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Résilience

De
422 pages

Une relation torride, un homme brisé mais terriblement sexy, un dangereux agresseur en cavale...
Découvrez un cocktail explosif de passion et de suspense !

Lorsque Constance Valloire rencontre le chanteur à succès Vincent Lagarde, c’est le coup de foudre : elle ne peut résister à son charme magnétique. Mais Vincent est un homme brisé par une terrible agression. Il va devoir réapprendre à vivre et à se reconstruire grâce à l’amour de Constance.

Pourtant le danger rôde. Qui a agressé Vincent quelques années plus tôt ? Et si cette personne recommençait ? Et si elle faisait partie de son entourage ?

Lorsque Vincent disparaît, Constance se retrouve face à ces terribles questions. Il lui faudra alors puiser en elle l’énergie nécessaire pour se battre et accéder au bonheur tant espéré...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-15370-6

 

© Edilivre, 2016

I

Une rencontre

1

6 novembre 2011 – Neuilly sur Seine

La journée commence mal. J’ai rendez-vous à 10 heures précises à Neuilly et me voilà bloquée dans la rame de métro, à deux stations de l’arrivée. Je peste, sors mon portable pour vérifier l’heure, au cas où, par miracle, les minutes décideraient d’avancer plus lentement, mais non, il est déjà 9 h 50 ! Aucun doute, je vais être en retard !

Bon sang, ce n’est tout de même pas croyable ! Après près de dix-huit mois de chômage, je décroche enfin un boulot et je me débrouille pour arriver en retard, dès le premier jour !

Cette femme, qui m’a fait passer l’entretien l’autre jour, avait bien dit 10 heures précises, et ce, sur un ton sans appel. Seigneur, s’il vous plaît, faîtes qu’elle ne me vire pas tout de suite !

En même temps, ce ne serait peut-être pas plus mal, ce travail, il n’est pas fait pour moi, il n’est pas dans mes compétences, je suis même étonnée d’avoir été sélectionnée. Ma conseillère Pôle Emploi, a lourdement insisté sur le fait que je devais postuler, pour continuer à toucher mes droits… Et me voilà engagée comme dame de compagnie, lectrice, pour un homme malade.

Le problème, c’est que je ne sais vraiment pas, ce que sont supposées faire les lectrices ou dames de compagnie ! Je vais faire quoi ? Lui parler de la pluie et du beau temps ? Je vais lui lire quoi ? Le journal ou des romans ? Mais dans quelle galère me suis-je encore mise !

Le métro se décide à repartir. Ce n’est pas trop tôt ! Lorsque je sors enfin, à la station Pont de Neuilly, il est déjà 10 h 10. Ok c’est mort, je suis plus qu’en retard. Je fouille dans ma poche, à la recherche du bout de papier indiquant l’adresse : 15 Villa Blaise Pascal. D’après ce que j’ai vu sur le plan, c’est tout proche du métro. Si je cours, ça devrait aller…

Evidemment, le feu pour traverser la rue est rouge et je me retrouve, au milieu des passants, à piétiner d’impatience. Le vent glacial de ce matin de novembre me transperce, je relève mon col et jette un coup d’œil inquiet au ciel très menaçant. Il ne manquerait plus qu’il se mette à pleuvoir, car j’ai oublié mon parapluie !

Je suis quasiment arrivée à destination, quand le ciel décide de se mettre de la partie et déverse sur ma tête des cataractes d’eau, et c’est en courant, que j’entre dans le hall de l’immeuble.

Le gardien sort immédiatement de sa loge et me regarde avec suspicion. Je le comprends, je suis trempée et une flaque d’eau se forme sous mes pieds !

– Oui ! Que voulez-vous ? me demande-t-il d’un air peu aimable.

– Euh… j’ai… j’ai rendez-vous avec Mme Patricia Lagarde.

Il me regarde à nouveau de la tête au pied, puis secoue la tête d’un air légèrement méprisant. Il appuie sur l’interphone pour annoncer mon arrivée et m’accompagne jusqu’à l’ascenseur.

– Dernier étage, mais il faut une clé pour y monter. Je vais déverrouiller l’accès.

C’est la première fois que je vois ça ! Cela signifie sûrement que l’ascenseur s’ouvre directement dans l’appartement… C’est le grand luxe !

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur un grand hall, donnant sur un immense living-room, dont les baies vitrées, offrent une vue spectaculaire sur les toits de la capitale et la Tour Eiffel. Patricia Lagarde, la femme que j’avais rencontrée auparavant, vient à ma rencontre.

Grande, blonde et sophistiquée, cette femme est absolument magnifique, et moi, je me sens misérable, dans mon manteau mouillé, les cheveux encore trempés de pluie. Je suis sûre que mon maquillage a dû couler également… Quel tableau !

– Bonjour, me dit-elle d’un ton froid. Vous êtes en retard ! Nous devons faire vite, j’ai un rendez-vous dans une demi-heure.

Je baisse les yeux, confuse. C’était à prévoir !

– Je suis sincèrement désolée, mais il y a eu un problème électrique dans le métro et…

– C’est pour ça qu’il vaut toujours mieux prendre un taxi ! me coupe-t-elle d’un ton sans appel.

Mais oui, bien sûr ! C’est si facile pour elle de dire ça, vu où elle habite ! Mais moi, un taxi, je n’en ai pas les moyens !

– Venez, je vais vous présenter Vincent.

– C’est le monsieur, dont je vais devoir m’occuper, c’est ça ?

Légèrement surprise, elle fronce les sourcils.

– Oui ! Je pensais pourtant vous l’avoir déjà expliqué, l’autre jour…

– Vous m’avez juste dit, qu’il s’agissait de votre ex-mari, mais j’en ignorais le prénom…

– Comment ça vous ignorez son prénom ? Mais vous savez tout de même qui je suis, non ?

Je la regarde sans comprendre. Me prend-elle pour une demeurée, ou y-a-t-il quelque chose que j’ignore ?

– Oui ! Vous êtes Patricia Lagarde…

– Et vous ne savez pas qui est mon ex-mari ?

– Eh bien, non…

Elle soupire, visiblement excédée par mon ignorance. J’ai bien envie de lui répondre, que j’ai passé l’âge de jouer aux devinettes, mais je la vois se diriger vers le fond de la pièce, où je distingue une forme humaine, assise dans un fauteuil. On dirait que je vais obtenir les réponses à mes questions finalement…

Le fauteuil est tourné vers la fenêtre et je réalise, à ce moment-là, qu’il s’agit d’un fauteuil roulant.

– Vincent, je te présente Mlle Constance Valloire, qui va venir te tenir compagnie quelques jours par semaine, puis te faire la lecture également, si tu le souhaites…

Elle me fait signe d’approcher et le cœur battant, vaguement inquiète, j’obtempère. Je contourne le fauteuil, pour me retrouver face à lui et tends la main en guise de bonjour.

– Bonjour Monsieur, je suis enchantée de vous connaître !

Il lève la tête vers moi, et mon cœur manque un battement. Oh mon dieu ! Cet homme c’est… c’est… Vincent Lagarde ! Le chanteur ! Celui dont je suis fan… J’ai assisté à bon nombre de ses concerts, j’ai acheté la plupart de ses albums ! Bon sang, comment n’ai-je pas fait le rapprochement ? Pas étonnant, que sa femme me trouve idiote ! Enfin, son ex-femme…

Mes yeux rencontrent les siens et pendant quelques secondes, j’ai l’impression que le temps s’arrête. Je n’ai jamais vu d’aussi beaux yeux de toute ma vie ! Mais il n’esquisse pas le moindre geste pour me tendre la main et ne prononce aucune parole. Il se contente de me fixer, sans rien dire, un fantôme de sourire poli plaqué sur les lèvres.

Visiblement gênée par son attitude, Patricia reprend la parole, volubile.

– Vous commencez donc dès à présent. Vous viendrez trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, de 10 h à 17 h…

Je l’écoute d’une oreille distraite, car malgré moi, mon regard est attiré par l’homme assis, à nos côtés. Il semble avoir déjà oublié notre présence et son regard vide, fixe désormais l’extérieur. J’en profite pour le détailler. Dieu qu’il est beau ! Bon je le savais déjà, mais je ne l’avais jamais vu d’aussi près. Il a des lèvres fabuleuses !

Bien sûr, comme tout le monde, je suis au courant, de la terrible agression, dont il a été victime, il y a quelques temps. Mais je constate, que comme toujours, les journalistes en rajoutent à plaisir, la rumeur le voulant défiguré et mutilé. Bon, il y a bien cette cicatrice sur sa joue, boursouflée et pas très jolie… Mais elle n’arrive pas à dépareiller l’harmonie de son visage, non, bien au contraire, je dirais qu’elle y apporte presque, un charme supplémentaire, ce qui est paradoxal.

La voix insistante de Patricia, me ramène à la réalité.

– Vous avez de quoi noter Mlle Valloire ?

Oh là, là ! Je me suis perdue en route !

– Pardon ?

– Je vous demande si vous avez de quoi noter mon numéro de téléphone. Je veux qui vous ayez les coordonnées de quelqu’un, au cas où…

J’ai envie de demander pourquoi, quand une voix masculine, basse et incroyablement sensuelle, se fait entendre.

– Que veux-tu qu’il se passe Patricia, cette jeune personne est là pour me faire la lecture… A moins de périr d’ennui, je ne vois pas ce qu’il peut m’arriver !

Le ton est cynique et je ne sais pas comment je dois le prendre, car j’ai clairement l’impression que la pique ne vise pas uniquement son ex-femme, mais bel et bien la raison de ma présence.

– Ne le prends pas comme ça, je t’en prie…

– Et comment veux-tu que je le prenne, s’énerve-t-il en se levant, avec difficulté.

Je suis étonnée de le voir se lever, car comme il est en fauteuil roulant, j’en ai immédiatement déduit, qu’il ne pouvait plus marcher. Ce qui n’est apparemment pas le cas, bien qu’il ait l’air de souffrir le martyre. Il attrape une béquille posée près du mur, que je n’avais pas vu jusque-là, et s’en aide pour tenir debout en équilibre. Je me demande, pourquoi il n’en prend pas deux, ce serait plus simple pour lui.

Il se retourne vers nous, tout en continuant ses récriminations à l’encontre de Patricia.

– Je n’ai pas besoin d’un garde-chiourme, je te l’ai déjà dit !

– Tu as besoin que quelqu’un te tienne compagnie et te change les idées…

– Et tu crois vraiment que cette fille va m’aider !

Là, je commence à sentir la moutarde me monter au nez. Bon dieu, pour qui se prend-t-il ? Je sais que c’est un chanteur célèbre, mais ça ne lui donne pas le droit d’être impoli et de me traiter comme une merde ! Je n’avais déjà pas très envie de venir travailler ici, mais dans de telles conditions, ça devient impossible !

Je m’apprête à lui dire ma façon de penser, quand mes yeux captent quelque chose d’incongru. Merde ! Il y a un vide au bout de son bras gauche… Il lui manque une main ! Quelle horreur ! Je ne parviens plus à détacher mes yeux de ce vide.

Je suis sûre qu’il a senti mon regard insistant, car il s’avance doucement vers moi et je me sens rougir, comme prise en faute. Ses yeux accrochent les miens et je ne peux contenir un frisson. Il ferme les yeux quelques secondes et quand ils les rouvrent, ils ne sont plus seulement éteints, mais également atrocement tristes.

Je ressens tout à coup une peine infinie pour lui. Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, mais si je m’écoutais, là, maintenant, je caresserais la cicatrice sur sa joue du bout de mes doigts et je poserais mes lèvres sur son bras mutilé. Mais qu’est-ce qu’il me prend bon sang ? Je le connais à peine ! Je deviens folle ! Je frissonne à nouveau et tente désespérément de chasser ces images, bien trop intimes, de ma tête.

– Tu aurais pu choisir au moins, une personne à qui je ne fasse pas horreur, dit-il d’un ton morne. La pauvre, elle tremble de peur et de dégoût en me voyant !

Qu’est-ce qu’il raconte ? Il est dingue ou quoi ? Oh… C’est parce qu’il m’a vu frissonner tout à l’heure ? Mais ça n’a rien à voir, bien au contraire ! Enfin, non… Je me vois mal lui expliquer les images qui me sont venues à l’esprit…

Excédée, Patricia, pousse un profond soupir, puis se tourne vers moi, confuse.

– Je suis désolée… Si vous voulez partir, je comprendrais…

Partir ? Ne pas avoir à travailler ici ! Je ne m’en tire pas si mal au fond ! Mais à mon plus grand désarroi, je m’entends dire.

– Bien sûr que non ! Je serais ravie de travailler pour Mr Lagarde, quoi qu’il en pense !

Pour l’amour du ciel, pourquoi est-ce que j’ai dit ça, moi ? Allez, avoue la vérité Constance, tu meurs d’envie de te plonger à nouveau, dans ses magnifiques yeux marrons-verts ! Et combien même, ça ne fait de mal à personne, non ?

J’affronte à nouveau le regard troublant de Vincent Lagarde.

– Je n’ai pas peur de vous, soyez en sûr, lui dis-je d’une voix déterminée.

Il ne répond rien, se contente de m’observer des pieds à la tête, en silence, puis il repart s’asseoir dans le fauteuil.

– Enlevez votre manteau, il est trempé, vous allez prendre froid et venez me lire le journal. Je meurs d’envie de savoir, quelle folie s’est encore passée, dans le vaste monde.

Je jette un coup d’œil à Patricia, qui me sourit en retour, comme pour m’encourager. Alors, je retire mon manteau que je pose sur le dossier d’une chaise, attrape le journal sur la table et vais m’asseoir aux côtés de Vincent.

Je commence ma lecture.

2

Septembre 2012 – Neuilly sur Seine

Cela va bientôt faire un an que je travaille pour Vincent Lagarde, désormais. Je viens le voir trois fois par semaine, et autant l’avouer, j’adore ça. Si je le pouvais, je viendrais même tous les jours !

Au fil du temps, j’ai appris à le connaître. Il a beaucoup d’humour et il me fait souvent rire, même si lui, ne rit jamais. Il ne sourit pas non plus, ou si peu. Il est triste et malheureux.

J’essaie de le distraire du mieux que je peux. Ne connaissant pas ses goûts au départ, j’ai tenté de lui faire découvrir quelques romans historiques, que j’affectionne particulièrement, et à ma grande surprise, il s’est pris au jeu.

Les journées défilent vite, trop vite…

J’arrive le matin, prend de ses nouvelles, commente l’actualité avec lui, puis nous déjeunons ensemble. Au début, je prenais mes repas seule dans la cuisine, mais il a très vite insisté, pour que nous les prenions ensemble. Une personne s’occupe de la maison, mais elle ne vient pas tous les jours, alors c’est moi qui prépare le déjeuner, pour nous deux.

En général, en début d’après-midi, il part se reposer quelques heures dans sa chambre, puis après sa sieste, je lui fais la lecture, ou nous entamons une discussion à bâtons rompus. Il n’est pas rare que son ex-femme Patricia, qui passe le voir tous les jours, ne me trouve encore là, bien après l’heure où je serais censée partir.

Au fil du temps, une véritable amitié est née entre nous et il m’a rapidement demandé de le tutoyer. Il ne parle jamais de sa vie d’avant, de sa carrière, et je n’ose jamais évoquer le sujet. J’aimerais pourtant lui dire combien j’adore ses chansons !

Au fond de moi, je ressens une peine infinie, voire même quelque chose de plus violent, comme une forme de colère, face aux horreurs qu’il a subies.

Je sais, qu’il ne supporte plus son reflet dans les miroirs, et n’accepte pas son infirmité, il refuse même de porter une prothèse, qui pourtant l’aiderait grandement au quotidien. Il a l’impression d’être devenu un monstre, qui fait horreur aux autres, et n’arrive pas à se départir de cette idée.

J’aimerais tant pouvoir l’aider et lui démontrer que ce n’est pas le cas !

En fait, je n’ai qu’un désir, le prendre dans mes bras, poser mes lèvres sur les siennes, glisser mes doigts sur la cicatrice de sa joue, sur son bras mutilé et toutes les autres cicatrices de son corps… Je rêve, de voir un jour, ses yeux si mornes retrouver leur éclat. Je crève de connaître le goût de ses baisers. Mais je n’oserai jamais lui dire, parce que j’ai bien compris que je ne l’intéresse pas, du moins pas de cette façon, en tout cas !

Je devrais m’en aller, mais c’est plus fort que moi. Tous les matins j’arrive avec l’espoir de lire enfin dans son regard, autre chose qu’un intérêt amical à mon égard, et tous les soirs, je repars avec l’espoir, que ça sera pour demain.

C’est ridicule, j’ai passé l’âge de ce genre d’amourette, mais je suis incapable de me raisonner. Je suis tombée sous son charme, probablement dès le jour de notre rencontre et mes sentiments pour lui n’ont fait que croître au fil des mois. Je l’aime c’est tout !

Je suis en pleine lecture, lorsque son téléphone sonne. Il prend l’appel et je m’éloigne vers la fenêtre, pour lui laisser un peu d’intimité. Bien évidemment, je ne peux m’empêcher d’écouter la conversation.

– Céline… Tu es où ? Super… A tout de suite !

Il raccroche et une ombre de sourire éclaire son visage. Il me regarde et m’explique.

– C’est Céline ! Elle rentre juste des Etats-Unis. En ce moment, elle ne sait pas où habiter, alors elle va venir vivre ici quelque temps !

Quelques minutes plus tard, les portes de l’ascenseur s’ouvrent, sur une toute jeune femme, grande, blonde aux yeux bleus, vêtue d’un jean et d’une chemise blanche. Elle ressemble à un mannequin et se jette littéralement dans ses bras.

Malgré moi, je sens mon cœur se serrer. Comment pourrais-je rivaliser avec ce genre de fille ?

– Comme je suis contente de te revoir ! dit-elle avec enthousiasme.

– Moi aussi. Ta présence va me faire du bien, tu vas mettre un peu d’ambiance et de joie, dans cet appartement !

Merci ! C’est sympa pour moi…

– Céline, je te présente Constance Valloire, dit-il en se tournant vers moi. Patricia l’a embauché, comme lectrice et dame de compagnie. Elle était persuadée que j’avais besoin de quelqu’un à la maison…

– Et bien maintenant, je suis là ! dit-elle dans un grand sourire.

Si je comprends bien, je ne sers à rien ici ! Je ressens une furieuse envie de pleurer, là, tout de suite.

– Constance, vous… tu… peux partir si tu veux.

– Mais il n’est que 14 h !

– Et bien comme ça, tu auras plus de temps pour toi. A vendredi.

– Bien d’accord, à vendredi, alors…

Je sens les larmes perler à mes paupières, mais je lutte. Je ne veux surtout pas pleurer devant lui. Je rentre chez moi, avec toute la dignité dont je suis capable.

*
*       *

Le vendredi, c’est Céline qui m’accueille, tranquillement installée dans un fauteuil.

– Oh bonjour ! Constance c’est ça ?

– Oui… Bonjour… Où est Vincent ?

– A l’étage dans son bureau.

– Vous croyez que je peux monter le déranger ?

– Tentez, vous verrez bien…

Je monte les quelques marches et me retrouve devant le bureau de Vincent. Je toque à la porte et attends qu’il m’autorise à entrer.

– Oui !

J’ouvre, il est assis derrière son bureau et porte des lunettes de vue. C’est la première fois que je le vois en porter et je dois avouer que ça lui va à merveille. Je ne sais pas comment il fait, mais il est de plus en plus séduisant…

– Ah Constance ! Tu es déjà là ?

– Je peux m’en aller si je dérange !

J’ai répondu du tac au tac, sans même m’en rendre compte. Je suis tellement en colère, contre lui, contre son attitude vis-à-vis de moi ! Et puis surtout, je suis jalouse.

Surpris, il fronce les sourcils.

– Qu’est-ce qu’il te prend ?

– Rien… j’ai juste l’impression de gêner…

– Quoi ? Mais pourquoi dis-tu ça ?

– Je ne sais pas, mais mercredi tu m’as demandé de partir plus tôt, aujourd’hui j’arrive et j’ai l’impression de te déranger… Alors je me pose la question du bien-fondé de ma présence ici.

Il reste un moment silencieux.

– Je croyais… je croyais, que nous étions amis et que tu aimais les moments que nous passions ensemble, me dit-il d’un ton neutre.

– Oui, j’apprécie les moments que nous passons ensemble, mais aujourd’hui, j’ai juste l’impression, que ma présence n’est plus utile.

– Mais pourquoi ?

– Tu as Céline…

– Céline ! Mais ça n’a rien à voir… Elle n’est pas une amie !

– Ah ! Et qu’est-elle au juste ?

– Mon ex-petite amie !

Formidable ! Non seulement elle va lui tenir compagnie, mais ne tardera certainement pas à redevenir sa petite amie en titre ! Définitivement je n’ai plus rien à faire ici !

– Et, elle s’inquiète pour toi, au bout de tout ce temps ?

– Que veux-tu dire ? Elle vivait aux Etats-Unis…

– Et alors ? Les avions ça existe non ? Tu ne vas pas me dire, qu’en près de deux ans, elle n’a pas eu l’occasion de prendre un vol pour Paris, pour venir te voir…

– Elle était prise par son travail. Nous nous sommes appelés plusieurs fois… Mais de toute façon, qu’est-ce que ça peut te faire, ce qu’elle fait ou ne fait pas ?

– Ça m’importe, parce que je…

Oh seigneur, je ne peux pas… Je ne peux pas lui dire ce que je ressens réellement pour lui ! Que se passerait-il si je lui avouais mes sentiments ? Se moquerait-il de moi ? Ou pire encore, me regarderait-il avec embarras et mépris, ne sachant pas comment se débarrasser de moi…

– Parce que tu quoi ?

Sa voix est légèrement altérée, comme s’il attendait quelque chose…

– Parce que je… je m’inquiète pour toi. J’ai l’impression qu’elle se sert de toi, elle revient des Etats-Unis comme une fleur, s’installe chez toi… Ne me dis pas, qu’elle n’a pas dans l’idée de se servir de ta notoriété, pour faire rebondir sa carrière en France.

Son visage se fige, il se lève, et dans ses yeux, je lis une forme de tristesse, voire de fatalité.

– Je suis assez grand pour me débrouiller par moi-même et n’ai pas besoin de baby-sitter. Je connais parfaitement, les raisons du retour de Céline, et elles me conviennent. De toute manière, je ne vois pas en quoi sa présence te dérange, dans ton travail.

Mon travail ! C’est vrai que parfois j’oublie que je ne suis qu’une employée ici ! Mais il sait si bien me le rappeler…

– Oui bien sûr, je me dois de faire mon travail. A ce propos, que puis-je faire pour toi aujourd’hui ? Tu as l’air grandement occupé et puis désormais, tu as Céline, pour te tenir compagnie…

– Tu n’as qu’à rentrer chez toi, dit-il au bout d’un moment.

Et bien au moins les choses sont claires, tant qu’elle sera là, ma présence ne sera plus souhaitée. J’ai compris le message !

Je sens les larmes me monter aux yeux, je ferme les paupières et serre les poings à m’en briser les phalanges, pour ne pas craquer devant lui.

Cette fois c’est fini !

– Oui je vais rentrer chez moi, et ce, de façon définitive. Je démissionne Mr Lagarde. Je pense que vous n’avez plus besoin de mes services ! Je suis magnanime, je vous fais grâce de ces deux derniers jours. Par contre, je vous remercie de bien vouloir me faire parvenir, dans les meilleurs délais, une lettre de recommandation.

– Eh bien voilà qui est parfait. Je ne vous retiens pas Mlle Valloire ! me répond-il du tac au tac, la voix pleine de colère.

Je tourne les talons, claque la porte de son bureau et descend les escaliers en courant. Les larmes coulent à présent, le long de mes joues, j’attrape ma veste et mon sac avec violence et appuie sur le bouton d’appel de l’ascenseur.

Céline se lève et s’approche de moi.

– Constance que vous arrive-t-il ? Mais… Vous pleurez !

Je tape du pied impatiente, en attendant que l’ascenseur monte enfin. Je fixe obstinément le bouton d’appel qui clignote, car je refuse de la regarder.

– Je vais bien… je vous remercie. Je dois juste m’en aller…

– Mais… Que se passe-t-il ? Ce n’est pas à cause de moi, au moins ?

La cabine arrive enfin. Je me retourne et lui souris à travers mes larmes. Du coin de l’œil je vois Vincent arriver, puis je regarde Céline, ils forment un joli couple, tiens !

– Constance attends… il faut que l’on parle… commence-t-il.

– Tout a été dit ! Au revoir, Mr Lagarde.

Les portes de l’ascenseur se referment et je m’écroule en sanglots.

3

Septembre 2012 – Paris 15e arrondissement

Depuis deux jours je ne sors plus de chez moi. Je passe mes journées en pyjama, avachie sur mon canapé, à ressasser mes sombres pensées.

Fais un effort, sors, change-toi les idées et surtout cherche du travail, parce que ça va devenir urgent !!! Cette phrase devient comme un mantra, car il me faut absolument reprendre le cours ma vie, trop longtemps mise entre parenthèse, pour lui.

Comment ai-je pu être aussi stupide ? Je ne suis pourtant plus une adolescente de 15 ans ! Je suis une femme de 40 ans qui a déjà vécu plusieurs vies, et n’a pas pour habitude de s’amouracher comme une enfant…

J’aurais dû me douter que ça finirait ainsi, j’aurais dû partir bien avant.

La sonnette de mon appartement me fait sursauter. Qui cela peut-il bien être à 9 h du matin ?

Surprise et sur la défensive, car je n’ai pas très envie de me montrer à quelqu’un, en pyjama, le cheveu décoiffé et le visage bouffi par le manque de sommeil, je jette un coup d’œil par le judas de la porte. Personne.

Légèrement agacée, imaginant sans mal, qu’il s’agit encore d’une farce d’un des enfants de l’étage du dessous, j’ouvre néanmoins la porte et là sur mon palier : Lui !

Mais bon sang qu’est-ce qu’il fait là ? A ma porte ! Il ne manque pas de toupet tout de même !

– Que voulez-vous ? je demande froidement.

– Parler, me répond-il tout bas.

– Je crois que nous n’avons plus rien à nous dire…

Pour me faire taire, il m’attrape le poignet. Mon dieu, ce simple geste a le pouvoir de me provoquer des frissons incontrôlables ! Je veux retirer ma main, mais il la maintient fermement entre ses doigts.

– Constance ! Pardon ! murmure-t-il, retrouvant instantanément le tutoiement que nous avons pris l’habitude d’utiliser. Je t’ai blessé, mes mots ont dépassé ma pensée. Je ne voulais pas que tu t’en ailles, ajoute-t-il en me regardant avec insistance.

Son regard se fait si doux, si tendre, que pendant quelques secondes je m’y noie. Que lui arrive-t-il ? Il ne m’a jamais regardé comme ça, je m’en serais souvenue, croyez-moi ! Je suis totalement perdue.

Ses doigts quittent ma main, pour se poser sur ma joue et en caresser le contour. Mes tremblements reprennent de plus belle. Je veux le repousser, mais j’en suis totalement incapable. Je m’appuie contre la porte entrouverte, pour ne pas tomber.

– Qu’est-ce qu’il te prend ? parviens-je alors à articuler.

Il fait quelques pas pour se rapprocher un peu plus de moi, et instinctivement, je me raidis à son approche. Il encercle mon visage de sa main valide, je sens la prothèse de sa main gauche se poser doucement contre ma taille et son souffle, à quelques millimètres de mon visage. Submergée d’émotion, je ferme les yeux pour ne pas soutenir son regard brûlant.

– Je t’aime ! gémit-il tout doucement au creux de mon oreille, tandis que ses lèvres capturent les miennes.

Oh ! Mon cœur menace de s’échapper de ma poitrine tant il bat fort, ses martèlements parviennent à mes oreilles comme des coups de cymbale. Je passe mes bras autour de son cou, afin de me serrer encore plus étroitement à son corps. Nos langues se mêlent et entament un balai passionné et incontrôlable. Lorsqu’il quitte ma bouche, comme à regret, c’est pour me repousser dans l’appartement, dont il claque la porte.

Je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit, qu’il me plaque contre la porte et capture à nouveau mes lèvres, quémandant l’accès à ma bouche. Ce que bien évidemment je lui accorde avec empressement. Je ne peux me rassasier de cette sensation, de cette brûlure dans mon corps, ma tête tourne. Je pourrais rester là, des heures dans ses bras, pendant qu’il m’embrasse et que je l’embrasse. Le temps semble même s’être arrêté. A bout de souffle il quitte mes lèvres, pour faire pleuvoir dans mon cou et sur ma nuque une multitude de baisers, tous plus brûlants et passionnés, les uns que les autres.

Je ne peux retenir un gémissement de plaisir et m’accroche au col de sa veste pour le plaquer au plus près de mon corps. Je veux sentir son corps contre le mien, en épouser chaque parcelle. Ne me contrôlant plus, je fais tomber sa veste et glisse mes mains sous son col roulé noir. Mes doigts partent à l’assaut de son torse, puis ma bouche se pose sur la cicatrice qu’il a sur le flanc gauche, le faisant gémir.

– Je te fais mal ? je lui demande, soudain inquiète.

Il m’attrape alors le visage dans sa main et me force à le regarder. Son regard ardent, planté dans le mien, fait naître en moi une vague de désir dévastatrice.

– Oh non… Bien au contraire… murmure-t-il, d’une voix rendue rauque par le désir.

Et il tire d’un coup sec sur les boutons de ma veste de pyjama, qui roulent sur le parquet dans un bruit sourd. Il me regarde durant quelques secondes comme s’il voulait graver mon image dans son esprit. Je retiens mon souffle, tandis qu’une pensée s’insinue en moi, je ne ressemble pas aux femmes avec lesquelles il a eu des histoires ou même des aventures. Elles étaient toutes plutôt jeunes, belles, blondes et particulièrement bien faîtes, et moi… moi… je suis…

– Que tu es belle ! gémit-il en posant sa main sur mon sein. Si tu savais comme j’ai envie de toi… reprend-il, avant de venir mordiller un téton.

Il me trouve belle, moi ! Première nouvelle… Pas une fois il ne m’a donné l’impression de s’intéresser à moi, autrement qu’amicalement. Je ne comprends plus rien. Mais sous l’assaut de ses lèvres qui continuent à torturer mon sein et de sa main qui trace un sillon de feu vers mon bas-ventre, mes pensées commencent à devenir confuses.

Lorsque sa main se pose sur mon entrejambe et qu’un de ses doigts s’insère en moi, pour me faire crier de plaisir, je cesse de penser. Je ne suis plus que brûlure et sensation. Je m’arque contre lui, en réclamant toujours plus. Il enfonce alors un deuxième, puis un troisième doigt en moi. Je me mets à haleter, sentant la jouissance venir et un premier orgasme me terrasse. Les yeux mi-clos, la respiration sifflante je le regarde. Il arbore un petit air satisfait.

J’attrape sa main et l’entraine jusqu’au canapé. La chambre est bien trop loin ! Je lui retire alors son pull et recommence la découverte, entamée tout à l’heure, de son torse viril. Je me délecte de l’odeur de sa peau, un mélange de parfum et d’autre chose plus subtil qui n’appartient qu’à Vincent. Son odeur. Enivrante. J’y dépose une pluie de baisers, en traçant un sillon inexorable, vers son bas-ventre. Je dégrafe son pantalon, le libérant. La bosse qui tend le tissu de son boxer ne laisse aucun doute sur son désir. Puis je libère son sexe dressé, le prend doucement, délicatement, dans ma bouche et entame une série de va et vient, sans lâcher le regard de Vincent.

Je me délecte de ses gémissements de plus en plus forts. Je vois son regard se noyer. L’extase le gagne.

– Constance, réussit-il à murmurer entre deux gémissements. Tu vas me rendre fou !

– J’espère bien.

Puis délaissant son sexe tendu, je m’allonge près de lui et murmure tout contre son oreille « Je suis tout à toi ».

Alors n’y tenant plus, il m’attrape la taille, tandis que j’entoure ses hanches de mes jambes et me pénètre. Délicatement tout d’abord, presque timidement, mais devant les mouvements lascifs de mes hanches et mes gémissements de plaisir, il accélère la cadence.

Une déferlante, des vagues de plus en plus puissantes prennent possession de mon corps, à chacun de ses coups de reins. Il s’enfonce toujours plus profondément en moi. Je perds pied, ne formant plus qu’un seul corps, avec celui de l’homme allongé sur moi. Un orgasme d’une force inouïe me foudroie tandis que je crie son nom. Au même moment, je le sens lui aussi perdre le contrôle et je l’entends crier mon prénom, avant qu’il ne s’écroule sur moi.

Nous restons là, étendus sur le canapé, nos corps en sueur, mes doigts entrelacés à ceux de sa main valide. Le temps semble presque suspendu.

Puis peu à peu, les bruits de la rue en contrebas, une porte qui claque dans l’immeuble, me font reprendre pied dans la réalité. Je bouge imperceptiblement, mais suffisamment pour le faire réagir. Il émet un grognement de protestation, mais roule sur le côté et me laisse me relever.

Je n’ose pas le regarder, je n’arrive pas à réaliser ce que nous venons de faire.

Nous venons de faire l’amour ! Là, sur mon canapé ! Mon corps en vibre encore, je n’ai d’ailleurs jamais connu d’étreinte aussi puissante de toute ma vie et je sais déjà que je serais incapable de m’en passer.

Il se relève à son tour et s’assoit à mes côtés sur le canapé. Il attrape ma main de sa main droite et entrelace nos doigts. Je n’arrive toujours pas à le regarder. Je fixe bêtement nos mains jointes et je me dis combien j’aime cette délicieuse sensation.

– Je… Qu’avons-nous fait ?

Il éclate de rire et je relève vivement la tête, croisant à ce moment-là son regard. Ses yeux brillent de milliers d’étoiles et ce rire pétillant, plein de joie… Je ne l’ai jamais entendu rire ainsi, depuis que je le connais !

– Euh… Je crois que nous venons de faire l’amour, dit-il en souriant. Et… c’était merveilleux, rajoute-t-il en déposant un doux baiser sur ma tempe. Je crois bien n’avoir jamais connu quelque chose d’aussi… aussi… fabuleux !

– Oh !!!! dis-je, incapable d’ajouter autre chose.