi était fier, ils espéraient tous les deux un garçon, mais ce serait la surprise. Ils venaient de fêter leur trente-cinq ans, Louis le 03 février, elle le 10 et ce bébé allait naître en février. Elle savait qu’en raison des problèmes qu’ils avaient eus pour le faire, ce serait certainement sa seule grossesse. Peu importe, ils auraient au moins une descendance.

Avec Louis c’était une belle histoire d’amour, ils s’étaient rencontrés très jeunes, lors d’un bal de la Saint-Jean. Elle le trouvait beau son Louis, grand, brun avec de beaux yeux verts. Il était fils unique, son père était revenu de la guerre, mutilé et très malade. Il était décédé après la naissance de Louis. Alphonsine avait élevé son fils seule, refusant de refaire sa vie, elle ne voulait pas remplacer son Louis. Elle avait tremblé pour lui, durant toutes ces années de guerre, trop heureuse qu’il rentre vivant, bien qu’il n’ait plus rien à voir avec le Louis, qu’elle avait épousé. Cette fichue guerre lui avait pris non seulement un bras, mais toute sa jeunesse. Au retour il faisait d’affreux cauchemars, il criait pendant son sommeil et se réveillait souvent en sueur. Il évitait de parler des années passées au front, quelquefois il pleurait dans les bras d’Alphonsine, qui respectait ses silences, ou qui recevait ses confessions quand il était décidé. Ils s’étaient beaucoup aimés, cette guerre, même si son mari en était revenu meurtri, n’avait fait que renforcer leurs sentiments. Louis était un enfant de l’amour, malheureusement il n’avait aucun souvenir de son père, il était pourtant sa copie conforme, la même corpulence, les mêmes yeux verts, ceux d’Alphonsine étaient noisette. Après le décès de Louis, elle avait transféré tout cet amour volé, sur son fils. Elle avait repris les choses en main, aidée de ses beaux-parents, elle s’était occupée de la ferme comme un homme, allant se recueillir tous les dimanches sur la tombe de son défunt mari. Elle allait au temple, ensuite elle passait au cimetière protestant, traînant dans son sillage son fils, qui idéalisait ce père, qu’il n’avait pas connu. Comment pourrait-il en être autrement ? Ses grands-parents et sa mère n’en parlaient qu’en bien. Ses grands-parents étaient partis jeunes, à trois mois d’intervalle, ils ne s’étaient jamais remis du décès de leur fils unique. Il s’était retrouvé seul avec sa mère, la ferme était isolée, il n’avait ni cousin, ni cousine, qu’une lointaine parenté qu’ils voyaient rarement.

Quand il avait rencontré Eugénie, il l’avait forcément trouvé belle et attirante. Il faut dire que ses yeux bleus, étaient pétillants, elle était gracieuse, ses longs cheveux châtains lui donnaient un petit côté sauvageonne. Elle habitait dans un village, plus près de Mouilleron-en-Pareds, il connaissait ses parents, qui avaient une belle ferme. Il l’observa tout un moment, n’osant pas faire les premiers pas, malgré les regards qu’elle lui lançait. Il était timide. Puis il osa, c’était une polka, il alla l’inviter. Bien sûr, elle n’attendait que çà. Ils dansèrent la polka à deux. Leurs pas s’accordaient bien. Pendant la danse, dès que leurs yeux se croisaient, il rougissait. Eugénie souriait, ce garçon ne la laissait pas indifférente. A la fin de la danse, il la remercia et la raccompagna. Ils s’observèrent du coin de l’œil, mon dieu, comme elle lui plaisait, cette Eugénie ! Il alla de nouveau l’inviter, cette fois pour une valse. Ils étaient face à face, ils oublièrent le reste, la salle, la foule, ils se sentaient seuls sur la piste. Louis conduisait sa cavalière, d’un pied ferme, elle se laissait porter, elle s’abandonnait presque. Quand ils se quittèrent, ils se donnèrent rendez-vous pour le bal du quatorze juillet.

Ils repartirent chacun, sur un petit nuage, comptant les jours qui les séparaient de leur nouvelle rencontre. Alphonsine qui connaissait bien son fils, comprit bien vite, qu’il était amoureux. Elle ne tarda pas à lui demander, qui était l’heureuse élue ?

– C’est la fille Guérin, Eugénie.

– C’est une bonne fille, bien courageuse, mais ils sont catholiques ?

– Je pense, mais elle me plait bien, le reste compte peu. Nous devons nous revoir le 14 juillet.

Alphonsine profita du marché, pour aller renouveler la garde-robe de son fils. Elle voulait qu’il soit à son avantage. Il était trop beau son fils ! Eugénie, lui plairait bien comme bru. Aussi, elle misa sur ce bal.

Ensuite les choses allèrent bien vite, il se décida à aller demander aux parents d’Eugénie, la main de leur fille. Les parents avaient beaucoup d’estime pour ce jeune homme courageux, sobre, qui ne faisait pas parler de lui et beaucoup de respect pour sa mère, qui avait mené d’une poigne de fer, la petite exploitation agricole, après le décès de son mari. Ils demandèrent pour le principe l’accord de leur fille, qui bien évidemment accepta aussitôt.

Ils organisèrent les fiançailles, afin que les deux familles puissent se rencontrer. Du côté de Louis, la famille se comptait sur les doigts d’une main, sa mère et lui.

La date du mariage fut prévue pour le mois de juin. Pour le mariage religieux, il y eut un dilemme, la famille d’Eugénie souhaitait, qu’ils passent à l’église, mais Alphonsine tenait au temple. Ils discutèrent, demandèrent aux futurs époux, qui ne pensaient qu’à leur futur bonheur. Alphonsine était tenace, une maîtresse femme, elle obtint gain de cause. Ils passeraient donc, devant le pasteur.

Le jour du mariage, Alphonsine se leva encore plus tôt que d’habitude, le repas était prévu, chez les parents d’Eugénie. La semaine précédente, Alphonsine, avait fait de la brioche, la veille elle avait fait les tartes. Après le travail journalier de la ferme, ils s’apprêtèrent pour ce grand événement. Ils se lavèrent dans le grand baquet, d’abord Alphonsine, ensuite Louis. Pour l’occasion, elle s’était fait un bel ensemble, digne de ce mariage. Il était noir, mais son statut de veuve, lui interdisait une autre couleur. C’était aussi une manière d’associer son défunt mari, au mariage de leur fils. Elle mit ses bijoux, sa bague de fiançailles, le seul et unique collier offert par son mari, puis les bracelets en or de sa défunte mère.

Pour son fils, le tailleur lui avait fait un beau costume, il était tout de neuf, vêtu. Quand il se présenta devant sa mère, elle ne put retenir quelques larmes de bonheur.

– Tu es beau mon fils, aussi beau que ton père, viens que je t’embrasse !

– Toi aussi maman, tu as fière allure.

Alphonsine avait décrété, qu’elle laissait la maison à son fils, qu’elle récupérait le logement de ses beaux-parents. La maison petite, se situait en face, donnant sur la cour de la ferme, se composait d’une petite cuisine, d’une arrière cuisine, d’une salle de bain, d’une grande pièce, avec une cheminée centrale, son fils lui avait aménagé une chambre à l’étage, avec un cabinet de toilette. Elle avait conservé les meubles de ses beaux-parents. Elle les avait cirés, son fils avait donné un coup de peinture. Tout était propre. Ce soir, elle regagnait son nouveau logement, une nouvelle vie commençait pour elle, comme pour son fils. Pour le moment la journée s’annonçait belle, il allait même faire très chaud.

Eugénie et Louis, lui avaient demandé de rester avec eux, mais elle était têtue. Il était prévu, qu’ils prendraient tous les repas ensemble, mais chacun son chez soi.

Avant le mariage, elle voulait, qu’ils aillent se recueillir sur la tombe de son mari.

Ensuite, ils filèrent à la ferme de la famille GUERIN. C’était une véritable fourmilière, ils avaient pris du monde, pour la cuisine, pour le service, la vaisselle. Les tables étaient dressées sous les tilleuls de la cour. C’était le mariage de leur dernière fille, la seule, les ainés étaient deux garçons. Pour le moment la mariée se préparait.

Louis avait hâte de découvrir sa future femme. Quand elle sortit, il n’en croyait pas ses yeux, elle était resplendissante. Même dans ses rêves, il n’avait jamais pensé, avoir une femme aussi jolie.

Le trajet pour aller au temple, n’était pas long, mais les langues se délièrent, la gaieté des convives, était contagieuse. La journée se promettait d’être belle.

Alphonsine profita du trajet, pour se repoudrer, elle voulait être à son avantage. Au temple, la mariée rentra au bras de son père, Alphonsine et Louis venaient en dernier, fermaient le cortège. Comme elle regrettait que son mari ne soit pas là, pour assister à ce mariage, il aurait été fier de son fils.

Elle conduisit son fils à l’autel, le confia à sa future épouse. Le pasteur lui fit un clin d’œil, il était heureux de marier ce gamin, qu’il avait baptisé. Il lui avait fait l’instruction religieuse, il avait fait sa communion, c’était un enfant calme, un homme honnête et courageux, comme l’étaient son père et sa mère.

Comme elle était belle, cette mère, qui n’avait jamais voulu refaire sa vie, malgré les nombreuses demandes reçues. Quand le pasteur avait appris le futur mariage de Louis et Eugénie, il eut peur qu’ils passent à l’église, malgré la confiance qu’il avait en Alphonsine. Aussi il était ravi, il avait préparé un beau sermon.

La cérémonie fut à la hauteur de la beauté des mariés, même la famille GUERIN, dût en convenir. Le pasteur et sa femme faisaient partie des invités d’Alphonsine.

La journée fut merveilleuse, très chaude, dans la joie et la gaîté. Ils chantèrent, racontèrent des histoires, dansèrent, deux jeunes jouèrent du violon et de l’accordéon. Alphonsine dansa, plusieurs fois avec le père de sa bru, mais également avec d’autres invités. Elle voulait profiter pleinement de ce mariage.

Elle rentra avec ses enfants, ils s’embrassèrent, puis ils regagnèrent chacun leur logement. Alphonsine eut du mal à trouver le sommeil, elle pensait à sa nuit de noces, ils avaient alors plein de projets en tête, comme la vie pouvait être ingrate !

De son côté Louis ouvrit la porte, prit Eugénie dans ses bras, pour lui faire passer le seuil de la maison. Il la porta, jusqu’à la chambre. L’un comme l’autre, étaient vierges, ils appréhendaient sans vouloir se l’avouer. Il déshabilla sa femme, la coucha sur le lit, puis il se déshabilla à son tour. Il la rejoignit dans le lit, leurs désirs étaient forts et réciproques. Ils s’embrassèrent, découvrirent leur corps, puis ils s’aimèrent passionnément. Louis se montra tendre et prévenant, si bien qu’Eugénie perdit sa virginité dans le plaisir, juste une petite douleur, si minime par rapport à la jouissance, qu’elle ressentit.

Leurs ébats furent interrompus par l’arrivée des invités, qui venaient porter la soupe à l’oignon, tradition oblige.

Le lendemain, ils retournèrent faire la fête et manger les restes à la ferme. Comme Eugénie était la dernière à marier, ses parents durent casser les pots. Tradition Vendéenne, trois pots en grès, l’un rempli de dragées, l’autre d’eau et le dernier de farine. La mère, les yeux bandés, devait avec un bâton casser les pots, tenus en hauteur par une ficelle. Tout le monde la guidait, mais ce n’était pas évident. Enfin elle s’exécuta sous les applaudissements de toute la noce.

La vie reprit son cours. Alphonsine et Eugénie s’entendaient bien, elles aimaient le même homme, celui-ci ne savait plus où donner de la tête, entre sa mère et sa femme. Les jeunes époux étaient heureux de se retrouver dans leur lit, ils étaient bien tous les deux. Même dans la journée, ils se désiraient, quelquefois quand ils étaient seuls, ils s’aimaient dans le foin, faisaient des siestes crapuleuses.

Alphonsine respectait le plus possible l’intimité de ses enfants.

Puis commença la longue attente, les mois passèrent, mais aucune naissance à l’horizon. Eugénie était allée voir plusieurs voyantes, elle repartait à chaque fois plein d’espoir, le porte-monnaie allégée.

De son côté, Alphonsine allait au temple prier, le pasteur la rassurait, lui demandant de bien vouloir être patiente.

Louis se remettait en cause, s’il était à l’origine de ce malaise ? Il l’avait déjà vu dans ses animaux, des mâles qui étaient stériles. Même si au lit, ils s’éclataient, sa semence n’était peut-être pas fertile.

Tout ça désormais était de l’histoire ancienne, aujourd’hui ils attendaient un bébé. Les contractions commencèrent à sa rapprocher. Louis alla réveiller sa mère, celle-ci vint immédiatement au chevet d’Eugénie. Elle demanda à son fils, d’aller chercher le médecin. Elle mit de l’eau à bouillir, sortit des serviettes de toilette, puis revient rassurer sa bru. Eugénie se voulait confiante, peu lui importait de souffrir, cet enfant comptait plus que tout.

Louis et le médecin arrivèrent. Il l’ausculta, le travail était commencé, au contact des mains froides du médecin, elle perdit les eaux. Il était trois heures du matin. D’un côté, son mari qui lui épongeait le front, de l’autre sa belle-mère qui lui tenait la main. Les contractions de plus en plus rapprochées, l’épuisaient un peu plus. La tête du bébé se présenta enfin, ensuite avec l’aide du médecin, tout alla très vite. Le bébé était enfin là, c’était un beau garçon, qui se faisait entendre. Louis avait coupé le cordon ombilical avec son propre couteau.

Ils posèrent le bébé sur la poitrine d’Eugénie, malgré l’épuisement, elle admira son fils, la chair de sa chair, le fruit de leurs amours. Ils s’embrassèrent avec Louis, les deux pleurèrent de joie. Le médecin reprit le bébé pour lui faire sa toilette, c’était un beau bébé, il faisait presque quatre kilos, « 3,950 kg ». Une fois propre, le bébé fut couché dans le berceau qui avait déjà servi à son père. Ils retournèrent voir la mère. Alphonsine, avait changé les draps, lui avait fait sa toilette, remit une chemise de nuit propre, elle reposait calmement. Ils la laissèrent dormir et revinrent dans la grande salle.

– Alors heureux ? demanda le médecin.

– Je n’y crois pas, en plus un fils, c’est formidable, dit Louis.

– C’est vraiment un beau bébé, qui ne demande qu’à vivre. Naître le jour de la Saint-Valentin, la fête des amoureux, c’est de bon augure.

– Nous allons arroser cette naissance, dit Louis, pour nous, la fête des amoureux, c’est toute l’année avec Eugénie.

– Je préfère, à l’heure qu’il est, un café, dit le médecin.

– C’est une journée mémorable, le jour de la saint Valentin, fit remarquer la grand-mère, le jeudi 14 février 1957.

Alphonsine, connaissant le docteur, avait fait un café bien fort. Elle sortit la bonne gâche qu’elle avait fait deux jours avant. Le toubib l’apprécia. Puis il partit, Louis le suivit, pour aller prévenir sa belle-famille.

2
Deuxième chapitre – P’tit Louis

« Il y a dans le regard des grands-parents une lumière particulière qui ne s’éteindra jamais »

(Le petit livre des grands-pères et des grands-mères –
2003 – Jean Gastaldi)

Quand Louis revint, Eugénie donnait le sein au bébé. Il embrassa sa femme, admira son fils, il avait beaucoup de mal à réaliser, qu’il était père.

– Tes parents doivent passer dans la journée.

– Ils sont heureux.

– Bien sûr, j’ai dû boire la gnôle avec ton père.

– Il faudra que tu ailles à la mairie, déclarer la naissance, je t’ai mis le livret de famille, le certificat du médecin, avec l’heure de la naissance, et les prénoms.

– Tu as mis quels prénoms ?

– Comme toi, Louis, celui de ta mère au masculin, Alphonse, et celui de mon père, Maurice.

– Tu es bien sûre de vouloir l’appeler Louis ?

– Oui, je veux qu’on respecte la coutume.

– Je vais y aller avant de reprendre ma tenue de travail. Eugénie, je voulais te remercier encore de m’avoir fait un si beau garçon, je t’aime. Il embrassa tendrement sa femme.

– Nous l’avons fait tous les deux, c’est notre fils.

Il alla jusqu’à la mairie de Mouilleron-en-Pareds, faire le nécessaire au niveau des papiers. C’était pour lui une démarche très importante, il s’adressa directement au maire de Mouilleron-en-Pareds, Madame De Lattre De Tassigny. Il avait beaucoup de considération pour cette femme, qui était proche de sa mère. Les deux femmes se respectaient mutuellement. Elle le félicita chaleureusement pour cette naissance et l’embrassa, comme une mère embrasse son fils. Simone Calary de Lamazière, née le O7 novembre 1906, était la fille d’un ancien député de Paris : Raoul Calary de Lamazière. Elle épousa Jean de Lattre de Tassigny le 22 mars 1927. Cette femme discrète aura avec son fils Bernard, un rôle crucial pour l’évasion de Jean de la prison de Riom, le 03 septembre 1943. Elle l’aida ensuite à rejoindre Londres. En 1944-1945, Jean remporte des victoires, à la tête de la première armée Française.

Elle devra surmonter le décès de son fils unique, Bernard, en 1951 en Indochine, et de Jean son mari, le 11 janvier 1952. Elle s’occupa très sérieusement de la commune de Mouilleron, dont elle était maire depuis 1956, ainsi que du devenir des souvenirs et des archives de Jean de Lattre de Tassigny.

– Tu féliciteras bien la maman pour cette naissance et tu transmets mes amitiés à ta mère.

– Je vous remercie bien Madame de Lattre de Tassigny, je pense que ma mère aura à cœur de venir vous présenter son petit-fils.

Il retourna bien vite à la ferme. Il s’occupa de ses bêtes, la traite, le fumier, des cochons et retourna auprès de sa femme. Aujourd’hui il n’avait pas le cœur à l’ouvrage, il voulait profiter de sa petite famille. Quand il rentra, ses beaux-parents étaient à la maison. Eugénie bien que très pâle, était habillée et se tenait dans le fauteuil du grand-père, près de la cheminée.

– Tu es déjà debout, tu n’es pas raisonnable, lui dit-il.

– Elle ne veut rien entendre, dit sa belle-mère.

– Je n’ai guère envie de rester au lit, je veux profiter de mon Petit Louis.

– Tu nous as fait un beau garçon dit son beau-père.

– Oui, nous avons fait un beau bébé, répondit Louis.

– Je trouve qu’il ressemble plus à son père, qu’à sa mère, reprit sa belle-mère.

– J’espère qu’il aura les yeux de son père, dit Eugénie, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est très vorace.

– Il faudra bientôt lui dédier une vache, dit le beau-père en riant.

Ils déjeunèrent ensemble. Louis décida de s’octroyer une journée. Ils restèrent toute la famille, y compris Alphonsine, près de l’âtre. Son grand-père était satisfait qu’il porte son prénom, en deuxième position. Le bébé semblait calme, ne réclamant que la tétée. Le médecin était repassé dans la journée, il constata que tout allait bien, il demanda néanmoins à Eugénie d’y aller doucement. Cette fois, il accepta la goutte après le café, ils trinquèrent à la santé du Petit Louis.

Dès le lendemain, ils retrouvèrent les réflexes habituels, ils se levèrent de bonne heure, Eugénie, alla faire la traite, puis revint donner la tétée à son fils. Comme s’était la période creuse, elle put rester davantage à la maison. Louis en profitait pour couper du bois pour la cheminée. Dans la semaine, il resta à proximité de la ferme, il réparait les clôtures, nettoyait son matériel, faisait du rangement à l’intérieur, extérieurement, il faisait trop froid. Un bon froid sec. Trois vaches vêlèrent, deux eurent des jumelles et la troisième eut également une femelle.

Les brebis eurent plusieurs jumeaux, une des brebis, eut même trois petits, ce qui était rare et exceptionnel. Il dût donner le biberon à deux petits. Le plus étonnant fut leur vieille chienne, une bête très intelligente, très courageuse avec le bétail, surtout très fidèle et très obéissante, elle mit au monde quatre chiots, le même jour que la naissance de P’tit Louis. Comme la pauvre bête, commençait à avoir des problèmes de vue, ils décidèrent de garder une petite femelle. Comme son beau-père voulait un mâle, les deux autres, un mâle et une femelle, seraient faciles à caser.

Cette année s’annonçait sous de bons auspices. Alphonsine, était en admiration, devant son petit-fils. Elle retrouvait son fils au même âge. Elle prenait plaisir à le prendre, à aller le promener, elle attendait avec impatience le retour des beaux jours, pour pouvoir aller faire des balades avec lui. C’était maintenant un bon poupon, qui une fois rassasié, faisait de beaux sourires. Quand le printemps arriva, Alphonsine profitait des belles journées, pour aller se promener. Avec le retour des beaux jours, il y avait plus de travail, Eugénie confiait Louis davantage à sa grand-mère.

Il connaissait bien son monde désormais, son père, sa mère, sa grand-mère et surtout la petite chienne, qui en son honneur, portait le doux nom de Louisa. Elle était joueuse et dès qu’il la voyait, il était complètement hypnotisé. Il n’avait d’yeux que pour elle.

Ils décidèrent de faire le baptême à Pâques, le dimanche 21 avril 1957. Alphonsine et Eugénie firent le grand ménage des deux maisons. Louis en profita pour passer de la peinture blanche dans la grande pièce. Avec la cheminée, la fumée noircissait toujours un peu les murs. Ils avaient réservé un agneau pour ce grand jour. A la grande satisfaction d’Alphonsine, Louis serait baptisé protestant, au temple de Mouilleron-en-Pareds.

Le pasteur passait régulièrement voir la famille, surtout Alphonsine. Tous les dimanches matin, ils se rendaient au culte, quelquefois Eugénie, allait à la messe avec sa famille. Ils durent choisir un parrain et une marraine, comme la famille d’Alphonsine était plus que réduite, ils choisirent le frère ainé d’Eugénie et sa femme. Le pasteur aurait préféré des protestants, mais devant le cas de figure, il finit par accepter.

Ce fut une belle journée, après la cérémonie au temple, ils se retrouvèrent tous à la ferme, où Alphonsine et Eugénie avaient tout préparé. La table avait été dressée la veille. Louis pour l’occasion avait acheté une barrique de rouge, une de rosé et une de blanc. Alphonsine avait ressorti la robe de baptême, venant de sa belle-famille, qui avait servi à plusieurs générations, dont le grand-père et le père. Elle l’avait lavée, amidonnée, elle était blanche et immaculée, le petit bonnet également. Le P’tit Louis, ainsi les proches, l’appelaient-il, pour le différencier de son père, la remplissait bien, il n’aurait pas fallu attendre un mois de plus.

On l’emmena chez le photographe, il était tellement gracieux et souriant, que la photographe, n’eut pas de problème, il était resplendissant. Ses yeux verts, ceux de son père, ses boucles brunes, lui donnait un petit côté coquin. Alphonsine s’empressa de mettre le cadre sur son vaisselier, d’un côté son fils et Eugénie en mariés, de l’autre son petit-fils. Ce baptême permit aux deux familles de se retrouver, la présence du pasteur et de sa famille ne sembla pas gêner la belle-famille, il fallait reconnaître qu’ils étaient particulièrement gentils, même la femme du pasteur poussa sa petite chanson, ils rirent également des histoires, qui étaient parfois un peu crues.

P’tit Louis, était désormais baptisé, il passa de bras en bras, sans manifester la moindre réticence. Eugénie profita de cette journée, elle n’était pas certaine d’avoir un deuxième enfant. Pourtant ce n’était pas faute de s’aimer avec Louis.

L’enfant grandit dans l’amour et la sérénité, le plus souvent surveillé et gardé par Alphonsine, qui s’amusait beaucoup avec lui, mais qui s’était promise, de lui inculquer comme à son fils, une bonne éducation. Elle était décidée à se faire respecter.

Le premier été, il commença à se déplacer à quatre pattes, toujours attiré par sa chienne, dont il tirait parfois la queue ou les poils. L’animal était patient et se laissait faire. Elle suivait sa mère, qui lui apprenait ses nouvelles tâches, mais dès qu’elle le pouvait, elle passait du temps avec son petit maître.

Exceptionnellement pour son premier Noël, Alphonsine alla chercher du houx dans les bois, qu’elle décora avec des guirlandes et des petits sujets qui dataient. Comme rien n’était trop beau pour son petit-fils, elle alla acheter de nouvelles décorations, puis lui acheta un bel ours, pour son Noël. Ils étaient tous invités dans la belle-famille de son fils, le mardi 24 décembre, Alphonsine voulut décliner l’invitation, mais devant l’insistance de sa belle-fille, elle finit par céder. Bien qu’il soit trop petit, elle attendait le matin de Noël avec impatience. Quand il vit ses paquets, il ne comprit pas trop, ses parents, lui avait acheté un cheval à bascule en bois, mais quand il vit l’ours, il tendit ses petits mains vers lui. Son père lui mit dans ses bras, il était aux anges. Il ne voulut plus le lâcher, même pour sa sieste, il dormit avec. Alphonsine au fond d’elle-même était fière de son choix, néanmoins elle ne fit aucune remarque.

Il fut assez précoce, dès sa première année, il marchait. La chienne Louisa, joua un rôle important. Il se relevait en se tenant aux poils de la chienne, dès qu’il tombait, elle venait à ses côtés et il recommençait. Pour la propreté, ce fut plus difficile, mais c’était mal connaître Alphonsine, elle ne le lâcha plus avec le pot, pour ses treize mois, il fut propre. Plus de couches, quelques accidents, surtout la nuit, mais il était le premier vexé.

Désormais, Alphonsine, dût faire preuve de plus de vigilance, mais il avait vite fait de déjouer l’attention de sa grand-mère. Elle commença à sévir, lui tapait sur les mains, ou sur les fesses et le mettait quelquefois au coin, ou interdisait tout simplement à la chienne de rentrer, ce qui le vexait le plus. Dans l’ensemble, il était facile, respectait ses parents et sa grand-mère, n’insistait pas devant un refus, ne faisait aucun caprice, sachant que ni sa mère, ni sa grand-mère ne céderaient.

Au niveau du langage, il savait désormais se faire comprendre. Il faisait des phrases, employant souvent le vocabulaire de ses ascendants, c’est-à-dire quelques mots de patois vendéen. Avec la chienne, ils étaient désormais inséparables. Ainsi, son père, sa mère savaient où il était, il suffisait de siffler la chienne et ils rappliquaient tous les deux. Pour son goûter, la grand-mère, lui préparait des tartines beurrées, avec du chocolat dessus. Il y en avait toujours un morceau pour la chienne. Alphonsine, faisait celle qui ne voyait rien. Dans l’ensemble, il était du même tempérament que son père, posait beaucoup de questions, pourquoi ci, pourquoi çà ? Il connaissait tous les noms des animaux de le ferme, n’avait peur de rien, se méfiait néanmoins du jars, qui l’avait pincé plusieurs fois, quand il y avait des oisons. Il aimait cependant l’attiser, afin de le faire siffler, mais il savait maintenant se protéger des coups de bec. Avec la truie, il y allait avec sa grand-mère, quand elle avait des petits, mais il n’aimait pas trop la mère. Il aidait sa grand-mère dans le jardin, elle lui avait laissé un petit coin, où il semait des graines de radis, il plantait des salades et des tomates. Son père lui consacrait du temps, quand ils mangeaient une de ses salades, ou ses tomates, il savait le dire. Il aimait aller à la pêche avec son père. Il avait une petite gaule et pêchait des verrons dans la rivière. Le soir sa mère les faisait frire. Avec sa grand-mère, ils allaient aux champignons. Elle lui apprenait à différencier les champignons, elle qui n’aurait jamais montré ses terrains de chasse, lui dévoilait les endroits où elle trouvait des cèpes, des pieds de mouton, les champs, où il y avait des rosés. C’était une joie pour lui, quand ils ramenaient des grands paniers. Idem pour les mûres, il en mangeait autant qu’il en mettait dans le panier, il revenait la bouche toute rouge, suivait ensuite la préparation de la confiture. Pour les châtaignes, son père les faisait cuire le soir dans les braises de la cheminée, comme ses parents, il les accompagnait d’une tartine de beurre, que sa mère faisait. Du bon beurre salé. Dessus la motte, il y avait une belle vache, il fallait absolument découper tout le tour, avant de toucher à la vache.

C’était un enfant très curieux, il assistait à la cuisine au cochon. Présent dès la mise à mort de la bête, il regardait la récupération du sang, qui servait à sa grand-mère, à faire de la fressure et du boudin. Ensuite il voyait l’animal, qu’on passait dans les flammes, pour faire griller les poils. On le découpait en deux, on retirait les entrailles, chaque moitié était ensuite attaché sur une espèce d’échelle, ensuite les femmes de la maison, prenait le relais. Elles nettoyaient les tripes, qui serviraient pour les boudins ou pour les andouilles, alors que les hommes dépeçaient la viande, elles faisaient cuire, faisaient des pâtés, des rôtis, mettaient les jambons dans de grandes jarres remplies de sel. Toute la pièce, sentait la cochonnaille, la gazinière était couverte de gamelles, la marmite dans la cheminée, contenait les rillons, qui seraient si bons, chauds pour le diner. Tout se préparait dans le cochon, les oreilles, les pieds. Tout le monde était en effervescence dans la pièce. P’tit Louis se faisait tout petit et assistait à tout ce spectacle. Quelquefois, il s’endormait dans les escaliers, point stratégique pour tout observer sans déranger.

Il aidait sa grand-mère, quand elle tuait un poulet, elle le choisissait, il fallait ensuite l’attraper, elle l’attachait à la porte de l’écurie, lui tranchait l’artère par le bec, récupérait le sang. Après, elle l’ébouillantait, lui arrachait toutes les plumes, le passait sous le feu, pour enlever les dernières plumes, puis elle lui retirait les boyaux, récupérait le gésier et le foie et le faisait cuire. Sa grand-mère se réservait toujours le croupion et les ailes, lui on lui donnait du blanc, mais il aimait bien la peau quand elle était dorée.