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Passé oublié

De
276 pages

Angie a dix ans lorsqu'un tragique accident de la route emporte ses parents. Orpheline, séparée de son frère, placée dans une famille dont elle ignore tout, elle va tenter de se reconstruire, malgré l'amnésie qui la frappe. Car Angie ne se souvient de rien. Et personne ne sait, ne comprend ce qu'il s'est passé ce soir-là. Onze ans plus tard, de retour dans sa ville natale, elle va remuer ciel et terre pour découvrir la vérité. Sa rencontre avec Bobby, un mystérieux voisin, risque de tout remettre en question. Au terme de ce chemin de lutte pour la paix et la délivrance, Angie va réapprendre la confiance et l'importance du pardon, dans un monde où vivre est un don inestimable.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-17000-5
© Edilivre, 2018
A ma mère, origine de ma vie, source de mon inspiration, modèle de mon existence. Avec tout mon amour…
« Le génie commence les beaux ouvrages, mais le travail seul les achève » Joseph Joubert
Prologue
« Angie ! Angie ! Elle revient à elle. » A ce moment-là, elle ne savait ni où elle était, ni ce qu’elle faisait là. Autour d’elle, des dizaines de voix résonnaient si fort qu’elle crut que sa tête allait exploser. Le bruit des machines frappait ses tempes. Des gouttes de sueur perlaient sur son visage et pourtant elle frissonnait. La pièce vaste et blanche lui fit comprendre qu’elle se trouvait à l’hôpital. Une femme en blouse smaragdin se tourna vers elle et lui dit d’une voix qui se voulait rassurante : « Angie, tu es à l’hôpital, tu as eu un accident de voiture. Nous nous occupons de toi, tout va bien maintenant. » Les paupières lourdes de sommeil, la petite fille les referma aussitôt et s’endormit. A son réveil, le lendemain, elle fut éblouie par les rayons du soleil qui s’infiltraient à travers les rideaux de la chambre. Une fois qu’elle fut tout à fait réveillée, elle remarqua que madame Hunter était assise à son chevet. Elle ne semblait pas avoir beaucoup dormi, ses yeux étaient cernés et ses cheveux mal peignés mais elle n’en restait pas moins jolie. Elle trouva curieux que son institutrice soit venue lui rendre visite de si bonne heure mais elle se tut. Celle-ci, dès qu’elle eut remarqué que l’enfant était éveillée, s’approcha et s’assit près d’elle, sur les couvertures. « Bonjour, dit-elle, le regard plein de compassion. Comment te sens-tu ce matin ? – Ça va, répondit Angie, je suis juste fatiguée. La jeune femme resta quelques instants perdue dans ses pensées, le visage grave, avant de se lancer : – Écoute, Angie, ce que j’ai à te dire n’est pas facile. Pas facile du tout. Je ne voulais pas que tu l’apprennes par un médecin ou quelqu’un que tu ne connais pas. Pardonne-moi, je ne sais pas si tu es prête à entendre cela, mais personne n’est jamais prêt et personne ne le sera jamais. La vie est faite ainsi, nous devons parfois apprendre à accepter ce que Dieu a décidé. Lui faire confiance. Et avancer. – Ils sont partis, n’est-ce pas ? Elle acquiesça. – Ils t’aimaient Angie. Amanda Hunter ouvrit la fenêtre qui donnait sur le parking. L’enfant resta muette et serra les draps entre ses poings pour retenir ses larmes. Une douleur intense lui souleva la poitrine. Elle s’efforça de porter son attention sur le jeu des rideaux terre de sienne qui dansaient avec le vent. Amanda fit les cents pas, puis quelques instants plus tard seulement, s’éclipsa, laissant Angie dans son chagrin le plus vif. Le médecin rendit son diagnostic deux jours plus tard : Angie souffrait d’une amnésie partielle, suite au traumatisme crânien dont elle avait été victime, correspondant à des troubles de la mémoire sur une période de temps donné, en l’occurrence concernant le drame qu’elle avait vécu. Pour lors, les causes de l’accident étaient méconnues, les parents étant décédés, le frère refusant de parler. Leur seul espoir de comprendre les raisons de ce malheur était Angie. Le Dr. Sanders lui apporta des vêtements propres et lorsqu’elle fut changée, il la conduisit dans le hall. Deux battants blancs s’ouvrirent sur l’extérieur. Une femme vêtue d’un grand manteau noir attendait sur le parvis. Elle lui lança un timide sourire. C’était le début d’une nouvelle vie.
1
«Salut, moi c’est Bobby, Bobby Jones. Il s’avança vers elle et retira son gant pour lui serrer la main. – Ravie de te rencontrer, Bobby. Moi c’est Angie. Je cherche du travail, je viens juste d’arriver dans la région, tu n’aurais pas quelque chose à me proposer ? Il parut troublé. – Tu peux m’aider si tu veux. Et où est-ce que tu vis ? Elle pointa du doigt la grande maison en bois située en haut de la colline. – Cette maison est la mienne. J’y ai vécu dans mon enfance. Il fronça les sourcils : – Il y a beaucoup de travail, j’espère que tu ne comptes pas tout faire seule. Dans tous les cas, elle ne sera pas habitable pendant des mois. Es-tu sûre de vouloir y loger durant les travaux ? Je sais qu’elle est très mal isolée et la façade est en ruine à l’arrière, même le toit menace de s’effondrer. C’est beaucoup trop dangereux. – Mais je n’ai pas le choix, rétorqua-t-elle, sur le ton de la défensive. Puis elle se radoucit : – Nous ne sommes pas là pour parler de ma maison ni même de moi mais de mon travail. Alors, je suis embauchée ? Quand est-ce que je commence ? » Il lui adressa un sourire malicieux puis elle le suivit dans la grange. Il lui montra comment nettoyer les boxes et nourrir les animaux. Plus tard, elle étala du foin dans la cour et coupa les herbes dans les recoins inaccessibles à la tondeuse. Ce travail ne lui plaisait pas particulièrement et était fatigant de surcroît, mais il lui permettait d’avoir un salaire en attendant de trouver un poste qui lui correspondrait au vu des diplômes qu’elle avait en poche. Sa priorité était pour l’instant d’avoir une maison dans laquelle elle pourrait se sentir en sécurité, et des revenus nécessaires pour subvenir à ses besoins. Elle se préoccuperait du reste plus tard. Bobby était un homme plutôt grand, séduisant et prévenant. Angie se dit qu’elle ne pourrait jamais plaire à un homme tel que lui. Il émanait de lui une sorte de sensualité qu’Angie avait du mal à définir. Toutefois, ils parlèrent peu si ce n’est du déroulement des journées à venir. Ce n’est qu’à la fin de la journée, et alors qu’elle remplissait quelques formalités pour son contrat de travail, qu’il évoqua à nouveau son inquiétude quant à la perspective qu’elle passât la nuit dans une maison qu’il jugeait sinistre. Son anxiété fit rire Angie mais il ne semblait pas plaisanter. « Reste, je t’en prie, la supplia-t-il. Je n’aime pas te savoir là-bas, c’est bien trop risqué. – Je t’assure que tout ira bien. – J’insiste » dit-il avec fermeté. Angie soupira, vaincue, et accepta de le suivre. Elle refusa de dîner cependant, prétextant la fatigue et rejoignit presque aussitôt la chambre de Bobby. Ce dernier avait insisté pour dormir sur le canapé, lui cédant son lit. Elle s’y était fermement opposée mais avait une nouvelle fois fini par accepter son offre. Elle se dit que décidément, elle était incapable de résister à cet homme. Elle lui souhaita une bonne nuit puis referma doucement la porte de la chambre avant de se glisser sous les couvertures, épuisée. Elle ne tarda pas à trouver le sommeil. Le lendemain, elle se leva aux aurores et après un rapide passage dans la salle de bain, elle rejoignit la cuisine, où Bobby l’attendait. Une tasse de café à la main, il regardait l’horizon à travers la baie vitrée et n’avait pas remarqué sa présence. Le soleil se levait et répandait sa douce lumière, tel un filet d’or en suspension dans les airs. « Bonjour, le salua-t-elle avec douceur. Il sursauta. Elle se sentit gênée mais il lui sourit aussitôt :
Bien dormi ? J’ignorais que tu étais si matinale, mais c’est une bonne chose étant donné le travail qui nous attend. Que comptes-tu faire ce matin ? Si tu as besoin de temps, tu peux commencer dès demain. Tu viens seulement d’arriver. Il la guida vers le bar et lui servit des toasts, du bacon et lui versa du café dans un bol. – Parfaitement, je te remercie. Je prévoyais de passer chez moi, le temps de m’installer un peu, si cela est possible. J’irai aussi faire des courses au centre-ville car je ne dispose de rien pour l’instant. Si tu veux me laisser une liste, il n’y a aucun soucis, et cela t’éviterait de t’y rendre. Je veux dire, puisque je dois faire le déplacement… – Je n’ai besoin de rien, la coupa-t-il. Fais ce que tu as à faire et ne te préoccupe pas de moi. Veux-tu que je t’accompagne ? Vers midi j’aurais certainement terminé l’essentiel de mon travail et le reste pourra attendre. – Toi aussi, tu as beaucoup à faire alors ne te soucie pas de moi, Bobby, répliqua-t-elle dans un sourire. Elle termina son assiette et se leva. – Je ferais mieux d’y aller. Merci encore pour hier soir et pardonne-moi de t’avoir subtilisé ton lit, s’excusa-t-elle en riant. Il haussa les épaules. – Je t’en prie, je serai toujours là si tu as besoin. – A plus tard, lança-t-elle en s’éloignant. Une fois dehors, elle s’engagea sur le chemin rocailleux et se dirigea à pas lents vers la grande maison. L’air était déjà chaud et une légère brise soufflait à travers le ciel. Et à mesure qu’elle avançait, l’angoisse la prenait. Elle avait peur. Peur de voir ressurgir son passé. Elle redoutait cet instant mais elle n’avait pas le choix. Elle était revenue à Bay Village dans un seul et même but : comprendre ce qui s’était réellement passé onze ans auparavant.
2
Elle pénétra dans la maison par la baie vitrée qui, à son grand étonnement, n’était pas close. La pièce était presque vide, il ne restait qu’un meuble en bois délabré et un fauteuil usé. Pourtant, elle revoyait encore sa mère dépoussiérer les cadres photos, son père placer du bois dans la cheminée et Josh, avachi dans le fauteuil, raconter son interminable journée. Cela lui rappela combien à cette époque et ce malgré leur vie rudimentaire, ils étaient heureux. Délicatement, elle ouvrit le tiroir de la commode à l’intérieur duquel se trouvait un album photos, oublié pendant toutes ces années. Sur la première page, une série de portraits étaient alignés. Celui de son père en uniforme de marine attira particulièrement son attention parce que sur le cliché, il ressemblait beaucoup à Josh. Une fois qu’elle les eut tous examinés, elle se rendit compte que le sien était le seul qui manquait, et elle en fut intriguée. Cependant, elle ne s’arrêta pas sur ce détail qui fut bien vite chassé de son esprit car la vue de ces portraits avait fait ressurgir en elle des souvenirs du passé dans lesquels elle resta plongée quelques instants. Son estomac se contracta. Tout à coup, elle ne se sentit plus très bien. Finalement, elle emporta avec elle un cliché de sa grand-mère paternelle, Jenna Martins, pris le jour de ses cinquante ans dans sa demeure du New Hampshire. Elle entreprit ensuite de poursuivre son exploration. La cuisine était dans un piteux état, si bien qu’elle ne s’y attarda pas et monta directement à l’étage. Elle reconnut immédiatement sa chambre de petite fille où hormis les murs jaunis, tout était resté en ordre. Son lit n’avait pas été défait et son pupitre contenait un bon nombre de ses cahiers d’écriture. Certains vêtements, des robes et des collants, avaient même conservé leur place sur le porte-manteau. Elle jugea cela inquiétant car l’État avait donné l’ordre, il y a des années, de ne pas toucher aux différentes pièces de la maison, censée rester close, mais de toutes, c’était sa chambre qui était restée intacte. L’album laissé dans la commode d’infortune et cette chambre étaient tout ce qui restait, le reste avait tout bonnement disparu – avait été volé ? – et Angie était dès à présent certaine que quelque chose n’allait pas, aussi ses affres redoublèrent. Elle jeta par la suite un coup d’œil dans la chambre de son frère. Le plancher était inondé et le bois pourrissait car un trou perforait le plafond et Angie savait que des orages s’étaient abattus sur tout le pays la semaine précédente. Elle visita les pièces restantes et termina par la chambre de sa grand-mère. A la mort de son mari, Jenna avait quitté la Nouvelle-Angleterre pour venir s’installer à Boston avec eux. Angie était alors âgée de 6 ans. Malheureusement, la vieille dame mourut d’une crise cardiaque quelques mois avant l’accident, et son départ modifia alors profondément le sort de ses petits-enfants. Si elle avait été encore en vie, elle aurait immédiatement obtenu leur garde et cela leur aurait évité d’être confiés aux services sociaux. Si seulement… Angie, perdue dans ses pensées, fut cependant alertée par un bruit provenant du rez-de-chaussée. Elle sentit son cœur cogner très fort dans sa poitrine et une terrible crainte la saisit. Elle s’en voulut de n’avoir pas fermé la baie vitrée derrière elle et se détesta d’être aussi imprudente. Elle tendit l’oreille. Plus un bruit. Peut-être avait-elle rêvé. Dans le doute, elle attrapa précautionneusement son téléphone portable dans son sac à main puis se ravisa. Que risquait-elle ? Elle s’agrippa à la rampe de l’escalier et descendit les marches sur la pointe des pieds. Arrivée dans le salon, elle regarda autour d’elle, à l’affût du moindre geste ou du moindre bruit suspect. Le plancher craqua. Elle se retourna brusquement, prête à se défendre mais lorsqu’elle reconnut l’imposteur, ses craintes s’évanouirent. « Josh ? s’écria-t-elle dans un souffle – Angie ? » Il paraissait presque aussi surpris qu’elle.
Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre. Angie sentit une vague d’émotion la submerger alors qu’elle étreignait ce frère dont l’absence l’avait tant fait souffrir. Il approchait désormais à grands pas de ses trente ans, avait coupé ses cheveux et laissé pousser sa barbe mais il avait toujours le même visage puérile. Elle lui raconta comment, à sa majorité, on lui avait annoncé que cette maison lui appartenait, puisqu’ils n’avaient plus aucune famille, ni grands-parents, ni oncles, ni tantes, leurs parents étant tous deux enfants uniques, puis elle évoqua le temps et l’argent qu’elle prévoyait de lui consacrer désormais afin d’en faire un lieu habitable. Elle lui demanda de ses nouvelles mais il resta très vague dans ses réponses. Elle apprit seulement qu’il vivait à Chinatown et qu’il était au chômage ; il refusa de lui en dire davantage. Alors qu’elle s’apprêtait à lui demander les raisons de sa visite, il prit congé en lui promettant de revenir dès qu’il le pourrait. Elle resta quelques instants silencieuse puis sortit sur la terrasse et alluma une cigarette. Le soleil lui frappa le visage. Elle n’avait jamais pensé au fait qu’à nouveau, un jour, elle pourrait se retrouver face à son frère et sentir tout le poids de ces années perdues, gâchées, et qu’elle éprouverait une nouvelle fois cette immense souffrance qu’elle avait ressentie lorsqu’on l’avait, sans rien lui expliquer, confiée à des gens qu’elle ne connaissait pas, taisant à jamais l’existence d’un frère à qui on l’avait arrachée. Non pas qu’elle ait été malheureuse, bien au contraire. Elle avait eu des amies, avait été acceptée et aimée par sa famille d’accueil : les Stoner avaient toujours veillé à ce qu’elle ne manque de rien, ils avaient assisté à chacune de ses fêtes d’école puis à sa remise de diplôme, l’avaient accompagnée à chacun de ses cours de danse et l’avaient toujours couverte de cadeaux lors de ses anniversaires ; en somme, ils l’avaient élevée comme leur propre fille. Maria Stoner n’avait jamais pu avoir d’enfant, c’est pour cette raison qu’elle avait choisi de s’engager auprès de laHealth and HumanServices pour s’occuper d’enfants privés de repères familiaux. Mais malgré toute sa bonne volonté, son manque d’expérience eut raison d’elle et affecta beaucoup Angie. Certainement par crainte de la blesser, Maria et Georges n’évoquèrent jamais la perte de ses parents ni même sa vie passée. Jamais ils ne lui demandèrent comment elle se sentait ou ce qu’elle éprouvait à ce sujet. Elle eut souvent l’impression que si elle avait prononcé ne serait-ce que le nom de son frère, on l’aurait regardée avec de grands yeux affolés et on l’aurait fait taire. Mis à part cela, ils s’étaient toujours montrés aimants mais il est vrai que les démonstrations affectives n’étaient pas spontanées chez eux et les seules fois où Maria l’avait prise dans ses bras étaient lorsqu’elle s’était blessé le genou en tombant de vélo et les rares fois où les cauchemars de la fillette la réveillaient ; en l’entendant sangloter derrière la cloison, elle ne pouvait faire autrement que lui apporter le réconfort dont elle avait, dans ces moments-là, absolument besoin. Elle attrapa son sac et prit, cette fois, bien soin de refermer la baie vitrée derrière elle. Elle mit en route le moteur et prit la direction du centre-ville. Le supermarché était bondé et Angie regretta de ne pas avoir choisi un endroit moins luxueux pour faire ses courses. Elle se dépêcha donc d’effectuer ses achats de premières nécessités quitte à ce qu’ils ne lui fassent que la semaine. Avant de repartir, elle s’arrêta chezMike’s Pastry pour acheter deux cannoli au caramel. Le vendeur lui tendit un petit carton ficelé portant le nom de l’enseigne, elle le remercia puis rebroussa chemin. De retour à Bay Village, Angie rejoignit directement la maison de Bobby car ne disposant pas de réfrigérateur, elle souhaitait stocker ses produits dans le sien. Il devait certainement être parti moissonner car elle le chercha dans la grange mais ne le trouva pas, et son tracteur avait lui aussi disparu. Comme la porte n’était pas close, elle entra, se disant qu’il ne lui en voudrait pas étant donné la chaleur. Une fois qu’elle eut terminé son rangement, elle se servit un verre d’eau et s’accorda une minute de répit. Assise sur le fauteuil, elle observait Sparkle qui poursuivait un chat dans la cour. Sa tête lui tournait un peu. Elle s’autorisa à fermer les yeux, quelques secondes à peine. Lorsqu’elle les rouvrit, le chien et le chat avaient disparu et les rayons du soleil se faisaient plus doux. Comprenant qu’elle s’était assoupie, elle se leva d’un bond pour s’en aller. Bobby la
regardait, un sourire amusé aux lèvres. « Pas de panique, tout va bien. Je voudrais même que tu restes encore un peu. J’ai fait du thé glacé, est-ce que ça te tente ? Elle poussa un soupir de soulagement puis se rassit : – Volontiers ! Il s’approcha, un verre dans chaque main et prit place à côté d’elle. – Alors, qui t’a appris à rentrer chez les gens quand ils ne sont pas là ? la taquina-t-il en riant. Elle sentit le rouge lui monter aux joues. – J’ai tellement honte, Bobby. Excuse-moi, j’ai fait des courses et comme je n’ai pas de réfrigérateur, j’ai pensé que tu serais d’accord pour que j’emprunte le tien pendant quelques temps. Et comme une idiote je me suis endormie sur ton canapé. Oui je sais, ce n’est pas très malin… – Ça va, ça va, la coupa-t-il. Tu sais bien que je ne t’en veux pas, tu es ici comme chez toi. Je ne veux pas que tu te sentes gênée de quoi que ce soit avec moi, d’accord ? – Entendu, acquiesça-t-elle, encore plus mal à l’aise que précédemment. Elle porta le verre à ses lèvres puis interrompit son geste et se dirigea en hâte vers le réfrigérateur. Intrigué, Bobby suivit chacun de ses mouvements avec une attention particulière. Elle se saisit de l’emballage en carton de chezMike’s Pastry,et le l’ouvrit présenta à Bobby. Ce dernier ouvrit de grands yeux et fit la grimace. Il ne semblait pas connaître. – Ça ne te dit rien du tout, n’est-ce pas ? le questionna-t-elle en riant. Il secoua la tête. – C’est Sicilien. Ce sont des cannoli. C’est de la pâte frite, remplie de farce sucrée à base de ricotta. C’est excellent, goûte ! Il émit tout d’abord quelques réticences puis finit par croquer dans cette pâtisserie inconnue. Angie guetta sa réaction. Il fronça les sourcils, puis s’exclama : – C’est vrai, c’est très bon ! Angie sourit fièrement, heureuse d’avoir pu lui faire découvrir quelque chose. Cette nuit-là, elle dormit encore chez Bobby mais cette fois ce fut elle qui occupa le canapé du salon. Il était convenu qu’ils alterneraient ainsi jusqu’à ce que les travaux de la maison Martins soient terminés. Elle ne lui parla pas de la visite de Josh. En vérité, elle avait décidé de n’en parler à personne. Le lendemain commença leur nouveau train de vie : le matin très tôt ils travaillaient à la ferme, l’après-midi ils se chargeaient de faire réparer la maison et le soir, Bobby rentrait s’occuper des bêtes tandis qu’Angie préparait le dîner. Leurs journées étaient harassantes et ils ne s’arrêtaient jamais, pas même le week-end. Une fois que la façade arrière fut reconstruite et que le toit fut à nouveau solide, Bobby s’employa au fonctionnement de l’électricité et de l’arrivée de l’eau et Angie commença à peindre les murs. Il fallut également tondre la pelouse, arracher les mauvaises herbes et planter quelques fleurs. Lorsqu’Angie reçut sa première paye, elle confia l’argent à Bobby et lui donna les références des meubles à acheter. A la fin de l’été, la maison fut entièrement rénovée et Angie put s’y installer. Pour fêter la fin des travaux, elle invita Bobby à dîner. Alors qu’elle terminait de dresser la table et que ce dernier était parti se changer, elle entendit qu’on frappait à la fenêtre du salon. Elle ouvrit en hâte le coulissant vertical lorsqu’elle aperçut Josh à l’extérieur. Il posa un index sur ses lèvres. Comprenant alors qu’elle ne disposait que de peu de temps, elle murmura : « Comment vas-tu ? Je m’inquiète beaucoup pour toi. Je n’ai pas eu de tes nouvelles depuis tout ce temps et il m’est impossible de te joindre. – Je vais bien, s’empressa-t-il de répondre, la coupant dans son élan. Je suis seulement très occupé mais c’est pour toi que je m’inquiète. Fais bien attention à toi surtout, et n’oublie