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Pour toi

De
120 pages
Elle ne le connaît pas encore.
Il est prêt à tout pour elle. 


Depuis que tu as rencontré ce type bizarre en boîte de nuit, tu sens que quelque chose a changé. Quelque chose en toi, bien profond, que tu ne sais pas identifier pour l’instant, que tu refuses d’analyser. Ta vie, tu l’aimes comme elle est. Simple, prévisible, sans complication. Et il ne faut surtout pas que ça change. D’ailleurs, tu vas bientôt épouser Yanis, ton copain ; lui aussi est simple, prévisible et sans complication. Car tu crois que tu l’aimes. Tu crois savoir ce qu’est l’amour. Mais tu te trompes. Et cette vie tranquille, la tienne, va bientôt voler en éclats. Mais rassure-toi, je serai là… Pour toi.
 
A propos de l'auteur :
L’année de ses 26 ans, Xavier Inbona voit sa vie bouleversée par sa rencontre littéraire avec l’esprit romantique de Monte-Cristo. Depuis, il écrit ses propres textes et aime partager ses rêves en explorant plusieurs médias artistiques. Musicien, auteur-compositeur, scénariste, comédien : il prend la plume pour marier les notes, les mots, avec une authenticité où est toujours présente l'âme du chevalier.
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couverture
pagetitre

1. Le défi

Gonna get up, gonna get up, gonna get up, wo oh oh1

– Oh, je l’adore celle-là, viens !

Gonna get up, gonna get up, gonna get up, waaaa ah…

Sans même attendre sa réponse, tu entraînes Yanis sur la piste de danse. Elle est bondée. Vous vous faites une place.

And tiiime wooon’t taaake myyyyy loooooove awayyyyyy…

Sur « away », tu lèves une main en l’air. De l’autre, tu tiens un micro imaginaire dans lequel tu cries en fermant les yeux, comme si ton public était devant toi. Le rythme arrive, top départ pour ton corps. Tu l’as pris au bon moment. Tu as conscience que tout le monde n’y arrive pas.

Wooo oh wooo oh o ooo oh o o ooo oh…

Tu balances la tête d’un côté, les hanches de l’autre. Tu es là pour être vue. Et tu l’es. Tu le sais. Un bref coup d’œil te le confirme. Ça te renforce dans l’idée que tu es sexy et que les hommes, autour de toi, te désirent. C’est ça qui te donne des ailes, c’est ton carburant pour bouger.

You’re such a, you’re such a hot temptatiooon…

Comme pour revendiquer sa propriété et dissuader les avances, Yanis s’approche derrière toi et pose ses grandes mains sur tes hanches. Tu sais ce qu’il faut faire dans ces cas-là : ramener tes cheveux vers l’avant et te frotter à lui par un baissé-levé sensuel, comme dans les clips de rap américain.

You just walk right in, walk walk walk right in…

Yanis n’a jamais eu le sens du rythme. Il bouge les fesses de droite à gauche en levant les pieds, comme un soldat d’infanterie. Pourtant, en le voyant, on imagine tout le contraire : ses cheveux noirs gominés, sa peau hâlée et sa carrure d’athlète font de lui le Travolta dont toutes rêvent pendant l’adolescence.

Let me tell you what you do, what you do, what you do to me…

Ses amis vous ont rejoints sur la piste. Ils forment un petit cercle autour de vous. Vous êtes… ou plutôt tu es le centre d’attention. Tu sais que les filles aimeraient bouger comme toi, tu devines que leurs copains aimeraient qu’elles bougent comme toi. Le cercle s’agrandit, quelques hommes se rapprochent de l’épicentre. L’un d’eux te vole la vedette avec un pas original. Une question-réponse s’enchaîne entre vous, interrompue par Yanis, qui te ramène contre lui. C’est à cet instant précis que tu le vois. En opérant la volte-face qui te rapproche de ton homme. Un regard perçant. Un regard qui te scrute. Il disparaît la seconde d’après, caché par d’autres visages. Tu le cherches des yeux, sans parvenir à le retrouver. Une foule d’hommes gravite avec envie autour de toi, pourtant, l’espace d’un instant, ce regard a remis en cause ton pouvoir de séduction. Tu décides de ne pas y faire attention et continues à danser.

Wooo oh wooo oh o ooo oh o o ooo oh…

Tu t’éloignes de ton petit ami et vas donner de ton move un peu plus loin. La salle est grande, une sorte de fosse entourée par des balcons d’où l’on peut regarder les gens danser. C’est le seul endroit de Paris où il y a de la place. Le son est bon, les mix sont inédits comme ceux de la gay pride ou des boîtes londoniennes. C’est pour ça que tu aimes venir ici. Tu ne sors pas pour écouter de la musique de mariage ou t’entasser à cinq cents dans une cave, toi tu sors pour bouger.

You’re such a, you’re such a hot temptatiooon…

Un grand métis te sourit. Tu lui rends son sourire. C’est une invitation, tu le sais. Il s’approche. Tu n’es pas coupable, c’est lui qui s’est approché. Tu n’as pas le temps de le faire saliver longtemps, ton chien de garde a bondi et l’éloigne d’un regard. Yanis est très jaloux. Tu aimes exciter sa jalousie. Il tombe toujours dans le panneau. Ça te plaît de le voir remettre à sa place celui qui te tourne autour. C’est une preuve qu’il tient à toi. Tout à coup, tu l’aperçois de nouveau. Le regard de tout à l’heure. Un homme te fixe depuis le balcon. Il semble te dire je t’ai percée à jour, tu n’as déjà plus de secrets pour moi. Ça t’agace. Si ce n’était ce regard, tu n’aurais même pas remarqué ce garçon. Cheveux mi-longs, chemise blanche plutôt quelconque. Soudain, il te fait signe de la main. Tu écarquilles les yeux d’étonnement. Ta main se lève pour lui répondre. Honteuse, tu la baisses aussitôt en prenant conscience de ton erreur. Yanis a levé la sienne, le signe était pour lui.

– Tu connais ce mec ?

– Hein ?

– Le mec là-haut, c’est qui ?

– Je ne sais pas, je l’ai rencontré tout à l’heure.

– Il n’est pas un peu bizarre ?

– Non, il est cool, il m’a appris à lire les lignes de la main.

« Les lignes de la main. » Depuis quand Yanis s’intéresse-t-il aux lignes de la main ? Tout à coup ça t’intrigue. Tu jettes un coup d’œil en haut, le garçon a disparu. Tu balaies le balcon du regard. Plus là. Tu tends la main à ton homme.

– Montre-moi ce qu’il t’a appris.

Yanis esquisse un petit sourire.

– T’es sûre que tu veux savoir ?

– Oui.

Il saisit ta main.

– On ne voit rien là, viens.

Il t’emmène vers le bar, tend ta main à la lumière et te presse le gras du pouce.

– Oh oh !

– Quoi ?

– Tu es une petite coquine, toi.

Tu lèves les yeux au ciel.

– Si, regarde ta paume !

– C’est bien ce que je pensais, il ne t’a rien appris, ton charlatan.

– Si tu ne veux pas savoir…

Il te lâche la main. Tu n’insistes pas. Tu ne veux pas montrer que tu cautionnes ces bêtises. Les amis de Yanis vous ont rejoints.

– On se fait une ligne ?

– Ouais.

Les voilà partis cahin-caha vers les toilettes. Pire que des filles. Tu restes un instant au bar. Tu regardes ta main. Tu presses le gras de ton pouce. Tu regardes la main de la fille d’à côté. Elle semble l’avoir moins charnu.

– Sceptique ?

La voix te fait sursauter. Tu te retournes, c’est lui. Le même regard perçant.

– Pardon ?

– Il vous a fait le coup du pouce, hein ?

Sa voix est grave. Il parle lentement.

– Qu’est-ce que vous lui avez raconté, à mon copain ?

– Ah, c’est votre petit ami ?

– Oui.

– Alors, il n’avait pas besoin de voir votre pouce.

Il te fixe de ses yeux verts. Il dégage quelque chose. Une sorte de magnétisme. Tu as l’impression d’avoir déjà croisé ce regard.

– C’est des conneries, votre truc.

– Peut-être. Peut-être pas.

– Alors allez-y, qu’est-ce que vous voyez d’autre ?

Tu lui tends ta main, il la referme aussitôt.

– Un service ça se paie. Je veux bien regarder votre main, mais d’abord, vous m’offrez un verre.

– Et puis quoi encore ?

– Certains paieraient cher pour m’entendre. Je vous demande juste un verre. Si vous ne voulez pas profiter de la chance, libre à vous.

– Bon, OK.

– Talisker.

– Pardon ?

– Un Talisker avec des glaçons et un peu de menthe.

Tu passes commande. Toi, tu prends un mojito. En payant, tu te rends compte que sa boisson te coûte le double de la tienne. Il s’installe à côté de toi, face au bar, trempe les lèvres dans son whisky.

– Merci. Il est bon.

– Bon, maintenant, lisez-moi l’avenir.

Il prend ta main doucement. Il passe les doigts sur ta peau en l’effleurant. Il te fixe. Tu as des frissons le long du bras.

– Qu’est-ce que vous êtes en train de faire, là ?

Tu poses la question sans toutefois retirer ta main. Il ne répond pas et te masse la paume. C’est agréable.

– Ça fait partie de la séance ?

Il ne répond toujours pas et continue à te masser. Une sorte d’onde bienfaisante part de ta main et se propage dans ton corps. Tu te sens bien. Tu pries pour que Yanis n’arrive pas à ce moment-là. Tout à coup, il relâche ta main, se retourne vers le bar et reprend son verre.

– C’est tout ?

– Oui.

– Et les lignes de la main ?

– Ça y est.

– Quoi, « ça y est » ?

– J’ai lu.

– Vous ne les avez même pas regardées !

Il fait jouer les glaçons dans son verre.

– Je sais tout ce que je dois savoir. Vous pouvez me poser les questions que vous voulez.

Il boit une gorgée de whisky.

– Qu’est-ce que vous avez lu ?

– Vous aimez vous détendre et vous savez profiter des bonnes choses quand elles viennent.

– Comment vous avez vu ça ?

– Vous n’avez pas retiré votre main.

Il pose son verre, une feuille de menthe est restée le long de la paroi.

– Il faudra utiliser cette capacité à vous relaxer à l’avenir, dit-il, elle vous sera utile car vous êtes quelqu’un de sensible et d’émotif.

– Pourquoi vous dites ça ?

– Il y aura peut-être des changements dans votre vie.

Tu remarques que ses doigts sont fins, tu ne vois pas d’alliance.

– Quels changements ? De bonnes nouvelles ?

– Ça ne pourrait pas être pire de toute façon.

– Pardon ?

– Je ne pense pas me tromper en disant que vous n’avez pas la vie à laquelle vous aspirez.

– Quoi ?

– Pas besoin de lire vos lignes. Vos yeux ne mentent pas là-dessus.

Tu t’esclaffes.

– Alors, je vous arrête tout de suite ! J’ai un homme que j’aime et qui m’aime, un boulot qui me plaît, je suis en bonne santé, j’ai la vie que j’ai choisie, je suis complètement épanouie.

Il sourit et fait pivoter sa chaise pour se tourner vers toi. C’est la première fois que vous êtes face à face. Une fois encore, tu es saisie par l’intensité de son regard.

– Est-ce que vous avez déjà eu un rêve ? Un projet que vous vouliez réaliser ? Un métier que vous vouliez faire ?

– Oui.

– C’est ce que vous faites aujourd’hui ?

Tu ne réponds pas. Tu as toujours rêvé de mettre en scène des ballets. Petite, tu voulais être petit rat de l’Opéra. La grâce du corps, la majesté des gestes, l’harmonie des ballerines, la magie des coulisses et l’attente fiévreuse du rideau qui se lève t’ont toujours fascinée.

– Votre relation actuelle… Elle vous donne de l’engrais pour réaliser ce rêve ? Vous avez des projets communs ?

Tu ne réponds pas.

– Est-ce que vous vous sentez libre à l’intérieur ? Libre du regard des autres ? De celui de vos parents ?

Nouveau silence.

– Vous ne vous donnez pas les moyens de vivre la vie que vous voulez parce que vous n’y mettez pas d’amour. Vous ne savez probablement même pas ce que c’est.

– Quoi ? Vous vous foutez de moi, là ?

– J’en ai l’air ?

Tu es trop ivre pour être énervée. Tu regardes autour de toi. Tu ne trouves aucun prétexte pour t’extraire de cette discussion. En cet instant précis, tu aimerais que Yanis revienne. L’homme se retourne vers le bar et termine tranquillement son whisky.

– Parce que vous, j’imagine, vous savez très bien ce que c’est.

Il repose son verre.

– Je crois, oui.

– Quelle prétention ! Vous ne me connaissez pas, vous ne savez rien de ma vie.

– Vous savez que j’ai raison.

Tu termines ton mojito en aspirant le sucre avec ta paille et tu fais claquer le verre sur le zinc.